Arras Film Festival 2012 : Le cinéma mondial à portée de mains

Guillaume Meral | 28 novembre 2012
Guillaume Meral | 28 novembre 2012

Pour sa 13ème édition, le festival international du film d'Arras s'est une nouvelle fois distingué par sa sélection résolument cosmopolite, reflet de la volonté des organisateurs d'offrir une exposition à des œuvres désireuses de s'inscrire comme des catharsis aux problématiques animant les sociétés dans lesquelles elles furent conçues. Une note d'intention qui fait résonner la présence de Costa-Gavras en tant qu'invité d'honneur comme une évidence, tant la venue du réalisateur de L'Aveu s'inscrit d'emblée dans la lignée des grands cinéastes politiques venus fouler les dalles de la Grande Place d'Arras les années précédentes (en vrac : Francesco Rosi, Sidney Lumet, Arthur Penn...). Une règle à laquelle ne déroge pas son nouveau film Le Capital, présenté en avant-première, dans lequel Gavras semble tirer le deuil des luttes politiques ayant animé ses précédents films, désormais vampirisées par l'accumulation mécanique et aveugle caractérisant le capitalisme contemporain. Un film en forme de constat d'échec pour le réalisateur, qui met toute son expérience au service d'un récit au demeurant parfaitement maîtrisé, si ce n'est sa propension à reposer sur les épaules d'un Gad Elmaleh bien trop crispé sur sa composition pour convaincre. Le cinéaste a eu l'occasion de s'exprimer sur le sujet au détour d'une masterclass animée par Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque de Paris qu'il dirige justement aux côtés de Costa-Gavras. La complicité évidente entre les deux hommes donna lieu à une discussion volubile et détendue, riche en anecdotes et autres considérations édifiantes sur l'évolution de l'industrie au fil des années. Une intervention dévoilant un cinéaste dont le désir de cinéma s'indexe sur l'envie de raconter une histoire avant d'assener un propos, reflet d'une carrière fondée sur la volonté de construire une dramaturgie forte avant de la contextualiser dans sa toile de fond politique. Indiscutablement l'un des temps forts de cette édition.

 

La suite de l'édition ne dépareilla pas, avec la venue de personnalités aussi diverses que Jean-Pierre Améris, venu présenter son adaptation volontariste mais calamiteuse de L'homme qui rit de Victor Hugo, Laurent Cantet, honorant de sa présence et d'une leçon de cinéma la rétrospective qui lui était consacrée, ou encore l'irréductible Michel Ciment pour la présentation de 2001, L'odyssée de l'espace. Toutefois, ce qui restera sans doute comme le moment le plus vibrant des dix jours durant lesquels s'est déroulée la manifestation est la tenue d'une séance du cinéma émulant les manifestations du cinématographe des premiers temps, avec la présence d'un orchestre et d'une chorale accompagnant la projection de quelques courts-métrages de George Méliés, dont l'incontournable Voyage dans la lune, des interludes théâtraux venant s'immiscer entre chaque film. Un spectacle total pour la (re)découverte  d'une magie primitive de l'image, exaltant à chaque instant le pouvoir de l'illusion du 7é Art dans le regard baigné d'étoiles du spectateur. 

 

En ce qui concerne la programmation proprement dite, le festival s'est comme à son habitude segmentée de manière à proposer le panel de choix le plus large possible aux spectateurs. Ceux-ci  pouvaient ainsi découvrir que le cœur de l'un des épisodes les plus traumatiques de l'histoire de France récente battait dans la mémoire cinématographique nationale avec une série de films consacrés à la guerre d'Algérie. Les amateurs de science-fiction, eux,  pouvaient épancher leur imaginaire avec la rétrospective consacrée aux voyages dans l'espace, entre les classiques indéboulonnables du genre (2001, L'étoffe des héros, Starship Troopers...) et raretés en provenance de l'ex bloc de l'Est (La planète des tempêtes, Au-devant du rêve... ).

Un bloc de l'est dont la production continue de représenter l'une des raisons d'être de la manifestation, tant sa présence dans tous les secteurs de la compétition achève de faire du festival la vitrine d'un cinéma trop souvent résumé dans l'inconscient collectif aux palmés Emir Kusturica et Christian Mungiu (présent en avant-première avec Au-delà des collines). Des œuvres qui semblent souvent chercher le chemin de l'exorcisation des luttes intestines animant leur pays, que ce soit à travers l'exploration de la douloureuse parenthèse des régimes communistes (The ExamDon't stop...), ou par l'exploration catharsistique des séquelles sociales chaotiques laissées par la chute du mur (La parade, Vegetarian Cannibal... ). Quitte à se heurter parfois à des paradoxes confinant à la contradiction conceptuelle, comme pour Don't stop, film tchèque faisant le pari d'explorer  l'émergence du mouvement punk dans le pays au plus fort du mouvement No Future. Un projet louable que de confronter l'oppression liberticide d'un régime politique avec le cri de colère confinant à la sédition d'une génération, mais anéantis par les efforts du réalisateur (raccourcis scénaristiques, narration arbitraire, regard moraliste) visant à transformer  Don't stop en un film qui aurait pu étrangement être subventionné par le commissaire politique assigné à la culture de l'époque.

 

Enfin, le festival s'est conclu comme de coutume sur son attraction principale, à savoir avec la remise des prix de la compétition européenne par le jury présidé par la cinéaste Tonie Marshall. Sur les neuf films sélectionnés, trois eurent l'honneur d'être distingués : le danois Teddy Bear de Mads Matthiesen, histoire d'un culturiste timide et complexé se rendant en Thaïlande afin de trouver une épouse qui rafle à la fois l'Atlas d'or (soit le Grand Prix du jury) et le prix de la critique. Les gracieuses envolées oniriques de Little Black Spiders convainquirent, quant à elles, le jury de décerner le prix de la mise en scène à la réalisatrice belge Patrice Toye, qui aurait peut être gagné à davantage assumer une ambiance à la lisière du fantastique plutôt que de courir après un discours parfois confus. Enfin, l'allemand My Beautiful Country et son sujet difficile (une jeune veuve serbe décide de porter secours au soldat albanais réfugié chez elle en pleine guerre du Kosovo) gagna le cœur des spectateurs et se vit remettre le prix du public, tandis qu'un jury composé de lycéens remis le Prix regards jeunes à l'iconoclaste Either way.

Cette 13ème édition s'est donc caractérisée une nouvelle fois par la découverte d'horizons cinématographiques différents, qu'il s'agisse d'une cinématographie contemporaine, où d'œuvres nécessitant le geste de programmation pour former un corpus représentatif d'un traitement cinématographique d'une mémoire historique difficile. Un aspect qui fonde la singularité du festival d'Arras.  

 

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