Le mal-aimé : Signes de M. Night Shyamalan

Mise à jour : 16/01/2019 22:46 - Créé : 16 janvier 2019 - Geoffrey Crété
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Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. Cette fois, on ressort Signes de M. Night Shyamalan.

 

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"...à la limite du ridicule" (Le Parisien)"

"Ennuyeux et recyclé, sans aucune surprise" (NY Observer)

"L'histoire a été écrite avec des semelles de plomb" (Le Nouvel Obs)

"Aussi doué soit-il, Mr Shyamalan est défait par sa prétention" (NY Times)

"L'histoire ne tient pas debout, les dialogues sont indigents, les acteurs terre à terre" (Zurban)

"On peut se demander si la persistance de Shyamalan à répliquer la formule du Sixième sens n'est pas futile et contre-productive" (Variety)

"La marque de fabrique de Shyamalan commence à ressembler à un CD intentionnellement conçu pour dupliquer le succès d'un album qui a marché" (USA Today)

 


 

LE RESUME EXPRESS (SPOILERS)

Depuis la mort de sa femme, le prêtre Graham Hess (Mel Gibson) a renié sa foi. Il vit avec ses enfants Morgan et Bo, et son frère Merrill (Joaquin Phoenix) dans une ferme de Pennsylvanie. Un matin, la famille découvre un immense crop circle dans leur champs. Le même phénomène apparaît aux quatre coins du globe.

La théorie d'aliens se répand peu à peu, alimentée par d'étranges phénomènes et apparitions. Déterminé à ne pas y croire, Graham change d'avis lorsqu'il croise une jambe verdâtre dans son champ. A la télévision, une vidéo dévoilant un alien est diffusée. L'invasion semble imminente.

Graham rend visite pour la première fois à l'homme qui a accidentellement tué sa femme, et qui a enfermé un alien dans son garde-manger. L'ex-prêtre regarde sous la porte lorsque la créature tente de l'attaquer : il lui coup les doigts avec un couteau.

De retour chez lui, la famille Hess décide, après un vote, de se barricader dans la maison. Après un dernier dîner qui vire au psychodrame, les aliens tentent de pénétrer dans la maison. La famille s'enferme dans la cave, où Morgan a une crise d'asthme et pas de médicaments sur lui.

Le lendemain matin, la radio annonce que les aliens ont quitté la Terre. Mais l'un d'eux est encore là : celui qui a perdu ses doigts. Il s'empare de Morgan, ce qui permet à Graham de remettre en perspective les tout derniers mots de sa femme. Des signes, des présages, un destin : il ordonne à son frère, ex-grand espoir du baseball, de frapper l'alien, qui s'empresse alors de lâcher un gaz sur Morgan. 

Alors que Merrill parvient à tuer l'alien grâce aux verres d'eaux laissés partout par Bo (autre signe, présage, destin), Graham sauve Morgan. Parce qu'il est asmathique, le poison (ou pas) de l'alien n'a pas pu rentrer dans ses poumons. Signe, présage, destin.

Graham a retrouvé la foi, et reprend son costume de prêtre. FIN.

 

SignesMel Gibson

 

LES COULISSES

A l'aube du nouveau millénaire, M. Night Shyamalan est incontournable. Propulsé par le succès phénoménal de Sixième Sens en 1999, avec à la clé deux nominations aux Oscars comme meilleur réalisateur et scénariste, il est acclamé avec Incassable en 2000. 

L'homme voit les choses en grand avec son nouveau film : il offre le premier rôle à Paul Newman, qui refuse. Puis Clint Eastwood, qui refuse à son tour. Il caste Mel Gibson et Mark Ruffalo dans le rôle du frère. Le futur Hulk abandonnera le film à cause d'un problème de santé, et sera remplacé par Joaquin Phoenix.

M. Night Shyamalan écrit le scénario avec trois affiches pour l'inspirer au-dessus de son bureau : Les Oiseaux d'Alfred HitchcockLa Nuit des morts vivants de George A. Romero et L'Invasion des profanateurs de sépulture de Don Siegel. Il demande à James Newton Howard de composer une musique dans la lignée de Rencontres du troisième type et Psychose.

