Le mal-aimé : Belles à mourir, l'anti-Little Miss Sunshine hilarant avec Kirsten Dunst et Denise Richards

Mise à jour : 24/04/2017 19:34 - Créé : 18 mars 2017 - Geoffrey Crété
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Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

    

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"Un mockumentary inélégant" (Entertainment Weekly)

"Les idées sont plus drôles que les images" (Roger Ebert)

"La satire manque de détails vraiment inventifs et surtout de nerf" (Télérama)

"L'effet de réel recherché par Belles à mourir se solde par un mépris tel des personnages qu'il finit par se retourner contre lui" (Le Monde)

   

 

LE RESUME EXPRESS

Minnesota, Etats-Unis. A l'occasion du concours de beauté annuel de la petite ville de Mount Rose, une équipe filme les candidates pour un documentaire. Parmi elles : l'humble et optimiste Amber Atkins, qui vit dans une caravane avec une mère alcoolique, et Rebecca Leeman, fille bourgeoise de Gladys Leeman, qui organise les festivités.

Très vite, c'est l'horreur : une candidate explose dans son tracteur, une autre se prend un projecteur sur la tronche. Rebecca remporte finalement le premier prix, mais crame lors de la parade dans un gigantesque char en forme de cygne qui explose. Gladys craque et avoue être responsable des meurtres.

Dauphine, Amber devient la miss Mount Rose et s'envole pour tenter le concours de Minnesota American Teen Princess. Là, elle déchante face aux candidates professionnelles... mais remporte une victoire lorsque toutes les autres vomissent leurs tripes à cause de fruits de mer avariés.

Elle arrive ensuite au concours national... mais découvre que la compagnie a fermé, à cause d'un problème d'évasion fiscale. Leurs rêves brisés, toutes les candidates deviennent folles et détruisent tout.

Gladys s'évade de prison et se pose avec un fusil sur le toit du supermarché de Mount Rose pour se venger des habitants. Elle tue une journaliste en plein direct et Amber récupère le micro pour prendre le relais. Ainsi son rêve se réalise : elle décroche le job et travaille à la TV.

 

Photo

  

LES COULISSES

La scénariste Lona Williams a puisé l'inspiration dans sa propre expérience d'adolescente : elle a été Miss Minnesota Junior. Mount Rose, ville fictive, est un anagrame de Rosemount où elle a grandi. "Je suppose que ça a eu un plus grand impact que je ne pensais. Dans le film, il y a un millier de petites choses qui viennent de mon expérience. La manière dont c'était pris au sérieux était hilarante."

Belles à mourir était le premier film de la scénariste et du réalisateur Michael Patrick Jann, alors connu comme membre de la troupe de la série MTV The State. Il a depuis travaillé sur diverses séries (notamment l'excellente Angie Tribeca, qui fonctionne sur le même type de comédie).

La collaboration entre Jann et Williams a été compliquée. Le réalisateur a tenté de reprendre une partie du scénario pour lui donner une forme plus solide. Il n'a alors que 26 ans, et dira des années plus tard qu'il a certainement été un peu brutal avec la jeune scénariste. Lona Williams, elle, sera plus directe, à l'image de son travail : "C'était un connard".

 

Photo Kirstie Alley

 

Lors des nombreux affrontements, le producteur Gavin Polone se rangera souvent du côté de son réalisateur. Plusieurs éléments ont ainsi créé des débats : un petit rôle que la scénariste s'était réservé, la fin originale (où Gladys se suicidait en prison) et le désir de Williams de caster des acteurs inconnus pour renforcer l'aspect documentaire. La production propose ainsi dans un premier temps le rôle de Gladys à Sigourney Weaver et celui d'Annette à Goldie Hawn. Parmi les inconnues castées aux côtés des visages connus : Amy Adams, dans son premier rôle, avant une carrière désormais fabuleuse.

La réalité a rejoint la fiction lorsque le tournage s'est installé dans le même hôtel qu'un vrai concours consacré à la scupture sur beurre. Lorsqu'il a fallu filmer la scène apocalyptique du vomi, les véritables candidates présentes sur les lieux ont ainsi eu un choc, croyant pendant un moment que c'était réellement la fin de leur monde. Tout le monde n'est pas doté du même sens de l'humour, et la production a dû modifier le titre original (Dairy Queens, c'est-à-dire Les Reines des produits laitiers) suite aux menaces de procès de la chaîne de fast food Dairy Queen.

D'abord enchanté par le film, New Line a tenté au dernier moment de modifier la perception que le public en avait pour essayer de le vendre comme un Clueless, succès phénoménal sorti 4 ans avant. Une horreur selon Lona Williams, qui avait justement conçu Belles à mourir  comme l'anti-Clueless. Ce que les producteurs avaient aimé, ce qui avait attiré les acteurs, devient alors un problème marketing. New Line finit par abandonner le film lors de sa sortie américaine, satisfait des retours financiers après les ventes internationales qui ont suffit à régler l'affaire d'un budget si petit.

