Le mal-aimé : Hollow man, l'homme sans ombre de Paul Verhoeven

Créé : 1 février 2019 - Geoffrey Crété
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Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. Cette semaine : Hollow Man, l'homme sans ombre de Paul Verhoeven.

 

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"Un film d'action pénible, peu plausible" (NY Times)

"Ca n'apporte rien à la fête hormis les choses les plus simplistes" (Roger Ebert)

"Un film vide de sens" (Hollywood Reporter)

"Digne de la télévision ou d'un DTV" (Boston Globe)

"Hollow Man est creux parce qu'il y a un vide là où l'imagination devrait être." (Chicago Tribune)

"On attendait un traitement plus sulfureux de la part de Paul Verhoeven" (Le JDD)

"Passé un début très prometteur, le film devient d'une grande lourdeur." (Les Cahiers du cinéma)

"Œuvre sans cesse empêchée, de bout en bout frustrante, Hollow Man reste un film en creux" (Libération)

 

  

L'HISTOIRE

Sebastian Caine est un scientifique de génie. C'est donc une tête brûlée mégalomane, antipathique et excessive, à la tête d'un laboratoire gouvernemental top secret où il expérimente l'invisibilité sur des animaux avec six autres experts - parmi lesquels Linda, son ex, et Matt, son nouveau copain secret.

Après avoir enfin réussi à ramener dans le domaine du visible un gorille, il décide de ne pas informer le Pentagone de sa trouvaille. A la place, il décide de passer directement au test humain sur lui-même, pour entrer dans l'Histoire. Inquiets mais inconscients, Linda et Matt acceptent d'être complices de la chose, et faire croire à l'équipe que le Pentagone a donné son feu vert. 

Sebastian devient donc invisible, et profite gentiment des possibilités pour amuser ses collègues. Mais quand le protocole censé le rendre visible échoue, et qu'il se retrouve enfermé dans le laboratoire, il commence à devenir fou. Il échappe donc à la surveillance de ses collègues pour aller tripoter la vétérinaire, puis aller violer sa voisine. Quand il découvre que Linda couche avec Matt, il explose littéralement un innocent chien. Et quand il apprend que le charmant couple va informer leur boss du Pentagone de l'expérience qui a mal tourné, il décide d'aller le noyer pour que personne ne sache.

Sebastian prépare ainsi sa vengeance : une fois que toute l'équipe est réunie dans le laboratoire, il change les codes d'accès pour les y enfermer. Il commence par étrangler Janice, exploser le cou de Carter contre un tuyau, mettre un coup de barre de fer dans le ventre de Matt, briser le cou de Sarah et empaler Frank. Parce qu'il aime un peu Linda, au fond, il se contente de l'enfermer dans un frigo pour qu'elle meurt de froid.

Mais Linda n'a pas dit son dernier mot : dans un élan MacGyver, elle fabrique un aimant et s'échappe, puis improvise un lance-flamme pour stopper Sebastian qui s'apprête à quitter le labo après avoir mis en marche un inévitable compte à rebours pour tout faire exploser. Après un affrontement de feu, puis d'eau, Sebastian est laissé pour mort grâce à l'électricité (et Matt, revenu à lui pour sauver Linda).

Le couple s'échappe en remontant dans la cage de l'ascenseur. Ascenseur qui, avec le souffle de l'explosion, est propulsé vers le haut et manque de peu de les écraser. Il amène avec lui un Sebastian à moitié carbonisé, qui s'attaque à Linda une dernière fois. Celle-ci accepte donc enfin de l'embrasser, puis l'envoyer définitivement en enfer avec l'ascenseur. Fin. 

 

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LES COULISSES

Lorsqu'il se brûle les ailes avec Showgirls en 1995, Paul Verhoeven chute violemment du piedestal érigé sur les succès de RoboCopTotal Recall et Basic Instinct. Starship Troopers, qui rencontre un succès mitigé (surtout le sol américain), l'enferme un peu plus dans la science-fiction, un genre qu'il n'apprécie pas particulièrement et qu'il tentait de fuir. Rejeté par le système, il voit les portes se fermer les uns après les autres. Ainsi arrive Hollow man, l'homme sans ombre, une superproduction à 95 millions de dollars (dont plus de la moitié pour les effets) qu'il accepte "pour rester dans le business".

