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Predator : on a classé les films, du pire au meilleur (le premier, bien évidemment)

Par La Rédaction
15 juin 2025
Predator : on a classé les films, du pire au meilleur © Disney 20th Century Studios

Predator, Predator 2, PredatorsThe Predator, Prey: quelques semaines après la sortie du petit dernier Predator : Killer of Killers, on met à jour notre classement de la saga

Les trois lasers, le casque, les dreads et la gueule de porte-bonheur… Instantanément reconnaissable, le Predator est désormais l’un des monstres les plus iconiques de la culture populaire aux côtés du xénomorphe. Si bien que lorsque Disney a récupéré la licence, Mickey n’a pas hésité longtemps avant de la relancer avec le prequel Prey (dont la production avait débuté avant l’acquisition de la Fox), puis avec le film d’animation Killer of Killers, et enfin avec Badlands (le 5 novembre en salles), tous trois réalisés ou coréalisés par Dan Trachtenberg.

Il n’en fallait pas plus pour convaincre la rédaction de revisiter l’intégralité d’une saga inégale, mais passionnante, sous la forme d’un classement. Un classement court, vu qu’elle ne compte que 5 opus (par respect pour nos lecteurs, on ne compte pas les Alien vs Predator), mais qui fait comme toujours office de prétexte pour revenir sur les particularités de chaque film.

6. PREDATORS

  • Sortie : 2010
  • Durée : 1h47
Predators
Il ne peut en rester aucun

Il se passe quoi dans Predators ? Des méchants Predators musclés kidnappent huit valeureuses personnes sur Terre, et les jettent sur une planète étrangère (mais qui ressemble juste à la jungle). Les humains vont devoir 1) affronter un précédent survivant devenu légèrement timbré 2) affronter un traître psychopathe parmi eux 3) s’allier à un Predator première génération que les nouveaux Predators n’aiment pas 4) rester sur cette foutue planète à la fin, même après avoir vaincu les méchants Predators.

Pourquoi c’est le pire Predator ? Parce que c’est celui qui se rapproche le plus d’un film de Paul W.S. Anderson. Normal : tout est parti d’une idée de Robert Rodriguez, engagé par la Fox dans les années 90 pour écrire Predator 3. Rejeté, car trop cher, son scénario a finalement été recyclé quinze ans plus tard, avec Rodriguez en producteur (via sa boîte Troublemaker Studios). Repéré avec les sympas-sans-plus Motel et Blindés, Nimród Antal a été choisi comme réalisateur, sur un scénario de Michael Finch et Alex Litvak (crédité sur Les Trois Mousquetaires de Paul W.S. Anderson : il n’y a pas de hasard, que le destin).

Predators Adrien Brody
Adrien prodige

Avec un budget de 40 millions de dollars, Adrien Brody très musclé et une armée de seconds rôles (Alice Braga, Walton Goggins, Laurence Fishburne, Topher Grace, Danny Trejo, Mahershala Ali), Predators a des airs de Cluedo cosmico-débilos digne d’une blague. Que se passe-t-il quand des soldats, un Russe, un Mexicain, un prisonnier, un yakuza et un schizophrène sont lâchés (littéralement) dans une jungle, avec des Predators ? Tout et n’importe quoi : un combat au sabre contre un Predator, des gros chiens aliens, un Predator allié, ou encore un twist très utile (non) avec le médecin-à-lunettes qui se révèle être un tueur expert en plantes toxiques.

C’est d’autant plus tristounet que Predators se plante dans son approche mi-hommage mi-remake, particulièrement avec le personnage de Hanzo qui reste en arrière pour combattre, comme un sous-Billy dans Predator. Sauf que c’est un yakuza pieds nus avec un sabre, ce qui ressemble presque à un sketch.

Predators
L’essai samouraï

Pourquoi c’est cool quand même ? Il n’y a à peu près rien de très mémorable dans Predators, qui s’est rêvé en Aliens avec son -s ajouté au titre. Mais difficile de véritablement résister à ce plaisir régressif très assumé, qui revendique ses airs de grosse série B friquée. Comme il y a beaucoup de personnages, il y a beaucoup de morts, et ça, c’est toujours bien. Merci donc au russe, au prisonnier et au mexicain pour leurs derniers souffles très distrayants (mention spéciale à la scène où Cuchillo « crie » à l’aide).

