NIFFF 2011 : Compte-rendu

Par Aude Boutillon
14 juillet 2011
MAJ : 30 juin 2018
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Vendredi 1er juillet, 15h. Les banderoles à l'effigie du buste coupé fleurissent dans la charmante ville de Neuchâtel, indiquant de part et d'autre la direction des salles de projection. Tandis que les spectateurs se croisent et se reconnaissent, armés du précieux sésame, pendu au bout d'un cordon, qui leur permettra de voir une quarantaine de films de genre en neuf jours, les Neuchâtelois accueillent tranquillement une parade d'enfants déguisés fêtant la fin de l'école. Un joli décalage qui prête à sourire.

 

 

Au terme d'une (longue, très longue) cérémonie d'ouverture, les jeux sont faits : ce seront donc près de 80 films et 22 longs-métrages qui s'étaleront sur neuf jours. Le festival s'allonge en effet pour cette onzième édition, à l'occasion de laquelle il inaugure deux nouvelles catégories. La première, « Films of the third kind », s'ouvre à un éventail de films plus large, en rapport plus ou moins marqué avec le cinéma fantastique. L'autre, « Just a film », est consacrée à une rétrospective sur le gore, chapeautée par un invité de grand honneur : Herschell Gordon Lewis, qui s'est livré avec un plaisir non dissimulée à une partie d'anecdotes avant la projection de chacun de ses films. Ajoutons aux réjouissances des conférences sur le thème « Imaging the future », consacrées aux effets spéciaux, aux jeux vidéo et à la télévision, ainsi que des rencontres avec des figures littéraires, parmi lesquelles le sympathique Jack Ketchum, dont trois adaptations sont d'ailleurs diffusées durant le festival. Le NIFFF s'est également orné d'invités de choix, venus tantôt présenter les films qui les concernent (Cinzia Monreale, Catriona MacColl, Kim Young-Tak), tantôt animer des conférences publiques (Eli Roth).

 

 

Herschell Gordon Lewis

 

Si la sélection de la compétition internationale a quelque peu désarçonné, voire déçu (y compris les « grands » du festival, Bill Lustig confiant sa préférence pour The Murderer, un film sud-coréen hors-compétition), les sélections parallèles ont permis la découverte de pellicules sympathiques, voire très bonnes, et la rétrospective, quant à elle, s'est montrée tout simplement délicieuse ; entre indispensables films cultes (Evil Dead, Re Animator, Street Trash, L'Au-Delà) et découvertes jubilatoires (Basket Case, Buio Omega, Pieces – aussi connu comme Le sadique à la tronçonneuse, un titre tellement plus trivial), « Just a Film » a unanimement remporté les suffrages du public.

Retour sur neuf jours de projections marquées par des films publicitaires précédant chaque séance et accompagnés d'un tonitruant « Ta gueule » (ou « A poil », selon l'humeur) adressé à une jeune femme présentant en vidéo ses plus sincères vœux de bonheur aux spectateurs.

[On passera volontairement sur les films vus, revus et rerevus depuis des mois, parmi lesquels J'ai rencontré le Diable, Detective Dee, Les nuits rouges du bourreau de Jade, pour ne citer qu'eux. Rappelons que les films précités sont encore inédits chez nos amis les Suisses.]

 

 

Film d'ouverture : Hideaways : 3/5

Ça commence comme un conte sombre et cruel remarquablement filmé et interprété,  qui n'est pas sans rappeler un Tim Burton des grandes heures, mais ça vire à l'eau de rose dès que les deux protagonistes principaux se rencontrent. Un petit gâchis qui reste mignon et visuellement réussi, mais pas loin de la mièvrerie.

 

Compétition internationale

 

End of Animal : 2/5

Long, trèèès long. L'esthétique de fin du monde, relativement soignée, finit tôt ou tard par lasser, grisâtre et terne à souhait… à l'image des personnages (un parti pris justificable, mais difficilement fédérateur). L'absence totale d'action, pourquoi pas, mais il devient alors nécessaire pour le film de fasciner l'audience pour ne pas la perdre, à la façon du Guerrier silencieux de Winding Refn. Malgré quelques bonnes idées et un personnage intéressant, le tout traîne terriblement en longueur sans qu'on en ait grand chose à faire. Et le personnage principal est insupportable, ce qui, convenons-en, n'aide pas beaucoup.

 

Griff the Invisible : 3/5

La fable d'un looser agité du bocal autoproclamé super-héros, touchante par moments, drôle à d'autres, plaisante dans tous les cas. Le problème, c'est que le sujet (laissons les adultes rêveurs le rester) a été rabattu quarante fois, et le jusquauboutisme du message peut être contestable (le type serait quand même près à risquer sa vie pour incarner un super-héros qui n'existe que dans son imagination). C'est inoffensif, un rien guimauve, mais agréable.

