Tout James Bond : Tuer n’est pas jouer, le grand 007 brutal et épique tombé dans l’oubli

Par Alexandre Janowiak
7 août 2021
MAJ : 21 mai 2024
22 commentaires

La saga fait peau neuve avec Tuer n’est pas jouer porté par Timothy Dalton, un James Bond plus brutal, plus sombre et malheureusement tombé dans l’oubli.

Affiche us

Quelques mois nous séparent encore de Mourir peut attendre, et alors que la dernière aventure de James Bond dans laquelle officiera Daniel Craig attend sagement de pouvoir être exploitée en salles à l’international, Ecran Large ré-explore l’intégralité de la saga consacrée aux aventures de l’agent 007.

Après sept films et des hauts et des bas, le James Bond de Roger Moore a décidé de faire ses adieux à l’espion. C’est donc un quatrième interprète qui débarque en 1987 dans la peau de 007 : Timothy Dalton. Le Britannique de 41 ans a réussi à glaner le rôle au nez et à la barbe d’un certain Pierce Brosnan (bloqué par un contrat télévisuel) et se lance donc dans la saga d’espionnage avec Tuer n’est pas jouer.

Un épisode plus sérieux, plus sombre, plus brutal et avec un James Bond plus monogame que jamais avec les femmes pour relancer la machine post-Moore.

 

Affiche officielle

 

DE QUOI ÇA PARLE ? 

Lors d’un exercice à Gibraltar, deux agents 00 sont tués par un mystérieux criminel. James Bond le poursuit, le tue et finit sur un bateau en belle compagnie. Ce tueur était sûrement un agent russe puisqu’il a laissé des indices rappelant une ancienne opération stalinienne terminée vingt ans plus tôt : « smiert spionom » (« Mort aux espions » en français). Décidé à en savoir plus, Bond se rend à Bratislava sur ordre du MI6 pour sauver le général russe Georgi Ksokov, poursuivi par le KGB. James Bond le sauve par ailleurs d’une violoncelliste sniper, Kara, qu’il décide de ne pas tuer.

Sur le sol britannique, M questionne Koskov sur l’opération « smiert spionom » et ce dernier confie qu’elle a été lancée par le général Pushkin, briguant le pouvoir. James Bond doit alors surveiller Pushkin à Tanger au Maroc, mais pendant ce temps, Koskov est capturé par Necros, agent du KGB. Bond est obligé de retourner à Bratislava pour le retrouver et suit de près Kara, désormais espionnée elle aussi par le KGB. Avec l’aide de Bond, elle réussit à s’enfuir en Autriche. À Vienne, ils apprennent que Koskov a acheté le violoncelle de Kara avec l’argent d’un certain Whitaker, trafiquant d’armes se trouvant… à Tanger.

Bond comprend alors que Koskov connaît le trafiquant et commence à douter. Au même moment, Pushkin refuse le trafic avec Whitaker. Énervé, ce dernier veut sa mort et demande à Koskov et Necros de l’éliminer, mais Koskov organise l’assassinat d’un autre agent du MI6 pour pousser Bond à tuer Pushkin.

 

Photo Timothy DaltonUn nouveau visage pour un nouveau Bond

 

De retour à Tanger, Bond veut régler le compte de Pushkin. Mais il comprend qu’en fait, Koskov est un agent triple et ment depuis le début. Pushkin lui explique que Koskov est à l’origine d’un vaste trafic d’armes et d’opium avec l’Afghanistan. Bond et Pushkin décident alors d’organiser le faux assassinat de Pushkin pour le mettre hors d’atteinte. Mission réussie, mais Bond est fait prisonnier par Koskov, trahi par Kara, amoureuse de Koskov. Mais il la trahira à son tour et la fera prisonnière aussi.

Emmenés en Afghanistan, Kara et Bond réussissent à s’échapper grâce aux moudjahidins. Avec leur aide, ils parviennent à voler l’avion rempli d’opium, mais Necros s’introduit dans l’appareil. Après un combat remporté par Bond, 007 se sert d’une bombe pour sauver les moudjahidins des forces soviétiques à leur poursuite, et saute de l’avion avec Kara avant qu’il s’écrase et détruise tout l’opium.

De retour à Tanger (encore), Bond tue Whitaker et livre Koskov à Pushkin, devenu allié de Bond depuis le faux-assassinat. Alors que Koskov part pour le peloton d’exécution moscovite, Bond se rend à Vienne pour voir Kara jouer pour le célèbre orchestre symphonique de la capitale autrichienne, les deux finissant la soirée dans les bras l’un de l’autre, loin des regards indiscrets.

