Pale Rider, le cavalier solitaire : et si c'était le film somme de Clint Eastwood ?

Antoine Desrues | 1 octobre 2021
Antoine Desrues | 1 octobre 2021

Pale Rider, le cavalier solitaire, ce soir à 21h05 sur France 3.

Western âpre, Pale Rider est une œuvre qui semble condenser toutes les obsessions de Clint Eastwood. Serait-il le film essentiel pour déchiffrer le maître ?

Californie, fin du XIXe siècle. Les derniers chercheurs d'or indépendants de LaHood sont victimes des attaques régulières des hommes de Coy LaHood, le fondateur de la ville, qui cherche à récupérer leurs terrains. Au moment où ces prospecteurs pacifiques sont prêts à abandonner la concession sur laquelle ils travaillent depuis des années, un inquiétant cavalier, qui s'avère être un pasteur, croise leur chemin et va les aider à se défendre, pour rétablir une forme de justice...

À la vue de ce pitch somme tout assez classique, Pale Rider pourrait ne pas payer de mine, d'autant plus au sein de la carrière de réalisateur de Clint Eastwood, qui a déjà affronté le genre fondateur du western avec les brillants L'Homme des Hautes Plaines et Josey Wales hors-la-loi. Pourtant, avant que l'acteur-cinéaste ne signe avec Impitoyable (auquel on a aussi dédié un dossier passionné) le film terminal sur l'Ouest américain et le regard du cinéma sur ce dernier, Pale Rider s'impose comme un diamant noir, dont le sens de l'épure n'a d'égal que la richesse thématique qu'Eastwood puise dans son récit et sa mise en scène, au point d'ailleurs d'y condenser de manière fascinante toutes les ambiguïtés de son auteur.

 

photo, Clint EastwoodLe vrai Lucky Luke

 

Clint et la vallée du vent

Tout d'abord, il convient de voir dans Pale Rider un hommage et une synthèse savamment orchestrée de l'histoire du western. Si Eastwood incarne lui-même un cavalier mutique et sans nom à la manière des personnages de Sergio Leone (il sera toujours appelé "le prédicateur"), le scénario se réfère assez explicitement au classique L'Homme des vallées perdues de George Stevens, dans lequel est déjà dépeint la figure d'un cow-boy défenseur des opprimés, quitte à ce qu'il franchisse lui-même une certaine barrière morale.

Mais là où le film de 1953 jouit de couleurs éclatantes (notamment dans son travail sur le ciel), Pale Rider malaxe ses référents pour se les réapproprier de manière plus âpre et rugueuse. La sublime photographie de Bruce Surtees (déjà à l’œuvre sur les précédents westerns d'Eastwood et sur L'Inspecteur Harry) et ses couleurs plus désaturées qu'à l'accoutumée épousent la modernité d'approche du cinéaste, qui confère à sa vision du récit un aspect désenchanté. Sur ce point, le réalisateur a d'ailleurs parfaitement mis en exergue ce postulat dans une interview faite à la sortie du film : "On a souvent montré le soleil dans les westerns. Je voulais que le mien soit comme dans la vie, mi-jour, mi-nuit".

 

photo, Clint EastwoodUn film qu'il est beau

 

Dès lors, ce regard plus crépusculaire sur les décors amène le long-métrage vers une conscience écologique assez rare dans le genre. Le plan large, s'il conserve parfois la majesté que présuppose le western, est aussi utilisé pour capter l'immense système de projection hydraulique employé par LaHood pour creuser la terre. Eastwood accentue à sa manière la laideur de ce monstre de terraformation qui envahit le cadre. Si le western est lié à l'image des grands espaces et de l'horizon lointain, Pale Rider devient une œuvre sur la défiguration de la terre et de sa pureté, une manière brillante pour son auteur de mettre en perspective une société qui s'est bâtie sur les stigmates d'un désastre écologique.

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ?

Accèder à tous les
contenus en illimité

Sauvez Soutenez une rédaction indépendante
(et sympa)

Profiter d'un confort
de navigation amélioré

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
lul69
02/10/2021 à 12:38

N'oublions pas la VF dégueulasse qui trahit la vraie fin du film....
Regardez le en VO sinon, vous louperez tout le pourquoi du comment....

