Suicide Squad, Terminator, Die Hard... Jai Courtney, thermomètre à nanar ou victime hollywoodienne ?

Simon Riaux | 15 août 2021 - MAJ : 16/08/2021 10:37
Simon Riaux | 15 août 2021 - MAJ : 16/08/2021 10:37

À l'affiche de The Suicide Squad, Jai Courtney est de retour en Captain Boomerang. Revenons sur le parcours de cet impayable thermomètre à catastrophe. [ATTENTION SPOILERS]

On ne la fait pas à James Gunn. Le réalisateur de Horribilis, Super, ou encore Les Gardiens de la Galaxiedû faire face, lorsqu’il a accepté la charge de mettre en scène The Suicide Squad, à un défi d’un genre particulier. Reprendre en main la marque Suicide Squad avait tout d'un casse-tête, voire d'une authentique mission suicide.

 

 

Entachée par une première adaptation cauchemardesque et largement détestée par le public, tant du fait de l'incurie de la Warner, incapable d'accompagner le projet de manière cohérente, que de son réalisateur, David Ayer, la licence souffrait d'un déficit de popularité, d'identité, et plus généralement d'un manque cruel de direction artistique cohérente. Mais retaper ce chantier n'était probablement pas le plus terrible écueil se dressant sur la route de James Gunn. Pour réussir son pari, il devait avant tout mettre fin au règne pyromane du sympathique et tragiquement nul Jai Courtney.

En à peine une décennie, le comédien australien, âgé de 35 ans, a développé un talent unique, que peu lui envient. Non content de détecter les pires catastrophes industrielles engendrées par Hollywood, il semble que sa simple présence à l'écran ait pour conséquence de ruiner commercialement toute franchise, aussi populaire soit-elle. C'est ce qui fait de sa carrière un si improbable charnier.

 

Photo Jai CourtneyUne carrière très blitzkrieg

 

L'ÉCLAT DU GLADIATEUR

Les débuts du jeune Jai sont rapides, pour ne pas dire fracassants. Fraîchement sorti de sa formation d'arts dramatiques, il a seulement le temps d'apparaître dans deux séries australiennes et de tenir un minuscule rôle dans un stoner local, que déjà Hollywood lui fait les yeux doux et le choisit pour tenir un rôle dans la première saison de Spartacus : le sang des gladiateurs. Il y sera Varro, meilleur ami du légendaire gladiateur, citoyen romain libre de naissances, qui rejoint le ludus de Batiatus pour payer des dettes de jeu.

Peut-être pas seulement choisi pour son art de la composition dramatique, il livre une prestation honnête, toute de jupettes et de slip de cuir vêtue, et de blond bouclé. Semblable à un alliage de mouton et de culturiste snacké dans la graisse de veau, il imprime plutôt bien l'écran, dans un rôle de combattant doué et enjôleur, équipier fidèle et souriant, dont la mort servira de détonateur émotionnel au personnage principal. Il faut dire que l'interprète australien, clairement en roue libre dès qu'un semblant d'émotion pointe le bout de son museau, peut s'approprier avec naturel le caractère hâbleur de Varro, qui lui ressemble plutôt.

 

photo, Jai CourtneyUn caniche royal sous stéroïdes

 

Tous les voyants sont au vert, Spartacus est un des phénomènes inattendus des années 2010, et l'industrie va logiquement essayer de placer ce nouveau venu prometteur (et pas encore très cher) dans les sagas que le secteur commence alors à essorer comme autant de serpillères. Sur le coup, personne ne songe à lui imputer l'échec de Jack Reacher, censé être la première pierre à l'édifice d'un nouveau véhicule dédié à la star Tom Cruise.

Il n'y joue qu'un gros bras anonyme, dont la principale qualité est d'avoir des cuisses galbées comme piliers de cathédrale. La déroute du film au box-office sera logiquement imputée à son orientation très classique, à rebours des modes grand public de son temps. Et pourtant, c'est la première victime du grand Jai, qui n'est pas encore tout à fait le boeuf protéiné qu'il deviendra pour son premier coup d'éclat.