 

Photo Timothy Dalton, Maryam d'AboUne romance plus singulière

 

POURQUOI C’EST vraiment cool

Tuer n’est pas jouer est censé relancer la franchise aussi essoufflée que Roger Moore du haut de ses 58 balais. Et pour ce faire, Albert R. Broccoli et compagnie se paient les services de Timothy Dalton et font revenir John Glenn à la barre, encore.

On pouvait légitimement craindre le retour du cinéaste, puisque celui-ci était derrière les derniers opus moins inspirés. Pourtant, il parvient au contraire à dynamiter la saga. Sa mise en scène est plus soignée, son jeu de cadre est souvent très judicieux et son sens du rythme est plus établi, lui qui a désormais acquis une certaine expérience depuis Rien que pour vos yeux, son premier Bond sorti en 1981.

Et de fait, les scènes d’action sont particulièrement plaisantes à suivre. La séquence d’ouverture à Gibraltar permet d’installer avec malice le nouveau visage de Bond, au milieu de cette multitude d’agents 00, pour mieux le faire ressortir du lot. Jouant habilement du relief du rocher de Gibraltar, Glenn conclut cette ouverture par un Bond en parachute, finissant sur un bateau qui ne semblait attendre que lui, comme un cadeau tombé du ciel venu bousculer et faire rebondir la saga d’espionnage.

 

Photo Belle Avery, Timothy DaltonUn BG tombé du ciel

 

Indiscutablement, Tuer n’est pas jouer joue dans une catégorie bien différente de celle de l’humour british des années Moore. Évidemment, il ne manque pas de quelques jolies touches humoristiques pour mieux gérer la transition avec son prédécesseur. Ainsi de l’Aston Martin toute neuve de Q finissant dans le décor à une course poursuite sur l’étui d’un violoncelle en passant par des dialogues souvent très bien écrits (comme l’échange où Kara affirme « Nous sommes libres » et auquel Bond répond avec condescendance :« Kara, nous sommes sur une basse Russe en plein Afghanistan« ), ce nouveau James Bond est souvent drôle.

Toutefois, à l’image de Au Service secret de Sa Majesté, le film est beaucoup plus sérieux, brutal et sec que ses prédécesseurs et se raccroche bien plus au réalisme des romans de Ian Fleming (en dehors de son très gros climax). Fini les paysages paradisiaques et bienvenu au coeur des frontières entre le camp occidental et soviétique en pleine Guerre Froide et les plaines désertiques afghanes.

L’histoire est par ailleurs bien plus complexe que le manichéisme inhérent à la recette Bond et propose une vision de l’héroïsme bien plus prestigieuse. Et surtout, l’espion est beaucoup plus dévoué à la cause du MI6, moins borderline, ne désobéissant jamais à ses supérieurs et surtout prêt à tout pour venger les siens. Ici la mort est désormais une fin et non plus un jeu (le titre français est sans équivoque).

 

photoUn Bond bien plus dangereux

 

Jouer n’est donc plus à l’ordre du jour et, in fine, batifoler de femme en femme non plus. Assez surprenamment, hors pré-générique, James Bond s’amourache d’une seule femme, Kara (incarné par la belle Maryam d’Abo), la saga dévoilant (redéployant plutôt) la fibre sentimentale et romantique de cet espion. Un certain romantisme (il demande une suite avec deux chambres pour un séjour à l’hôtel avec Kara par exemple) qui ne le plonge toutefois pas dans la fragilité de celui de George Lazenby, le personnage de Dalton étant beaucoup plus froid et sec, au travail comme en amour.

Un tournant réaliste dans la saga donc, qui n’empêche pas pour autant le film d’être spectaculaire durant ses 2h10. Au milieu des discussions entre les personnages, le long-métrage s’amuse pas mal au milieu de décors moins idylliques que d’habitude : un pipeline tchécoslovaque, une base russe afghane, les toits de Tanger, un avion militaire…

Enfin, l’ensemble est surtout porté par la musique de John Barry, dont c’est l’ultime partition pour la saga. Sa bande-originale est tout bonnement phénoménale, rentrant complètement en symbiose avec la fougue contrôlée de Dalton et venant élever certaines séquences. Toute la partie finale est ainsi accompagnée par la sublime musique, de la prison de la base russe où le morceau Airbase Jailbreak vient insuffler un dynamisme trépidant aux coups portés par Bond en passant par l’imposant Air Bond et le décisif Final Confrontation.

 

photoUn climax épique

 

POURQUOI C’EST PAS PARFAIT

Bon, c’est devenu quelque chose d’assez habituel devant un James Bond qui a plus de trente ans : un sexisme qui fait tache, entre une petite main au cul de Moneypenny – qui n’a d’ailleurs rien à faire dans le métrage à part regarder un Bond qui se fiche complètement d’elle -, quelques remarques déplacées et une séquence un peu gênante dans la grande roue. Cette scène nocturne dans une fête foraine peut paraître romantique au premier abord, mais le moment où la grande roue s’arrête lorsque la capsule de Kara et Bond est au point culminant est un grand moment de malaise.