Tuk
01/10/2021 à 23:07

Idem que Pat Rick
La petite touche de fantastique met la cerise sur ce beau gateau !

Pat Rick
01/10/2021 à 20:16

Pour moi c'est son meilleur western en tant que réalisateur, et l'un de ses meilleurs films.

Hocine
23/08/2021 à 10:50

Pale Rider est le troisième western réalisé par Clint Eastwood, après L’Homme des Hautes Plaines (1973) et Josey Wales Hors-la-loi (1976), et avant Impitoyable (1992).
Pale Rider a été tourné à une époque où le western n’était plus vraiment populaire à Hollywood. Star Wars, parfois perçu comme un western spatial, était passé par là. De plus, le désastre commercial et critique de La Porte du Paradis de Michael Cimino n’arrangeait rien.
En 1985, il y avait bien un autre western notable: Silverado de Lawrence Kasdan avec Kevin Kline, Scott Glenn, Danny Glover et Kevin Costner.
Malgré tout, le western était considéré comme mort. À vrai dire, Clint Eastwood était quasiment le seul à revenir régulièrement au genre. Ce qui permettait de maintenir le western en vie.
Certains iront même jusqu’à conclure que Clint a tendance à interpréter des fantômes dans certains de ses westerns parce que le genre est mort.
En 1985, Clint Eastwood était enfin pris en considération par la critique et la profession, même s’il devra attendre la sortie d’Impitoyable pour connaître la consécration.
En tout cas, on s’intéressait suffisamment à lui et à son travail de réalisateur pour qu’il fasse l’objet d’une rétrospective à la cinémathèque française (décembre 1984-janvier 1985), pour que Les Cahiers du Cinéma et Positif lui consacrent un dossier, pour qu’il soit décoré par le ministre de la culture français et pour qu’il soit reçu à Londres et Munich. Enfin, Pale Rider a été sélectionné au festival de Cannes de 1985, en compétition: une première pour un film de Clint Eastwood. Par ailleurs, Clint demeurait une grande star du box-office américain: de 1968 à 1986, sans interruption, il aura figuré dans le top 10 annuel des stars les plus rentables d’Amérique.
Les années 80 sont pour Clint une décennie de transition. Ses ambitions de réalisateur se précisent, bien que déjà évidentes dans les années 70.
Dans les années 80, il y aura de bons films (Sudden Impact, Le Maître de Guerre), voire de très bons films (Bronco Billy, Honkytonk Man, La Corde Raide, Bird) et des films médiocres ou décevants (Ça va cogner, Firefox, Haut les Flingues, La Dernière Cible et Pink Cadillac).
Quant à Pale Rider, il fait non seulement partie des meilleurs films d’Eastwood des années 80 mais il fait surtout partie des meilleurs films d’Eastwood tout court.
Avec Pale Rider, Clint Eastwood propose une variation de son célèbre personnage de l’Homme Sans Nom, comme dans L’Homme des Hautes Plaines. Pale Rider peut aussi être perçu comme une relecture de Shane (L’Homme des Vallées Perdues) de George Stevens avec Alan Ladd. Shane a également inspiré Sergio Leone. Pale Rider s’inspire par ailleurs des textes bibliques.
Pale Rider est le premier film réalisé par Eastwood à atteindre le million d’entrées à sa sortie en France.
Pale Rider reprend effectivement les thèmes et certains éléments de ses précédents westerns: l’homme qui vient de nulle part et qui repart vers nulle part, la fondation d’une communauté, le capitalisme et ses conséquences, les conflits d’intérêts entre les différents groupes sociaux, la justice, la loi et l’ordre, la vengeance, la violence envers les hommes et envers les femmes.
Pale Rider comporte en plus une dimension écologique.
Il me semble que dans Pale Rider, les personnages féminins sont plus développés que dans ses précédents westerns réalisés (même s’ils étaient déjà présents) et que cela annonce la place centrale qu’ils occuperont dans Impitoyable.
En tant qu’acteur, Clint semble plus en retrait dans Pale Rider: son absence est remarquée dans plusieurs scènes.
Ce qui permet aux seconds rôles de réellement exister et d’être attachants.
Les apparitions de Clint n’en sont que plus mémorables. Lorsqu’il est à l’écran, on ne voit plus que lui.
Par ailleurs, Pale Rider apparaît comme un western plus épuré que ses précédents westerns, notamment en ce qui concerne le travail sur la lumière, signée par le chef opérateur Bruce Surtees. Pale Rider a indéniablement un côté «artistique».

