Le mal-aimé : Serenity, le film de Joss Whedon tiré de sa série culte Firefly

Geoffrey Crété | 2 avril 2017
Geoffrey Crété | 2 avril 2017

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

    

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"Ennuyeux à mourir" (Brazil)

"Une indigeste aventure spatiale" (Zurban)

"Illustre navet cinématographique" (AvoirAlire)

"Un mélange de Mad Max et de Guerre des étoiles, en plus cheap, moins complexe et plus familier" (Télérama)

  

 

 

PRÉCÉDEMMENT 

La série Firefly tourne autour du Serenity, un vieux vaisseau spatial commandé par Mal qui est à la tête d'une équipe de gentils hors-la-loi qui vivote à travers la galaxie. Leurs aventures prennent une nouvelle vitesse lorsqu'ils accueillent Simon et sa soeur River, cobaye de mystérieuses expériences et dotée de pouvoirs étranges. Elle est poursuivie par l'Alliance, qui dirige le centre de la galaxie.

 

Affiche

 

LE RESUME EXPRESS 

Le méchant Opérateur, envoyé par l'Alliance pour retrouver River, est à leur poursuite. Lorsqu'un mystérieux signal la transforme en machine de guerre, Mal commence à se demander si elle n'est pas un vrai problème.

Après avoir ramené Inara à bord, échappé à l'Opérateur et découvert que leur ami Book a été tué par l'Alliance, le Serenity va sur la planète Miranda, censée être la clé de quelque chose. Ils passent discrètement entre les mailles du filet tendu par les Reavers, les cannibales de l'espace, et découvrent une planète dévastée. La vérité éclate : le processus de terraformation de l'Alliance a mal tourné à cause d'une substance chimique censée supprimer l'agressivité des humains. La majorité de la population est devenue des zombies qui se sont laissés mourir, et le reste s'est au contraire transformé en monstres... les Reavers.

Pour diffuser la vérité sur les ondes, l'équipe amène les Reavers à leurs trousses face aux forces de l'Opérateur. Wash est tué dans le crash du Serenity, et l'équipe est quasiment tuée. Mais River version bad ass les sauve, et Mal finit par y arriver.

L'Opérateur décide finalement de ne pas être si méchant que ça et les laisse filer, sans garantir que l'Alliance ne les poursuivra pas. Le Serenity s'envole, avec River en co-pilote.

FIN

 

Photo

 

LES COULISSES

A l'origine, il y a la série Firefly, diffusée en septembre 2002 sur la Fox et annulée après 11 épisodes, sur les 14 de la première saison. Joss Whedon tente de lui redonner vie sur une autre chaîne, éventuellement sous forme de mini-série, mais même Sci-Fi refuse.

Une histoire très ordinaire, sauf que le créateur de Buffy contre les vampires est alors contacté par le studio Universal qui a flairé une opportunité : "C'est arrivé quand je pensais que plus personne n'était intéressé, et franchement je pense que personne d'autre ne l'était. Ca s'est fait de la plus simple des manières. Ils ne voulaient pas en faire un blockbuster, ce dont je refusais, ni un film à petit budget. Ils voulaient vraiment offrir à la série la dimension qu'elle n'avait jamais eu".

Whedon pioche dans ses idées pour une saison 2 afin d'écrire un scénario. La production est repoussée pour qu'il revoit ses ambitions à la baisse, la première version étant estimé à une centaine de millions de dollars alors qu'il n'en aura que 40. Entre temps, les ventes DVD et l'amour des fans ont définitivement convaincu Universal. Pour se démarquer de la série mais aussi parce que le Fox détient encore certains droits, le film est intitulé Serenity. En partie parce que Ron Glass et Alan Tudyk refusent de s'engager sur une suite comme les autres acteurs, leurs personnages sont tués - Whedon insistera pour dire que ce n'était pas uniquement pour cette raison.

 

Photo Joss Whedon

 Joss Whedon et ses acteurs sur le tournage de Serenity

 

LE BOX-OFFICE

Echec : 39 millions de dollars de budget et un box-office d'environ 38 (principalement aux USA). Après un démarrage tiède aux Etats-Unis et dans quelques territoires étrangers, le distributeur a annulé la sortie dans une dizaine de pays.

Depuis, il y a sans surprise eu quelques rumeurs, notamment celle d'un téléfilm. Joss Whedon a plusieurs fois été interrogé sur la question : il a expliqué avoir longtemps gardé l'idée en tête, et que si jamais l'opportunité devait se présenter, sa participation et motivation ne seraient en aucun cas un problème.

 

Photo Summer Glau

 

LE MEILLEUR

Le fan de Firefly a été comblé : Serenity ressemble à un grand season finale de près de deux heures, étalé sur un écran de cinéma, qui brasse largement les grandes thématiques de la série vers l'arrière (River sauvée par Simon) et l'avant (la vérité sur l'Alliance et les fameux Reavers). Le film approfondit en outre l'anticolonialisme au coeur de l'histoire, de manière très claire dès l'introduction et avec une certaine audace. Il y a donc une vraie satisfaction à voir la création de Joss Whedon déployer ses ailes pour se révéler, et de manière plus convaincante et mesurée que la conclusion accélérée de Dollhouse.

