Batman, Beetlejuice, Big Fish... le meilleur et le pire de Tim Burton

La Rédaction | 29 mars 2019
La Rédaction | 29 mars 2019
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Plus de trente ans de carrière, 19 films, et une carrière en dents de scie, qui va du grandiose au minable, de la magie à l'horreur cinématographique.

D'Edward aux mains d'argent  à Sleepy Hollow, de Batman à Dark Shadows, de Mars Attacks ! à Big Eyes, le réalisateur a imposé un style, un univers et une galerie de personnages mémorables, pour des raisons plus ou moins nobles. 

Alors que Dumbo sortira cette semaine en salles (retrouvez notre critique ici), la rédaction se penche sur le cas Tim Burton, entre coup de foudre et coup de gueule. L'occasion pour chaque rédacteur de donner un coup de coeur, et un coup de gueule.

 

  

GRÉGORIANE BENOIT

LE MEILLEUR : BEETLEJUICE

Adaptation ingénieuse du célèbre Fantôme de Canterville d’Oscar Wilde, Beetlejuice, deuxième long-métrage et épanouissement de l’auteur dans son univers gothique, est le film qui marque l’affirmation de Tim Burton dans un style particulier. Drôle, effrayant et merveilleux, Beetlejuice est une véritable renaissance d’un cinéma expressionniste et baroque, qui se permet toutes les hallucinations délirantes sans jamais tomber dans la parodie d’un genre.

A l’époque, Tim Burton croit en ce qu’il fait, chérit son univers bourré de références et n’abandonne jamais l’émotion au profit de la loufoquerie. Beetlejuice trouve la beauté dans les différences en prouvant que ce qui est bizarre n’est jamais laid. Une vision subtile qu’il magnifiera ensuite dans son chef-d’œuvre absolu, Edward aux mains d’argent.

 

Photo Beetlejuice 2Beetlejuice Beetlejuice Beetlejuice

 

LE PIRE : DARK SHADOWS 

Après la catastrophe Alice aux Pays des merveilles qui constituait déjà la fin d’un style burtonien, c’est avec Dark Shadows que la confirmation a eu lieu. A l’image inversée de son Beetlejuice, Dark Shadows arrive à un point où l’auteur ne croit même plus en ce qu’il fait et devient malheureusement une terrible parodie de lui-même, ressemblant à du Tim Burton mais n’étant que la version ridiculisée de Tim Burton.

Et si le film reste une joyeuse comédie parfaitement exécutée par un formidable professionnel, l’émotion et la passion de ses débuts ont disparu, laissant place à des numéros d’acteurs prestigieux toujours à côté de la plaque. 

 

Image 593416Eva Witch

 

GEOFFREY CRÉTÉ

LE MEILLEUR : ED WOOD 

Un film de coeur, réalisé après le triomphe du fabuleux Batman, le défi, qui est l'autre grand meilleur film du cinéaste. Alors qu'il a l'opportunité de réaliser Mary Reilly avec Julia Roberts (la Columbia impose la superstar alors qu'il voulait Winona Ryder, et Stephen Frears reprendra le film après ça), le cinéaste se penche sur la vie d'Ed Wood, connu sur la planète nanar pour ses affreuses séries Z.

Du simple biopic, Tim Burton tire un magnifique film mélancolique, sur la foi et les rêves brisés, sous les palmiers traîtres de Hollywood. Des faits réels, il tire une aventure loufoque, avec une tendresse infinie pour ce freak bigger than life qui a rampé dans l'industrie du rêve. Jamais son cinéma n'aura trouvé un si bel équilibre entre la légèreté et la tragédie, le rire et les petites larmes. Et rarement aura t-il été aussi émouvant et beau que dans ce noir et blanc, illuminé par un superbe casting (Johnny Depp, Bill Murray, Patricia ArquetteSarah Jessica Parker et Martin Landau, Oscar du meilleur acteur dans un second rôle).

