Star Wars : et si la prélogie de George Lucas n'était pas aussi mauvaise qu'on le pense ?

Christophe Foltzer | 25 avril 2022
Christophe Foltzer | 25 avril 2022

Star Wars Episode II : l'attaque des clones est ce soir à 21h15 sur TMC.

Star Wars est vraiment un cas unique dans l'univers du cinéma, un phénomène qui est quasiment devenu une religion pour beaucoup. Et si la saga a été relancée pour le pire et un peu de meilleur par Disney, il est peut-être temps de se pencher à nouveau sur sa période sombre : la fameuse prélogie.

Considérée par beaucoup de fans comme une immense déception et une trahison de ce qui a été fait avant, la prélogie Star Wars connait une légère revalorisation maintenant que Disney a pris les choses en main et enchaîne les projets de films et séries. La postlogie a plus que jamais divisé les fans, notamment à cause d'une production chaotique qui s'est ressentie dans les films, et un Mickey un peu trop hâtif d'exploiter la licence aux Jedi.

Il nous paraissait donc intéressant de jeter un oeil en arrière pour se demander si nous avions vraiment compris ce que George Lucas avait essayé de nous dire à l'époque.

 

Photo Jake Lloyd, Liam Neeson, Ewan McGregorChaque génération a sa trilogie

 

UNE GALAXIE LOINTAINE

Ce n'est un secret pour personne, George Lucas a toujours eu un rapport plus que conflictuel vis-à-vis de Star Wars. Clairement dépassé par l'ampleur du succès de la saga originale, il s'est retrouvé enfermé, étouffé par sa création alors même qu'elle le rendait extrêmement riche et l'inscrivait au panthéon des artisans du 7ème art. Une contradiction qui s'est manifestée à plusieurs reprises et qui trouve son plus bel exemple dans le remaster vidéo de la première trilogie, les fameuses et décriées Editions Spéciales. Si tout le monde y a vu là à l'époque un acte de sabordage, la raison première serait plus à chercher du côté de la réappropriation.

 

Photo George Lucas"L'univers que j'ai créé s'étend jusque là-bas"

 

Limité par les moyens dont il disposait dans les années 70, Lucas n'était pas entièrement satisfait du résultat et après avoir boosté la technologie pendant 20 ans via sa société ILM, il pouvait enfin retranscrire une partie de sa vision initiale. Insatisfait et exigeant, Lucas a aussi compris très vite que Star Wars lui appartenait moins qu'à ses fans érigés en gardiens du temple et devait probablement s'étonner qu'il n'ait plus vraiment son mot à dire sur sa propre création.

D'un naturel froid et légèrement paranoïaque, Lucas s'est donc enfermé dans sa tour d'ivoire, avec pour seul but de reprendre son bébé. Comme il n'est pas l'homme le plus doué du monde pour la communication, il a très mal géré ce virage qui a démarré la grande scission qui conduira à la vente de la licence à Disney, au grand soulagement de pas mal de monde. Un comble. Mais ce ne sont là que les germes d'une plus grande bataille.

 

Photo George LucasLa vieille garde, contre la nouvelle

 

RETOUR AUX SOURCES

Lorsque Lucas annonce au milieu des années 90 qu'il compte nous donner une nouvelle trilogie, les esprits s'échauffent et perdent immédiatement de vue l'essentiel : Star Wars appartient à Lucas et il a un plan en tête depuis longtemps. L'histoire est connue de tous : à l'origine personne ne croyait au potentiel de Star Wars et Lucas a commencé par l'Episode IV parce qu'il était le plus simple à faire en regard des moyens dont il disposait. Il avait déjà un arc précis en tête, centré autour de la destinée d'Anakin Skywalker, et il comptait bien le mener à son terme un jour ou l'autre.

Si l'univers de la saga avait connu une grosse expansion grâce à ses nombreux produits dérivés, nous faisant découvrir d'autres aspects de la Galaxie, l'histoire principale restait cependant en friche.

 

Photo Jake LloydCours, Anakin, cours

 

Et si la première trilogie était mythologique, avec une relecture du monomythe de Joseph Campbell ainsi qu'un best-of de toute la culture new-age déclinante de l'époque, George Lucas n'était plus le même homme dans les années 90. Fatalement, cela allait se ressentir dans son travail. Il restait cependant contradictoire et celui qui annonçait à regrets qu'il avait débuté comme un rebelle et qu'il s'était progressivement transformé en Dark Vador souhaitait, avec cette nouvelle partie, parler du monde qui l'entourait.

