Suicide Squad : pourquoi ça reste un gros ratage en 10 raisons

La Rédaction | 22 août 2021
La Rédaction | 22 août 2021

Avant The Suicide Squad, il y a eu Suicide Squad, réalisé par David Ayer et diffusé ce soir à 21h05 sur TF1. Un succès en salles, mais une douleur encore vive.

Personne n'a oublié les bandes-annonces cool et colorées au rythme de Bohemian Rhapsody de Queen, qui laissaient augurer d'un spectacle résolument drôle, énervé et vif. Et personne n'a oublié la terrible déception collective face Suicide Squad en 2016.

Malgré son succès certain en salles (plus de 746 millions tout de même), le film réalisé par David Ayer est devenu synonyme de vaste plaisanterie depuis, de sa production infernale à sa suite sous forme de quasi-reboot qui s'appelle simplement The Suicide Squad. Alors que le réalisateur rêve d'embrayer sur le Snyder Cut de son collègue pour offrir son Ayer Cut, la rédaction a eu la folie de se pencher une nouvelle fois sur la Suicide Squad menée par Will Smith, Margot Robbie, Joel Kinnaman, Jay Hernandez, Karen Fukuhara ou encore Jared Leto.

Spoiler : mieux vaut aller (re)voir le film de James Gunn, parce que c'est toujours aussi mauvais, et on résume ça en 10 raisons.

 

 

LA NARRATION

Dès le démarrage, Suicide Squad se tire une balle dans le pied avec son introduction. En voulant présenter ses personnages un à un à travers une série de clips désincarnés qui aimeraient titiller le style de Guy Ritchie sans une once d’idées pour au moins le singer, le long-métrage commence d’une manière ultra-poussive.

Et si cela ne durait que quelques minutes, le mal pourrait s’estomper rapidement mais le problème, c’est que cette introduction s’étire sur plus d’une demi-heure. Un quart du film (voire plus) sert donc à présenter Harley Quinn, puis Deadshot, puis Waller puis l’escouade… sans véritable liant. Une présentation d’autant plus déconcertante que le film se décide à jongler entre temps présent et flashbacks sans aucune logique narrative. Pire, le film décide aussi de présenter les antagonistes voire l’entourage des personnages à travers quelques vignettes aussi fades qu’inutiles.

De fait, le récit ne fait qu’effleurer chaque membre de l’équipe, sans jamais réussir à leur donner du relief et après cette grosse demi-heure, Suicide Squad commence sans qu’on ait l’impression de connaître qui que ce soit, ni même les véritables enjeux du film (on parle du scénario en dessous).

 

PhotoUne équipe de bras cassés

 

Le film subira son introduction tout au long du film puisqu’évidemment, les personnages ayant eu le droit à une présentation "riche" seront ceux au centre quand les plus éclipsés seront les plus vulnérables (Slipknot sérieux). C’est d’autant plus dommage que certains personnages au fort potentiel sont complètement abandonnés en cours de route (Katana méritait sûrement mieux) quand d’autres parasitent le récit et n’ont aucune valeur ajoutée (vous aussi vous avez pensé au Joker en lisant parasite ?).

Le suspense est donc au point mort et le montage foutraque de l’ensemble ne permet jamais au récit de prendre de l’ampleur. Le montage complètement taré (avec cette bande-son incessante) réussit même l’exploit de ne jamais dynamiter une intrigue qui fait du surplace. A force d’aller-retours entre flashbacks et présents, antagoniste et anti-héros… l’histoire stagne pour se conclure sur un climax d’une médiocrité ahurissante (c’est quoi ce sacrifice de Diablo ? C’est quoi cette résolution simplette ?).

Et ce n’est évidemment pas l’envie de lier Suicide Squad au DCEU et donc à Batman qui vient alléger un récit trop bordélique pour son propre bien. La scène post-générique où Bruce Wayne confronte Amanda Waller et tease un possible affrontement entre la Suicide Squad et la Justice League est superflue et était surtout prématurée. A l’époque, la JL n’était toujours pas formée et le film toujours en tournage. Cinq ans plus tard, impossible de ne pas y voir un gros plantage et une précipitation rapidement sanctionnée.

 

Photo Viola DavisHésitation à activer la puce explosive dans la tête de Ecran Large

 

TOUTE L'HISTOIRE

Résumer Suicide Squad est la vraie mission suicide. Suite au bordel post-Man of Steel et Batman v Superman, la très vener Amanda Waller lance la Task Force X, avec un principe pas du tout infaillible : prendre des criminels aux pouvoirs extraordinaires, leur implanter une puce pour les forcer à obéir, et les envoyer dans les pires missions afin de sauver l'humanité si besoin. Amanda a tellement la confiance qu'elle a aussi pris le contrôle de l'Enchanteresse, un être surpuissant dont elle garde la coeur dans une jolie valise. Si l'Enchanteresse est méchante, elle joue à la poupée vaudou avec pour la calmer.