 

Saint : 3,5/5

Quiconque s'attend à du Rare Exports sera, au choix, emballé ou horrifié. C'est bordélique, violent, lourdingue, déjà vu, mais on se marre. Les personnages servent de prétexte à de la pure chaire à canon, les démembrements et autres éviscérations se succèdent, et Saint Nicolas en jette. Toutefois, le côté "borderline" du sujet aurait gagné à être davantage exploité, comme Rare Exports n'avait pas hésité à le faire (on y voyait tout de même un petit garçon suspendu dans les airs, entouré de centaines de Pères Noël les fesses à l'air). Ici, les meurtres et kidnapping d'enfants ont tous lieu hors champ, une frilosité qui tranche considérablement avec le ton (faussement ?) décomplexé revendiqué.

 

Stake Land : 3/5

Un road-movie en lieu et place d'un film de vampires, bien interprété et de bonne facture,  où les plus redoutables ne sont pas nécessairement les créatures mythologiques. Toutefois, pas de quoi s'imposer durablement dans les mémoires, la faute peut-être à un univers post-apo qui, quoique réussi, manque de singularité, et à quelques longueurs et maladresses (le final étant très décevant).

 

The Violent Kind : 3/5

Bikers + SF + possessions + rockabilly + séquences gores = … wait, what ? Voilà le sentiment général inévitablement laissé par The Violent Kind. C'est assez foutraque, très 80's, définitivement bis. Les avis seront sans aucun doute très hétérogènes, la multiplicité des thèmes pouvant légitimement désarçonner. On ne peut dans tous les cas que saluer l'initiative de proposer un produit singulier.  

 

 

Todos tus muertos : 2,5/5

Un film qui dénonce la corruption et l'amoralité du pouvoir colombien et propose une allégorie sur la guerre civile. Sa présence en compétition officielle dans un festival fantastique se trouve plus ou moins justifiée par des dispersions, çà et là, d'éléments étranges supposés participer à la création d'une atmosphère de rêve éveillé, adaptée à l'absurdité de la situation. Le sujet n'est pas inintéressant, mais le film épuise son potentiel (et son exploration du thème) en une demie-heure, ce qui rend la très longue heure suivante caduque. Saluons tout de même une photographie très soignée, au service d'une atmosphère plutôt réussie (mais frustrante).

 

Urban Explorer : 2/5

Un très gros décalage entre le potentiel B du film et le sérieux avec lequel il est traité, alors que les bandes horrifiques sous-terraines font déjà légion. Le boogeyman est certes charismatique, mais cabotine à mort, ce qui accentue encore cette inéquation. Le scénario quant à lui confine au grotesque, sans jamais être assumé jusqu'au bout.

 

Wake Wood : 3/5

Après le remake de Morse, une production « originale » qui porte bien la marque de la Hammer (ésotérisme, rituels bizarres, scènes élégantes confinant au gothique, communautés dissimulant un lourd secret), mais définitivement pas celle de l'originalité, Wake Wood s'inscrivant dans une linéarité assez décevante, et ne parvenant pas à s'émanciper de ses influences trop évidentes. The Wicker Man n'est pas bien loin pour ce qui est de l'environnement (une Irlande païenne perdue dans le temps), et Simetierre vient définitivement à l'esprit face à cette petite morveuse. Un classicisme un brin anachronique ?

 

 

 

The Caller : 3,5/5

Un sujet déjà exploité, des interprètes bankables (Twilight et True Blood en ligne de mire) mais plutôt justes, et un résultat relativement honorable, malgré quelques effets dispensables (des jump scares en veux-tu en voilà) et un scénario un peu simpliste (Fréquence Interdite tirait davantage profit du thème des paradoxes temporels). Le film s'aventure sur des pistes pas franchement indispensables, mais qui trouvent plus ou moins leur justification au dénouement. Sinon, la vieille folle est interprétée par Lorna Raver, ce qui est un argument en soi.

 

Nouveau Cinéma d'Asie

 

Guilty of Romance : 4,5/5

Cruel, dévastateur, hallucinogène, lyrique, profondément ancré dans une culture japonaise perverse et misogyne, Guilty of Romance questionne le prix d'une émancipation excessive, proportionnelle au mal-être de femmes rongées par l'asservissement et la monotonie d'une société où leur seule arme devient le sexe. Les familiers du réalisateur seront dans leur élément ; les autres risquent, au choix, de découvrir un génie, ou bien d'être totalement réfractaires à cette œuvre libre et désespérée.

 

 

Hello Ghost : 4,5/5

Coup de coeur. Ce qui pourrait être une banale comédie dramatique familiale (ce que sera certainement le remake de Columbus) se trouve transformé par la baguette de la fée Corée en une fable tragicomique, tantôt enfantine, tantôt émouvante, avec un final qui a fait renifler bruyamment beaucoup de spectateurs à l'issue du film.

 

Limah's ghost goes home : ?

Un film malaisien, avec une culture malaisienne, un humour malaisien et un jeu d'acteur malaisien. Même en acceptant de laisser ses références occidentales au placard, il reste très difficile d'adhérer à cette pellicule improbable et extravagante. Et encore plus de lui donner une note.

