Sitges 2012 - Partie 3

Patrick Antona | 12 octobre 2012
Patrick Antona | 12 octobre 2012

Après une semaine passée à avoir plus profiter de la plage, des tapas et des connaissances que de cinéma (et voyant qu'Aude assurait la tâche avec la précision qu'on lui connaît), il va s'en dire qu'il était temps que je mette mon petit grain de sel sur l'état du Festival qui atteint ses 45 ans d'âge. La question étant de faire toujours le bon choix en préférant les films rares ou indépendants aux grosses machines qui finiront bien par sortir en France, même si on est toujours titillé par le désir d'être le premier de la Team Ecran Large à voir un des événements à venir (genre Seven Psychopaths). La question est parfois réglée vite fait par la propension qu'ont les organisateurs à présenter certains films non-anglophones uniquement en version ST espagnole ou catalane, ce qui réduit d'autant plus notre champ d'action. Ce petit bémol introduit, on ne reviendra pas assez sur la gentillesse et la disponibilité des intervenants à tout niveau du Festival de Sitges qui en fait toujours une des manifestations de référence dans la genre. Le cerveau étant toujours disponible pour pouvoir enchaîner les séances du petit matin jusqu'au soir, et le beau définitivement en berne, voici mes avis quelques peu éclairés sur les bonnes et mauvaises surprises de ces derniers jours, en attendant la conclusion et le palmarès.

 

Symptomatique d'un cinéma 2012 qui se cherche un peu, il aura fallu attendre une semaine pour que l'on puisse savourer un film qui réussisse à rafler tous les suffrages, tant critiques que ceux du public, à savoir le Seven Psychopaths de Martin McDonagh (Bons Baisers de Bruges). Savoureux mélange de comédie noire et de polar violent, illustré par les prestations brillantes de Sam Rockwell, Woody Harrelson et Christopher Walken qui occultent quelque peu celle de Colin Farrell (bien plus à son aise quand même que dans Total Recall 2012), le premier long hollywoodien de l'anglais Martin McDonagh évite le piège de l'auto-référence à la Quentin Tarantino, même si les points de ressemblance sont nombreux, et réussit à emmener le spectateur vers des horizons insoupçonnés. Même si le cadre semble des plus convenus, avec ce scénariste alcoolique en manque d'inspiration qui verra sa vie chamboulée par les affaires tortueuses de son "meilleur" ami, spécialiste en dognapping, Seven Psychopaths ne se départit jamais d'un ton entre hommage au film noir d'antan et comédie anglaise pince-sans-rire. Cela permet de faire passer allégrement quelques facilités narratives, ou la quasi-complète absence de persos féminins bien trempés (à guetter l'apparition d'Olga Kurylenko pour ses admirateurs) et de goutter cette déconstruction de certains mythes comme lorsque l'on déguste un bon cocktail avec une pointe d'acidité, et de sang !

Toujours dans une veine non fantastique, même si le vernis sci-fi est de mise, la comédie japonaise Robo-G de Shinobu Yaguchi est une exploration réussie et attendrissante des rapports entre jeunesse/vieillesse et respect des traditions/modernité, mais sans pathos ni leçon de morale à la clé. S'appuyant sur la prestation brillante de Shinjiro Igarashi, qui est une rock-star célébre au Japon,  Robo-G est une comédie astucieuse sur les relations entre  générations dans une société en complète mutation mais où le mensonge est toujours de mise, mais auquelle une manque une certaine patine pour se distinguer du lot. Mais même  si la réalisation est des plus basiques, l'important est le champ libre qui est laissé aux comédiens et d'apprécier de manière plus sentimentale la seconde vie qui s'ouvre à un vieillard laissé pour compte et pour qui la cybernétique ouvrira un nouvel horizon drôle et radieux.


Venu aussi du pays du Soleil Levant, l'adaptation live du manga Kenshin le vagabond titrée  Rurôni Kenshin : Meiji kenkaku roman tan pouvait susciter quleques inquiétudes vu la richesse du scénario d'origine et le fait que le téléaste Keishi Otomo soit aux commandes. Après plus de 2 heures de projection, le verdict est quelque peu positif, les personnages-clés de la saga (Kenshin, Megumi et Sanosuk) bénéficient de bonnes incarnations à l'écran, et les combats au sabre ou d'arts martiaux sont chorégraphiés avec grâce et dynamisme. Certes la narration n'est pas à la hauteur, accusant un sérieux ventre mou dans sa moitié, et certains caractères ne sont pas spécifiquement bien dégrossis, mais Rurôni Kenshin remplit son oeuvre aisément et saura ravir les fans de la BD d'origine ou éveillé de bons souvenirs aux nostalgiques des chambaras du temps jadis.


