Toujours aussi fort, toujours aussi bon, À la poursuite d'Octobre rouge méritait bien une virée en immersion dans la mise en scène virtuose de John McTiernan.
"Armageddon". En plus d'être le titre d'un long-métrage pétaradant de notre cher Michael Bay, il s'agit d'un mot central dans À la poursuite d'Octobre rouge. Au début du film, le capitaine Marko Ramius (joué par un Sean Connery impérial) trouve dans ses quartiers, au cœur du sous-marin dont il a la responsabilité, le commissaire politique Ivan Poutine (pas de lien de parenté). Ce dernier a entre les mains la Bible de Ramius, et lit à voix haute un passage du Livre de l'Apocalypse en russe. C'est alors qu'un zoom approche de sa bouche jusqu'à obtenir un gros plan au moment où il prononce le fameux mot qui nous intéresse.
Or "Armageddon" se dit de la même manière en russe et en anglais, et ce terme, lourd de sens pour un film prenant place durant la Guerre froide et son escalade de la puissance nucléaire, sert de transition universelle, ou de pivot cinématographique. À partir de là, tous les personnages, même soviétiques, parleront anglais.
Changement de langue dans 3, 2, 1...
When September Ends
Ce qui a parfois été réduit à une facilité de mise en scène (on sait que les Américains détestent lire les sous-titres) est en réalité l'un des coups de génie de John McTiernan. Avec l'adaptation du roman Octobre Rouge de Tom Clancy, on pouvait attendre du réalisateur de Piège de cristal et Predator une nouvelle masterclass d'action grandiloquente. Pourtant, quand bien même À la poursuite d'Octobre rouge possède de grands moments spectaculaires, le long-métrage est tout entier dévoué à des protagonistes qui cherchent à éviter le conflit.
Pour rappel, le récit se déroule en 1984, alors que le sous-marin russe Octobre rouge est équipé d'un nouveau système de propulsion silencieux qui le rend indétectable. Conscient de la menace qu'une telle arme représente, le capitaine Ramius décide de livrer le sous-marin aux Américains. Dans une tentative de riposte désespérée, les Soviétiques annoncent à leur opposant que Ramius est pris d'une crise de folie, et compte attaquer le pays. C'est là qu'entre en jeu l'analyste Jack Ryan (personnage célèbre de Tom Clancy, et incarné ici par Alec Baldwin), qui va essayer de persuader les services secrets des bonnes intentions du commandant russe.
James Earl Jones Dark Vador en agent de la CIA, idée de génie !
En bref, le postulat même du film est focalisé sur la question du dialogue, de la compréhension de l'autre dans un système où la peur et le mensonge règnent. C'est pourquoi la caméra de John McTiernan devient un filtre à part entière, un traducteur qui ouvre une certaine fenêtre sur le monde qu'il dépeint. Au-delà de mettre tous ses personnages sur un pied d'égalité par ce partage du langage, le cinéaste saisit tout le paradoxe de représenter un sous-marin et son fonctionnement au travers du septième art.
En plus d'être un espace exigu et difficile à appréhender pour la machinerie du cinéma, l'engin en immersion est un véhicule sans visibilité, aveugle et plongé dans la noirceur de l'océan. Bien entendu, si le long-métrage se permet des plans à l'extérieur de l'appareil pour définir certains enjeux spatiaux, À la poursuite d'Octobre rouge est avant tout un film sur le son, symbolisé par l'utilisation primordiale du sonar. Fatalement, les analyses de Jack Ryan pour comprendre les actions du capitaine Ramius sont assez similaires, et sont d'ailleurs abordées par McTiernan avec le même sens minutieux du suspense.
Un baiser avec la langue
À vrai dire, le long-métrage est peut-être celui qui sous-tend le mieux la vision qu'a son auteur du cinéma. La mise en scène n'est pas là juste pour délivrer et transposer sur grand écran une certaine réalité. Elle est avant tout un outil de déchiffrage, qui possède par sa grammaire diverses strates cachées, en accord parfait avec une œuvre centrée sur un sous-marin en immersion.
La caméra du réalisateur est toute entière focalisée sur le langage et son interprétation, à tel point d'ailleurs que le changement du russe vers l'anglais évoqué plus tôt sera poussé dans ses retranchements dans un autre film de John McTiernan : Le 13ème Guerrier. Alors que le personnage d'Ahmed Ibn Fahdlan (joué par Antonio Banderas) est aussi perdu que le spectateur face aux Vikings dont les dialogues ne sont pas traduits, McTiernan va, au cours d'une séquence magistrale, montrer comment le héros analyse cette langue, avec des suites de vues subjectives où l'anglais va petit à petit trouver sa place dans les phrases de ces étrangers dont le protagoniste va découvrir la culture.
Et en plus, il y a Sam Neill !
Ainsi, À la poursuite d'Octobre rouge devient un film brillant sur la connexion, sur le rapprochement de deux mondes au bord du chaos qui n'ont d'autre choix que de s'allier pour survivre. La scène touchante où Ramius et son second Vassili Borodine (excellent Sam Neill) partagent leur vision naïve du rêve américain souligne ce besoin de s'ouvrir au monde, d'étendre son regard. C'est d'autant plus malin que le long-métrage exploite beaucoup la question des apparences trompeuses, comme cet équipage soviétique auquel il faut faire croire que l'Octobre rouge est pris d'assaut, et non livré de plein gré par son capitaine.