 

Photo Johnny Depp, Sarah Jessica Parker, Tim BurtonTim Burton sur le tournage, avec Johnny Depp et Sarah Jessica Parker

 

LE PIRE : CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE 

Dans la course au pire film de Tim Burton, Charlie et la chocolaterie dépasse de peu l'immonde Alice au pays des merveilles parce qu'il a eu le privilège d'arriver le premier. A une époque où l'espoir était encore permis, après le demi-ratage La Planète des singes et la pastille un peu artificielle Big Fish, l'adaptation du livre culte de Roald Dahl a été un choc profond pour les yeux : une superproduction affreuse, insupportable, où la magie de Burton a muté en mélasse indigeste, dotée d'une vie qui dépasse l'entendement et le bon goût.

Gonflée avec l'un des plus gros budgets de la carrière du cinéaste (150 millions, l'un de ses plus gros budgets avec les 200 millions d'Alice au pays des merveilles), l'âme du cinéma de Tim Burton devient obèse, parodique et écoeurante, à l'image d'un Johnny Depp insupportable. 

 

Photo Johnny DeppVision de l'horreur

 

CHRISTOPHER FOLTZER

LE MEILLEUR : BATMAN, LE DEFI 

Après avoir déclenché une véritable bat-mania avec le premier film, et redonné au passage un coup de frais au personnage, Tim Burton s'est probablement dit que s'il devait faire une suite, il fallait qu'elle lui ressemble. Résultat : un batou au second plan, des méchants extraordinaires, un récit bien pervers et peut-être la meilleure ambiance d'un Noël gothique jamais vue à l'écran.

S'il ne s'agit pas vraiment d'un film de super-héros, on ne peut que reconnaitre un vrai film de Burton, qui se posait encore la question à l'époque de savoir quelle place lui conviendrait le mieux dans la vie. La réponse fut bouleversante, dramatique et magnifique, et permit à Michelle Pfeiffer d'incarner un de ses meilleurs personnages. Rien que ça.

 

Image 653289Parmi les plus beaux "méchants" du cinéma de super-héros

 

LE PIRE : CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE

Lorsqu'il fait Charlie et la Chocolaterie, Tim Burton va mieux. Il a une famille, il a totalement intégré l'industrie hollywoodienne et tout ce qu'il touche rameute les gens. Alors forcément, il lui passe de sales idées par la tête. Reprendre ainsi l'histoire de Roald Dahl, la concasser pour la faire entrer dans ses propres névroses et tics artistiques, ne serait pas si grave si Burton, en plein ego-trip, ne cessait de tourner en rond.

Entre un Johnny Depp irritant au possible, des Umpa-Lumpas qui font de la techno, des ajouts embarrassants et une direction artistique qui file le diabète, Tim Burton livre probablement son pire film.

Le réalisateur prouve à qui en doutait encore qu'après La Planète des singes, qu'il est avant tout devenu une marque de fabrique, une entreprise qu'il faut pérenniser coûte que coûte, et qui ne reprend que les gimmicks qui ont fait sa réputation et son style pour nous refiler un condensé frelaté de tout ce qu'on aurait pu aimer. Avec ce film, il a prouvé qu'il n'était plus ce gothique hirsute qui se posait des questions sur la vie, mais qu'il était devenu un émo friqué moins concerné par ce qu'il fait que par lui-même. Triste.

 

Photo Johnny DeppVision de l'horreur bis

 

LAURENT PECHA

LE MEILLEUR : EDWARD AUX MAINS D'ARGENT 

Sans conteste, les années 90 furent la décennie phare du cinéaste. Un quasi sans faute où seul Sleepy Hollow, La Légende du cavalier sans tête fait légèrement pâle figure (et encore ce dernier aurait fière allure dans la décennie suivante). Et c'est en fanfare que Tim Burton la commença avec ce qui reste à date son meilleur film, son chef d'oeuvre et l'un des films fantastiques les plus marquants jamais faits : Edward aux mains d'argent.
 
