John Woo en 10 films

Jean-Noël Nicolau | 24 mars 2009
Jean-Noël Nicolau | 24 mars 2009

La sortie des Trois royaumes est un événement à plus d'un titre pour les amateurs du cinéma de John Woo. Après les échecs successifs de ses blockbusters hollywoodiens, le réalisateur est de retour en Chine, 15 ans après son exil, et y a obtenu un succès historique. L'occasion de revenir en 10 longs-métrages clefs sur la carrière de celui qui fut le symbole de l'explosion du polar HK dans les années 80 et 90.

 

 

Lorsqu'il met en scène Le Syndicat du crime, John Woo a déjà presque 20 ans de carrière et une quinzaine de longs-métrages derrière lui. Malgré quelques bons films, en particulier Les Larmes d'un héros, son cinéma peine à sortir de l'ordinaire. Sa collaboration avec Tsui Hark, ici co-producteur, va donner un coup de fouet, non seulement à son œuvre, mais à tout le polar hongkongais des années 80. Le mélange entre mélodrame exacerbé et ultra-violence fait mouche dans les deux premiers volets du Syndicat du crime.

 

Film mythique, The Killer l'est en particulier parce qu'il fut pour beaucoup de cinéphiles la première rencontre avec le style de John Woo. En faisant siennes les influences occidentales (en particulier Melville), le réalisateur développe les prémisses du Syndicat du crime avec une grande histoire d'amitié et d'amour tragiques. A la fois naïf et irrésistible, The Killer se déploie autour de morceaux de bravoure restés dans les mémoires, en particulier le gunfight final dans l'église, interminable, épuisant et magnifique.

Avec Une balle dans la tête, John Woo atteint une certaine perfection de son art. Fresque romanesque, avec pour cœur une amitié trahie, le film est tout autant un mélo qu'un vrai monument d'action hardcore. Comme beaucoup des œuvres de cette période, Une balle dans la tête a subi les outrages du temps, mais il demeure le film fétiche de bon nombre de fans du réalisateur.

Posez la question aux cinéphiles autour de vous : quel est le meilleur film d'action de l'histoire du cinéma ? On vous citera souvent Die Hard, mais peut-être tout autant A toute épreuve. L'œuvre possède une telle aura qu'il n'est pas rare de rencontrer des spectateurs déçus, qui en attendaient sans doute trop. Pourtant, presque 20 ans après sa sortie, le final d'A toute épreuve demeure un point limite dans le gunfight non stop. Seul le Time and Tide de ce bon vieux Tsui Hark sera venu flirter avec la virtuosité ici exposée (un plan séquence dans l'hôpital qu'on ne cesse de se repasser). Le meilleur film de John Woo ? On en discute encore...

Dans le grand exode des réalisateurs HK qui se déroula au début des années 90, John Woo fut l'un des premiers à franchir le pas. Comme une sorte de bizutage, le film avec Jean-Claude Van Damme allait devenir l'incontournable à franchir. Woo s'en sort avec les honneurs avec Chasse à l'homme, l'un des meilleurs Van Damme de la période. Certes, ça ne vaut pas le pétage de plombs de Tsui Hark pour Piège à Hong-Kong, mais ça se laisse voir avec plaisir. Mieux en tout cas que Broken arrow, deuxième essai avant la consécration, que nous passons ici sous silence...

 

Pour le grand public, c'est l'acte de naissance de John Woo. Pour beaucoup, il s'agit de son meilleur film. Il faut dire que tout est réuni pour obtenir la quintessence de l'art du réalisateur dans le domaine de l'action mélodramatique. C'est un véritable best of : rebondissements improbables, acteurs cabotins, scènes d'action surréalistes, ralentis à foison, images iconiques dans tous les sens, on adhère ou on rejette en bloc. Volte/Face remporta un succès historique qui promettait des lendemains lumineux aux cinéastes HK expatriés. La chute n'allait être que plus rude.

Lorsque John Woo s'auto-parodie en glorifiant l'omnisicente(ologue) star Tom Cruise, cela donne cette catastrophe industrielle qu'est Mission : impossible 2. Le film a ses (rares) défenseurs, mais il est surtout célèbre pour avoir entraîné le réalisateur hongkongais dans sa chute. C'est bien connu, Tom Cruise survit à tout, quasi indestructible auprès du public. Et la faute retomba entièrement sur John Woo qui radotait une fois de trop ses figures bien connues. Pas assez risqué ou trop fou ? Le film fit perdre au réalisateur une bonne partie de ses fidèles.

Ce devait être le film du grand pardon, de l'apothéose ratée avec Mission : impossible 2. Mais Windtalkers fut au contraire le bide de trop. 115 millions de dollars de budget, un Nicolas Cage en quête d'Oscar et l'ambition de révolutionner le film de guerre. Au final ? 40 millions aux USA, 36 à l'international, une catastrophe qui allait placer durablement John Woo sur la liste noire d'Hollywood. Il faut dire que le film, laborieux au possible, ne faisait que souligner les faiblesses du metteur en scène.

Comme pour faire amende honorable et tenter de sauver sa place, John Woo revient avec un Paycheck aussi humble qu'anodin. Une série B à peine correcte, dans laquelle l'auteur met un peu de côté ses thèmes fétiches (ce qui n'est pas forcément un mal). Mais l'abus de split-screens et de Ben Affleck ne laisseront pas un grand souvenir aux spectateurs. Le film ne se remboursera même pas aux USA et entraînera John Woo dans un long passage à vide. Avant le retour au pays...

En revenant en Chine, 15 ans après,  avec Les 3 royaumes, John Woo s'engage dans la veine des superproductions à la Zhang Yimou et obtient un triomphe. C'est le grand pardon et avec cette fresque de plus de 4h (si on compte la version intégrale en deux films) les fans se pâment d'aise. Les autres retrouvent tout ce qui les laissait perplexe chez le cinéaste : sentiments naïfs, imagerie exacerbée qui flirte avec le kitsch... Qu'à cela ne tienne, John Woo est au moins redevenu prophète en son pays. Reste à savoir s'il en sera de même ailleurs...

 

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