 

Photo Jai CourtneyPrêt pour le grand soir

 

GOOD FILM TO DIE HARD

Après un quatrième volet mollasson, et quantité de prestations désincarnées de la part de Bruce Willis, plus d'un redoutaient Die Hard : Belle journée pour mourir, réalisé par le funeste John Moore. Et malgré son filmage gerbotronique, la photo hideuse et la paralysie faciale de Willis, le plus spectaculaire ratage du film est bien évidemment le greffon absurde que constitue le personnage du fils McLane. Rejeton interprété par l'inénarrable Jai Courtney.

Véritable bizarrerie cinégénique, l'artiste peut cette fois bénéficier d'un quasi-premier rôle, qui lui assure un temps de présence inédit à l'écran. Enfin, il nous est donné de voir la pleine mesure de la bête, qui se déploie ici comme jamais. Musculeux, mais poupon, sculpté et pourtant rondouillard, la gueule plus carrée qu'un bunker norvégien, mais le visage ridiculement lisse. De grands yeux qu'on croirait remplis d'eau de mer tiède. Une forme de charisme indiscutable, de présence, et pourtant, une incapacité radicale à transmettre plus d'humanité qu'un steak de soja.

 

photo, Jai Courtney, Bruce Willis"Bon bah j'ai cassé la franchise, faut que j'y aille !"

 

Malgré le bagout supposé de son personnage, Courtney n'existe jamais, et le récit le traîne comme une ancre. À tel point que cet opus deviendra instantanément un repoussoir, parvenant à abimer aux yeux du public et des studios une des franchises les plus populaires du cinéma d'action. Et à bien y regarder, c'est un véritable exploit de la part de Courtney.

Peut-être ne joue-t-il pas mieux qu'une couche usagée, mais par la seule grâce de son rayonnement cosmique, il sera parvenu, à l'heure où les studios sont prêts à produire des séries spin-offs de remakes, à éloigner durablement une marque identifiée des écrans. Un effet qui s'inscrit dans le temps, puisque Disney vient fraîchement d'abandonner le 6e volet, perdu dans les limbes d'une production infernale. Mais après tout, plomber une franchise solide, mais vieillissante est à la portée du premier Shia LaBeouf venu, pour peu qu'on lui refile un crâne de cristal. Moins d'un an plus tard, Jai se fera le chat noir d'une franchise naissante.

 

photo, Jai Courtney, Bruce WillisAttention, grosse bataille de charisme

 

IT'S (no longer) ALIIIIIIVE !!!

Budget confortable, casting solide, effets spéciaux à gogo, matériau originel populaire et direction artistique vomitive... Toutes les étoiles sont alignées pour que I, Frankenstein séduise un vaste public, dont les rétines ont déjà été irrémédiablement rayées par l'usine Marvel. Mais non, le public évite ce gros bubon comme la peste. On y trouvait pourtant l'immarcessible Courtney, qui joue ici une gargouille-ange-bavette d'Aloyau, avec toute la vibration tragique d'une limande coincée dans un congélateur.

C'est à croire que sa simple adjonction à cette drôle de soupe a privé le long-métrage de toute chance de prendre ses envols de franchise potentielle en rencontrant les spectateurs. Euthanasier une franchise... c'est possible. La faucher à la naissance est plus ardu, mais encore jouable. Toutefois, pour assassiner une saga hollywoodienne en milieu de course, au débotté, l'égorger au milieu de son ascension, il faut être le Picasso de la poisse. Le Michel-Ange de la déveine. Une malédiction maya à soi seul. Il faut s'appeler Jai Courtney.

 

photo, Jai Courtney"Dites-moi à quoi sert cet objet, et pas d'entourloupes hein !"