James Bond y explique à Kara qu’il a demandé à ce que la grande roue soit stoppée pour qu’ils puissent profiter ensemble du lieu, loin des regards indiscrets. Alors certes, l’explication de James Bond semble être une petite blague puisque la roue reprend vite son tour et que les deux tourtereaux en sortent bras dessus bras dessous sans rien avoir fait d’autre qu’échanger leur salive. Mais comme il n’avait pas prévenu la jeune femme et qu’ils ne s’étaient encore jamais embrassés, bonjour l’angoisse pour elle et le consentement.

 

Photo Maryam d'AboMaryam D’Abo pas gâtée par le scénario

 

Au-delà de ça, le rôle de Kara est peu gratifiant pour la touchante Maryam D’Abo. Elle est présentée tout au long du film comme une cruche (le dialogue évoqué quelques paragraphes plus haut) et aveuglée par le charme de Bond (elle l’insulte et s’attriste de le voir l’abandonner, mais elle s’accroche à lui quand même). Et même si elle prend enfin une décision par elle-même dans le climax, elle manque de faire écraser l’avion avant que Bond ne relève le manche au tout dernier instant. Bref, pas finaude on vous dit (alors qu’elle méritait mieux).

Même chose pour l’homme de main Necros qui semble extrêmement hostile la première fois qu’on le rencontre (tuant violemment des agents du MI6 dans leur planque) et ne sera jamais pleinement utilisé. Exception faite de son apparition soudaine dans l’avion où il est déterminé à lacérer et tuer Bond, il sera vite contrôlé par le héros.

En parlant de ça, le long-métrage subit d’ailleurs un petit peu son climax et l’écart monumental du spectacle offert dans la partie afghane-aérienne (tendue, épique) et celle de l’affrontement Bond-Whitaker, si faible qu’elle vient éteindre le film alors même qu’il n’avait fait que monter crescendo.

 

Photo Andreas WisniewskiUn méchant qu’on aurait voulu voir plus

 

BUSINESS BOND

Au moment de sa sortie, Tuer n’est pas jouer est le film James Bond le plus cher de l’histoire de la franchise (hors-inflation) avec ses 40 millions de dollars de budget. Au plus grand bonheur des producteurs, le succès a été au rendez-vous durant les premières semaines (notamment au Royaume-Uni, Dalton y étant assez connu), mais le film perdra de la vitesse au fil du temps. Résultat, il obtient seulement 51,1 millions de dollars au box-office domestique.

Un score supérieur à Dangereusement vôtrele dernier James Bond en date, mais loin des espérances. Il faut dire que l’année 1987 est portée par de nombreux blockbusters d’action plus americano-centré : Le Flic de Beverly Hills 2L’Arme fatalePredator ou encore RoboCop. De fait, l’espion britannique a eu du mal à se faire une place au milieu des explosions hollywoodiennes et se classe 19e des plus gros succès de l’année sur le marché nord-américain.

 

photoLes petites explosions glacées n’auront pas suffi 

 

En France, c’est une petite catastrophe puisque le film engrange seulement 1,9 million d’entrées. Un score honorable sur le papier, mais très loin de ses prédécesseurs puisque c’est la première fois depuis 1969 et la sortie de Au service secret de Sa Majesté que l’espion repasse sous la barre des 2 millions d’entrées dans l’Hexagone.

Parmi les films devant James Bond, on retrouve comme aux États-Unis Les Incorruptibles et Le Flic de Beverly Hills 2 (2,4 millions). L’année est largement dominée par les 5,8 millions d’entrées de Crocodile Dundeedevant Le dernier empereur (4,7 millions) et Au Revoir les Enfants de Louis Malle (3,6 millions). En revanche, Tuer n’est pas jouer fait mieux que Predator ou L’Arme Fatale. 

Dans le monde, il récolte 191,2 millions de dollars. Le contrat est donc rempli pour largement amortir le budget à l’époque et relancer la machine après les déceptions des derniers Roger Moore. Toutefois, aujourd’hui, si l’on prend en compte l’inflation, le film est l’un des trois plus petits succès de l’histoire de la saga juste devant Dangereusement vôtre et Permis de tuerle deuxième et dernier film de Dalton en Bond.

