Firefly de Joss Whedon : chronique d'une mort prématurée

Zorg | 18 octobre 2005
Zorg | 18 octobre 2005

Petit flash-back. C'est vers 2001 que tout démarre. Auréolé du succès tant public que critique de son chef d'œuvre télévisuel Buffy contre les vampires, et de sa série fille, Angel, Joss Whedon est contacté par la Fox qui désire lui commander un show. Il y voit l'occasion rêvée pour enfin se lancer dans un projet qui lui tient particulièrement à cœur : une série de science-fiction, à mi-chemin entre le space opera et le western, mais qui ne battrait pas le pavé de façon aussi mécanique et traditionnelle que ses glorieux aînés. C'est bien évidemment la chaîne américaine FOX qui diffusera la série à la rentrée 2002. Et jusqu'ici tout va bien...

 

Affiche

 

Après une période de gestation, le pilote, ayant bénéficié d'un budget honorable pour une production télévisée de science-fiction (un peu moins de 10 millions de dollars selon des sources officieuses – chaque épisode étant lui budgété autour de 2 millions), est montré aux puissances en place. C'est alors que le premier minuscule grain de sable vient s'immiscer dans la machine.


La chaîne n'est pas totalement satisfaite du résultat car à l'issue de la présentation, elle demande aux auteurs de réaliser un « second pilote ». Le premier, qui dure 1h30 et s'intitule Serenity (comme le titre du film, ce qui est loin d'être anodin) manque de rythme à leur goût, passe trop de temps à planter le décor et à présenter les personnages. Pour avoir une idée plus précise de quoi la série sera faite au quotidien, ils désirent avoir un deuxième angle avec un peu plus d'action, tenant sur les 45 minutes réglementaires. Joss Whedon et Tim Minear ont deux jours pour écrire le script et passent ainsi un week-end à refaire ce qu'ils viennent de faire pour le pilote. Le résultat, c'est le « fameux » épisode intitulé The Train job (L'Attaque du train). La série obtient alors le feu vert définitif pour une demie-saison, la production est lancée pour treize épisodes, et le reste relève plus d'un épisode de la quatrième dimension qu'autre chose.

 

Photo

 

Il est assez difficile de définir les responsabilités quant à l'échec de Firefly, mais une chose est pratiquement certaine : si les auteurs ont peut-être un peu raté leur cible en voyant trop haut ou en ayant un concept trop flou pour séduire rapidement le grand public, la chaîne FOX écope certainement de la plus grosse part de responsabilité en diffusant la série de manière totalement anarchique.

Le premier pilote, Serenity, qui sert à planter le décor de cet univers original, à présenter les personnages de manière ordonnée, bref à lancer l'histoire sur les bons rails, et qui recèle des informations pratiquement indispensables à la bonne compréhension des événements futurs, n'est pas diffusé dès le départ. C'est son cadet, le second pilote The Train job, qui est présenté en premier au public le 20 septembre 2002. Les épisodes suivants sont alors diffusés dans un désordre quasi-complet, ce qui s'avère particulièrement préjudiciable quand on connaît le goût du créateur de la série pour les trames narratives fortes tout au long d'une saison.


Cumulé à cela et en dépit de toutes ses qualités, Firefly est une série qui semble ne pas bien rentrer dans les cases thématiques de la télé US. On est loin d'un bon drame policier bien carré genre NYPD Blues ou CSI : Les Experts, ou bien d'une sitcom à la Friends, ou encore des différentes séries classiques de science-fiction comme Star Trek ou Babylon 5, plus académiques et souvent noyées sous plusieurs couches de vernis.

 

Photo Nathan Fillion, Gina Torres

 

Résultat, au bout de quelques semaines, l'audience est faible, voire très faible d'après le célèbre système de « ratings » de l'institut Nielsen (l'audimat en somme) en vigueur aux États-Unis. La série n'accède qu'à la 66e place du classement national à l'issue de sa première diffusion, pour ensuite sombrer dans les profondeurs du classement, soit aux environs de la 100e place, lors des épisodes suivants. Des résultats très largement insuffisants aux attentes de la chaîne. Firefly devient dès lors persona non grata, et la décision tombe, brutale, pour toute l'équipe : le show est retiré de l'antenne par FOX, qui perpétue ainsi une longue tradition d'éliminations de séries intelligentes et prometteuses ne rencontrant pas un succès immédiat.

