Le mal-aimé : Signes de M. Night Shyamalan

Geoffrey Crété | 16 janvier 2018 - MAJ : 06/03/2019 20:59
Geoffrey Crété | 16 janvier 2018 - MAJ : 06/03/2019 20:59

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. Cette fois, on ressort Signes de M. Night Shyamalan.

 

    

"...à la limite du ridicule" (Le Parisien)"

"Ennuyeux et recyclé, sans aucune surprise" (NY Observer)

"L'histoire a été écrite avec des semelles de plomb" (Le Nouvel Obs)

"Aussi doué soit-il, Mr Shyamalan est défait par sa prétention" (NY Times)

"L'histoire ne tient pas debout, les dialogues sont indigents, les acteurs terre à terre" (Zurban)

"On peut se demander si la persistance de Shyamalan à répliquer la formule du Sixième sens n'est pas futile et contre-productive" (Variety)

"La marque de fabrique de Shyamalan commence à ressembler à un CD intentionnellement conçu pour dupliquer le succès d'un album qui a marché" (USA Today)

 


 

LE RESUME EXPRESS (SPOILERS)

Depuis la mort de sa femme, le prêtre Graham Hess (Mel Gibson) a renié sa foi. Il vit avec ses enfants Morgan et Bo, et son frère Merrill (Joaquin Phoenix) dans une ferme de Pennsylvanie. Un matin, la famille découvre un immense crop circle dans leur champs. Le même phénomène apparaît aux quatre coins du globe.

La théorie d'aliens se répand peu à peu, alimentée par d'étranges phénomènes et apparitions. Déterminé à ne pas y croire, Graham change d'avis lorsqu'il croise une jambe verdâtre dans son champ. A la télévision, une vidéo dévoilant un alien est diffusée. L'invasion semble imminente.

Graham rend visite pour la première fois à l'homme qui a accidentellement tué sa femme, et qui a enfermé un alien dans son garde-manger. L'ex-prêtre regarde sous la porte lorsque la créature tente de l'attaquer : il lui coup les doigts avec un couteau.

De retour chez lui, la famille Hess décide, après un vote, de se barricader dans la maison. Après un dernier dîner qui vire au psychodrame, les aliens tentent de pénétrer dans la maison. La famille s'enferme dans la cave, où Morgan a une crise d'asthme et pas de médicaments sur lui.

Le lendemain matin, la radio annonce que les aliens ont quitté la Terre. Mais l'un d'eux est encore là : celui qui a perdu ses doigts. Il s'empare de Morgan, ce qui permet à Graham de remettre en perspective les tout derniers mots de sa femme. Des signes, des présages, un destin : il ordonne à son frère, ex-grand espoir du baseball, de frapper l'alien, qui s'empresse alors de lâcher un gaz sur Morgan. 

Alors que Merrill parvient à tuer l'alien grâce aux verres d'eaux laissés partout par Bo (autre signe, présage, destin), Graham sauve Morgan. Parce qu'il est asmathique, le poison (ou pas) de l'alien n'a pas pu rentrer dans ses poumons. Signe, présage, destin.

Graham a retrouvé la foi, et reprend son costume de prêtre. FIN.

 

SignesMel Gibson

 

LES COULISSES

A l'aube du nouveau millénaire, M. Night Shyamalan est incontournable. Propulsé par le succès phénoménal de Sixième Sens en 1999, avec à la clé deux nominations aux Oscars comme meilleur réalisateur et scénariste, il est acclamé avec Incassable en 2000. 

L'homme voit les choses en grand avec son nouveau film : il offre le premier rôle à Paul Newman, qui refuse. Puis Clint Eastwood, qui refuse à son tour. Il caste Mel Gibson et Mark Ruffalo dans le rôle du frère. Le futur Hulk abandonnera le film à cause d'un problème de santé, et sera remplacé par Joaquin Phoenix.

M. Night Shyamalan écrit le scénario avec trois affiches pour l'inspirer au-dessus de son bureau : Les Oiseaux d'Alfred HitchcockLa Nuit des morts vivants de George A. Romero et L'Invasion des profanateurs de sépulture de Don Siegel. Il demande à James Newton Howard de composer une musique dans la lignée de Rencontres du troisième type et Psychose.

Quelques années plus tard, le cinéaste décrit pourtant un certain désamour du film de genre pur"Il y avait beaucoup de pression à l'époque pour faire de la science-fiction. Je ne suis pas le genre de type à faire le prochain Star Wars ou Alien. Ce sont des films parfaitement bien, mais je voulais essayer quelque chose de plus profond et universel. C'était une histoire de guerre entre le bien et le mal. Les aliens étaient des démons et les êtres chers décédés, des anges".

 

photoJoaquin Phoenix, au milieu (évidemment)

 

LE BOX-OFFICE

Succès total avec près de 410 millions de dollars de recette dans le monde, dont 227 aux Etats-Unis (chose rare : le film rapporte plus en Amérique qu'à l'international), pour un budget de 72 millions.