 

Photo Denise Richards, Kirsten Dunst

 

LE BOX-OFFICE

Echec. Belles à mourir a coûté dans les 15 millions de dollars, et n'en a rapporté qu'une dizaine. En France, il a attiré un peu plus de 60 000 spectateurs à sa sortie en 2000. Par la suite, Butter (La Famille Pickler en VF), qui raconte ces concours de sculpture sur beurre (véridique), avec Jennifer Garner et Olivia Wilde, prouvera que le public n'est pas réceptif aux comédies sur cet univers.

Michael Patrick Jann n'a pas réalisé de film depuis, et la scénariste Lona Williams a retenté une comédie noire en 2001 avec Sugar & Spice. Mais suite au massacre de Columbine, le film a été modifié et elle l'a finalement renié.

Néanmoins, Belles à mourir a gagné un statut de petit film culte pour beaucoup. Interrogée sur sa carrière, l'excellente Allison Janney expliquait en interview : "Je pense que plus de gens viennent me voir dans la rue pour me dire qu'ils adorent ce film que n'importe quel autre. Plus encore qu'A la Maison blanche, je dois dire. Ce film est culte, et c'était un super rôle."

Ailleurs, elle raconte une anecdote qui montre bien ce statut de film culte : "Le moment le plus drôle 'tait dans un aéroport où j'étais assise à côté de gamins qui citaient leurs répliques préférées de Loretta. Je leur ai dit, 'Euh, je jouais Loterra dans le film'. Et ils se sont mis à hurler. C'était drôle. J'ai eu l'impression d'être une rock star avec ce film". Un article de Buzzfeed revient sur la carrière étonnante de Belles à mourir.

A noter que Gilmore Girls n'aurait pas existé sans Belles à mourir, le producteur Gavin Polone ayant été inspiré par cette histoire centrée sur une mère et sa fille lors du tournage.

 

Photo Denise Richards

  

LE MEILLEUR

Denise Richards a eu une carrière notable qui a duré deux ou trois ans. Et son apparition en pouffe grotesque dans Nowhere de Gregg Araki était un présage : elle sera une Barbie de l'espace dans Starhsip Troopers, une pouffe meurtrière dans Sexcrimes, une pouffe républicaine dans Belles à mourir et la pouffe ultime (drôle malgré elle donc) dans Le Monde ne suffit pas.

Mais la comédie sur les concours de beauté reste l'un des meilleurs sommets de sa pauvre carrière : ce portrait de l'Amérique profonde, d'une cruauté et d'une bêtise sans limites, est fabuleux. Rien ni personne n'est épargné, des héros aux antagonistes, de la famille à la patrie, des croyants aux obsédés sexuels, de l'anorexie au retard mental, de la bourgeoisie aux white trash (insulte qui désigne la population blanche pauvre et peu éduquée). Belles à mourir tape fort et sans hésitation pour atomiser le pays de l'oncle Sam. Et au passage, certains de ses personnages, avec un plaisir non dissimulé.

 

Photo Denise Richards

 

Little Miss Sunshine utilisera le décor en carton des concours de beauté pour un feel good movie sous forme d'ode à la marginalité et la douce anormalité. Belles à mourir filme le même manège mais n'y trouve aucune échappatoire : cette tradition ancrée dans la culture américaine sert au contraire à montrer son vrai, affreux et triste visage. Car au-delà de la mère alcoolique et son amie nymphomane, de l'ancienne miss et sa fille détestable, du juré à moitié pédophile et des abrutis qui peuplent chaque recoin de l'image, même l'héroïne est une carcasse vide : elle gagne par hasard, grâce à des choses peu nobles (grâce à des morts et du vomi), et maintient son sourire en toute circonstance.

Le procédé de mockumentary (faux documentaire) sied à merveille à l'exercice, qui brille en grande partie grâce à ses actrices : Kirsten Dunst, Denise Richards, Ellen Barkin, Kirstie Alley et Allison Janney sont tout simplement géniales dans ces rôles peu ordinaires.

  

Photo Ellen Barkin

  

LE PIRE

Rien. Dans Belles à mourir, le pire est partie intégrante du meilleur. 

Ou alors, le fait qu'il semble évident en revoyant la comédie que Denise Richards aurait pu avoir une carrière bien plus amusante et intelligente.

 

Photo Denise Richards

  

SCENE CULTE

  

 

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commentaires

totoro 19/03/2017 à 14:14

Effectivement bien joué ! Plus qu'un film mal-aimé, Belles à mourir est un film injustement ignoré ! Il est pourtant d'une drôlerie et d'une méchanceté incroyable ! Il me semble par ailleurs qu'il avait gagné un prix (le grand prix?) au festival de la comédie de l'Alpe d'Huez ! Merci d'avoir remis dans la lumière ce, pour moi, petit chef-d'oeuvre d'humour noir !

Kiddo 18/03/2017 à 12:56

@La redac
Well done..
Film sans limites et bcp plus malin qu'il en avait l'air..
Et Amy Adams on fire, come on...

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