A la surprise de personne, l'Enchanteresse s'échappe, récupère son frère enfermé dans un bocal, et créé une armée de zombies dans la ville. L'équipe de choc est donc envoyée sur place, pour sauver le monde. Sauf que non : c'était juste pour sauver Waller, piégée dans un immeuble, et tellement vener qu'elle abat des membres du FBI pour le montrer.

C'était sans compter sur le Joker, sorti de ses flashbacks pour venir récupérer Harley Quinn. Waller la récupère à son tour, avant d'être elle-même récupérée par l'Enchanteresse. Le Squad va la sauver, parce qu'ils sont entre temps devenues meilleurs amies pour la vie, et ça, ça n'a pas de prix (sauf la vie de quelques collègues, comme cet abruti de dieu aztèque qui maîtrise le feu, mais meurt dans un feu).

 

Photo Viola DavisViola Davis, Amanda Waller : même joie de vivre

 

Le scénario de Suicide Squad est donc légèrement bordélique, à la fois simple dans le fond et inutilement compliqué dans les articulations, la faute à ces multiples plusieurs couches superposées. Et une grande question autour de ce pseudo-twist sur le sauvetage d'Amanda, qui constitue un point bizarroïde dans l'intrigue, et modifie la hauteur des enjeux. Un peu comme si le réalisateur et scénariste David Ayer n'avait pas voulu (ou pas pu) assumer le cheminement simple, pur et efficace de sa bande d'un point A à un point B, et avait rajouté ces étapes lourdingues pour cocher des cases - une surprise par ci, une révélation par là, une fausse mort entre les deux. Ce qui paradoxalement ramène constamment le film vers les sentiers battus des mauvais clichés hollywoodiens.

Au final, tout ça reste profondément basique, mais avec tellement d'artifices pour le masquer que Suicide Squad devient particulièrement ridicule et longuet.

 

Photo Cara DelevingneMiss poubelle 2016

 

WILL SMITH SHOW

A quel moment c'est parti en vrille ? Dès le casting de Will Smith en Deadshot ? Ou lorsque Warner a imposé des reshoots, et détricoté et remonté le film ? Une chose est sûre : le personnage de l'assassin a phagocyté Suicide Squad, en prenant tellement d'espace que le film semble d'abord être le sien (c'est d'ailleurs le premier à apparaître), avant d'être celui de l'équipe. Soit un gros problème vu le titre et l'histoire.

Il n'est pas le seul : Harley Quinn a elle aussi une place au premier plan, et Deadshot et elle ont tous les deux droit à une pré-intro lourdingue pour en attester. Sauf que le personnage incarné par Margot Robbie existe pleinement dans l'univers DC avec le Joker, là où la présence exagérée de Floyd Lawton est justifiée via ses problèmes de papa contrarié, qui existent jusqu'au climax. Ce que personne n'a envie de voir dans Suicide Squad. Alors que l'aventure est celle d'une bande d'anti-héros, dont l'alliance de fortune est A COMPLETER, Deadshot tire constamment la couverture à lui, comme si deux films coexistaient et se bouffaient sans cesse.

 

will wmithAli c'est fini

 

Ego-trip de Will Smith (qui avait refusé Independence Day : Resurgence pour ça) ? Bête manœuvre du studio pour miser sur le visage le plus connu de l'équipe ? Ou un peu des deux ? Peu importe. Le résultat est sans appel, et Deadshot est l'un des gros points faibles d'un film profondément bancal.

Preuve que tout le monde est d'accord : le projet de film solo sur Deadshot a depuis été discrètement mis sous le tapis, Will Smith a trouvé une raison officielle d'agenda pour ne pas revenir dans la suite (ou garder la face s'il n'a pas été réinvité), et plus aucun mot sur une réapparition du personnage.

 

photo, Will Smith, Margot RobbieFini les Bad Boys, maintenant c'est Bad Girls

 

LE JOKER DE JARED LETO

Osons une prise de position que toute la rédaction ne validera pas : le Joker-gangsta, ce n'était pas une si mauvaise idée. Les premières images du personnage dévoilées sur internet ont provoqué toutes sortes de réactions. Pourtant, son look ignorait intelligemment le spectre d'Heath Ledger tout en s'accordant aux obsessions du cinéaste. Ayer a toujours mis en scène des caïds autoproclamés, dans End of Watch ou même dans Fury. Et quoi de plus logique que la redoutable intelligence du clown lui confère une place dans ce monde de crapule... et le style qui va avec ?