C'est mieux qu'Incassable, mais évidemment moins bien que Sixième Sens, qui avait notamment rapporté plus du double dans le reste du monde.

 

Signes

 

LE MEILLEUR

Au-delà du plaisir indéniable de l'invasion extraterrestre filmée à une échelle intime, il y a la puissance éclatante de la mise en scène de Shyamalan. Chaque cadre, chaque mouvement, chaque effet de montage respire le cinéma, et confirme la maîtrise sensationnelle du metteur en scène. Rien ne dépasse dans cette entreprise vérouillée à tous les niveaux, et où tout fait sens - comme les différents éléments de l'histoire réunis dans le climax.

La fameuse scène de l'apparition de l'alien à l'anniversaire illustre parfaitement la capacité extraordinaire de M. Night Shyamalan à créer un univers et y immerger le public. Très plate, voire franchement ridicule sur le papier, la vidéo se charge d'un sentiment de terreur sourde dans le film. Preuve que M. Night Shyamalan est un fabuleux chef d'orchestre, qui manie avec intelligence les outils du cinéma (hors-champ, décor, son, rythme : il n'y à qu'à voir la scène de la cave où Merrill brise l'ampoule). La plupart des apparitions des aliens (la silhouette sur le toit, la jambe dans le champ, la main sous la porte) se révèlent d'ailleurs parfaitement efficaces, et susceptibles d'alimenter quelques cauchemars.

La musique, magnifique et un brin old school à l'image du générique de début, contribue à créer un climat irrésistible, notamment appliqué sur l'interprétation fine et subtile de Mel Gibson. Là encore, réussite totale : Joaquin Phoenix, Rory CulkinAbigail Breslin (dans son premier rôle au cinéma), Cherry Jones et même Merritt Wever (dans une seule scène) démontrent un vrai soin apporté à tous les plans.

Enfin, si le film a été targué de prosélyte, Signes reste avant tout un film sur la foi, au sens large. De la même manière qu'il utilise les aliens comme des démons génériques, le cinéaste utilise la religion du héros pour parler de la croyance. La clarté totale et naïve de l'histoire témoignent d'une telle foi de M. Night Shyamalan en son histoire, que Signes n'en ressort que plus grand.

 

Alien Signes

 

LE PIRE

Avec le recul, Signes peut être perçu comme le début de la fin (supposée) pour M. Night Shyamalan. A vrai dire, le film lui-même semble scindé en deux : deux tiers exemplaires, puis un climax très discuté qui annonce la tendance du cinéaste à abuser des effets, avec une foi aveugle en son pouvoir de cinéma.

Ainsi, l'apparition de l'alien dans le salon est un échec total. Ce climax brise le pacte d'un film jusque là sobre, discret et digne, qui résiste aux codes du genre. Après une silhouette, une jambe ou une main, ce tas verdâtre numérique ouvre une brèche dans l'univers composé par le réalisateur (à l'origine, les aliens devaient même avoir un pouvoir de camouflage semblable à ceux des Predator, que M. Night Shyamalan écartera après quelques tests au rendu trop lourd). Il suffit de comparer cette vision (plus ou moins sauvée par un éclairage qui masque les détails) à celle de la vidéo du JT pour constater que l'utilisation d'effets spéciaux peut anéantir une scène. Voire un film entier.

Si la bonne foi du réalisateur en son histoire est louable, elle laisse déjà apparaître les faiblesses de ses méthodes. L'intrigue est si serrée, les éléments si chargés de sens, que Signes donne une impression d'objet mort et désincarné, car trop solide et millimétré.

A l'époque, les détracteurs du metteur en scène se sont emparés sans pitié de son rôle dans le film pour l'attaquer sur son ego réputé énorme. Car en plus de s'être donné un vrai rôle dramatique (et l'un des plus importants, avec celui de La Jeune fille de l'eau), c'est Ray Reddy qui livre au héros la clé de la victoire ("Aucun d'eux n'est près de l'eau. Je pense qu'ils n'aiment pas l'eau"). Signes amorce donc le mouvement de rejet du cinéaste, qui a perduré un long moment... avant un retour en Glass ?