Des quatre westerns réalisés par Clint, Pale Rider est souvent perçu comme le plus mineur, le plus classique voire le plus sage. Malgré le côté surnaturel plus prononcé. Il y a peut-être moins de coups de feu que dans ses précédents westerns. En tout cas, Clint ne fait usage de ses armes à feu qu’en dernière partie du film. Ce qui a peut-être frustré les amateurs de films d’action.

Alors, Pale Rider est-il un film-somme dans la carrière de Clint Eastwood ?

Je dirais plutôt que Pale Rider est le résultat de l’évolution stylistique, esthétique et thématique de Clint Eastwood, en tant que réalisateur.
Je pense d’ailleurs que ses 4 westerns illustrent parfaitement l’évolution de Clint Eastwood comme réalisateur, de L’Homme des Hautes Plaines à Impitoyable, en passant par Josey Wales Hors-la-loi et Pale Rider.
J’aime beaucoup Pale Rider et je ne le considère nullement comme mineur.
Au contraire, Pale Rider annonce ses futurs chefs-d’œuvre comme Bird, Impitoyable, Sur la Route de Madison. Même s’il est vrai qu’Impitoyable et Josey Wales Hors-la-loi ont plus le statut de meilleurs westerns réalisés par Clint Eastwood. À ce titre, Impitoyable a plus le statut de film-somme. Josey Wales Hors-la-loi est plus le film-pivot, celui qui va durablement influencer le cinéma d’Eastwood. Je vois Pale Rider comme le film de la maturité. Quant à L’Homme des Hautes Plaines, c’est le western où il va se réapproprier la figure de l’Homme Sans Nom. Je pense que ses 4 westerns sont très liés les uns aux autres. Pour moi, ils font indiscutablement partie des meilleurs films de Clint Eastwood.

Monsieur Vide
08/08/2021 à 09:30

Je préfère Ghost Rider...

Nico
08/08/2021 à 07:58

Très bel article sur un de mes films préférés de Clint Eastwood

Nono45
06/08/2021 à 11:15

Il est sympatoche, Pale Rider, mais ça manque un peu de Bud Spencer quand même.

Sofi
05/08/2021 à 18:49

Avec les maîtres de cinéma on trouve des oeuvres somme dès leurs premiers films. L’Homme des Hautes Plaines est déjà un condensé des obsessions et de l’imagerie Eastwoodienne. Mais son « monument » reste pour moi Impitoyable. Pale Rider est, à mon humble avis, une œuvre mineure ( même si loin au-dessus du tout-venant)

Daddy Rich
05/08/2021 à 18:49

C'est un de mes trois favoris dans sa filmo!
Des années que je n'arrête pas de dire qu'il est bien au dessus de certains considérés comme des "chefs d'œuvres"....

alulu
05/08/2021 à 18:10

Oui c'est un peu le film somme, Pale Rider est un condensé. Un perso presque surnaturel comme dans L'Homme des Hautes Plaines. Une communauté, un groupe qu'il protège que l'on retrouve dans Josey Wales et Impitoyable. Il y a tellement à dire sur les films du grand Clint, Hocine le fera sûrement mieux que moi. Pas revu depuis un moment mais je me souviens de dialogues contre l'argent, la corruption. Quelques dialogues lui suffit alors que d'autres on besoin d'un film complet pour faire passer l'idée. Il faut cloner Clint Eastwood en urgence.

Plus
votre commentaire