Enfin, s’il y a bien une idée amusante dans Predators, c’est ce twist sur le décor, puisque toute la bande découvre rapidement qu’ils sont sur une autre planète. Une porte cosmique bête et méchante qui embrasse la dimension SF de la saga, ce qu’aucun autre épisode n’a osé faire avant ou après – pas même les délires Z Alien vs Predator.

5. Predator : Killer of Killers

  • Sortie : 2025 sur Disney+
  • Durée : 1h30
predator killer of killers
Une franchise dans le viseur

Il se passe quoi dans Predator : Killer of Killers ? Trois guerriers au niveau d’expérience variés sont attaqués par des Yautja à trois périodes différentes (l’ère des Vikings, l’ère du Japon féodal et la Seconde Guerre mondiale). Tous parviennent à peu près à s’en sortir, parfois au prix d’un lourd sacrifice. Il ne s’agira toutefois pas de leur dernière bataille…

Pourquoi ça peut être très décevant… ? Cette cinquième place va probablement valoir à la rédaction quelques noms d’oiseaux supplémentaires, à ajouter dans notre encyclopédie ornithologique. Plutôt populaire après sa sortie (plus que The Predator, pour sûr), Killer of Killers a aussi énormément divisé chez Ecran Large. Tout dépend de ce qu’on retient le plus dans ce film d’animation à sketchs annoncé comme une petite surprise entre les deux volets en prises de vue réelles.

Predator : Killer of Killers
La vengeance, c’est pas ouf quoi

Certains déplorent l’esthétique générale, qui lorgne franchement sur les heures les plus sombres du cel-shading, ainsi que son animation qui ne suit pas toujours la vivacité de l’action. Résultat : malgré ses looks de Predator plus originaux et ses quelques trouvailles de design, Killer of Killers semble saccadé et parfois un peu laborieux à suivre, au point de saboter certaines de ses séquences de spectacle les plus efficaces.

Difficile aussi de passer outre ce scénario prétexte, juste assez étoffé pour tenir la promesse d’un affrontement à travers les âges, d’autant que les périodes choisies sont réduites à une poignée d’archétypes (un écueil qu’était justement parvenu à contourner Prey). La bestiole devient ainsi une métaphore grossière du deuil ou du regret dans une structure narrative pataude et très répétitive qui tente vaguement d’en tirer plus dans la dernière partie. Dommage : c’est la plus ratée des quatre.

Dans sa dernière demi-heure, le film tente d’apporter sa pierre à l’édifice mythologique avec un concept à peu près aussi cool que débile… avant de tout laisser tomber afin de mettre en place l’énième univers étendu que concocte évidemment Disney depuis le succès d’estime de Prey. Chassez le naturel, il revient au galop, une lance cybernétique dans la main.

Predator : Killer of Killers
Gros plein de soupe verte

… ou un énorme plaisir ? D’autres, en revanche, ont préféré se concentrer sur l’unique argument du film – et pas des moindres : la baston. Un poil bridée par la technique, celle-ci comporte quelques grands moments de chorégraphie et surtout plusieurs idées de génie, comme cet affrontement de samouraïs où les deux anciens rivaux tailladent le Predator invisible au lieu de se découper en rondelles. C’est bien lorsqu’il détourne les codes des genres vaguement abordés (le chanbara, le film de guerre…) que cet opus divertit le plus.

Même remarque pour le segment des années 1940, qui s’amuse enfin un peu avec le bestiaire en exploitant ses forces aéronautiques. S’en suit un dog-fight palpitant qui constitue sans doute le point culminant du long-métrage.

4. THE PREDATOR

  • Sortie : 2018
  • Durée : 1h47
the predator
Un duo sous-exploité, mais charismatique en diable

Il se passe quoi dans The Predator ? Un soldat d’élite rencontre par hasard un Predator, lui survit, avant d’être mis aux arrêts par ses supérieurs, désireux d’étouffer l’affaire et d’étudier le spécimen extra-terrestre. La situation dégénère totalement quand d’autres belligérants cosmiques débarquent dans la petite ville où le soldat a dissimulé auprès de son fils les effets du premier Predator rencontré. Tout cela serait presque simple si cette ancienne civilisation n’avait pas décidé de se modifier génétiquement pour corser encore la chose.

