David Twohy

Didier Verdurand | 31 août 2004
Didier Verdurand | 31 août 2004

De passage à Paris en juin dernier, le talentueux réalisateur de Pitch Black savourait les premiers chiffres optimistes des Chroniques de Riddick au box-office américain. Personne ne se doutait alors que le résultat final serait bien en deçà des prévisions…Pour un budget de 140 millions de dollars, marketing inclus, les recettes finales peineront à atteindre les 58 millions de dollars... Dur, pour cette odyssée visuellement magnifique de Riddick, à tel point qu'aujourd'hui, il semble improbable qu'on en voit un nouveau chapitre dans un futur proche.

Les chroniques de Riddick ont plus rapporté en quelques heures que ne l'a fait Abîmes dans toute sa carrière !
C'est incroyable, n'est-ce pas ? Dimension n'a pas cru en ses qualités et l'a envoyé au casse-pipe, sans publicité et avec très peu de copies, moins de 200. C'est un manque de respect pour tout notre travail fourni, mais je n'ai rien pu faire pour mieux le défendre.

Vous avez déclaré que le premier montage des Chroniques de Riddick durait 2h50 ?
Ce n'est pas un cas exceptionnel, loin de là, il est très fréquent de faire autant de coupes pour une production aussi ambitieuse. Vin Diesel, qui est l'un des producteurs, et moi-même avions tellement d'idées qu'il était nécessaire de déblayer tout ça. Le studio ne nous a pas imposé une durée finale de 2h, mais il était impossible de livrer de si longues chroniques !

La classification aurait-elle été plus proche du R, l'interdiction aux moins de 17 ans non accompagnés ?
Oui, mais j'ai dû faire très peu de coupes afin d'obtenir l'interdiction seulement aux moins de 13 ans. Seuls quelques plans ont sauté.

Qui seront dans une director's cut ?
C'est le gros avantage du DVD, qui nous offre la possibilité de présenter un montage très différent. La version sera plus longue de 15 à 20 minutes. Je pensais déjà au DVD en filmant certaines scènes ! J'ai hâte maintenant de pouvoir explorer tous les directions qui me sont offertes pour mieux approfondir mes personnages, mais en même temps le rythme de la version ciné s'en trouvera ralenti, et cela ne plaira pas forcément à tout le monde…Quoi qu'il en soit, cette expérience sera excitante.

Il semble que vous avez développé le côté sauvage de Riddick, que l'on pourrait plus facilement comparer à un fauve que dans Pitch Black ?
Vin et moi étions en effet très intrigués par cette facette du personnage. Vin adore les animaux et s'est amusé à observer comment ils bougeaient pour ensuite appuyer les mouvements de Riddick, qui serait un être paisible, d'ailleurs, si on ne lui cherchait pas des ennuis ! Provoquez-le, et son côté animal reprend le dessus.

La relation entre Riddick et Kyra (la superbe Alexa Davalos) est pour le moins ambiguë !
Nous recherchions cette complexité, qui s'est traduite aux projections test du film par diverses interrogations. Étaient-ils père et fille, frère et sœur, ou amants ? Plutôt que de se limiter à une banale relation, jeter la confusion dans l'esprit de nombreux spectateurs nous attirait beaucoup plus. Je peux dire que la réalité est un cocktail de tous ces sentiments. Lorsqu'ils sont en prison, il y a indéniablement une alchimie, quelque chose d'électrique entre eux. Impossible de dire si cela peut aboutir à une envie sexuelle ou non, à vous de vous faire votre propre opinion.

Il y a des scènes qui font penser à un space opera, particulièrement celle d'un combat dénué d'effets sonores, avec juste la musique et un léger ralenti comme accompagnement.

Je voulais rester dans le domaine suggestif, ne pas fournir une scène classique comme on peut tant voir dans tous les blockbusters. Le spectateur est souvent agressé par la bande sonore, qui ne lui laisse pas le loisir de se poser des questions comme « Peut-être qu'à ce moment-là, il respire, il crie… ? »

Vous envisageriez de tourner deux nouvelles aventures de Riddick en même temps ?
Je ne crois pas, cela me paraît presque impossible, en tourner une représente déjà un travail titanesque. Quand on dit que Peter Jackson a tourné simultanément les trois Seigneurs des anneaux, j'émets quelques doutes, à partir du moment où les comédiens ont souvent été rappelés pour retourner des scènes au fil du temps ! De toute manière, je ne m'estime pas assez bon pour tourner deux films en même temps. 180 jours de tournage me tueraient !

Au moment de se quitter, David Twohy se laissera aller à une confidence. « Abîmes est le film dont je suis le plus fier ». Alors, après s'être délecté devant Les chroniques de Riddick, n'hésitez pas à découvrir ou revoir en DVD ce film immense qu'est Abîmes.

(Propos recueillis par Didier Verdurand en juin 2004)

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