Lost - Saison 1

Stéphane Argentin | 20 août 2006
Stéphane Argentin | 20 août 2006

À l'occasion de la diffusion des deux derniers épisodes de la première saison de Lost ce week-end sur TF1, nous vous proposons de retrouver ci-dessous la critique complète de cette série évènement plébiscitée par plus de six millions de téléspectateurs en moyenne au cours de l'été. Attention, cet article s'adresse avant tout aux personnes ayant déjà vu l'intégralité de la première saison, la fin de l'article évoquant le dénouement de cette première saison.

Très remarqué par ses deux créations précédentes (Felicity et Alias), J.J. Abrams fut appelé en renfort en début d'année 2004 pour tenter d'uniformiser et de consolider un concept imaginé par Jeffrey Lieber et Damon Lindelof : celui d'une poignée d'individus mystérieusement rescapés d'un crash aérien sur une île déserte du Pacifique. Fort de ses précédentes expériences télévisées, J.J. Abrams contribuera tant et si bien à hisser cette nouvelle série au dessus du lot que la rançon du succès allait rapidement se retourner contre elle-même. Le concept si fort de Lost allait bientôt disparaître.

 


Aux commandes du pilote de la série (un double épisode d'1h20), J.J. Abrams place aussitôt la barre très haut avec une entrée en matière qui cloue littéralement le spectateur sur son fauteuil dans le même état désemparé et désorienté que Jack, le personnage principal (un « réveil » qui ne sera pas sans rappeler là encore celui de Sydney Bristow dans le tout premier épisode d'Alias). Où sommes-nous ? Comment sommes-nous arrivés ici ? Pourquoi ? Autant de questions qui trouveront des réponses sitôt la situation de crise actuelle passée.

 

 


Doté d'un budget qui s'élèverait à quelques 10 millions de dollars (soit l'épisode le plus cher de l'histoire de la télévision), le pilote de Lost s'ouvre en effet sur l'une des séquences les plus hallucinantes vues sur un écran (le petit comme le grand). Au cours de l'année passée, seuls deux autres shows sont parvenus à égaler un tel niveau d'intensité : 24 heures chrono, série rompue à l'exercice qui livre de telles séquences en moyenne tous les quatre ou cinq épisodes et Numb3rs, nouvelle venue encore inédite en France, dont le deuxième épisode réalisé par un certain Davis Guggenheim (metteur en scène lui aussi rompu aux séries télés tel que Alias, 24 heures chrono, The shield ou encore Deadwood) s'ouvre sur un braquage de banque de près de cinq minutes (pour un épisode de 42 !) tout simplement prodigieux.

 

 


Ce crash aérien d'une furie visuelle et sonore (un homme littéralement aspiré par l'une des turbines de l'appareil encore rugissante) en ouverture de Lost ramène aussitôt les protagonistes (et par extension le spectateur tout aussi perdu) aux questions précédentes à commencer par la plus insoluble de toutes : par quel miracle cette quarantaine de personnes ont-elles bien pu réchapper à pareil catastrophe ? Une question qui trouvera en partie ses réponses, tout comme les autres interrogations, dans le passé de chacun. Car, à partir d'un concept à priori limité (sur le plan géographique notamment), la grande trouvaille de Lost est d'avoir su rallier passé et présent en scrutant les antécédents de chaque survivant à l'aide de multiples flash back en parallèle de la découverte de cette nouvelle (sur)vie au grand air qui s'offre désormais à eux.

 

 


On découvre ainsi rapidement que, bien loin d'être les passagers lambda d'un vol quelconque, toutes ces personnes semblent avoir embarqué à bord de ce vol Flight Oceanic 815 pour des raisons aussi hasardeuses que curieusement concordantes : le chirurgien endeuillé par la mort d'un père avec lequel il était en conflit (Jack), la hors-la-loi en fuite dont la mère est grièvement malade (Kate), la future jeune mère célibataire (Claire), l'ex-chanteur drogué (Charlie), le père qui doit apprendre à vivre avec son fils suite au décès de son ex-femme (Michael et Walt), le fils à maman qui a eu le malheur / bonheur de gagner au loto (Hurley), le demi-frère amoureux de sa sœur (Boone et Shannon), l'ancien soldat iraquien tortionnaire et déserteur (Sayid), un présumé assassin au passé familial sanglant (Sawyer), l'homme de la pègre coréenne et son épouse soumise en apparence (Jin et Sun), sans oublier le plus miraculé de tous, la victime d'une arnaque aux dons d'organes (Lock) qui, après avoir été cloué sur un fauteuil roulant, chasse désormais le sanglier en pleine forêt à grandes enjambées (l'île de Lost où le nouveau lieu de pèlerinage après Lourdes ?).

 

 


Autant d'individus représentatifs de la société actuelle dans toute sa largeur (argent, drogue, réussite, bonheurs et désillusions familiales / amicales / professionnelles…) et qui vont être amenés à reproduire cette société à l'identique au sein de leur nouvel écosystème : repérage, recensement, organisation, confiance, soupçons, instauration de règles… Car non content de dévoiler leurs vies antérieures, Lost confronte également ses différents personnages à leur propre passé tourmenté, réalisant ainsi une étude sociale aussi juste que passionnante.