Pourquoi ce n’est pas la catastrophe annoncée partout ? Il y a bien des raisons de se soupirer de malaise devant les échecs de l’entreprise, mais au moins autant de ne pas nier son plaisir. En dépit des mutilations successives subies par le long-métrage de Shane Black, ce dernier est parvenu à sauver plusieurs motifs essentiels de son cinéma, particulièrement savoureux. Tout d’abord, on notera le soin particulier apporté aux dialogues. Rares sont les auteurs capables d’inventer des échanges à ce point dynamiques, voire délirants, où les enjeux, conflits et grains de folie des protagonistes s’expriment avec autant de liberté, mais aussi de lisibilité.

The Predator : photo
Un massacre sur le banc de montage

Non seulement s’en dégage un humour remarquable, mais il n’est pas rare, au détour d’une punchline savoureuse, que pointe la mélancolie qui hante Black depuis ses débuts de scénariste. Et pour cause, la majorité de ses personnages sont des vétérans, traumatisés par divers conflits, quand ils ne sont pas purement irrécupérables.

Non seulement cette figure de l’antihéros brisé est depuis belle lurette un des sujets qui intéresse l’auteur, mais elle fait parfaitement écho au film originel de McTiernan. En effet, quoi de plus logique, après avoir orchestré la défaite impitoyable de surhommes au cœur de la jungle, que de retrouver leurs équivalents symboliques, martyrisés et écrasés par ce même système ?

Enfin, ces combattants méprisés par leur propre état-major font curieusement écho au film lui-même, tentative en partie avortée de proposer un blockbuster différent du tout-venant hollywoodien, mais charcuté de bout en bout. Au-delà de l’allégorie, ce dispositif permet également à Black de jouer au pompier pyromane et de tout cramer, jouant avec les attentes de la mythologie pour mieux la détourner, et l’abimer, avec un sourire de sale gosse, qui sied idéalement au programme ravageur du Predator.

The Predator
Le barbouilleur de barbouzes

Pourquoi ça reste une plaie ouverte ? Tout simplement parce que le résultat initial eut le malheur de déplaire grandement à la Fox, insensible au goût pour la subversion des codes de son réalisateur, détestant carrément un climax dans lequel des Predators renégats venaient directement prêter main-forte à l’armée américaine. D’où le retournage intégral d’un énorme segment du film, en quatrième vitesse, pour tenter de recoller les morceaux avec la franchise, tout en proposant un peu plus de violence supposément « effrayante », au cours d’un climax réimaginé pour se dérouler de nuit.

Non seulement les connexions avec ce greffon conséquent s’avèrent tragiquement mécaniques et artificielles, donnant l’impression que le récit a été monté n’importe comment, mais la postproduction s’en est retrouvée elle aussi chahutée. Avec des résultats… embarrassants. Le bestiaire numérique est rarement crédible, quand il n’est pas abominablement laid.

Les incrustations sont souvent hideuses, et lors de la fusillade nocturne qui précède le climax, plusieurs séquences sont tout bonnement incompréhensibles, tant le montage et les effets rivalisent de nullité. Un comble pour une licence qui s’est révélée avec une certaine idée du très grand spectacle, ordonné via un découpage, un montage et une maîtrise des effets absolument admirable.

3. PRey

  • Sortie : 2022 sur Disney+
  • Durée : 1h39
prey predator
Prey-dator : le Prey-quel

Il se passe quoi dans Prey ? 1717, Amérique, territoire des Comanches. La jeune Naru rêve de devenir une guerrière comme tous les hommes de sa tribu, mais personne ne croit en elle. La visite d’un petit Predator va changer la donne, puisque le bestiau massacre tout le monde.

?Pourquoi c’est une bonne suite-Preyquel ? Depuis le premier film, la saga Predator a tourné au grand délire dans chaque suite. Tout le monde s’est revendiqué du film de John McTiernan, mais au fond, personne n’en a assumé la formule épurée. Même Predators, a priori très proche, a ajouté une montagne de personnages, un décor spatial et plusieurs créatures. Prey se place donc sans difficulté comme le vrai descendant direct du film culte, avec une équation réduite à un personnage, un Predator, et une forêt.

C’est la grande force de ce prequel réalisé par Dan Trachtenberg (10 Cloverfield Lane), et écrit par Patrick Aison (passé par Wayward Pines et Legion, qui a révélé Amber Midthunder). Prey n’est pas là pour révolutionner ou réécrire la mythologie, et encore moins pour ouvrir un grand univers, comme l’avaient tenté toutes les suites jusque là. Il est là pour exploiter la formule, en changeant simplement un ingrédient essentiel : la période.