 

SCÈNE CULTE

  


 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE.

commentaires

Zifrow Johnson
11/07/2019 à 19:48

Un conseil, pour apprécier le film d'une autre façon ou tout simplement l'apprécier pour la première fois pour certains,

Les fusils de Tchekov sont un peu trop grillé et nous plonge nous, spectateur, dans un rôle de pseudo omniscience, Comme J.Pheonix dans le film qui se gave de BFMTV, et on prend pour acquis ce qu'il emmagasine comme info, alors qu'avec du recul on le trouve tous "idiot" et complètement aveuglé par les médias est les rumeurs...
Mais si on regarde bien, les SIGNES, présent dans le film, les plans qui ressemblent à des tableaux/peintures/écrits célèbres, même certains tableaux accrochés, ainsi que des dates parfois montré dans le film.. et avec la culture OU quelques recherches sur internet, cela nous indique clairement une piste, qu'il ne faut pas croire ce que l'on voit, que le diable n'est pas forcément là où il est... Et on se met à croire/se dire.. HEY MAIS ! les extra-terrestres.. sont-ils vraiment malveillant ? qu'est ce qui me le prouve ? AU contraire il y'en a même un qui essaye de sauver le petit, et le sauve. C'est un tour de force de réussir à mettre autant de lectures dans un même film en gardant une cohérence dans les deux croyances possibles.
Genius

Ruidel
10/06/2019 à 13:21

J'ai vu Signes au moins dix fois. La légitimité pour une telle attraction est purement subjective et en aucun cette attraction démultipliée justifie de dire que ce film est un bon film. Pour ma part évidemment il l'est, il l'est même bcp plus que "Sixième sens" qui Impressionne mais ne touche pas fondamentalement.
Signes touche - du moins me touche - car les motifs qu'il développe parle de manière universel : fascination de la TV, solitude face à l'inexplicable, besoin de croire ou ne pas croire, intuition des enfants et imbécilité rationnelle des adultes, remords, etc. La liste n'est pas exhaustive.
Avec cela la caméra de Shyamalan, il filme bien, très bien, et chaque plan suggère une morale doublée d'une émotion.
Bien entendu en sourdine de ce film, Hitchcock et Les Oiseaux mais la comparaison n'est pas défavorable au film de Shyamalan et même la sert : les personnes ont une âme esseulée ce que n'ont pas nécessairement les personnes d'Hitchcock dans son film.

Ruidel
03/05/2019 à 14:42

D'accord avec commentaire ci-dessus : ce film se bonifie avec le temps. Je l'ai vu au moins dix fois et c'est un film qui développe bcp de s/thèmes : la fascination qu'exerce la TV, l'inanité du discours religieux, la solitude existentielle, etc.
Avec cela en effet une musique au diapason de l'intrigue, des plans séquences fort bien réussis dans ce qu'ils lèguent comme "ambiance" et des acteurs tout à fait dans leur rôle. Le tandem Gibson-Phoenix fonctionne remarquablement. Je trouve avec cela les aliens assez bien conçus.
Quant au motif des "crop-circles" comme fil rouge c'est un peu à la volonté de croyance de chacun sachant qu'aujourd'hui leur conception humaine est clairement démontrée.

Pat
13/04/2019 à 10:25

Vu une fois et je l'ai trouvé vraiment raté, Shyamlan n'est pas du un grand réalisateur du genre même le 6ème sens ne m'a jamais fait d'effet.

woza
17/01/2019 à 17:33

@saiyuk,

Pas moi,Sixième Sens perd de son sel à force même si je te l'accorde que c'est plutôt bien réalisé, d'autant plus qu'à l'époque j'avais découvert le twist. Tu le mates juste pour voir les ficelles ou pour le faire découvrir aux plus jeunes. Pour Usual suspect, c'est un peu différend, il fonctionne mieux dans le temps car "l’esbroufe" se trouve dans l'histoire pas dans la mise en scène.

Miami81
17/01/2019 à 12:22

Pour moi, peut-être le meilleur film de Shyamalan dont je déteste le style de réalisation au demeurant.

saiyuk
17/01/2019 à 11:11

Wosa

Syndrome Usuel Suspect ? que ce soit Usual ou 6éme sens qui marche tout les deux sur des grosse surprise en fin de film je les regarde avec le même plaisir a chaque fois, car ils sont magistralement scénarisé et mis en scéne.

Alfred Hitchcock
17/01/2019 à 10:15

J'adore Signes. Ce générique, ces acteurs, cette ambiance, cette bande son !.

woza
16/01/2019 à 22:00

Son meilleur film qui peut se revoir sans problème, tout le contraire d'un Sixième Sens, victime du syndrome Usual Suspect. Et comme Number6, la scène de l'anniversaire est vraiment marquante tout comme la scène de la cave. C'est ce qu'il manque dans sa filmo, des scènes qui impriment l'esprit et pourtant je suis plutôt fan du réalisateur. Quand je pense à Carpenter, pleins de scènes me viennent à l'esprit, lui beaucoup moins.

Number6
16/01/2019 à 20:08

Je fais parti de celles et ceux qui ont vu le film plusieurs fois, et il se bonifie. Effectivement la fin tombe un peu à plat et c'est bien dommage. Mais les séquences d'angoisses sont sublimés par la musique inquiétante. Nan mais cette scène de cauchemar a la fête.. J'en ai réellement fait des cauchemars. Bref, à part avatar et after earth, j'adore toujours ce real. Dommage apparemment sa saison 2 ne serait pas top

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