La trilogie formée par La Menace fantôme, L'Attaque des clones et La Revanche des Sith ne sera pas tant une aventure mythologique qu'une analyse politique et psychologique des dérives totalitaires du monde. Rappelons quand même à tout hasard que ce n'est pas venu de nulle part puisque son premier film, THX 1138, parlait déjà d'une société déshumanisée où l'homme n'était plus qu'un produit destiné à l'exploitation. Et, dans un sens, la prélogie est plus un prequel de ce film que de Star Wars.

 

PhotoHologramme de la Force

 

UNE RATIONALISATION DE LA FORCE

Si l'on prend la trame de la trilogie à son niveau le plus basique, que voyons-nous : la destinée tragique d'un enfant appelé à sauver le monde et qui se perd en chemin, perverti par un système totalitaire en devenir qui manipule ses émotions. Si le parallèle avec le propre parcours de Lucas (l'un des Wonder Boys des années 70 et du Nouvel Hollywood) est évident, il fait aussi un état des lieux de la chute d'une république. Passionné d'histoire, Lucas sait comment se crée un empire et a probablement vu dans l'évolution de la société américaine pré-11 septembre les germes d'un danger pour tout le monde.

Entre les deux trilogies, Reagan, Bush et Clinton se sont succédés à la Maison Blanche, la Guerre Froide s'est terminée, la première guerre d'Irak a éclaté, un Président s'est fait lustrer le cigare dans le Bureau Oval et le fils Bush s'apprête à prendre le pouvoir. L'heure n'est donc plus à la magie mais à l'analyse. Et c'est peut-être le plus grand mérite de la prélogie : faire l'inverse de ce que l'on attendait.

 

Photo YodaYoda moins marionnette que jamais

 

À un niveau plus personnel, on peut supposer que Lucas a "trahi" ses fans parce qu'il voulait les faire évoluer. Voyant que son univers est devenu une religion, qu'il déclenche les passions depuis 20 ans et que rien ne semble pouvoir l'arrêter, il souhaite peut-être en profiter pour y insuffler un message qu'il mûrit depuis très longtemps, fruit de ses années d'observation et d'analyse.

Car Lucas est un cérébral, à tendance mystique certes, mais néanmoins ancré dans le réel. Et si les années 60-70 ressemblaient à une quête spirituelle pour beaucoup de réalisateurs américains émergeants, la fin de la guerre du Vietnam, l'assassinat de Kennedy et l'ultra libéralisation de la société américaine ont calmé leurs désirs d'un ailleurs magique et illuminé.

 

Photo Hayden Christensen, Ewan McGregor, Natalie PortmanLe trio de la nouvelle trilogie

 

Casser le mythe pour parler de la réalité, voilà le pari que Lucas s'est fixé. Ce qui explique pourquoi la Force est à présent un facteur génétique, pourquoi la prélogie semble plus s'intéresser aux manipulations politiques du Sénat qu'aux aventures des Jedis et pourquoi son Anakin est un héros aussi fade. Il est le symbole d'un idéal révolu et naïf piégé par un système pervers qui est en train de le digérer. Autant une allégorie de Lucas lui-même que de la société américaine.

La fin d'une innocence qui doit cependant sacrifier à quelques passages obligés pour satisfaire les fans. Car un tel message ne peut être communiqué de manière frontale. Le public ne veut pas assister à un cours magistral, il veut retrouver la magie de son enfance, bref retrouver le Star Wars qu'il aime et que sa passion a modifié avec les décennies. Lucas n'étant pas le plus doué pour jouer sur l'émotionnel (à l'inverse de Spielberg), il va commettre quelques erreurs impardonnables.

 

Star Wars Épisode II : L'Attaque des clones : Photo Hayden ChristensenDans l'ombre d'une trilogie mythique

 

L'ERREUR JAR-JAR BINKS

Quoi qu'il fasse, il sait que ses films vont cartonner. Mais, dans sa contradiction, Lucas veut aussi donner à son public ce qu'il attend tout en désirant toucher une génération plus jeune pas encore contaminée par la Force. En résultent des choix discutables, dont Jar-Jar Binks, le personnage le plus détesté de l'univers. Contenter tout le monde était chose impossible, Lucas le sait bien et il a dû faire un choix. Reprenant les codes de la fable mythologique, il commence donc sa prélogie sur un mode quelque peu naïf et enfantin pour mieux approfondir son propos dans les films suivants, se piégeant ainsi définitivement.

