Pas si nul que ça : Un cri dans l'océan, plaisir coupable des abysses

Créé : 28 mars 2015 - Geoffrey Crété
Geoffrey Crété | 28 mars 2015
Un cri dans l'océan
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Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. Rendez-vous pris avec Un cri dans l’océan, délicieuse série B de Stephen Sommers. 

 

Affiche

 

Il y a eu Sphère, From Hell, Mission to Mars, Southland Tales, Hannibal, piochés dans les relatifs tréfonds de la conscience du cinéphile respectable pour être défendus, expliqués, excusés. Manquait toutefois à cette rubrique désaxée un vrai bon mauvais film assumé : problème réglé mais mission périlleuse avec Un cri dans l’océan de Stephen Sommers, avec Treat Williams et Famke Janssen pourchassés à bord d’un luxueux bateau de croisière en 1998 par une créature venue des abysses.


DANS LA MER DE CHINE, ON LES ENTEND CRIER

Ca commence par un carton très premier degré qui parle de la profondeur de la mer de Chine, assez gigantesque pour cacher la chaîne de l’Himalaya, où aucun Homme ni machine n’a pu aller – même James Cameron. Qui rapporte ensuite, sur les notes de musiques angoissantes de Jerry Goldsmith, que d’innombrables navires ont disparu dans ces eaux sans explication. « Leur disparition est restée un mystère ». Mystère résolu avec la première image : une vision maritime style Dents de la mer, qui traverse un cimetière d’ossements et de carcasses de bateaux, accompagnée par un cri indéfinissable puis l’image succincte d’une créature en colère.

 

 

Présentation des cobayes de cette expérience vicieuse sous forme de huis clos maritime : un équipage de mercenaires dirigé par John Finnegan, à bord d’une vieille vedette. Leur dernière mission : amener un commando surarmé à une destination inconnue au beau milieu de la mer de Chine. L’équipe de Finnegan découvre trop tard que la bande de malfaiteurs a caché des missiles dans leur soute, et que leur mission est de prendre d’assaut le casino d’un paquebot de luxe nommé Argonautica, imaginé par le milliardaire Simon Canton.

En parallèle, une masse de bourges en robes de cocktail et costumes trois pièces profite de la vie de château dans la salle de bal du navire. Parmi eux : Trillian St. James, dangereuse belle plante puisque voleuse de profession. Démasquée, elle est arrêtée et enfermée. Mais la salle de contrôle repère bientôt un étrange signal qui s’approche à grande vitesse de l’Argonautica, frappé de plein fouet et gagné par la panique.

Après avoir heurté un canot de sauvetage libéré par le choc, la vedette de Finnegan est endommagée. Traîné par le commando sur l’Argonautica, il découvre un paquebot désert et habillé d’hémoglobine. Comme Trillian, Canton et de rares survivants, ils vont découvrir qu’une créature terrifiante a pris possession du bateau, duquel ils vont tenter de s’échapper.

 

Un cri dans l'océan

 

20 000 MORTS SUR LA MER 

En 1998, Stephen Sommers n’a pas encore été touché par la grâce hollywoodienne de La Momie, qui le propulsera l’année suivante dans la stratosphère du blockbuster. Avec sur son CV un premier film indé, Catch Me If You Can, il paye son loyer chez Disney où il réalise Les aventures de Huckleberry Finn avec Elijah Wood et Le livre de la jungle avec Lena Headey. Le remède à ces guimauves ? Un scénario de série B alors nommé Tentacle, qui deviendra Deep Rising ou Un cri dans l’océan en français. Le film sera un four en salles, qui marquera sa dernière collaboration avec Disney puisque produit par sa filiale Hollywood Pictures. 

Mais la beauté ne réside pas plus dans les coulisses ordinaires que dans les nombreuses références du film - L’Aventure du Poséidon, Alien, Alien Résurrection, Les Dents de la mer, Anaconda, Titanic, Gremlins 2, King Kong sans oublier 20 000 lieues sous les mers. Un cri dans l’océan a des allures de patchwork sans prétention ni orgueil, et n’a aucune autre intention que celle de délivrer une relecture bon enfant du genre. Le bateau se transforme donc en savoureuse maison hantée pour les personnages, livrés en pâture à la bête comme de vulgaires cobayes – d’où cette omniprésence de seconds rôles parfaitement abrutis et détestables.

 

Photo Famke Janssen, Treat Williams

 

TENTACULÉS

Il faut voir la scène de l’ascenseur pour bien cerner la délicieuse simplicité de l’entreprise : après avoir été confronté une première fois à la créature tapie dans l’eau, le groupe se réfugie dans l’ascenseur pour remonter vers la surface, mais se retrouve expédié au 3ème sous-sol, dans l’antichambre de l’enfer. Titillée par la bête comme par le réalisateur dans une descente qui ressemble à une attraction, la troupe s’écrase ainsi la tête la première dans les boyaux et l’hémoglobine de leurs prédécesseurs.

Sans transition, le film propulse donc son spectateur dans le vif du sujet et entame, comme un vulgaire jeu vidéo, une jubilatoire traversée des enfers : après l’habituel speech sur la nature supposée de la menace (« Ils vous boivent vivant ! »), il y aura la coupure d’électricité, la zone inondée à traverser à la nage, le cache-cache dans la salle des machines, le black tué, les pauses-dialogues, avec l’irruption très chronométrée des tentacules pour ponctuer chaque zone.

