Jason Reitman, le fiston d'Hollywood

Vincent Julé | 25 janvier 2010
Vincent Julé | 25 janvier 2010

C'est dans l'adresse de sa page MySpace, Jason Reitman est « your pal », ton pote, quoi ! Si maintenant, il préfère twitter, Jason Reitman n'en reste pas moins le cinéaste copain, chouchou d'Hollywood, et accessoirement fils d'Ivan Reitman. Avec pour papa, le réalisateur des SOS Fantômes, mais aussi d'Arrête de ramer, t'es sur le sable ou Un flic à la maternelle, Jason aurait du mal à être autre que ce qu'il appelle lui-même « un loser, un geek, un fanboy ». Rapidement et logiquement, il apparaît dans les films de son père, en tant qu'acteur, genre « Boy #2 », dans Jumeaux ou SOS Fantômes 2, mais aussi comme assistant producteur sur Un flic à la maternelle. Nous sommes en 1990 et il a alors 13 ans. Peut-on vraiment parler de piston ? Toujours est-il qu'il passe son temps dans les salles de montage et apprend ainsi le métier sur le tas. La vingtaine dépassée, et diplômé en anglais, il se voit offrir la possibilité de réaliser des publicités. Il préfère se lancer dans la production et la réalisation de ses propres courts-métrages, pas moins de sept en tout. Se présente alors à lui le film Et mec, elle est où ma caisse ?, qu'il refuse non pas une mais deux fois.

 

 

 

En 2005, à 28 ans, il développe le film Thank you for smoking, d'après le roman éponyme de Christopher Buckley. A l'origine, il s'atèle seulement au scénario, puis en fait son premier long-métrage en tant que réalisateur. Satire de l'industrie du tabac et des pouvoirs publics, le film diffère du matériau d'origine dans son angle d'attaque et sur la fin. Avec un budget de 7 millions de dollars, le film cumule 39 millions au final dans le monde entier. Un succès. Mais Jason Reitman réfléchit déjà à son prochain film, soit une nouvelle adaptation de bouquin, une satire sur les cols blancs, soit un projet original avec Christopher Buckley. C'est alors qu'il est appelé à la rescousse sur Juno, que le réalisateur Brad Silberling a quitté pour « casting differences ». Mais il n'est pas le seul sur le coup, Brett Simon et John Poll sont aussi envisagés. Alors qu'il n'a lu que la moitié du scénario de Diablo Cody, il se dit qu'il le regrettera toute sa vie s'il n'accepte pas tout de suite maintenant. Il interrompt alors le travail qu'il effectuait sur son propre scénario et par tourner cette comédie indépendante sur la banlieue américaine et la grossesse adolescente. Dès sa présentation au festival de Toronto en 2007, le film jouit d'un buzz monumental. Suivent le plébiscite des critiques US, la pluie de nominations et de récompenses (dont l'Oscar du meilleur scénario) et 140 millions de dollars au box-office américain. Le raz de marrée passe l'Atlantique, même si chez nous, chertains s'interrogent pour savoir si derrière l'apparent égratignage du vernis de l'american way of life, Jason Reitman ne prône pas un retour aux bonnes valeurs conservatrices. La question a le mérite d'être soulevé.

 

 

 

En mars 2006, il fonde avec Daniel Dubiecki la boîte de production Hard C Productions, dont le but est de produire « des petites comédies subversives, indépendantes mais accessibles ». Comme Jennifer's Body écrit par Diablo Cody, mais aussi Banzai Shadowlands de Rainn Wilson de The Office ou The Ornate Antaomy of Living Things qui voit un bouquiniste découvrir qu'un musée est dédié à sa toute sa vie. En 2009, Jason Reitman revient avec son troisième métrage, Up in the air, la fameuse satire sur les cols blancs, d'après un roman de Walter Kirn. Il en signe lui-même l'adaptation avec SheldonTurner, et remporte le Golden Glode 2010 du meilleur scénario. Comme pour Thank you for smoking, le jeune cinéaste se réapproprie l'œuvre d'origine, et derrière un film sur la crise économique (avec ses vrais licenciés mêlés aux acteurs, bonjour la démagogie), signe un drôle d'essai sur une vie en parenthèse, une non-existence et sur l'engagement ou la résignation. Avec ce nouveau succès critique et public, Jason Reitman confirme qu'il sait parler des Américains et aux Américains, et de fait peut-être un peu moins aux Français. Avec sa participation à des shows comme The Office ou Saturday Night Live, il se révèle aussi comme l'un des visages de la nouvelle contre-culture américaine, faussement irrévérencieuse mais profondément humaniste.

 

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