 

C'est le mitan des années 2010 et les productions "young adults", à base de dystopies adolescentes et de bluettes, cartonnent dans le monde entier. À ce jeu Divergente a fait partie des grands gagnants. Ô surprise, le film n'a pas explosé en vol, ni provoquer de vagues de tumeur au sein du public. C'est même un éclatant succès. Notre veau mariné préféré est pourtant de la partie, dans le rôle d'un milicien proto-fasciste aussi complexe que la recette des tartines beurrées.

Il livrera ici un coup de maître, puisque c'est avec Divergente 2 : L’Insurrection qu'il irradiera véritablement le projet. En effet, alors que le deuxième volet est un succès, que ses fans sont - a priori - comblés, un enchaînement tragique de retards de production, de fin de mode hollywoodienne et d'indisponibilité de ses jeunes stars montantes va repousser la production, puis le tournage et enfin la sortie de l'ultime chapitre, jusqu'à en faire un vulgaire direct to vidéo. Malchance, hasard malheureux ? Non, Jai a encore frappé.

 

photo, Jai CourtneyTerminator, ou comment dépouiller une saga

 

TERMINAMORT

Avec un tel talent, on ne s'étonne donc pas que la star de la plantade ait également eu la peau de Terminator : Genisys. Reprenant le rôle jadis tenu par le formidable Michael Biehn (ce qui revient à confier l'incarnation de Serge Gainsbourg à Kev Adams), il fait alliance avec Emilia Clarke et ils font subir à la création de James Cameron un bukake créatif aux conséquences immédiates sur la franchise, qui sera condamnée à se rebooter une énième fois dès le film suivant.

Devant ce palmarès, l'exécution sommaire que Jai impose à Suicide Squad en 2016 a des airs de promenade de santé, sans compter qu'il fut bien aidé dans son entreprise de malédiction par le scénario, mais aussi la vilaine habitude du réalisateur David Ayer de sous-traiter sa mise en scène à un gang de castors lapons syphilitiques. Non, le grand chef d'oeuvre du performeur australien est à chercher ailleurs.

 

photo, Jason Clarke, Jai CourtneyArrête ou le bon goût va tirer !

 

Manga cultissime, rêve de jeunesse de Cameron, qui le confiera à Robert RodriguezAlita : Battle Angel est non seulement un blockbuster aussi réussi techniquement qu'artistiquement, mais également le premier jalon d'un vaste univers, propice à se déployer au cours de plusieurs films dans les salles de cinéma du monde entier. Un score décevant au box-office et le rachat de la Fox par Disney sont les motifs officiels, rationnels, raisonnables, dans la mort de cette saga qui ne demandait qu'à gagner en ampleur.

Mais la vérité est ailleurs. La marée noire d'Hollywood, l'irrésistible Jai, est présent dans deux plans. Il aura suffi à deux plans pour que ce kamikaze du licensing compromette peut-être définitivement un projet à l'ambition démente.

 

photo, Alita : Battle AngelUn petit tour et puis s'en va

 

JAI ENCORE GAGNÉ

Que fallait-il faire pour en terminer avec ce cycle sans fin ? Les sagas, IP, licences, franchises et autres marques adulées par les studios étaient-elles vouées à l'extinction par simple apposition du Courtney ? Non. James Gunn, dans un geste audacieux, accueillit la star sur le plateau même de The Suicide Squad et se livra à un grand rituel, peut-être celui-là même qui protégea la série Spartacus du malheur : le grand massacre. Shrapnels de métal, incinération, arrachage de couenne, le réalisateur n'épargne rien au personnage, qu'il éparpille avant la fin de sa première bobine.

Et pour le coup, devant la réussite plastique, artistique et narrative du grand retour de cette Suicide Squad, on serait bien tenté de croire que James a réussi à exorciser le démoniaque Courtney. Désormais, il n'abimera plus systématiquement toutes les créations sur lesquelles il posera ses patounes d'Aussie bloke" (littéralement "bonhomme d'Australie") comme il aime à se définir.

