Albert Dupontel à l'assaut d'Écran Large

Erwan Desbois | 4 avril 2006
Erwan Desbois | 4 avril 2006

Fils illégitime de Terry Gilliam et Terry Jones (si si, c'est possible, il n'y a qu'à voir le nombre de rôles de femmes joués par les deux hommes au sein des Monty Python), Albert Dupontel a eu la chance de récupérer les deux principales qualités de ses géniteurs : un humour dévastateur et sans concession, et un don pour la réalisation de longs-métrages. L'accent anglais a par contre été oublié en route, si l'on en croit sa prestation peu convaincante (sur ce plan seulement) dans Bernie, film dans lequel il mettait d'ailleurs déjà en scène de manière déguisée cette quête poignante de parents anglophones. Les deux ex-Pythons ne tardèrent alors pas à reconnaître le jeune homme et à lui apporter leur bénédiction en acceptant d'apparaître dans ses deux films suivants : tout d'abord Jones dans Le créateur (où il interprète Dieu – encore un signe qui ne trompe pas), rejoint par Gilliam pour Enfermés dehors.

Mais avant cet adoubement, il y eut pour Albert une enfance douloureuse, en raison de la cruelle méprise de ses parents qui voulurent le faire passer pour breton. Ce qui est en soi une couverture idéale pour un anglais se transforma en cauchemar à cause du manque de préparation de la supercherie. Le prénom du jeune garçon et son lieu fictif de naissance (Saint-Germain-en-Laye, au cœur de la région parisienne) lui valurent bien des brimades et des moqueries au cours des différentes classes de mer passées au pays des Gawen et des Morganne. Ces mauvais traitements entraîneront chez lui une haine tenace envers les mangeurs de kouingamann et buveurs de chouchenn, haine à laquelle il donnera libre cours dans un second long-métrage à nouveau puissamment autobiographique, Le créateur. La réplique « Kénavo les bouseux ! » est devenue culte depuis ce film, au fur et à mesure que le film compensait son four au box-office par une popularité grandissante sur le long terme grâce au lobbying des fidèles de la première heure.

Pour étayer leur discours élogieux, ces derniers purent s'appuyer sur la renommée de Dupontel acteur et comique. Comme ces fils de cardiologue qui font médecine juste pour plaire à leurs parents, la progéniture illégitime mais prodigue suivit la voie humoristique pendant un temps, avec un réel succès qui plus est : certaines de ses « Sales histoires » (« Le bac de français », « Rambo ») sont devenus des classiques, et son « Sale spectacle » fit salle comble à l'Olympia pendant plusieurs mois. Mais il n'est pas de ceux pour qui le triptyque « sketchs sur Canal+ – one-man-show sur scène – longs-métrages de pure comédie montés sur son seul nom » est une fin en soi, et il ne perdit jamais de vue son ambition première, le Cinéma avec un grand ‘C' – ambition qui le fit s'inscrire à l'école du théâtre de Chaillot dès 1987 et démarrer dans des petits rôles devant la caméra de Jacques Rivette et de Paul Vecchiali.

Après que sa courte carrière de comique – déjà – acerbe lui ait permis d'atteindre une certaine notoriété au début des années 90, Albert Dupontel put s'attaquer à des projets plus ambitieux – en particulier les trois longs-métrages dont il est le scénariste et metteur en scène, cités en haut de cet article pour ceux qui n'ont pas suivi. En marge de son œuvre très personnelle de réalisateur, et de ses collaborations aux exactions de potes aussi provocateurs que lui (pêle-mêle : Serial lover de James Huth, Le Convoyeur de Nicolas Boukhrief, Irréversible de Gaspar Noé), il sait aussi se fondre dans l'univers d'autres metteurs en scène pour des rôles sûrement alimentaires mais toujours choisis avec soin. La liste de ceux avec qui il a travaillé est éloquente : Jacques Audiard (Un héros très discret), Bertrand Blier (Les Acteurs), Michel Deville (La Maladie de Sachs), Jean-Pierre Jeunet (Un long dimanche de fiançailles), et dernièrement Danielle Thompson (Fauteuils d'orchestre). Toujours remarqué, qu'il soit dans une troupe ou en première ligne, il fascine par sa capacité à apporter une part d'ombre et de déséquilibre même aux rôles les plus « normaux ». Un apport sans doute effectué à part égale par l'acteur et par le spectateur, qui garde en permanence dans un coin de sa tête l'éventualité d'un coup de pelle, d'une descente de policiers à la mine patibulaire, ou, dans le pire des cas, d'un assaut usant de tout l'attirail des conquistadors espagnols.

 




Toujours dans les mauvais coups, jamais dans le consensus mou : si Albert Dupontel devait choisir une devise, celle-ci serait particulièrement appropriée. Alors oui, Terry Gilliam et Terry Jones peuvent définitivement être fiers de leur petit rejeton.

 

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