Quentin Tarantino en petites phrases

Thomas Messias | 3 juin 2007
Thomas Messias | 3 juin 2007

Grand bavard devant l'éternel, spécialiste des marathons verbaux (dans la vraie vie comme dans ses films) et des interviews-fleuves, Quentin Tarantino est un spectacle à lui tout seul. À l'occasion de la sortie d'Inglourious basterds, et en quelques mots-clés, voilà quelques indices pour tenter de comprendre ce qui se passe sous le crâne du bonhomme.

 

 

Jeunesse

 

- "J'ai aimé les films avant le lait maternel."

 

- "Quand j'avais 5 ans, je me faisais des films dans ma tête, interprétés par mes G.I. Joe. L'amputation était le thème récurrent."

 

- "Je considère Tatum O'Neal comme mon premier amour. J'ai vu Paper moon [comédie oscarisée de Peter Bogdanovich, NDLR] quand j'étais môme, et je ne m'en suis jamais remis."

 

- "Mon premier job : à 16 ans, je plaçais les gens dans un cinéma porno. C'est enrichissant." 

 

 

Violence

 

- "Aucun film ne peut transformer un gamin en tueur en psychopathe. En metteur en scène psychopathe, à la rigueur..."

 

- "Si mon cinéma a permis à d'autres de filmer la violence sans s'attirer d'ennuis, alors j'ai réussi ma vie."

 

- "Oui, mais mes films sont violents, mais les spectateurs sont prévenus. Les gens qui vont voir Metallica demandent rarement aux musiciens de baisser le volume!" 

 

 

Lauriers 

 

- "Sam Jackson est un poète. Quand il prononce une de mes répliques, j'ai l'impression que ma prose merdique ressemble à du Walt Whitman."

 

- "Si demain Robert Rodriguez me demandait de tout plaquer pour aller tenir avec lui un vidéo-club au fin fond du Texas, j'accepterais sans hésiter. Ce type n'est pas seulement le réalisateur le plus cool que j'aie jamais vu. C'est surtout le meilleur ami dont vous puissiez rêver." 

 

- "Le De Palma d'avant m'a beaucoup influencé. C'est un type très brillant, l'humoriste le plus noir que les années 70 nous ont donné."

 

 

Mégalo

 

"Je suis universel. Je sais ce que les Chinois veulent, je sais ce que les Allemands veulent... En substance, ce qu'ils veulent, c'est : moi."

 

- "Je suis devenu un adjectif plus tôt que je ne l'avais prévu."

 

- "Uma et moi, c'est comme Marlene Dietrich et Josef von Sternberg. On va marquer l'histoire."

 

- "John Travolta est comme une arme nucléaire dont je serais le seul à avoir le code."

 

 

 

Faire des films 

 

- "Le monde qui nous entoure est sordide et dégueulasse. Je ne cherche pas à le maquiller comme 99% des films hollywoodiens."

 

- "Je ne suis pas un dialoguiste de génie ; je ne suis que la dactylo du diable."

 

- "Quand je fais un film, je veux qu'il soit tout pour moi, que je sois prêt à mourir pour lui. Sinon, je passe à autre chose."

 

- "J'ai piqué au moins une chose dans chacun des films que j'ai vus."

 

- "Mon ambition est simple : je veux péter le crâne de chacun de mes spectateurs." 

 

 

Règlements de comptes

 

- (au détour d'une question sur Guy Ritchie) "Je ne veux pas être le Scorsese du pauvre."

 

- (Ritchie again) "Quand on n'a pas de talent, c'est plutôt rusé de se marier avec une star mondiale. Le jour où je manquerai d'inspiration, j'épouserai sans doute Elvis."

 

- "Les images de synthèse sont le fléau du cinéma moderne, les frères Wachowski des assassins. Quitte à vouloir prendre son pied avec des jeux vidéos, autant coller sa bite dans une Nintendo."

 

- "Ça m'a vraiment déprimé qu'on compare le combat de The bride contre les Crazy 88 avec la stupide baston numérique de Néo face aux agents Smith (qui, en passant, sont un plagiat de Reservoir dogs."

 

- "Quand je vois les films faits par De Palma il y a trente ans et ceux qu'il pond maintenant, je me dis que ça ne peut pas être le même mec. Le De Palma talentueux a forcément été enlevé par des aliens."

 

- "Lawrence Tierney [interprète de Joe Cabot dans Reservoir dogs, décédé en 2002, NDLR] est un grand malade, le genre de type qui peut foutre un film en l'air à lui seul. La prochaine fois que je le croise, je lui pète la gueule." [trop tard]

 

- "Oliver Stone n'a pas seulement piqué mon script de Tueurs nés, il l'a également transformé en un bon gros paquet de merde." 

 

- "C'est bête qu'ils ne m'aient pas pris pour Casino Royale. Moi, j'aurais fait un film digne du roman."

 

 

Obsessions

 

"Chaque plan de pieds de chacun de mes films est totalement justifié et s'inscrit parfaitement dans le rythme de mes séquences. Je ne suis pas un bête fétichiste." 

 

- "Les céréales sont la meilleure nourriture qui soit. C'est rapide à préparer, très bon, et ça se digère facilement. Je pourrais passer ma vie à ne manger que ça. Ça et des hamburgers."

 

- "Il m'arrive de passer des nuits blanches à me demander quel rôle je pourrais écrire pour que Warren Beatty accepte de jouer dans un de mes films. Ce mec est une icône, un grand parmi les grands, et je n'arrive pas à écrire une putain de ligne qui soit digne de lui.

 

 

Refus

 

- "On m'a envoyé le scénario de Men in black. Au lieu de perdre mon temps à le lire, j'ai calé ma table avec."

 

- "J'ai failli réaliser Héros malgré lui. Mais je suis bien content d'avoir été devancé par Stephen Frears. Toute ma vie, on m'aurait sûrement décrit comme un héritier dégénéré de Frank Capra."

 

 

Contradictions

 

- "Si j'ai tardé à refaire un film après Pulp fiction, c'est tout bêtement parce que j'avais la trouille." 

 

- "Je n'ai jamais eu peur. Ma carrière entière est construite sur le courage." 

 

 

Retraite

- "Il me reste 15 ans pour faire des films qui déchirent, ensuite ce sera trop tard. Je ne me vois pas tourner des films où le héros prend du Viagra."

 

- "Quand je tremblerai trop pour tenir une caméra, je deviendrai écrivain."

 

- "Plus tard, je me verrais bien tenir une salle de cinéma dans une petite ville. On m'appellerait 'le vieux fou qui passe des films' et il y aurait un tas de rumeurs dingues sur moi."

 

 

En vrac

 

- "Si j'étais un super-héros? Luke Cage, le super-héros noir."

 

- "J'ai une voix d'ado attardé. Il n'y a pas de hasard." 

 

- "Être président à Cannes? Boarf : ça m'a surtout permis de voir des films mortellement cools." 

 

- "Je ne crois pas à l'élitisme. Je ne pense pas que le public soit plus con que moi. Je suis le public."

 

- "Le week-end de la sortie en salles est sans nul doute le moment le moins important de la vie d'un film." 

 

- "Les films sont ma religion et Dieu est mon boss." 

 

 

 

 

Sources : tarantino.info, Tarantino Fiction, God among directors, et les livres Quentin Tarantino, fils de pulp de J-P Deloux (éd. Fleuve Noir), Quentin Tarantino d'A. Morsiani (éd. Gremese) et Reservoir Dogs, Pulp fiction, True romance, Jackie Brown (scénarios + interviews, éd. 10/18).

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