Prey à dépoter

Avec ce flashback dans la mythologie (qui renvoie avec malice à Predator 2, puisque Harrigan récupérait un flingue datant de 1715 à la fin), Prey retourne bel et bien aux racines. Predator montrait que la puissance de l’homme moderne (gros flingues, gros bras, gros egos) n’était qu’une illusion, et Schwarzy devait se désaper, déposer les armes et user d’ingéniosité pour pouvoir remporter la bataille. Prey va encore plus loin, en confrontant une jeune guerrière légèrement sous-équipée à un Yautja. L’idée est simple, logique, efficace, et creuse intelligemment l’idée originelle de Predator.

En revenant au (petit) spectacle attendu et mérité, Prey évite donc beaucoup de pièges de la franchise. Et grâce à la photo de Jeff Cutter (déjà sur 10 Cloverfield Lane) et le savoir-faire de Dan Trachtenberg, le cauchemar multiplie les visions saisissantes, en grande partie grâce à une météo qui modifie l’ambiance pour la redynamiser.

Cerise sur le gâteau : le Predator chez les Comanches ajoute une intéressante corde aux thématiques de la saga, faisant de l’alien un colonisateur sur une terre où une guerre déchire les Hommes. 

prey amber midthunder
Je suis (la badass de) Legion

Pourquoi ça reste une petite suite ? Prey avait tout pour être un pur survival type Woman vs Wild, et le film touche du bout des doigts cette idée dans plusieurs scènes. Mais le scénario s’y refuse, et freine constamment l’action avec de nouveaux personnages, une nouvelle rencontre, et une nouvelle raison de s’arrêter et parler. C’est particulièrement évident dans la scène du champ, où la guerre semble enfin commencer… avant d’être repoussée avec l’arrivée des colons.

Le film laisse donc un petit arrière-goût de rendez-vous manqué, et un peu trop tiède pour véritablement s’imposer dans la saga. L’héroïne, campée par la solide Amber Mithunder, est trimballée de scène en scène sans avoir suffisamment d’espace pour exister, et son duel avec le Predator est expédié dans un climax beaucoup trop rapide. À jouer le jeu de la modestie, Prey se prend finalement les pieds dans le tapis pour rester dans les poids plumes.

2. Predator 2

  • Sortie : 1991
  • Durée : 1h48
Predator 2
Et son plan légendaire

Il se passe quoi dans Predator 2 ? En 1997, Los Angeles ressemble à une zone de guerre. L’équivalant d’une station balnéaire pour notre brave Predator, qui, après avoir étripé, dépiauté et pendu par les pieds la moitié des criminels de la région, s’attaque au flic qui les pourchassait. Celui-ci va le repérer, le traquer et – au nez et à la barbe de ces salauds de fédéraux – lui faire la peau dans son propre vaisseau. Un exploit qui va lui attirer le respect des autres extra-terrestres et un antique flingue. Le braconnage d’aliens paie mal.

Pourquoi c’est une très bonne série B ? La singularité de Predator 2 provient de sa genèse. Conséquence logique du succès du premier film, les studios démarchent les scénaristes originaux pour une suite. Parmi leurs idées, ils retiennent le concept de la jungle urbaine. Privés de la mise en scène de John McTiernan, ils engagent un Stephen Hopkins à peine sorti du sympathique Freddy 5 : l’enfant du cauchemar.

Pris de court par le départ d’Arnold Schwarzenegger, aux exigences salariales trop élevées, ils recrutent trois vétérans de L’Arme fatale : Danny Glover, Steve Kahan et Gary Busey. Heureusement, ils ne se rabattent pas, comme envisagé, sur Patrick Swayze et Steven Seagal.

Predator 2 Gary Busey
Les flics américains toutes les 30 minutes

Un mal pour un bien. Dans l’impossibilité de bêtement reconduire les enjeux du classique de McTiernan, le film est forcé de tout reprendre de zéro et de transposer assez simplement l’action dans la jungle urbaine. Une excellente idée, qui paie dès les premières minutes et cette séquence de guerre trahissant déjà le modèle visé par Hopkins et les Thomas : celui de la grosse série B bien bourrin, remplie à ras bord d’éclats de violence inouïe, même s’il a dû en couper quelques-uns pour ne pas écoper d’un classement NC-17. On fantasme encore le montage original…

Mal-aimé, il excelle pourtant à secouer une Los Angeles 100 % fictionnelle, peuplée de gangs barbares, pour ne pas dire monstrueux, de flics intègres qui aimeraient bien pouvoir massacrer tout ce qui bouge sans que leur hiérarchie s’en mêle et d’extra-terrestres indestructibles. Un monde sans IGPN et sans subtilité, où sévissent un Danny Glover en surrégime et un Bill Paxton en pleine période « clown sous amphet' ».