 

Red Eagle : 2,5/5

Ultra-référencé, très inégal tant dans le ton que dans la qualité, malgré des idées très louables. Le film est visuellement soigné, de même que les combats, qui se veulent inventifs, mais tout cela est parasité par des scènes excessivement explicatives, voire tout bonnement grotesques, sans que l'on sache vraiment s'il s'agit d'un choix délibéré, ou d'une maladresse touchante.

 

The Unjust : 1,5/5

Une insulte aux excellents polars coréens qui rencontrent un succès croissant dans nos contrées ces dernières années. C'est chiant, prétentieux, excessivement bavard et terriblement long. L'idée de départ est louable (décortiquer et dénoncer les jeux de connivence et de pouvoir en Corée), mais la réalisation se perd dans une intrigue inutilement complexifiée, et dans des développements sans fin des rapports entre les personnages (dont on ne pige pas grand-chose) au détriment d'une action inexistante. Autant revoir Memories of Murder.

 

Ultra movies

 

Grave Encounters : 1/5 (pour le début)

Un début prometteur car inédit (un pastiche des émissions américaines de "ghostbusters" bidonnées, et plus généralement une parodie des films d'horreur récents à la Paranormal Activity), mais qui s'épuise au bout d'une-demie heure, au terme de laquelle le premier degré est de retour. Résultat, c'est du déjà-vu, ça ne fait pas peur, et ça tire excessivement en longueur. Et on ressort avec la légère impression de s'être fait prendre pour une buse.

 

 

Hobo with a Shotgun : 3/5

Dans la lignée de Machete, une volonté clairement affichée de rendre hommage au cinéma d'exploitation décomplexé et roublard. Résultat, Hobo with a Shotgun (dont le scénario n'est pas à rechercher plus loin que le titre) est un festival de mauvais goût à lui tout seul, volontairement caricatural, agrémenté de répliques aussi ringardes qu'hilarantes, et surtout, porté par la gueule burinée d'un Rutger Hauer qui semble s'en donner à cœur joie. Il y a comme un petit goût de croisement improbable entre Street Trash et -allez, oserai-je le dire ?- Death Wish.

 

Norwegian Ninja : 2,5/5

Ce gloubi-boulga absurde et vieillot avant l'heure démarre sur les chapeaux de roues, avec une série de gags jouant du premier degré et donnant raison à la folie promise par le titre du film, mais se perd rapidement dans une intrigue qui apparaît beaucoup plus compliquée qu'elle ne doit l'être (rien n'est moins sur, peu de monde dans la salle ayant saisi les tenants et aboutissants du bazar).

 

Secuestrados : 1/5

« Ce thriller ferait passer Funny Games pour un Disney », qu'on nous disait. Oui, mais non. C'est influencé à l'extrême (12 plans-séquences pour filmer le cauchemar d'une famille retenue en captivité, ça vous dit quelque chose ?), mal écrit, prétentieux et totalement gratuit, sans parler d'un sous-texte très limite. Haneke peut être taxé de donneur de leçon ; lui au moins a un message à faire passer, et non la simple volonté affichée de choquer, comme le confirme (des fois qu'un doute subsiste) cet immonde plan final injustifié.

 

Films of the Third Kind

 

Good Neighboors : 4/5

Des voisins plus tarés les uns que les autres, une romance tuée dans l'œuf, une Québecquoise à l'accent à couper au couteau qui ponctue chaque phrase d'un « Tabernac' », et un tueur en série qui sévit dans les environs. Voilà Good Neighboors, abrasif, drôle, porté par un rythme étrangement lénifiant et une interprétation aux petits oignons.

 

Super : 5/5

Super n'est PAS Kick-Ass. Moins accessible, plus déjanté, bien plus bordeline, Super est aussi touchant que décontenançant, n'hésitant pas à faire de son super-héros un looser qui se croit touché par la grâce divine, et de son personnage féminin tout juste sorti de l'adolescence un être (très) sexué à la limite de l'hystérie. Le film combat sur tous les fronts, passant allégrement du drame au gore qui tâche estampillé Troma (où James Gunn a fait ses armes) à l'humour gentiment geek, au comics caricaturé. Et quel casting, mes aïeux, QUEL CASTING.

 

 

 

Wasted on the Young : 3,5/5

L'inévitable crainte d'un sous-Elephant n'est jamais loin, mais parvient à être désamorcée de justesse, au terme d'un renversement de situation qui fait plonger cette critique de l'invulnérabilité de la classe bourgeoise australienne dans un thriller de vengeance machiavélique plus conventionnel. L'écriture éclatée peut dérouter, mais reste compréhensible, et l'interprétation est irréprochable. Enfin, une touche finale optimiste vraiment rafraichissante, dans une période où la noirceur semble être l'unique solution choisie pour obtenir l'adhésion du public.

 

 

Palmarès de la 11ème édition du NIFFF :

Prix Narcisse du meilleur film, Prix RTS du public et Méliès d'Argent : Troll Hunter

Mention spéciale du jury international : Stake Land

Prix du meilleur film asiatique : Hello Ghost

Prix de la jeunesse : Wake Wood

Prix Mad Movies :  The Violent Kind

 Prix Titra Film : Insidious

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