Hunger Games : la chasse aux influences

Simon Riaux | 24 mars 2012 - MAJ : 02/10/2018 00:33
Simon Riaux | 24 mars 2012 - MAJ : 02/10/2018 00:33

Bien partis pour régner sans partage sur le box-office américain, les Hunger Games semblent en passe de devenir la nouvelle sensation adolescente pelliculée. L'œuvre de Suzanne Collins et son adaptation dirigée par Gary Ross ne sont pas seulement le fruit de leur talent, ou des bonnes fées du marketing, mais également le panachage de multiples influences, figures et mouvances, en littérature comme au cinéma. Voici donc une petite revue des effectifs.

 

 

Les Chasses du comte Zaroff, de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel

Un an avant King Kong, Schoedsack associé à Pichel se dépasse en livrant au public un des premiers grands classiques de l'horreur, qui deviendra rapidement l'œuvre matricielle de tout un genre, et tissera son influence jusqu'à aujourd'hui. Les thématiques communes avec le martyr de Katniss (Jennifer Lawrence dans Hunger games) abondent, telles la chasse, la question du pouvoir et de son usage, et in fine de la nature et de la valeur du spectacle. On pourra regretter toutefois que ce classique à la peau remarquablement dure n'ait pas influencé Gary Ross jusque dans son découpage, ou sa représentation d'une angoissante arène forestière. Schoedsack et Pichel ont immortalisé quelques unes des plus belles images du septième art, et ce faisant, mis en scène une définition remarquablement pertinente du sadisme.

 

 

 

Sa Majesté des mouches, de Peter Brook

Le fait est connu de tous les parents, les enfants sont méchants, sales, bêtes, et peuvent occasionnellement mordre. C'est ce que s'échine à décrypter pour nous Peter Brook, dans ce classique, qui aura le mérite de rappeler à tous ceux qui l'oublieraient, qu'un enfant affamé n'est jamais qu'un doberman au pelage minimaliste. Survie, affrontement, perte de l'innocence, mort et meurtre sont les épreuves que traversent ici les jeunes rescapés d'un crash aérien, qui retourneront bien vite à la vie primitive et sauvage, faute de structure cohérente. S'ils n'y sont contraints par aucun adulte adepte de médias totalitaires, cette régression barbare est bien celle que la société impose à Katniss et ses collègues de boucherie dans Hunger Games.

 

 

 

La Proie nue, de Cornel Wilde

Impossible de ne pas évoquer ici cette œuvre renversante, qui contient en elle les germes d'un genre sulfureux : le survival. On y suit durant une heure et demie la course effrénée d'un homme, poursuivi par une tribu africaine belliqueuse, au milieux du XIXème siècle. Le récit est dense, cru, violent, et met en scène sans grand discours mais avec un réel impact les dégâts humains et écologiques causés par les blancs en Afrique. Inspiration première d'Apocalypto, de Mel Gibson, il y a également fort à parier que Suzanne Collins a pris quelques notes quant à l'imbrication des menaces que rencontre son héroïne. Tantôt humaines, tantôt naturelles, elles dressent le portrait d'une nature violée, en quête de revanche, tout comme l'air de jeux des Hunger Games, souillée par le sang de génération d'adolescents.

 

 

 

Battle Royale, de Kinji Fukasaku

Peut-être l'œuvre qui entretient les rapports les plus évidents avec les romans de Suzanne Collins et l'adaptation de Gary Ross, puisqu'il y est question de promotions d'adolescents nippons, forcés de participer au Battle Royale, rite sacrificiel où chacun lutte à mort avec les autres, dans le but de mater une jeunesse récalcitrante, en bute à l'autorité des adultes. Toutefois, Fukasaku va bien plus loin dans la violence, l'horreur et le nihilisme. Ici, on aura bien du mal à trouver de personnages véritablement positifs, tandis que se dessine l'organisation d'un jeu mortel, absolument nihiliste car sans issue. En effet, le jeu de massacre propose à ses jeunes gagnants d'être mis au ban de la société, ou réinjectés dans une nouvelle partie. En comparaison, les ébats spéléologiques de Katniss paraissent infiniment délectables.

 

 

 

Running Man, de Paul Michael Glaser

Sans doute Running Man fait-il figure de péché mignon au sein des glorieux films présentés ici, mais il entretient lui aussi d'étroits rapports avec Hunger Games, comme le révèle la prestation de Stanley Tucci. En effet, impossible de ne pas penser en le voyant  au divertissement télévisé auquel tentera de survivre Arnold Schwarzenegger, dans une tenue dangereuse elle aussi, mais pour les yeux des spectateurs.

 

 

 

 

Le Prix du danger, de Yves Boisset

Le présentateur des Hunger Games a un ancêtre gaulois, et il s'agit de Michel Piccoli. Vous avez bien lu, notre papa acteur livra en 1983 une performance hallucinée et hallucinante en présentateur d'un jeu télévisé mortel et délirant, dont sera victime Gérard Lanvin. Une fois encore, on ne s'attardera pas sur la portée du long-métrage, mais nous tenions à souligner cette étrange proximité entre le blockbuster de Gary Ross et l'œuvre de Boisset.

 

 

 

 

Punishment Park, de Peter Watkins

Il semblerait que les régimes autoritaires n'aient que peu d'affinités avec la jeunesse contestataire. C'est l'amer constat dressé par cette merveille d'engagement signée Peter Watkins, qui devait se voir descendue par la critique U.S et quasiment interdite de sortie, révélant par là même combien le film visait juste. Ces jeunes abandonnés en plein désert, poursuivis par des militaires cruels ont marqué l'inconscient collectif de nombre de spectateurs, au point de ressurgir régulièrement dans la pop culture, via des clips et autres détournements. Le système coercitif contre lequel s'élève Katniss n'est qu'une variante du monde déshumanisé et violent de Watkins, où les jeux du cirque auraient retrouvé leur grandeur.

 

 

 

The Truman Show, de Peter Weir

Mais, me direz-vous, Jim Carrey a ici une existence autrement plus paisible que Jennifer Lawrence, et ne se fait ni courser, ni découper à la machette, tandis que personne n'est invité à s'enrichir en pariant sur sa mort prochaine. Pas faux, mais là où le rapport devient évident entre le film de Peter Weir et celui de Gary Ross, c'est dans la représentation des médias, de leur soif de contrôle et de pouvoir, maquillée sous des oripeaux de divertissement sain, riche en émotions. Car l'argument mis en avant pour vendre ce pauvre Jim est sensiblement le même que pour Katniss : la promesse d'un show à hauteur d'homme, impressionnant et bouleversant. Enfin, la salle de contrôle stellaire d'où le réalisateur surveille son “acteur“ telle une divinité antique, ne manquera pas d'évoquer le centre opérationnel des Hunger Games, où sont épiés les faits et gestes des participants.

 

 

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