Mais qu'on partage ou pas cette analyse, quoi qu'on pense de cette interprétation ou de Jared Leto, choisi sur le tard selon lui, il faut reconnaître qu'il est peut-être l'élément le plus mutilé du long-métrage, ce qui n'est pas peu dire. Bien sûr, personne ne peut vraiment connaître la teneur exacte des rushs amputés, parfois entrevus dans les anachroniques premières bandes-annonces. Il est évident que la terreur de Gotham devait avoir de l'importance lors de ce climax bâclé, prenant place après son absurde disparition. Lors d'un entretien à la BBC Radio 5, le comédien a expliqué qu'il avait tourné assez de scènes pour remplir un film entier.

 

photo, Jared LetoQuand tu regardes le montage final

 

Probablement sacrifié sur l'autel du classement PG-13, son Joker n'apparaît que très peu. Bien qu'Ayer lui-même ait reconnu qu'il est difficile de juger sa performance, le personnage s'intègre si maladroitement à l'intrigue, et même au montage, qu'il en devient comique. Il faut voir la fascination qu'il a pour Harley, assez proche du schéma classique du héros hollywoodien, ou même toutes les séquences où il est censé laisser apparaître sa folie, beaucoup trop sommaires et montées au bazooka.

La fameuse séquence des électrochocs, a priori révélatrice des instincts destructeurs qui l'habitent, sur-découpent ses mimiques, vont jusqu'à les camoufler d'un filtre néon scandaleux. Et la méchanceté qu'il devrait véhiculer s'évapore, alors qu'on le voit gesticuler, comme pour illustrer le "deranged" qui trône sur son front. Sa disparition dans le dernier acte, traduisant le mépris porté à son égard, achève cette impression de rendez-vous manqué. Que cette version originale du bad guy soit intéressante ou foirée, on aurait franchement aimé la découvrir.

 

Joker Jared LetoLes reshoots, allégorie

 

LA SUICIDE SQUAD

Le défi d'un film Suicide Squad, c'est non seulement l'identification à une véritable bande de méchants, mais aussi la caractérisation d'une pluralité de personnages. Le format papier autorise bien des digressions que 2h de métrage ne peuvent se permettre. Le film choral absolu est un fantasme inatteignable pour peu qu'on doive céder aux conventions hollywoodiennes, certes, mais rarement on se sera autant planté à essayer de l'atteindre. Tout entier articulé autour de la rédemption ronflante de Will Smith... enfin Deadshot, Suicide Squad réduit la majorité de ses protagonistes à un tas de gimmicks éculés.

Passons sur les personnages-fonction risibles, invités à l'arrache pour faire vaguement avancer l'intrigue (RIP Slipknot, tes trois mots et ton envolée vers la liberté) ou sur ceux si grossièrement destitués de leur arc narratif qu'ils se contentent de se balader en arrière-plan (Katana, a.k.a la figurante maudite). Hormis Deadshot et la lourdeur de son écriture, les plus éminents membres de l'escouade sont en fait parfaitement inutiles.

 

Photo Will Smith, Margot RobbieMarcher au ralenti n'y changera rien

 

Boomerang est un vieux redneck alcoolique faisant office de contrepoint comique, Killer Croc prononce moins de mots qu'il n'a de neurones et ne montre jamais sa vraie puissance, Diablo hérite d'une backstory digne d'une telenovelas et meurt... brûlé. Quant à Harley Quinn, elle se contente de se languir d'un prince charmant du crime. En attendant sa venue... décevante, elle pète des vitrines, dit des gros mots et se répand en sous-entendus sexuels. L'apogée du blasphème pour ses fans est atteint lors du climax, lorsqu'elle se rêve... une vie de famille avec le Joker. La folie, c'est plus ce que c'était.

Difficile de s'identifier à cette bande de zombies dépossédés de leur personnalité, ou même de leurs habiletés les plus intéressantes. Les membres de la Suicide Squad sont de faux méchants, des anarchistes en carton et de vrais garants de la morale américaine, voués à se racheter une conduite aux yeux d'un public... qui voulait les voir bafouer les règles. Comme James Gunn l'a prouvé, il est possible de traquer l'humanité de salauds sans pour autant les absoudre de leurs péchés. Ayer et/ou Warner n'étaient pas au courant.

 

Photo Margot RobbiePas notre tasse de thé, cette interprétation

 

L'HUMOUR

Avec Zack Snyder à la tête des deux premiers films du DCEU (Man of Steel et BvS), Warner mettait en place un univers super-héroïque très sombre et grave. Une tonalité qui a largement été pointée du doigt par une bonne partie du public (attendant sûrement une ambiance plus proche du MCU et de sa cool-attitude). Ni une ni deux, le public c’est la thune et donc le moyen de prolonger l’univers.