Autre poids lourd du cinéma asiatique, la Chine, que ce soit par sa production continentale que celle de Hong Kong est bien représentée cette année. Succédant à l'éclatant Flying Swords of Dragon Gate de Tsui Hark, le Tai-Chi 0 de Stephen Fung (House of Fury), improbable mélange de comédie wu xia et de cyberpunk a quelque peu divisé l'audience et nombre de fans du genre. Premier volet d'un dyptique qui connaitra son issue dans Tai Chi Hero en fin d'année,  Tai-Chi 0 (tourné en 3D) souffre pour une part du syndrôme classique de la formule, à savoir une absence de fin vraiment aboutie et qui laisse le spectateur sur sa faim et d'autre part, d'une trop grande part laissée aux combats câblés. Pour le reste, on trouve aisément son plaisir dans le défilé de vedettes cinéma ou sportives énumérées avec gourmandise par un Stephen Fung ravi d'avoir un tel casting à disposition, un humour bon enfant à la limite de la parodie et une technique de mise en scène qui doit beaucoup à Scott Pilgrim. Au final, ce wu xia est plus une oeuvre de transition que la véritable révolution du film martial made in China que l'on attendait.


Dans le genre OFNI chinois sur lequel on est bien en mal de se faire un avis bien précis, Lee's Adventure se pose là. Interprété par le fils de Jackie Chan, Jaycee, ce mélange de fantasy et de SF, de film live et d'animation 2D se révèle trop ambitieux dans son propos pour accoucher d'un produit visuel complètement abouti. Les aventures de Lee, jeune chinois affecté d'un trouble de distorsion du temps et qui se sert d'un jeu video violent (le transformant en super-espion communiste affrontant les sbires de Ben Laden) pour se déplacer à travers le continuum espace-temps pour retrouver sa belle précédemment décédée aurait mérité un traitement plus concis et moins hermétique (le film est visiblement destiné en priorité au public chinois continental). Le spectatcteur occidental  peut trouver toutefois son plaisir dans quelques séquences bien barrées ou apprécier la beauté gironde de la délicieuse Wu Jiang.

Au rayon des productions américaines de "prestige" venues sur les écrans de Sitges  cette année, on peut passer assez vite sur Sinister de Scott Derrickson qui certes ne réitère pas le foirage du remake du Jour où la Terre s'arrêta mais qui n'apporte rien de glorieux au thème de la maison hantée et du boogeyman. Même si Ethan Hawke endosse avec aisance le gilet de l'écrivain en manque d'inspiration (un parallèle avec l'état des scénarii issus d'Hollywood cette année ?), l'intrigue qui lorgne fortement vers Çà et Insidious, avec les inévitages found fountages à la clé, se suit sans déplaisir mais aurait mérité un traitement plus subtil pour donner quelques frissons. Quant à l'horreur pure, les séquences pourront impressionner ma nièce de dix ans, et encore. Ceci est plutôt rageant lorsque l'on compare avec le plus réussi The Hole de notre cher Joe Dante qui n'a pas bénéficié d'une diffusion  et d'un soutien aussi étendu que pour ce Sinister qui ne restera pas dans les mémoires (NDR un avis bien plus enthousiaste viendra de Paris où certains ont visiblement encore 10 ans).


Dans la rubrique des remakes à ne pas faire,  le Come out and play de Makinov, produit au Mexique, peine à arriver à la cheville de son glorieux modèle, l'indémodable Les Révoltés de l'An 2000 de Narciso Ibáñez Serrador. L'adaptation est certes fidèle en tous points mais les interminables scènes de couloir censées rendre l'atmosphère de l'île étouffante pour le couple qui s'y est perdu et l'interprétation impersonnelle de Daniel Giménez Cacho et Vinessa Shaw (qui incarne à nouveau une femme enceinte plongée dans l'horreur comme dans La Colline a des yeux)  finissent par rendre le film bien poussif. Seule l'explosion de violence finale bien sauvage apportera quelques maigres contentements mais ne sauvera pas pour autant un film qui est désormais à ranger dans la catégorie des remakes inutiles dont on nous abreuve depuis de trop nombreuses années.

 

Au rayon des films déjà vus lors de précédents festivals, mais dont il est bon de répéter à l'envi qu'ils sont à chérir et à guetter lors de leurs prochaines sorties vidéo, le film de monstre Grabbers et l'hommage au giallo, Berberian Sound Studio dénotent de la vitalité nouvelle des studios anglais dans le domaine du fantastique. Le premier, hommage au film de monstres de la Hammer des sixties tels que L'Île de la terreur de Terence Fisher, mais bien imprégnée de l'humour d'un Shaun of the Dead sans toutefois verser dans la pure parodie, remplit son ouvrage avec efficacité et nous propose une des plus belles créatures que l'on ait eu à voir cette année. Le second rentre plus dans la catégorie de l'hommage au festival de genre, ici le giallo, qui peut parfois rebuté par un certain hermétisme mais qui se révèle au final passionnant et intrigant à souhait. Dans ce récit pirandelien, Toby Jones (Captain America) est parfait dans le rôle d'un ingénieur du son anglais coincé entre les intrigues d'un petit studio romain et les visions qui viennent perturber sa psyché. Il est à noter que Grabbers sera bientôt proposé en vente dans un numéro du magazine Mad Movies à venir en fin d'année.

 

 

 

 

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