Une équipe en osmose totale à l'image d'un Johnny Depp qui trouve là un de ses tous meilleurs rôles, si ce n'est le meilleur. Une relecture aussi poétique que satirique du mythe de Frankenstein. Des images instantanément cultes, et une partition inoubliable de Danny Elfman, là aussi pas loin d'offrir son summum de compositeur.
 
A chaque vision du film, on est happé par la tendresse de cette singulière love story, on plonge avec un sourire béat dans l'univers coloré et hors du temps inventé par Burton. Signe qui ne trompe : Edward aux mains d'argent est l'un des rares films du cinéaste dont il a signé originellement l'histoire. De là à dire que c'est son film le plus personnel, le plus caractéristique de son art et génie, il n'y a qu'un pas que nous franchissons sans hésiter. 
 
 

Photo Tim Burton, Johnny DeppTim Burton au début de sa carrière

 

LE PIRE : SWEENEY TODD 

Les années 2000 avaient mal commencé pour Burton et son remake complètement raté de La Planète des singes. Le touchant et très personnel Big Fish, par la suite, avait laissé espérer un retour en grâce, mais la suite infirma tout ceci. Encore un peu de touche burtonienne sympathique dans Charlie et la chocolaterie et Les Noces funèbres, mais Sweeney Todd : Le Diabolique Barbier de Fleet Street montra dans toutes ses largeurs à quel point Burton avait perdu le feu sacré.
 
Privé de son compositeur fétiche, Danny Elfman, le réalisateur nous assène un spectacle musical d'une rare lourdeur. Jamais son style n'avait été aussi appuyé. Johnny Depp commençait là son voyage sans retour vers le cabotinage à outrance. Sans parler des chansons et musiques absolument insupportables que seul Les Misérables, quelques années plus tard, viendra dépasser dans le cassage de tympans.
 
 

Sweeney ToddTim Burton plus loin dans sa carrière

 

SIMON RIAUX

LE MEILLEUR : BIG FISH

Film de la transition pour Tim Burton, dont on devine ici qu’il n’est plus tout à fait l’artisan déviant des années 80, et pas encore le roi de l’entertainment numérique recyclé par Disney. Son Big Fish, s’il n’est ni sa création la plus aboutie plastiquement, ni la mieux huilée en termes de narration, demeure un uppercut émotionnel inégalé dans sa carrière.

Le cinéaste, alors jeune papa, profite de son expérience pour explorer les questions de transmissions dans une œuvre aux innombrables niveaux de lecture, qui en appelle autant aux mystères sacrés des contes enfantins qu’à la perte de l’innocence et le saut dans l’inconnu qu’elle réclame. Un voyage poétique, entêtant, où Burton rend hommages à ses vieux démons et semble rétrospectivement faire le deuil de son imaginaire.

 

Photo Ewan McGregorEwan McGregor

 

LE PIRE : ALICE AU PAYS DES MERVEILLES 

Quel texte pouvait mieux se prêter à une adaptation du réalisateur de Beetlejuice que le chef d’œuvre de Lewis Carroll, fable retorse et hallucinogène, qui a infusé la pop culture gothico-pop que le réalisateur a lui-même ressuscitée ? Aucun. Hélas, le Burton qui relève le défi n’est plus le créateur incompris par Hollywood : il en est la nouvelle coqueluche et c’est sous pavillon Disney qu’il réalise l’adaptation.

Le résultat est un véritable crachat en direction de l’œuvre originale, dont les atours numériques lessivent l’ambiguité, l’inventivité et la charge sexuelle. D’un récit insaisissable et mutant, Burton a fait un blockbuster hystérique où même son égérie de Johnny Depp s’égare, agité de spasmes stériles devant des fonds verts génériques.

 

Image 461204La gêne

 

CAMILLE VIGNES

LE MEILLEUR : LES NOCES FUNÈBRES

Avant toute chose, il faut rappeler que Les Noces funèbres n’a pas uniquement été signé par Tim Burton puisqu'il a été co-réalisé par Mike Johnson, et que toute une équipe technique remarquable a animé (en stop-motion) et éclairé avec brio le métrage. Cependant, avec cette idée que la mort n’est pas un ennemi en soi, et son esthétique gothique, le métrage est typiquement burtonien.