À ce sujet, la mise en scène virtuose de John McTiernan est dédiée à cette question de la focalisation de l’œil. La fluidité de ses travellings, suivant les mouvements de ses personnages et leur rapport plus global à l'espace, devient un ballet d'une clarté hallucinante. L'introduction du film, suite de plans représentant le voyage de Jack Ryan vers les États-Unis, est une imbrication de mouvements de caméra clairs, accentuant autant la détermination du personnage que la gravité des enjeux à venir, le tout magnifié par la musique épique de Basil Poledouris.
Et en plus, il y a Scott Glenn !
Tom Clancy's Rainbow submarine
En réalité, le montage de McTiernan suit ses protagonistes comme il suit les idées évoluer dans leur cerveau, ou comme il suit un ordre dans une chaîne de commande, jusqu'à ce que celle-ci se grippe. Le travelling circulaire est notamment employé pour présenter un corps avant de s'attarder sur l'environnement qui l'entoure, et la manière qu'il aura d'interagir avec. Même la photographie de Jan de Bont (futur réalisateur de Speed) s'amuse de cette nécessité de la visibilité, en usant de simples jets de lumière ou même des lens flares pour orienter le regard du spectateur sur des plans parfois chargés en informations.
Cette réappropriation subtile, voire pirate du scénario originel, est d'autant plus belle qu'À la poursuite d'Octobre rouge est la première superproduction de John McTiernan, qui fait suite aux succès de Predator et de Piège de cristal. Il faut comprendre que le producteur Mace Neufeld a acquis très tôt les droits du roman de Tom Clancy, dont il espérait une adaptation fidèle. McTiernan, lui-même passionné par le livre, a raté de peu la possibilité d'en acquérir les droits. Quand il a été approché pour le projet, le réalisateur a tout de suite su qu'il voulait avant tout creuser la surface du livre, et l'amener bien au-delà d'un quelconque objet de propagande militaire à la gloire de la Marine américaine (qui a malgré tout prêté du matériel).
Dès lors, quand le scénariste Larry Ferguson est venu voir le cinéaste avec sa version du script, en s'efforçant d'épurer les nombreux enjeux complexes du livre pour qu'ils rentrent dans un film de deux heures, McTiernan a complètement revu l'ensemble, au point d'ailleurs d'avoir fait appel à quelques amis (dont le génial John Milius) pour l'épauler sur l'écriture.
Au final, l'auteur a lui-même toujours affirmé avoir pensé À la poursuite d'Octobre rouge comme une adaptation indirecte de L'Ile au trésor de Stevenson : un voyage initiatique en pleine mer, où un personnage jeune et naïf va trouver un mentor inespéré en celui qui serait censé être son ennemi. Une façon de plus pour le réalisateur de fabriquer un grand film antiguerre. La puissance de son montage relie ses personnages jusqu'à un final aussi tendu que spectaculaire, où c'est encore une fois le dialogue, et une bienveillance universelle, qui vont sauver le monde. Et ça, c'est beau !
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Ses Die Hard.
Peut être objectivement le meilleur film de McTiernan, même si je sur kiffe ce Die Hard.
Un multi classique, à la fois film de guerre froide, d’espionnage, d’amitié et de sous marin.
@freespirit
J’aime bcq aussi USS Alabama le pendant hystérique d’Octobre rouge.
Ca a un peu vieillit quand même. Les fonds bleus, les FX, le contexte. Mon dieu que c’et affreux quand Baldwin discute avec Connery à la fin sur cet « effet nocturne »…..
Naaaaaaaaan, c’est classe! Poledouris, De Bont, un cast de malade et Sean Connery qui propose une chaise à Sam Neil pour parler de la vie. Et Scott Glenn éternel 2nd rôle qui pête la cool attitude face à un Baldwin quelque peu mollasson.
Film parfait. Et Sean Connery… Quel charisme. Je pourrais me le revoir la direct et surkiffer chaque scène alors que je le connais par cœur.
Comme tout le monde, un classique. McTiernan au chomdu…je ne comprends pas. Il me semble que pour la fameuse scène de la transition orale, il ne revendique pas la paternité. Il aurait prit cette astuce sur un film. Sur le 13eme Guerrier, il y a aussi une transition orale mais liée à la temporalité et qui arrive plus par surprise. Ça reste de loin le meilleur Jack Ryan et l’un des meilleurs films « sous-marins ».
Quel Film Fantastique…( je vous Conseille dans Le même genre ;USS ALABAMA…)
Un clasique américain du xxème siècle. La meilleure incarnation à l’écran de Jack Ryan.
C’est le coup du Fossoyeur qui vous a donné envie de parler du film de genre ultime?
Ptain ce film. Je l’ai eu sous toutes les peloches, jusqu’au 4k récemment. Un chef d’oeuvre.
Un grand film, un grand Mc Tiernam voir même le meilleur. Un classique qui n’a pas pris autant de rides que ses interprètes. Intemporel.
Un chef d’œuvre de la fin de l’époque où les US n’étaient pas encore sûrs d’avoir le dessus technologique sur l’URSS cf sous marins lanceurs d’engins classe Typhoon (l’octobre rouge) et le tupolev Backfire !