 

Un cri dans l'océan

 

Tout médiocre qu’il est dans sa profession, Sommers démontre ici un certain esprit : plus bête, plus gore, plus drôle que la moyenne, Un cri dans l’océan se consomme comme une friandise. Ca et là, il y a même la preuve d’une autodérision désopilante : la femme fatale sophistiquée qui mâche son chewing gum comme une pouffe, la bourgeoise en robe chic qui se réfugie égoïstement dans la salle de bain où elle sera aspirée le cul le premier dans les chiottes, devenant ainsi la première et plus mémorable victime, ou encore le commando décérébré qui vide ses chargeurs sur la déco du casino à la Predator style. Ce milliardaire aussi, qui a décidé de détruire son œuvre futile et financièrement intenable pour récupérer sa mise. « J’ai simplement mal évalué le marché ! » hurle t-il. Toute ressemblance avec un producteur de studio hollywoodien n’est certainement pas fortuite.

Rayon gore, le réalisateur s’amuse tout autant : après une gentille première partie avec giclures de sang et hors champ très classique, le premier uppercut de violence ne viendra pas de la créature mais des hommes lorsque le milliardaire terrorisé, caché avec ses amis aristos, fend le crâne du Djimon Hounsou qui a osé ouvrir la porte. Le préambule choc d’un festival pervers, avec notamment une victime vivante à moitié digérée lâchée comme un étron sous les yeux des survivants (Anaconda-style). Une nouvelle démonstration du génial maquilleur Rob Bottin (The Fog, RoboCop, Total Recall) pour contrebalancer les indigestes CGI.

 

Photo

 

BIG TROUBLE IN CHINA SEAS 

Au milieu de visages désormais connus, comme Jason Flemyng et Cliff Curtis, Treat Williams (choisi après le refus très compréhensible de Harrison Ford) compose un sympathique sous-héros Carpenterier, armé d’un flegme dévastateur et ses improbables « Now what ». Arrivée pour remplacer Claire Forlani, qui a quitté le plateau dès la première semaine pour mésentente artistique (rires) avec Sommers, Famke Janssen apporte de son côté un charme indéniable. Alors propulsée par GoldenEye, l’actrice expliquait : « La meilleure chose que Steve Sommers a fait, je pense, c’est qu’il a apporté un sens de l’humour au film, et a permis à tout le monde d’en faire autant. Et il faut faire ça dans ce genre de film. »

Un excellent duo à l’image d’un second degré salvateur pour ce film old school dans l’âme, comme en témoigne l’épilogue grotesque qui ressemble avant l'heure au pilote de Lost – une suite du film était théoriquement envisagée, mais avec environ 11 millions de dollars au box-office pour 45 de budget, l'idée a été vite enterrée. De quoi rendre cette série B recommandable. Pas bonne, mais très recommandable.

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

Photo Treat Williams

 

commentaires

Andarioch
27/08/2018 à 18:11

Joey qui fredonne la fille d'Ipanema dans un couloir sombre, les mercenaires impressionnés par la puissance de leurs armes, le flegme et le désabusement de Finnegann, Famke Janssen, le fourbe très très fourbe...
Mon narnar culte

unam
06/07/2018 à 01:48

Bonjour. Une édition 20th anniversarry sort aux USA en aout. Je voudrais savoir si il y aura des sous titre fr

Benichou
01/04/2016 à 01:31

C'est bizarre, je l'avais vu en DVD et avais trouvé ça vraiment naze. Bon j'étais ado, une autre vie, mais justement j'étais bon public ^^

Check 37
20/11/2015 à 01:10

Dégouté de ne pas avoir eu une suite à ce film !!! Sans prise de tête et avec une angoisse, et malgré tout on se prend de pitié pour les acteurs :D

Dr Alien
10/10/2015 à 17:08

L'intérêt de base d'un film de monstre, sa raison d'être, est le monstre; or Sommers a viré Rob Bottin chargé de le construire..Je ne peux rien dire d'autre que :lamentable ! ( à voir seulement par les amateurs de tenues sexy de Famke Janssen!)

jereoqp59@hotmail.fr
29/03/2015 à 17:57

A l époque ce film je l avais trouvé très bon, dialogue qui fait mouche, duo excellent, effet spéciaux top...je ne cracherais pas sur un film qui m à fait passé une très bonne soirée...je voulais du fun, je l ai eu, j en voulais encore plus une suite sur l île aurais été compliqué mais plausible.
Un must de la série b...qui n avait d ailleur. Aucune autre prétention et c est ce que j ai aimé.

Jericho Cane
29/03/2015 à 12:01

@Borderiz
J'ai dit le contraire ? Ne pas aimer Un cri dans l'océan = ne respecter que le ciné "prise de tête" ?
Et la dichotomie ciné sans prise de tête/ciné intello c'est un peu flaiblard et démago, ça mène nulle part

Bolderiz
29/03/2015 à 09:36

Jericho: un petit film fun, sans prise de tête, où on ne s'ennuie pas c'est un bon petit film. Le cinéma c'est aussi ça.

Bolderiz
29/03/2015 à 09:36

Jericho: un petit film fun, sans prise de tête, où on ne s'ennuie pas c'est un bon petit film. Le cinéma c'est aussi ça.

La Rédaction
28/03/2015 à 19:12

@Thierry
Le film ayant été dézingué par la critique à sa sortie et ayant fait un four... pas mal de monde a dit que c'était mauvais.
Et personne n'essaie de sous-entendre quoi que ce soit quant à Lost.

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