La principale force du film est héritée de la série : ce groupe de héros parfaitement Whedoniens, grâce auquel il insufle cette légèreté et cette énergie si attachantes. Lorsque l'équipage regarde l'échange maladroit entre Mal et Inara pour jeter du pop-corn à l'écran, ou quand Kaylee parle très naturellement de son manque de sexe. Si l'intrigue et l'univers manquent de profondeur et d'originalité, ils tiennent grâce à cette dynamique.

Aidé par cette excellente troupe d'acteurs menée par Nathan Fillion, Whedon travaille ainsi un bel équilibre entre l'humour et l'aventure, offrant un divertissement honnête et humble. Que le film soit éventuellement une conclusion donne en outre la sensation que l'équipe pourrait y passer, notamment lors du climax où elle se retrouve en très mauvaise position après la mort de Wash. Sensation suffisamment rare dans un film à grand spectacle pour être appréciable. 

 

Photo Nathan Fillion

 

LE PIRE

Au-delà du plaisir quasi automatique de retrouver les héros, Serenity est un objet étrange. Malgré le plaisir procuré par l'aspect old de ces héros et leurs aventures, il y a l'impression tenace d'avoir affaire à un gros épisode rallongé, plus qu'un long-métrage digne de ce nom. Digne dans le sens où il aurait les moyens et les ambitions nécessaires pour créer un espace de cinéma satisfaisant. Or, Serenity n'offre pas grand chose de neuf au rayon SF, et ne le raconte pas de manière profondément originale.

Aussi sympathique soit-elle, l'aventure reste presque anecdotique, comme un grand season finale et une étape avant de nouvelles aventures. Joss Whedon déploie pourtant une énergie évidente pour justifier le film et lui donner un goût épique : il aborde de front la mythologie principale de la série (l'Alliance, River, les Reavers) et tue deux membres de l'équipage. Mais dans les enjeux, dans l'escalade de la tension, dans l'architecture globale de l'histoire, Serenity peine à prendre une réelle dimension de cinéma.

Peut-être parce que ça va trop vite, trop facilement et trop directement. La mythologie, que ce soit du côté de l'Alliance, de River ou des Reavers, reste au final peu approfondie et explorée au-delà des révélations. D'un point de vue narration, l'aventure n'est pas entièrement satisfaisante, gardant les faiblesses d'une structure de série ("la suite au prochain épisode"). Difficile ainsi de défendre l'existence de ce film sorti au cinéma, face à une option (qui aurait été louable) sous forme de téléfilm - sauf au niveau du budget.

Perçu comme un bon scénariste, Joss Whedon est moins applaudi en tant que metteur en scène, malgré son travail sur certains des meilleurs épisodes de Buffy contre les vampires (Un silence de mort ou Orphelines). Dans Serenity, il rappelle qu'il est capable d'emballer des scènes et images enthousiasmantes (le plan séquence qui présente l'équipage, le casse du début ou encore la planète Miranda). Mais ce qui frappe dans un format télévisuel est certainement trop faible pour un long-métrage : il manque ainsi à Serenity une vraie dimension de spectacle et d'aventure sur grand écran, laissant au final un arrière-goût d'inachevé, comme si Joss Whedon portait un costume trop grand pour lui. 

 

Photo Nathan Fillion, Gina Torres

 

SCENE CULTE

  

 

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commentaires

Andarioch
27/08/2018 à 17:27

Le premier avenger n'a certainement rien de honteux.
Quand à Serenity, je l'ai aussi vu par hasard et il a été ma porte d'entrée pour Firefly qui est vraiment une tuerie.

zetagundam
03/04/2017 à 19:32

"Film" très sympathique mais comme toujours avec ce tâcheron de réalisateur de Whedon, au lieu d'avoir une belle photographie cinéma, on se retrouve avec une photographie dégueulasse de téléfilm digne d'un dimanche après-midi sur la tnt (même résultat avec le médiocre avengers qui lui cumule avec d'autres problèmes)

Mordhogor
03/04/2017 à 18:13

Ben j'avais vu le film sans même savoir qu'il y avait une série avant (je viens de l'apprendre, merci donc !), et franchement, sans m'attendre à quelque chose d'immense, j'avais été agréablement surpris par ce métrage tout sauf ennuyeux. Cela remonte à pas mal d'années, et j'ai du coup maintenant, après avoir lu l'article, comme une grosse envie de le revoir ! Merci donc !

Zoom
03/04/2017 à 11:01

J'ai revu le film en blu-ray hier soir, toujours aussi fun...

Zanta
02/04/2017 à 17:31

Whedon a déclaré récemment qu'il préférait ne pas revisiter ses anciens univers, de peur de faire moins bien, et de décevoir.
Ca confirme ce qui était arrivé du côté des comics : si plusieurs one-shots étaient sortis depuis la sortie de "Serenity", il s'agissait toujours de préquelles, dont l'action est située entre la série et le film : "Those Left Behind" (2005), "Better Days" et "The Other Half" (2008) et "Downtime" (2010). Puis il a fini par lâcher des trucs importants : en 2010, "The Shepherd's Tale raconter l'histoire de Book, et "Float Out", sert de coda à l'histoire de Wash, avec une révélation finale.
Et en 2012, il a franchi le cap, en confiant l'écriture à son frère Zach Whedon : "It's Never Easy" raconte un épisode situé après le film, et en 2014, "Leaves on the Wind" reprend véritablement les fils narratifs laissés en suspens à la fin de "Serenity".
Et en 2016, "No Power in the Verse" se place encore 1 an après.
D'une certaine façon, Serenity 2 et 3 sont donc bien sortis.

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