 

Photo Timothy Dalton, Maryam d'AboEt la ballade en étui de violoncelle non plus 

 

UNE SCÈNE CULTE

Incontestablement la scène de l’avion dans le long climax final. Avec une intelligence narrative jubilatoire, les scénaristes Richard Maibaum et Michael G. Wilson (également producteur de la saga depuis le film précédent avec Albert R. Broccoli et toujours à la tête de la saga en 2021 avec Barbara Broccoli) parviennent à cumuler les moments épiques sans jamais tomber dans un trop-plein.

Alors que 007 s’empare de l’avion, il parvient à faire rentrer Kara par la trappe arrière, à éviter un avion arrivant en face, éliminer Necros en étant à moitié dans le vide, désamorcer une bombe, relever le nez de son avion puis finalement réamorcer la bombe pour la jeter dans le vide et faire exploser un pont, avant de constater une fuite de kérosène, de devoir sauter en voiture depuis l’avion avant qu’il se crashe au loin dans les montagnes… le final est explosif et très tendu (et on vous donne un aperçu en vidéo).

 

 

En une dizaine de minutes, ce premier opus de James Bond version Timothy Dalton envoie du lourd et offre un pur spectacle, qu’il est impossible de ne pas apprécier. D’autant plus que le scénario n’oublie pas de jouer avec la folie de la situation, grâce à un joli tempo comique et quelques punchlines savamment lancées : « – Où allez-vous ? – Désamorcer une bombe » avant, quelques minutes plus tard, « Mais où allez-vous encore ? – Larguer une bombe« . De la Bond, ce bombe on vous dit… enfin, vous avez compris.

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john deer is the True 007 with the Queen

Craig aurait pu jouer dans ce genre de 007 et mr Dalton aurait pu jouer dans les 007 incarné par Craig car ils n’ont pas des têtes de trolls, on ne les voit pas du tout jouer les comiques ce genre d’acteurs,
mention speciale a D Craig qui fait vraiment la tronche danssces 2 ou 3 derniers 007, vu ses cachets, ils pourraient un peu faire semblant de jouer son Bond

Kyle Reese

J’ai un excellent souvenir des 2 Bond de l’excellent Timothy Dalton. La musique de Barry est en effet sublime j’avais acheté la k7 audio :). Un bond plus sec et brutal mais pas dénué d’un joli romantisme et d’une vraie tension. On craint pour la James Bond girl.
Tout est d’un niveau largement supérieur aux dernier Moore. Je préfère les Bond de Dalton que ceux de Brosnan que je trouvais physiquement un peu trop light bien que le côté distingué à l’anglaise soit plus présent. Je trouve que Craig fait bien la synthèse des 2 voir des 3 avec le grand Sean. Je n’avais pas trop compris pourquoi ils se sont séparé de Dalton, sûrement une question de cachet et de succès moyen.Tient je pense revoir ces 2 films d’ici l’arrivée du dernière de Craig.
Car j’ai eu très grand plaisir de retrouver Dalton dans l’excellente série Penny Dreadful

Toon62

Les Bond avec monsieur Dalton sont mes préférés à ce jour . Plus sombre plus mature et un bon scénario. Seulement 2 films dommage. Permis de tuer avec une bonne histoire de vengeance.

GuyLuxor

Le doublage français de Jeroen Krabbe (Koskov) est exécrable.
Le personnage de Whittaker: bof… mauavis casting avant tout (la-aussi, massacre complet en VF).
Le générique de A-HA ( composé par Barry) est horrible ( déjà has-been avant la sortie du film).
Sur sa lancée de « Dangereusement vôtre », la mise en scène de John Glen ( avec un seul N!!) est bien mollassonne. Mais, miracle, Glen retrouvera un punch incroyable pour le suivant.

Bond ne couche qu’avec 1 seule femme, une grande première: on était en pleine épidémie du sida avec tous les questionnements du mode de transmission (tiens, tiens…).

La première partie du film, reprenant l’univers de « Bon baisers de russie » est très réussi. La seconde, beaucoup moins…un peu comme Rambo 3, la guerre d’Afghanistan était presque terminée. Bon, « les gentils » moudjahidines du peuple », ça fait un peu sourire (ou pas) après tout ce qui s’est passé depuis.
Le face à face entre Bond et Whittaker ressemble plus à du « Chapeau melon et bottes de cuir » qu’à l’univers de Bond.
Un timothy Dalton encore pas très à l’aise pour sa première interprétation ( à l’instar des autres, à l’exception de Connery et Craig). Faut dire aussi que le script avait été écrit avec Moore en perspective ( cf. la scène d’action avec l’audi puis l’étui à violon; scène très « moorienne » mais assez éloignée de l’ambiance générale).

Voilà, voilà

GuyLuxor

Ha j’oubliais: autre passage très « Chapeau melon et bottes de cuir »: les bouteilles de lait explosives…