Quelques années plus tard, le cinéaste décrit pourtant un certain désamour du film de genre pur"Il y avait beaucoup de pression à l'époque pour faire de la science-fiction. Je ne suis pas le genre de type à faire le prochain Star Wars ou Alien. Ce sont des films parfaitement bien, mais je voulais essayer quelque chose de plus profond et universel. C'était une histoire de guerre entre le bien et le mal. Les aliens étaient des démons et les êtres chers décédés, des anges".

 

photoJoaquin Phoenix, au milieu (évidemment)

 

LE BOX-OFFICE

Succès total avec près de 410 millions de dollars de recette dans le monde, dont 227 aux Etats-Unis (chose rare : le film rapporte plus en Amérique qu'à l'international), pour un budget de 72 millions.

C'est mieux qu'Incassable, mais évidemment moins bien que Sixième Sens, qui avait notamment rapporté plus du double dans le reste du monde.

 

Signes

 

LE MEILLEUR

Au-delà du plaisir indéniable de l'invasion extraterrestre filmée à une échelle intime, il y a la puissance éclatante de la mise en scène de Shyamalan. Chaque cadre, chaque mouvement, chaque effet de montage respire le cinéma, et confirme la maîtrise sensationnelle du metteur en scène. Rien ne dépasse dans cette entreprise vérouillée à tous les niveaux, et où tout fait sens - comme les différents éléments de l'histoire réunis dans le climax.

La fameuse scène de l'apparition de l'alien à l'anniversaire illustre parfaitement la capacité extraordinaire de M. Night Shyamalan à créer un univers et y immerger le public. Très plate, voire franchement ridicule sur le papier, la vidéo se charge d'un sentiment de terreur sourde dans le film. Preuve que M. Night Shyamalan est un fabuleux chef d'orchestre, qui manie avec intelligence les outils du cinéma (hors-champ, décor, son, rythme : il n'y à qu'à voir la scène de la cave où Merrill brise l'ampoule). La plupart des apparitions des aliens (la silhouette sur le toit, la jambe dans le champ, la main sous la porte) se révèlent d'ailleurs parfaitement efficaces, et susceptibles d'alimenter quelques cauchemars.

La musique, magnifique et un brin old school à l'image du générique de début, contribue à créer un climat irrésistible, notamment appliqué sur l'interprétation fine et subtile de Mel Gibson. Là encore, réussite totale : Joaquin Phoenix, Rory CulkinAbigail Breslin (dans son premier rôle au cinéma), Cherry Jones et même Merritt Wever (dans une seule scène) démontrent un vrai soin apporté à tous les plans.

Enfin, si le film a été targué de prosélyte, Signes reste avant tout un film sur la foi, au sens large. De la même manière qu'il utilise les aliens comme des démons génériques, le cinéaste utilise la religion du héros pour parler de la croyance. La clarté totale et naïve de l'histoire témoignent d'une telle foi de M. Night Shyamalan en son histoire, que Signes n'en ressort que plus grand.

 

Alien Signes

 

LE PIRE

Avec le recul, Signes peut être perçu comme le début de la fin (supposée) pour M. Night Shyamalan. A vrai dire, le film lui-même semble scindé en deux : deux tiers exemplaires, puis un climax très discuté qui annonce la tendance du cinéaste à abuser des effets, avec une foi aveugle en son pouvoir de cinéma.

Ainsi, l'apparition de l'alien dans le salon est un échec total. Ce climax brise le pacte d'un film jusque là sobre, discret et digne, qui résiste aux codes du genre. Après une silhouette, une jambe ou une main, ce tas verdâtre numérique ouvre une brèche dans l'univers composé par le réalisateur (à l'origine, les aliens devaient même avoir un pouvoir de camouflage semblable à ceux des Predator, que M. Night Shyamalan écartera après quelques tests au rendu trop lourd). Il suffit de comparer cette vision (plus ou moins sauvée par un éclairage qui masque les détails) à celle de la vidéo du JT pour constater que l'utilisation d'effets spéciaux peut anéantir une scène. Voire un film entier.