Predator 2 mitraille jusqu’à ses fondations, au terme d’une dernière demi-heure ultra-généreuse, qui culmine avec un mano à mano éprouvant, un agrandissement amusant de la mythologie Predator et une référence amusante à Alien. La fusion des sagas aurait dû s’arrêter là.

Predator 2
Sympa le nouvel album de Slipknot

Pourquoi c’est quand même un peu décevant ? Dommage néanmoins qu’Hopkins se contente d’émuler l’appétit visuel de McTiernan. S’il recopie plutôt bien dans les grandes lignes son style, et notamment son sens acéré du découpage, il s’autorise rarement un bref recul sur l’action. On ne peut s’empêcher de se demander ce que le papa de Die Hard aurait fait de la scène du métro ou de l’affrontement en haut de l’immeuble.

Évidemment, la densité thématique du premier est éludée. Le discours un brin ironique sur l’idéal du conflit américain et ses militaires conscients d’être de la chair à canon laisse place à une vision bien plus bronsonienne, grosse série B oblige. Rien de trop handicapant à l’horizon : si Predator 2 ne tutoie jamais les cimes du divertissement, il n’est jamais embarrassant. Des qualités inhérentes à une bonne grosse série B qui se respecte en somme.

1. PREDATOR

  • Sortie 1987
  • Durée 1h47
Predator Arnold Schwarzenegger
Faire d’Arnold Schwarzenegger une victime, c’est possible

Il se passe quoi dans Predator ? En 1987, un vilain extra-terrestre débarque en Amérique centrale pour se faire un safari et comme il aime le challenge, il prend Arnold Schwarzenegger – alias Dutch – et sa bande de gros bras armés pour gibier. Les soldats des forces spéciales sont donc traqués dans la jungle guatémaltèque et éliminés un par un, jusqu’à ce que Schwarzy et la créature règlent leurs comptes au corps à corps. Après s’être méchamment fait cogner dessus, le soldat parvient à déclencher un piège qui blesse mortellement le chasseur et déclenche par ricochet un dispositif d’autodestruction. Schwarzy est finalement sauvé et rapatrié. 

Pourquoi c’est le meilleur de la saga ? Parce que c’est ce film originel qui a fait entrer le Yautja – qu’on doit une fois de plus à Stan Winston –dans le bestiaire de la culture populaire, quelques rangs en dessous du xénomorphe ou d’E.T. C’est aussi celui qui a servi de tremplin au réalisateur John McTiernan après un premier long-métrage plus discret et confirmé le statut de superstar d’Arnold Schwarzenegger après Terminator.

Predator
« I’ll be back too »

Mais surtout parce que Predator parle autant de notre rapport à la guerre que de science-fiction, si ce n’est même plus. Au-delà d’une seconde lecture antimilitariste claire, le film prend le parti de fendre la carapace épaisse du culturiste pour déconstruire le héros reaganien qu’il incarnait par essence – encore plus après Commando et Le Contrat. Au départ, le scénario dresse donc un portrait plutôt convenu de Dutch, une tête brûlée baraquée qui avance sans peur, avec sa bite et son couteau (et ses gros flingues), dans ce qui s’apparente à une bête série B d’action testostéronée tout aussi convenue et bourrine – l’assaut spectaculaire et démesuré sur le camp de guérillos renforçant la supercherie.

Mais à mesure que la menace invisible se rapproche, le film inverse le rapport de force. La peur et la violence changent de camp jusqu’à ce que la jungle où ils se pensaient maîtres devienne une cage qu’ils partagent avec leur prédateur, ce qu’explicite la mise en scène en laissant littéralement la nature au premier plan jusqu’à créer un sentiment de claustrophobie mêlé d’abandon.

Même si Schwarzenegger finit par vaincre le chasseur et s’extraire de son terrain de jeu – en utilisant sa cervelle plus que ses muscles –, il ne réaffirme pas son aura de surhomme pour autant. Ce dernier ne s’est pas complètement libéré de son statut de proie apeurée et repart sans gloire ni triomphe, mais seulement avec un sérieux SPT, l’extra-terrestre étant une personnification du traumatisme implacable commun à chaque guerre.