Avec le recul, Paul Verhoeven est particulièrement dur avec son septième et dernier film hollywoodien :

"C’est le premier film que j’ai fait dont je me suis dit que je n’aurais pas dû le faire. Il a rapporté de l’argent et tout, mais ce n’est vraiment plus moi. Je pense que plein d’autres gens aurait pu le faire. Je ne pense pas que plein de gens auraient pu faire Robocop comme je l’ai fait, ou Starship Troopers. Mais Hollow Man, je me suis dit qu’il devait bien y avoir 20 réalisateurs à Hollywood qui auraient pu faire ça."

Sa version de L'Homme invisible reste un cas unique dans sa carrière hollywoodienne : le seul film à ne pas avoir été un succès à sa sortie, ou à avoir été sauvé par la suite au point de devenir culte. Pas aussi percutant que Basic Instinct, pas aussi excessif que Starship Troopers, pas aussi incroyable que ShowgirlsHollow man, l'homme sans ombre est donc considéré comme le maillon faible de sa filmo américaine. Et le retour de Verhoeven dans sa Hollande natale juste après ne fera que confirmer ça. Hollow Man aura néanmoins droite à une suite, comme Starship Troopers, RoboCop et Showgirls. 

 

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LE BOX-OFFICE

Succès modéré. Malgré la critique, Hollow Man récolte plus de 70 millions aux USA, et près de 120 millions dans le monde. Résultat : près de 200 millions de recette pour un budget de 95 millions. C'est mieux que RobCop, Starship Troopers et Showgirls, mais moins que Basic Instinct et Total Recall.

 

Photo Elisabeth Shue

 

LE MEILLEUR

Hollow man aurait probablement été considéré comme un excellent produit hollywoodien sans le nom de Paul Verhoeven au générique. Mais le film a payé la carrière américaine sans faute du cinéaste : perçu après comparaison comme une superproduction faiblarde, consensuelle et sans âme, plus attachée à sa débauche d'effets spéciaux qu'à son scénario, cet homme invisible a déçu les fans.

Sous ses airs sages, Hollow Man reste pourtant un vrai film de Verhoeven. Même dépouillé d'un deuxième niveau de lecture comme Total Recall ou Starship Troopers, le film reste une démonstration explosive de la maîtrise du réalisateur, capable de faire des merveilles d'un matériau a priori simple. A commencer par une mécanique parfaitement huilée, un rythme délicieux, et un découpage net et précis.

Un fantastique ride de deux heures à peine, sans gras, qui assume son statut de spectacle grandiloquent de la première à la dernière minute : de l'envoûtant générique suivi d'une scène de frissons sous forme d'avertissement sanglant, à cette conclusion rapide et sans fioriture, qui lâche les ternes personnages dès que leur combat est terminé. Pas de pause, pas d'épilogue, pas de temps perdu : même dans un exercice de style carré, le talent et la brutalité de Paul Verhoeven sont évidents.

 

Photo Kevin Bacon

 

Derrière, il y a toujours cette capacité à transcender un sujet avec les armes du cinéma. La musique quasi omniprésente de Jerry Goldsmith (qui avait déjà travaillé sur Basic Instinct et Total Recall) donne à Hollow Man des airs d'opéra en soulignant chaque moment pour remplir l'écran jusqu'à l'étouffer. Du sein palpé par une main invisible au corps de Kevin Bacon confronté aux élements (eau, air, feu, électricité, infrarouge, fumée de cigarette), le plaisir que prend Verhoeven à manier les effets spéciaux est clair.

Il offre ainsi des séquences éblouissantes, comme celles où le corps animal et humain sont épluchés petit à petit pour révéler leurs secrets, donnant lieu à des moments de pure magie. Sans jamais se laisser enfermer par la technique (malgré son choix d'avoir Kevin Bacon sur le plateau, et jouer sur la présence plutôt que l'absence), il multiplie les mouvements, et prend véritablement possession des effets spéciaux pour les plier à sa mise en scène.