Si la bonne foi du réalisateur en son histoire est louable, elle laisse déjà apparaître les faiblesses de ses méthodes. L'intrigue est si serrée, les éléments si chargés de sens, que Signes donne une impression d'objet mort et désincarné, car trop solide et millimétré.

A l'époque, les détracteurs du metteur en scène se sont emparés sans pitié de son rôle dans le film pour l'attaquer sur son ego réputé énorme. Car en plus de s'être donné un vrai rôle dramatique (et l'un des plus importants, avec celui de La Jeune fille de l'eau), c'est Ray Reddy qui livre au héros la clé de la victoire ("Aucun d'eux n'est près de l'eau. Je pense qu'ils n'aiment pas l'eau"). Signes amorce donc le mouvement de rejet du cinéaste, qui a perduré un long moment... avant un retour en Glass ?

 

SCÈNE CULTE

  


 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE.

commentaires

woza 17/01/2019 à 17:33

@saiyuk,

Pas moi,Sixième Sens perd de son sel à force même si je te l'accorde que c'est plutôt bien réalisé, d'autant plus qu'à l'époque j'avais découvert le twist. Tu le mates juste pour voir les ficelles ou pour le faire découvrir aux plus jeunes. Pour Usual suspect, c'est un peu différend, il fonctionne mieux dans le temps car "l’esbroufe" se trouve dans l'histoire pas dans la mise en scène.

Miami81 17/01/2019 à 12:22

Pour moi, peut-être le meilleur film de Shyamalan dont je déteste le style de réalisation au demeurant.

saiyuk 17/01/2019 à 11:11

Wosa

Syndrome Usuel Suspect ? que ce soit Usual ou 6éme sens qui marche tout les deux sur des grosse surprise en fin de film je les regarde avec le même plaisir a chaque fois, car ils sont magistralement scénarisé et mis en scéne.

Alfred Hitchcock 17/01/2019 à 10:15

J'adore Signes. Ce générique, ces acteurs, cette ambiance, cette bande son !.

woza 16/01/2019 à 22:00

Son meilleur film qui peut se revoir sans problème, tout le contraire d'un Sixième Sens, victime du syndrome Usual Suspect. Et comme Number6, la scène de l'anniversaire est vraiment marquante tout comme la scène de la cave. C'est ce qu'il manque dans sa filmo, des scènes qui impriment l'esprit et pourtant je suis plutôt fan du réalisateur. Quand je pense à Carpenter, pleins de scènes me viennent à l'esprit, lui beaucoup moins.

Number6 16/01/2019 à 20:08

Je fais parti de celles et ceux qui ont vu le film plusieurs fois, et il se bonifie. Effectivement la fin tombe un peu à plat et c'est bien dommage. Mais les séquences d'angoisses sont sublimés par la musique inquiétante. Nan mais cette scène de cauchemar a la fête.. J'en ai réellement fait des cauchemars. Bref, à part avatar et after earth, j'adore toujours ce real. Dommage apparemment sa saison 2 ne serait pas top

Alexandre krawczyk 16/01/2019 à 19:56

Signe est juste moyen !

Flash 16/01/2019 à 19:36

Je ne suis pas fan du bonhomme, mais ce film est sans doute celui que je préfère de sa filmographie.

Hektor 30/05/2016 à 17:31

La série de Shyamalan, Wayward Pines, est revenue cette semaine pour une saison 2. Qui donne pas très envie selon EL.
Pas étonnant donc qu'on reparle de lui du coup.

#1die 30/05/2016 à 16:32

Étonnant de voir EL déterré une des œuvres de Shy sachant que je suis tombé sur une analyse pour le moins intéressante d'After Earth il n y a quelques jours.

Pour ceux que ça intéressent : http://www.moviescloseup.net/#!after-earth/cbvi

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