Predator Arnold Schwarzenegger
Roulé dans la boue

Pourquoi on peut quand même chipoter ? Le fait que les soldats durs à cuir ne servent symboliquement que de chair à canon les empêche par principe de gagner en caractérisation et nuance, le film n’essayant jamais de les affranchir de la caricature qu’ils sont censés représenter. Il est tout de même dommage que la profondeur du sous-texte et l’intelligence de la mise en scène ne se retrouvent pas dans l’écriture du scénario, découpé de façon assez mécanique, et dans les dialogues aussi décharnés et écervelés que les victimes du Predator. 

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maxleresistant

J’ai éssayé de revoir le 2 il y a peu de temps et j’ai tenu 20min, c’est super mal réaliser, c’est plus de la série B c’est juste un nanar.

C’est honteux de mettre Prey derrière lui.

subotai

comme mes petits camarades je trouve que The Predator est le seul vrai mauvais film de la saga

mon classement :
Predator
Predator 2
Prey
Killer of killers
Predators
The predator

Ropib

Le 2 est pour moi surcoté, à cause d’une nostalgie des années 80. Il y a tout un tas de choses qui ne vont pas, notamment la guéguerre entre les flics et les gangs… on dirait du James Cameron. Les éléments introduits d’un aperçu d’une possible société de Predators sont plus des contraintes qu’autre chose, mais enfin ce n’est pas ce film qui est coupable du n’importe quoi qui suit, même s’il va rendre difficile l’opportunité d’une critique d’un idéalisme social isolationniste.

Je mets donc, je l’avoue, mais peut-être est-ce abusif, un Prey, dans un montage alternatif, devant Predator 2 (et le montage alternatif de Prey devrait devenir l’officiel).

ringo

OK pour le trio de tête, par contre j’interchange volontiers ce The Predator foutraque, avec des héros qui ne cessent de se faire des blagues à la con comme dans les 80’s (Shane Black en mode nostalgique, nous faisant de ses traumatisés de guerre une colo d’élèves turbulents et malpolis) avec Predators, plutôt efficace et intéressant avec sa version du Comte Zaroff dans l’espace : on aurait voulu voir plus d’exotisme, autre planète oblige, mais 40 millions de budget (et je préfère ce résultat à nombre de bouffissures à 300 millions)…

Ghob_

Mais oui, sinon pour mon top3 pareil : Predator, Predator 2 puis Prey, en espérant que le prochain Badlands de D. Trachtenberg pourra aussi bien se classer que son prédécesseur !

Ghob_

Ah ben pour moi en tant que pur plaisir coupable de série b (flirtant un brin avec le z, même, sûrement la « Anderson’s touch »), le premier AvP mérite clairement sa place et grapillerait quelques points aux moyens Predators et The Predator. Oui le scénar’ est débile, tout comme une bonne partie des réactions des persos (comme souvent dans ce genre de films), mais visuellement il tient plutôt bien la route et il possède même un très bon rythme, empêchant le spectateur de regarder trop souvent sa montre entre 2 fights sanglants.
Même le team-up du Predator avec l’héroïne, que j’avais trouvé too much au début, passe finalement assez bien, car on comprend bien pourquoi le Yautja ici n’est plus en position de force et a besoin d’un coup de main. Bien sûr, on en perd un peu « serieux » par rapport aux 1ères apparitions du chasseur alien, mais si on le regarde de la même façon qu’on lit un comic book (et il faut bien garder cela à l’esprit lorsqu’on le regarde, ce dernier étant bien adapté d’un comics très populaire aux states) eh ben ça passe une lettre à la poste !

Sinon The Predator, c’est dommage, j’en ai parlé il y a pas longtemps, mais sans le charcutage immonde imposé par le studio et quelques fautes artistiques de mauvais goût, ça aurait pu être très bon…

axlmzo69

Predator
Predator 2
Predators
Killer of killers
Prey
The predator

jamais compris le bashing de Predators. Ça reste un gilm efficace malgré les erreurs de casting.
the predator tient du viol de la franchise
prey et ses cgi dégueu est interessant, mais comment lui donner du credit quant une gamine de 15 ans fait du mma avec un yotja?

Flash

Predator 1
Predator 2
Prey

le reste c’est de la merde.

Tuco

The Predator (2018) loin derrière, une catastrophe

Doc

@Spywolf68
Idem niveau classement