 

 


Les réponses sur la vie de chacun amènent alors d'autant plus de questions, à l'image de cette île au pouvoir attracteur aussi mystérieux que sa véritable nature. Quel est donc ce lieu énigmatique qui semble échapper à toutes les lois physiques en vigueur, à commencer par les règles temporelles, aussi bien chronologiques (une ancienne expédition échouée ici 16 ans plus tôt, précisément sur la même île perdue) que climatiques (un ours polaire au bout milieu d'une île tropicale du Pacifique !) et qui recèle en son sein la plus effrayante de toutes les peurs « matérialisée » par le biais de cris « dinosauriens » d'une créature constamment suggérée mais jamais dévoilée (une pure chimère, essence de toutes les peurs ?).

 

 


Autant de questions et (d'éléments) de réponses, de mystères et de peurs qui captivent, intriguent et scotchent le spectateur à chaque nouvel épisode derrière son petit écran. L'attrait sera si grand – Lost sera la troisième meilleure nouvelle série de l'année 2004-2005 aux États-Unis en terme d'audience avec une moyenne de 16 millions de téléspectateurs (14ième du classement) derrière Desperate Housewives (4ième avec 23,7 millions) et Grey's anatomy (9ième avec 18,5 millions) – que la série, prévue à l'origine pour seulement 13 épisodes (comme beaucoup de nouvelles séries télés américaines), se verra alors rallongée du double à la demande de la chaîne ABC. Une extension qui a visiblement pris de court les créateurs / scénaristes de Lost qui, bien que prétendant pouvoir poursuivre la série sur plusieurs saisons (on parlerait selon les différentes « sources » de 4 à 7 saisons en tout), n'ont de toute évidence pas eu le temps nécessaire pour prolonger convenablement cette année inaugurale.

 

 


Résultat : pratiquement tous les personnages vont avoir droit à un second retour vers le passé sans que ces nouveaux flash-back nous en apprennent beaucoup plus pour autant (après tout, il faut bien ménager le suspens aussi longtemps que possible). Même constat au présent où l'on se retrouve à nouveau nez à nez avec la fameuse bête invisible, où l'on bute inlassablement devant une trappe récalcitrante faite dans un matériau « extra-terrestre » encore plus impénétrable qu'un coffre-fort et où l'on découvre un avion bourré de cocaïne sur un arbre perché avec à la clé un faux espoir d'appel de détresse (un S.O.S. réussi aurait naturellement fortement compromis la pérennité de la série) et un vrai mort.

 

 


Une façon comme une autre, en guise de conclusion de cette première saison, de prouver que n'importe lequel des protagonistes peut y passer dans un environnement aussi hostile et étrange. Le choix d'un des personnages principaux (une trentaine d'autres attend encore patiemment en arrière-plan) renforce encore davantage cette sensation de vulnérabilité, d'autant que, à une ou deux exceptions près, la plupart des acteurs de la série étaient encore (quasiment) inconnus du grand public avant l'engouement qu'a connu Lost. Ainsi, seuls les plus connaisseurs auront déjà croisé (souvent dans des seconds rôles) Emilie de Ravin dans Roswell, Daniel Dae Kim dans Angel ou 24 heures chrono, Kim Yoon-jin dans les blockbusters coréens Shiri et Yesterday, Harold Perrineau Jr. dans Oz ou Matrix reloaded et Matrix revolutions, Terry O'Quinn dans Millennium, X-Files, Le royaume ou Alias, sans oublier bien entendu le Merry de la trilogie du Seigneur des anneaux, Dominic Monaghan. À ce dénouement tragique sur le plan humain s'ajoutent ensuite une expédition de sauvetage en mer avortée par des gardes-chiourmes côtiers qui privent les « habitants » de l'île de toute possibilité d'évasion de cet environnement en vase clos (on pense alors au Truman show) avant que cette première saison ne se referme (s'ouvre) définitivement sur un tunnel aussi abyssal que les questions qui restent encore à élucider.

 

 


Ces deux cliffhangers finaux sonnent alors curieusement comme un appel de détresse pour rallier l'intensité des premiers épisodes et relancer de plus belle la deuxième saison déjà annoncée comme contenant plusieurs réponses (notamment le secret derrière la trappe dès le « season premiere ») mais sans doute également beaucoup d'autres questions, la plus centrale de toute étant assurément : quel est donc le véritable secret de cette île ? Attention toutefois à ne pas trop lâcher la bête en pleine nature (comme ce fut le cas par exemple des troisième et quatrième saisons d'Alias, simple recyclage des deux premières années) si les créateurs / scénaristes de Lost ne tiennent pas à se retrouver face à une série qui tourne en rond et n'aboutit jamais (remember la conspiration extra-terrestre d'X-Files qui avait fini par lasser jusqu'aux fans les plus fervents). S'il n'est donc pas trop occupé à jouer dans la cour des grands (Mission : Impossible 3), J.J. Abrams ferait peut-être bien de surveiller de plus près ses petites créatures chéries s'il ne souhaite pas que celles-ci soient à jamais portées disparues.

 

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