 

photo, Jai CourtneyUne carrière qui pique un peu

 

Sauf que non. Exploitation simultanée en salles et sur HBO Max, crise sanitaire, pays confinés, pass sanitaires, réputation désastreuse du film précédent... Rien à faire, The Suicide Squad risque fort d'être une déception au box-office. La dernière, après que même Margot Robbie a publiquement fait savoir qu'elle souhaitait s'éloigner du rôle de Harley Quinn ?

Il est trop tôt pour répondre, mais pas pour continuer d'observer, fascinés, l'absurde carrière de Jai Courtney, dont on ne sait trop s'il s'apprête à devenir président du monde ou la source de la prochaine pandémie galactique.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
DarkFlorius
21/08/2021 à 09:17

C'est vrai que vous exagérez un peu trop sur le nombre d'adjectifs ou de figures de style très lourdes vous servant à nous démontrer que vous êtes allé à la fac !!

Par contre je suis assez bluffé de voir le nombre de blockbuster dans lequel Jai apparaît alors que quasi systématiquement le projet est un échec !!! Surprenant venant de la part de l'oncle Sam

Dino
20/08/2021 à 23:11

Oui... Die hard 5 est une bouse intersidéral. Et comparer Jai à un mollusque n est pas forcément une faute de goût.

Simon Riaux - Rédaction
20/08/2021 à 17:04

@Bw03

Alors pour commencer, ça pourrait même être 10 fois sur 10 que ça ne voudrait rien dire de la qualité de notre travail.

Et comme la majorité des critiques qu'on publie sont positives...

Bw03
20/08/2021 à 16:56

Décidément écranLAAARGE vous n'êtes pas prêt de changer,avec vous environ 8 films sur 10 qui sortent sont à chier,merdique,mauvais,pitoyable et j'en passe sans parler des actrices et acteurs dont vous vous faites un pitoyable plaisir de flinguer......si le cinéma qui sort en salle ne vous plaît pas ......PARDON.....si le MONDE DU CINÉMA vous débecte à se point......bah changer de métier,car comme je l'ai dit 8 fois sur 10 vous lui cracher à la gueule.....et vous vous dites journaliste messieurs dames.....eh bim c'est pas brillant !!!

Mera
17/08/2021 à 11:28

@Simon Riaux, possible de me faire une dédicace dans le prochain Pardon le cinéma? Un gros bisous sur ma cuisse gauche.

Liojen
17/08/2021 à 09:14

Et pour en savoir plus sur l’incroyable Jai, je ne peux que vous conseiller l’excellente émission "Clash of the endives" sur le podcast de vhs&canapé ^^

Missèss
17/08/2021 à 05:53

Je pense sincèrement que vous, monsieur le journaliste, devriez montrer l'exemple de respecter son prochain. Votre article m'a mis mal à l'aise beaucoup trop de haine et d'acharnement sur un simple être humain...vous vous rendez compte de l'impact des mots?

MacReady
16/08/2021 à 20:57

@Gregouille

Fais-toi soigner : si tu gerbes sur ce site, bah ne viens pas sur ce site, sois un minimum logique et respire

FuzefuArt
16/08/2021 à 20:52

Je rejoins pas mal de commentaires précédents sur le fait que la recherche systématique du bon mot ou de la punchline commence à rendre les articles franchement illisibles et indigents.
Ca n'est pas le premier dont je lâche la lecture en cours de route à cause de ça.
Une vanne pour ponctuer un argumentaire, c'est chouette. Quand une phrase se retrouve réduite à une enfilade d'adjectifs et de figures de style, ça n'est plus valeur de critique mais de branlette juste bonne à faire mousser le rédacteur.

Amanwithnoname
16/08/2021 à 19:51

Simon Riaux à visiblement des problèmes non règlés. Avoir autant de haine pour un acteur bidon c'est quelque chose...

Plus
votre commentaire