Ironie du sort, la dernière scène tournée par les comédiens après que l'annulation ait été prononcée correspond à des funérailles. Comble du paradoxe, la diffusion s'achève sur le pilote initial, toujours inédit à ce moment là. Nous sommes le 20 décembre 2002, la série a trois mois d'existence, et il reste alors trois épisodes sur les 14 au total (15 si l'on décompte les deux parties du pilote), qui n'auront pas été vus du public. Fort heureusement, l'histoire ne s'arrête pas là.

 

Photo Joss Whedon

Joss Whedon sur le plateau de Serenity 

 

Malgré toutes les difficultés rencontrées lors de sa diffusion (gentiment sabordée par la chaîne FOX disons-le), Firefly a tout de même reçu les éloges de la critique, ainsi que le soutien d'un public fidèle. Deux atouts qui l'ont, de toute évidence, sauvée de l'oubli. Comme il est désormais d'usage, aussi bien avec le cinéma que les séries télé, si ça ne marche pas du premier coup, on a toujours les DVD pour tenter de se rattraper. Et au pire, si les ventes ne se comptent pas en conteneurs entiers, ça fait plaisir aux fans qui pourront se repasser les disques en boucle.

Le coffret DVD voit alors le jour au bout de quelques mois, le 9 septembre 2003 pour être exact. Argument imparable pour tous les déçus, outre quelques bonus, ils vont pouvoir profiter de la série dans son l'intégralité, et surtout dans l'ordre. Dès lors, tout ne s'emballe pas, mais presque. L'aura critique de la série et le bouche-à-oreille véhiculé par les fans sont le moteur des ventes et le succès est rapidement au rendez-vous, les chiffres tournant à ce jour autour des 400 à 500 000 exemplaires (le coffret figure toujours parmi les best-sellers de certains sites de vente en ligne).

 

Photo Nathan Fillion

 

Universal entre alors dans la danse fin 2003 / début 2004. Dans un élan de générosité à peine croyable, motivé par les très bonnes ventes ainsi que l'excellente réputation de la série, le studio offre à Joss Whedon une adaptation cinématographique sur un plateau d'argent, lui laissant même les rênes en tant que scénariste/réalisateur. Preuve supplémentaire de la bonne volonté du studio, mais aussi de sa confiance dans les chances de son poulain, la sortie initialement prévue aux alentours du mois de mai 2005, est reportée à la rentrée. D'une part pour éviter les poids lourds de l'été comme Star Wars, mais aussi pour laisser plus de temps pour finaliser certains effets spéciaux, ainsi que pour organiser aux États-Unis une sortie limitée dans une trentaine de villes. Ceci afin de ne pas plonger le film dans la jungle du fameux week-end de sortie entièrement désarmé, et laisser ainsi le temps au bouche-à-oreille de faire son office, Firefly n'étant pas forcément un film très facile à vendre.

Les lois du marketing (ou de la programmation télévisée, c'est selon) faisant par ailleurs drôlement bien les choses, SciFi Channel a repris la série pour une rediffusion intégrale (et dans l'ordre, désolé d'insister) depuis la mi-juillet jusqu'à fin octobre / début novembre, recouvrant ainsi la sortie américaine du film le 30 septembre 2005. Un marathon a même été organisé trois jours avant, le 27, durant lequel dix épisodes ont été diffusés, allant du pilote Serenity jusqu'à Ariel.

Quoi qu'il en soit, succès d'audience ou pas, space opera intimiste ou western du futur, Firefly aura marqué à sa manière l'histoire de la télévision par son destin quelque peu hors du commun.

 

Affiche

 

 

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