La méga-efficacité de Verhoeven est illustrée par la dernière demi-heure du film, archétype du huis clos où une menace transforme le décor en théâtre cauchemardesque. Un plaisir absolu pour le public, qui voit disparaître un à un les seconds rôles évidemment dispensables, de manière particulièrement cruelle. Et si la chair et le sang (vous l'avez ?) restent globalement dans les clous, voir Kim Dickens déverser des litres de liquide sanguin sur le sol ressemble à un pied de nez de Verhoeven à la face du studio. Une manière pour le cinéaste iconoclaste de maintenir son niveau d'hémoglobine contestataire, coûte que coûte, et garder la tête haute.

Avec son laboratoire sous-terrain top secret et sa cage d'ascenseur démesurée, ce troisième acte rappelle en outre que le réalisateur ne s'est jamais embarrassé de détails ou de premier degré pour emballer l'action hollywoodienne. 15 ans durant, il aura joué avec les outils de l'industrie mainstream avec un plaisir complice, une simplicité rafraîchissante et un goût pour la face sombre de l'être humain. 

 

Photo Kim Dickens

 

LE PIRE

Le plaisir du massacre final provient essentiellement du manque de consistance des personnages, aussi achétypaux que le décor. Que le héros mégalo puisse devenir fou en découvrant que celle qu'il convoite lui ait préféré un autre homme n'est pas en soit une idée médiocre, au contraire. Le problème est que le film repose trop sur quelques ficelles classiques et insuffisantes pour nourrir le spectacle, et insufler une âme à la dramaturgie.

Kim DickensJosh Brolin et la trop rare Elisabeth Shue se retrouvent ainsi avec bien peu de choses à défendre, face à un Kevin Bacon qui aspire toute l'énergie du récit en incarnant l'âme du cinéma de Verhoeven.

D'autant que les quelques éclats de violence (la gorge de Greg Grunberg, le cou de Kim Dickens, la nuisette de Rhona Mitra) mettent en évidence les facilités du scénario, qui rechigne à abîmer ses bons héros. Difficile notamment de digérer le retour triomphal de Josh Brolin pour sauver in extremis sa chère et tendre, à la merci de l'homme invisible et enragé.

 

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commentaires

Dutch Schaefer 02/02/2019 à 14:59

Pas son meilleur film (loin de là!) et certainement le "maillon faible" du père Paul!
Mais pas un mauvais film!
Voilà!

addicted2chaos 02/02/2019 à 11:12

Pas tout vu, mais de Sleepers à Mystic River c'était à mon sens l'âge d'or de Kevin Bacon avec Sexcrimes, Hypnose.

J'avais bien surkiffé Hollow Man à l'époque. A revoir surtout pour constater si les effets spéciaux de l'époque tienne encore la distance.

jorgio69 02/02/2019 à 10:42

J'avais trouvé le film très bien mais trop simple, le voyeurisme et c'est tout, pour ensuite embrayer vers un slasher...
Un bon Verhoven pour le côté subversif mais trop fainéant dans le fond.

jaljal 01/02/2019 à 20:42

Erreur de casting, c'est De Palma qu'il fallait mettre à la barre.

lt 02/04/2018 à 20:06

ca va je trouve mais Verhoeven a fait mieux je trouve

Geoffrey Crété - Rédaction 29/03/2016 à 00:34

@rigolax
Ca s'appelle Showgirls 2 : Penny's from Heaven. C'est réalisé, écrit, produit, monté et interprété par Rena Riffel. Qui y reprend le rôle de Penny, la blonde ingénue vue dans Showgirls.
Et si personne n'en parle, c'est pour une très bonne raison.

rigolax 29/03/2016 à 00:18

"Hollow Man aura néanmoins droite à une suite, comme Starship Troopers, RoboCop et Showgirls."
Ah bon, y'a une suite de Showgirls er on m'a rien dit ?

Zoom 26/03/2016 à 23:00

Entièrement d'accord

Chris MacNeil 26/03/2016 à 22:36

@dreamin86
Même sentiment de mon côté, mais je pense que c'est justement parce que je l'ai trop regardé plus jeune. Je dirais que la lassitude vient de ça, et pas de la qualité du film.

Zoom 26/03/2016 à 19:46

J'ai revu ce film il y a 3 jours de cela, pas aussi emballé qu' auparavant ou je le matai en boucle, la musique du générique par contre fait toujours son effet et la scène avec rhona mitra...

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