 

Photo Jar Jar BinksMissa dit ça cocotte pas bon

 

À trop jouer sur tous les tableaux en même temps, on perd le contrôle et Lucas, une nouvelle fois, vrille totalement de son objectif de départ. Les films suivants rétabliront quelque peu la balance mais le mal est fait, ce que les gens retiennent est l'histoire d'amour insipide d'Anakin et Padmé, très en-deça des attentes et traitée avec tellement de naïveté qu'elle en devient embarrassante à regarder. Et on voit bien d'ailleurs que cela n'intéresse pas Lucas, que la mise en scène de ces séquences n'est pas inspirée, que l'écriture est ridicule, mais c'est le prix à payer pour camoufler un pamphlet sous les atours d'une grande fresque universelle, une saga qui touchera les gens en se jouant de leurs émotions.

Car le projet est complexe et n'aurait jamais intéressé le public s'il s'était présentée de façon brute. Soumis à de grosses contraintes commerciales, Lucas doit dès la base pervertir son idée pour en faire un objet grand public. Cela ne peut pas bien se passer quoi qu'il arrive.

 

PhotoPaul

 

UNE PRELOGIE PAS SI NULLE

Si la prélogie accumule les erreurs et les fautes de goût, elle n'en reste pas moins passionnante dans ce qu'elle raconte une fois qu'on a fait le tri. A l'heure où Disney capitalise sans vergogne sur la franchise et semble décidée à la prolonger ad nauseam sans vraiment creuser le coeur de son sujet et en utilisant toujours les mêmes ficelles, Lucas nous avait fait une proposition originale et fortement subversive. Critiquer à la fois le système qu'il avait lui-même créé ainsi que le monde dans lequel nous vivons tous en utilisant quelque chose d'universel et qui emporte l'adhésion de tout le monde pour faire passer un message important.

 

PhotoUn public désappointé

 

Oui le résultat est bancal, oui Lucas n'a pas été à la hauteur de son ambition, mais c'est justement ce qui rend son travail aussi passionnant. De voir la lutte d'un homme contre lui-même, contre sa création qui l'a dépassé et un public qui pense que la saga lui appartient totalement et que son inventeur doit aller dans son sens. Quelque part nous vient l'idée que George Lucas a peut-être réussi son pari. Pas dans les films lui-même mais dans leur contexte et leur réception. Il nous a prouvé que nous étions tous des dictateurs en puissance dès lors que l'on touche à notre coeur, notre pulsionnel et notre passion et qu'il ne faut pas grand chose pour basculer du côté obscur.

Si Lucas y a plongé pour s'exorciser de son bébé avant de jeter l'éponge et de le confier à quelqu'un d'autre, nous n'avons peut-être pas compris ce qu'il a voulu nous dire puisque nous allons toujours nous déplacer en masse voir le prochain film de la saga, à présent détenu par un véritable Empire qui n'en est pas à ses premiers faits d'arme et qui nous vend peut-être du réchauffé pour mieux nous enchainer, tout en excitant notre fibre nostalgique et rebelle.

 

Photo Ian McDiarmidMickey Palpatine

 

Au final, on peut supposer que Lucas n'a pas fait cette prélogie pour nous, le public, mais bel et bien pour lui. Pour se libérer d'un poids et s'affranchir de quelque chose qui l'avait transformé avec les années en ce qu'il n'était pas. Tout en nous racontant ce que nous avions tous fait collectivement sans nous en rendre compte et en se permmettant au passage de nous mettre en garde contre un système politique et économique global qui a prouvé depuis à de multiples reprises qu'il ne souhaitait pas forcément notre bonheur.

Pour toutes ces raisons, la prélogie mérite d'être réhabilitée, pas pour ce qu'elle est de façon effective, mais bel et bien pour ce qu'elle raconte et représente.

Tout savoir sur Star Wars : Episode I - La Menace fantôme

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commentaires
Kikibrestois
20/06/2022 à 16:38

La prélogie a le mérite d'avoir une toile de fond politique avec une ligne directrice, après elle est plus ou moins bien enrobée mais au moins c'est cohérent là dessus. Elle permet d'établir un tryptique: chute de la démocratie - renversement de la dictature (la TO) - rétablissement de la démocratie (et ses difficultés), que n'a malheureusement pas exploité la postlogie (d'où une grosse déception personnellement)
J'aimerai aussi défendre l'histoire d'amour dans le II, fade, mièvre, maladroite, mais c'est justement ça l'amour naissant entre deux personnes qui n'ont jamais connu ça, surtout quand on est observateur extérieur de la relation, on leur tient la chandelle est on s'ennuie, c'est finalement très réaliste et permet de valider la profondeur des émotions des personnages, qui sont quand même déterminantes pour la suite.

