7 BD franco-belges au broyeur du 7ème art

Thomas Messias | 22 octobre 2009
Thomas Messias | 22 octobre 2009

Souvent adaptées au cinéma, les bandes dessinées franco-belges ont été régulièrement maltraitées par des réalisateurs n'ayant pas su en capter l'essence par manque de travail ou de talent. À l'occasion de la sortie de Lucky Luke, et malgré une critique assez positive de notre VJ national, petit retour sur 7 des adaptations les plus ratées. Une liste évidemment loin d'être exhaustive.

 

Fais gaffe à la gaffe ! (1981)

C'est peut-être le plus méconnu du lot : saviez-vous que Gaston Lagaffe, le célébrissime personnage d'André Franquin, avait connu lui aussi une carrière sur grand écran ? Avec le génial (rires) Paul Boujenah derrière la caméra et avec Roger Mirmont dans la peau de Gaston (euh, non, de G., Franquin ayant refusé que les véritables noms soient repris), Fais gaffe à la gaffe n'a hélas pas laissé un souvenir impérissable en raison de sa tendance malheureuse à reprendre plan par plan chacune des cases de la bande dessinée. Comme le dit Fanquin lui-même, «  Le maquillage le plus savant ne peut faire accepter qu'un acteur soit vraisemblable en caricature. Et d'un autre côté le comique est au cinéma un des genres les plus difficiles qui soient... ». La présence de Marie-Anne Chazel en Pénélope (alias mademoisele Jeanne) et de Dnaiel Prévost en Prunus / Prunelle ne changeront rien au ratage et au bide total du film.

 

Iznogoud (2005)

Sympathique auteur d'un Neuf mois à l'étonnant succès, Patrick Braoudé patinait depuis une dizaine d'années quand fut lancé ce projet, perdu d'avance, d'adaptation ciné d'Iznogoud. L'énorme travail de la direction artistique - les décors sont très réussis et très fidèles à la BD - ne sauve hélas pas le film, victime d'un scénario poussif et d'une interprétation globalement calamiteuse. On a de la peine pour le pauvre Jacques Villeret, venu s'abimer ici pour l'un des derniers rôles de sa carrière. Avec le recul, Iznogoud souffre sans doute d'être un film trop younisé : qu'on aime ou pas l'ex-trublion exhibitionniste des matinales de M6, il est bien trop mis en avant (ainsi que son traditionnel tube FM pourrave en guise de BO et sa chérie d'alors, Elsa Pataky, au casting) pour pour pouvoir laisser exister, ne serait-ce qu'une seconde, le vizir colérique qui fit le succès de la BD de Goscinny et Tabary.

 

 

Astérix aux jeux olympiques (2007)

Gérard Jugnot et son Astérix en Hispanie ayant été refusés par Uderzo, c'est finalement chez Thomas Langmann qu'échoue la troisième aventure du petit héros gaulois méga balèze. Pour montrer à papa Berri, producteur du premier volet, que lui aussi sait y faire, Langmann produit, co-réalise, investit un pognon démesuré dans ce qui s'avère être l'un des plus gros navets de ces dernières années, et sans doute l'une des adaptations les moins respectueuses du matériau d'origine. Défilé de guest stars, étalage de pognon, débauche d'effets numériques, absence criante de gags (ou en tout cas de gags qui fonctionnent), c'est un film d'une vertigineuse vacuité, misant tout sur une campagne promo envahissante et sur un Benoît Poelvoorde survolté mais jamais dans le ton. Ce fut pour lui le film de trop, au contraire d'un Christian Clavier ayant eu la bonne idée de laisser sa place à Clovis Cornillac pour interpréter le moustachu dopé.

 

Tintin et les oranges bleues (1964)

Il faut croire que Tintin et le mystère de la toison d'or (1961) a connu son petit succès, puisque le héros de Hergé a fait son grand retour trois ans plus tard avec cette seconde aventure filmique qui choisit, comme la précédente, d'adapter des personnages mais de bâtir une histoire originale. Pas suffisant pour éviter les comparaisons peu flatteuses : le côté tartignole de Tintin ressort affreusement dans ce film pas antipathique mais sacrément mal fichu, où seul Jean Bouise en professeur Tournesol semble avoir trouvé le ton juste. reste à savoir si le tandem Spielberg - Jackson, actuellement à l'oeuvre sur une trilogie inspirée des aventures du reporter belge, seront parvenus à dégraisser suffisamment une oeuvre a priori inadaptable. Remplacer Jean-Pierre Talbot (quelqu'un a des nouvelles ?) par Jamie Bell est déjà une première étape convaincante.

 

Les Dalton (2004)

Un film centré sur les frères Dalton ? Pourquoi pas. Avec Éric & Ramzy ? Idée amusante. Le problème, c'est que Les Dalton est un film absolument indigent, qui utilise les personnages de Morris à des fins bassement commerciales, les transformant en chair à canon pour servir des gags souvent miteux, mal servis par la mise en scène hideuse de Philippe Haïm. Et puis, la moindre des choses quand on s'intéresse aux Dalton, qui sont quatre, c'est quand même de faire exister un minimum chacun des frangins. Ce n'est évidemment pas le cas, deux types dont on a oublié les noms faisant de la figuration entre le petit Éric et le grand Ramzy. Quant à ce pauvre Til Schweiger, dont on ignore toujours pourquoi il a été choisi, il permet aujourd'hui à Jean Dujardin de briller lorsqu'on le compare aux précédents Lucky Luke.

 

Michel Vaillant (2003)

Des carrosseries qui frottent, des odeurs de pneus et d'essence, une rivalité absolue... Produit par Besson, Michel Vaillant aurait pu être LE film de bagnoles à la françaises, mais ne fait même pas mieux que le pénible Driven de Stallone. La faute à un scénario hélas trop bessonnien, qui s'écarte bien vite de l'univers créé par Jean Graton pour basculer vers un mélange complètement bâtard de suspense sportif et de film noir. Écrit comme souvent sur un coin de nappe, le script réduit les personnages à l'état de silhouettes, et dépassionne totalement l'ensemble. Malgré un savoir-faie technique indéniable et un Sagamore Stévenin qui fait ce qu'il peut, Michel Vaillant reste un film de troisième zonealors qu'il aurait pu viser la pole position.

 

 

Les chevaliers du ciel (2005)

Déjà co-scénariste de Michel Vaillant, Gilles Malençon remet ça deux ans plus tard avec ces indigents Chevaliers du ciel, exploitant scandaleusement un titre appartenant au patrimoine français pour accoucher au final d'un sous-Top gun d'une stupidité infinie, avec des héros même pas nommés Tanguy et Laverdure. Philippe Torreton a beau être très drôle malgré lui, Alice Taglioni et Géaldine Pailhas ont beau dérouler des mètres de jambes sous nos yeux ébahis, rien ne remplacera jamais un scénario décent ou un metteur en scène de qualité. Car même les séquences aériennes sont absolument sans intérêt, mal menées (malmenées ?) par un Gérard Pirès au top de sa forme puisque sortant de Taxi et Riders. Même pour une soirée foutage de gueule entre potes, le film semble terriblement long. Dans la liste, c'est peut-être le plus à fuir.

 

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