À partir d’une étonnante légende russe sur un malheureux fiancé entraîné sous terre la veille de ses noces, par une mariée défunte, Tim Burton écarte avec brio le manichéisme des films d'animation plus classiques : il n'y a plus de "méchant" mais simplement des humains stupides et véreux qui brillent plus par leur bêtise que par leur cruauté ; il n'y a pas non plus de "gentils", mais simplement des protagonistes en quête de bonheur.

Les vivants se font fantômes dans la lumière grise et l’ambiance morne du monde d’en haut, là ou les morts ont une certaine "joie de vivre" à s’envoyer des coups dans un univers plein de couleurs chatoyantes, rythmé par des fêtes et des chansons.

 

photoDéfunte la mariée !

 

LE PIRE : MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIER

Disney a dû laisser une marque indélébile dans l’esprit de Tim Burton pour qu’il nous serve un récit aussi plat et inutile que celui de Miss Peregrine et les enfants particuliers. Et c’est dommage parce que des enfants marginaux cachés dans une boucle temporelle, avec une version mystique de Mary Poppins pour gardienne et des monstres à leurs trousses, c’était vendeur sur le papier. Mais voilà, le cinéaste passe dûment à côté de toutes les problématiques burtoniennes du film, à commencer par l'ambiguïté de la figure du monstre, grande absente du film.

Le résultat, c'est un film numérique oubliable, sans intérêt et qui cesse d'exister aussitôt qu'il a été visionné ; un film sans profondeur où Eva Green (comme les autres), pourtant convaincante dans Dark Shadows, ne réussit qu'à feindre son personnage.

 

Miss Peregrine et les enfants particuliersCeux qui auraient pu avoir le côté déviant cher au Burton des débuts

 

Dossier publié une première fois en 2016, et remis à jour 

 

commentaires

StarLord
31/03/2019 à 19:40

Le meilleur: Big Fish. Un magnifique film d'une puissance émotionnelle incroyable!
Le pire: Alice. Immonde, insipide, inintéressant, raté, et je m'arrête là sinon je vais m'énerver tout seul ^^

Dutch Schaefer
30/03/2019 à 09:42

LE (les!) MEILLEUR:
- BATMAN LE DEFI
- BIG FISH
- ED WOOD
- EDWARD AUX MAINS D'ARGENT

LE PIRE:
- ALICE AUX PAYS DES MERVEILLES (le condensé de tous les défauts du grand Burton!)

Insgardoced
29/03/2019 à 16:34

Big fish !!!
Quel uppercut !!!
Quelque mois après le décès de mon père, je vois ce film qui retrace totalement mon lien avec mon père et ses histoires embellies.
Une autobiographie qui m’a fait pleurer à chaudes larmes pendant des heures!!!!
Merci mr Burton pour ce pur moment de poésie.

Stridy
29/03/2019 à 15:18

A peu de choses près on peut tracer une ligne avant/après La Planète des singes...

Big Fish & les Noces funèbres sortent un peu du lot mais le reste....

Wat
29/03/2019 à 15:00

Anéfé! J'ai enjambé cette mention. My bad.

TomTom
29/03/2019 à 14:59

J'ai vu Big Fish en 2006, dans une chambre d'hôtel, à Toulouse.

Je me souviens encore de l'émotion ressentie face à ce film... tristesse, mélancolie, joie... de la pure poésie :-)

Geoffrey Crété - Rédaction
29/03/2019 à 14:36

@Wat

Comme dit à la fin : c'est un dossier qui date de 2016, qui a été remis à jour avec le reste de l'équipe ;)

Wat
29/03/2019 à 14:17

Laurent Pecha iz back?!

Otto
29/03/2019 à 12:51

Beetljuice beetljuice beetljuice et les Batman du grand tim Burton

gege
29/03/2019 à 11:41

@loh que le 1 manque de rythme n'en fait pas un film raté surtout que les films de burton font plus "batman" que ceux de nolan

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