Sommelier8413
02/05/2022 à 17:48

J'avais et j'ai toujours plutôt apprécié les films de la prelogie. Pas parfait (les sfx vieillissent mal, on voit trop le tournage sous écran vert,...) Mais au contraire je trouve que le côté politique était utile pour comprendre la chute de la république. Les fans croyaient peut être que l'empereur avait pris le pouvoir comme ça d'un coup, par les armes !? Sans ces manipulations il n'y serait pas arrivé... mais bon c'est moins "fun"...

K2000
28/04/2022 à 15:25

On peut critiquer cette prélogie tellement il y a des défauts (notamment des CGI pas terribles et autres), mais c'est largement au dessus des trois derniers films aux images flatteuses mais dont l'intrigue est aussi vide que l'espace intersidéral. La prélogie contenait une intrigue intéressante au moins.
Bon j'avoue j'ai du mal à pardonner la scène de la création de Vader qui est à mon sens ratée. J'en attendais beaucoup tellement le personnage est iconique. Pas la scène en tout cas, dommage !

Pat Rick
26/04/2022 à 22:19

J'ai toujours beaucoup apprécié la prélogie et jamais compris le désamour des fans envers ces 3 bons divertissements.

Kukuma
26/04/2022 à 18:39

J'ai jamais compris ce delire avec jar jar , il ne m'a jamais dérangé ! Faut arrêter de faire les puristes à deux franc !
La prelogie est très bien mise à part le 2 ( le stalke sexuel massif de Anakin envers Portman est insupportable)

Brakiss
26/04/2022 à 14:56

Il est difficile de ne pas remarquer certains défauts comme vous l'avez signalés : des dialogues souvent honteux, l'histoire d'amour insipide, Anakin et ses expression de flan ahuri et bien sûr jar jar binks. MAIS, la prélogie reste une histoire construite et infiniment plus solide que le star wars de l'ère disney qui essaie simple de copier l'ambiance cantina. Disney ne comprends pas grand chose à l'univers Star wars quand on voit comment ils le traitent. Finalement la prélogie malgré ses défaut évidents est un spectacle autrement plus généreux en actions et en nouvelles propositions. Le développement du contexte politique, les missions des Jedis quand ils étaient encore importants dans la république, les nouvelles planètes etc etc Dinsey ne veut pas prendre de risque mais arrive quand même à agacer tout le monde : le 7 est un remake nul du 4, le 8 un traitement différent mal amené qui aurait pu avoir au moins une conclusion honnête mais c'était sans compter le triple saut périlleux tenté par le 9 qui est le plus bancal, rushé et fan service des 3. Difficile d'imaginer que Lucas aurait pu nous manquer !

Cherrymoon
26/04/2022 à 14:11

Le mythe des "Yes men" autour de Lucas vient de ce sentiment d'absence d' altérité au sein de son entourage. On sait aujourd'hui qu'un Doug Chiang valait bien un jeune Phil Tipett, et que de nombreux talents émergents, en plus de nombreux confirmés ont travaillé sur la prélogie. Le cinéma reste un art collaboratif...

La critique s'est emparée d'une situation de "toute puissance" effective pour y trouver la source de tout ce qui n'allait pas dans la prélogie. La posture jupitérienne n'a pas bonne presse...elle se venge parfois.

Quant à l'industrie cinématographique, j'ai vraiment pas le sentiment qu'elle laissera émerger un nouveau George Lucas de sitôt. Ce que nous dit en creux Lana Wachowski dans "Matrix Ressurections" sur la Warner (Assez proche de ce que disait Prince de la même maison mère il y a 30 ans ...), vaut plus que de longs discours. Le contrôle est le pouvoir...

Le "drame" de la Fox est bien d'avoir perdu tous droits sur les suites de Star wars, même Alan Ladd en a essuyé des critiques .
Sorti de Star Wars et Indy, Lucas a eu du mal à porter nombre de projets. La vente de Lucasfilm est concomitante de l'échec cuisant de "Red Tails" qui n'a même pas été distribué. Le film n'était pas très bon, mais de là à ce qu'il ne soit pas diffusé... Le choix de vendre à Disney a ses raisons...

Simon Riaux - Rédaction
26/04/2022 à 13:22

@Ethan

Oui.

En l'achevant.

Ethan
26/04/2022 à 13:06

Elle est bien mais la fin du 3 est incompréhensible. Obi Wan aurait dû sauver Anakin

Le relou de service
26/04/2022 à 12:28

Pour cela il n’y a rien que je puisse faire pour vous désolé !

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