Alors que Suicide Squad était parti pour être très sombre, le film est donc parti en reshoots (ce qui n’a rien d’inhabituel à Hollywood et n’est pas forcément mauvais signe) afin d’agrémenter le film de « répliques plus mordantes et ironiques entre les personnages, car en réalité le film comporte peu de blagues » affirmait une source proche de la production en avril 2016.

 

Photo Joel Kinnaman, Will SmithConcours de kékettes


Un choix scénaristique discutable, mais qui aurait pu coller à la personnalité du groupe de vilains. Sauf que c’est bien l’un des autres problèmes du film : rien ne colle et finalement l’humour est quasi-absent. À moins que les frasques du Joker et son rire débilitant (Jared Leto donne tout) soient la charnière du piquant annoncé, on se demande ce qu’ont bien pu entrainer les reshoots si ce n’est un désordre plus important que prévu.

Peut-être que les grognements de Killer Croc sont censés être drôles ? À moins que ce soit la nonchalance digne d’un collégien en pleine crise d’adolescence de Deadshot ? Ou peut-être le bagout de Captain Boomerang ? Difficile à dire. Une chose est sûre, les saillis supposément comiques ne fonctionnent jamais avec le reste du film et au contraire, viennent un peu plus embarrasser l’ensemble.

Certes, il reste Harley Quinn dont l’attitude acidulée vient donner un peu de mordant à l’atmosphère pluvieuse, mais à quel prix ? Le personnage de Margot Robbie est à la fois complètement taré, porté sur la chose et se rêve en mère de famille, révélant une caractérisation sans queue ni tête, à l’image du film schizophrène, jouant toutes les cartes entre ses mains. Dommage qu’elles ne contiennent aucun atout.

 

Killer CrocKiller Croc, le grogneur comique

 

LA MENACE

Probablement l’une des pires données de l’équation Suicide Squad. D’abord parce que bien malin qui pourra affirmer qui est le véritable antagoniste du film en milieu de métrage : Amanda Waller ? Le Joker ? L’Enchanteresse et son bro ? Les personnalités de la Suicide Squad elles-mêmes ? Warner ? En vérité, même à la fin de Suicide Squad, on ne sait pas vraiment qui l’était et on comprend que c’est un peu tout le monde et du coup, un peu personne aussi.

Mais ce qui nous intéresse ici c’est la menace que doivent annihiler l’escouade suicidaire à savoir l’Enchanteresse et Incubus, soit le duo de méchants le moins intéressant de l’univers DC. C’est bien simple, le second n’a absolument aucun intérêt. Propulsé en quelques plans de statuette à gros tas de CGI bien dégueus, il n’est jamais développé et son hyper-puissance sera annihilée par une petite explosion. Aussi fou que ça puisse paraître, il n’y a aucune matière pour parler de lui tant le film ne l’utilise jamais, à part pour péter quelques murs avec ses bras-tentacules et consoler sa sœur quand elle se sent triste dans leur langue mythologique éclatée au sol.

 

photoDes effets spéciaux plus effrayants que le personnage

 

Sa sœur justement, la fameuse Enchanteresse a la chance d’être incarnée par Cara Delevingne. Chance car l’absence de charisme de l’actrice a permis à l’Enchanteresse d’éviter les foudres de la critique, bien trop occupée à dézinguer la jeune mannequin. Pourtant, la sorcière mérite aussi d’être accablée tant elle ne fait rien à part… attendre l’escouade dans son QG. Ici ou là, elle balance des incantations en levant les bras comme une illuminée sortant d’une réunion de raëlien, mais c’est à peu près tout jusqu’au grand final où elle perd en cinq minutes.

Ah si, elle transforme aussi quelques soldats en sbires monstrueux pendant le film, histoire de donner un peu de fil à retordre à la Suicide Squad qui n’en fait qu’une bouchée, vu la débilité des bêtes en question. Bref, si le monde avait besoin d’une équipe de choc pour une telle menace, autant dire qu’il vaut mieux capituler pour l’avenir vu le niveau.

 

Photo Cara DelevingneRegard méchant activé

 

LE DéCOR MAL UTILISé

Sur le papier, c'était amusant : suivre la bande de bras cassés pendant une nuit de chaos dans une ville infestée de créatures contrôlées par des vilains. En théorie, il y avait là une formule différente des autres films du genre, et une unité de temps et d'espace qui change des voyages et ellipses à tout-va. Avec (beaucoup) (vraiment beaucoup) d'espoir, il y avait peut-être même la possibilité d'y trouver un hommage à New-York 1997 de John Carpenter, avec un groupe de bad boys et girls foulant le goudron d'un centre-ville transformé en zone de guerre.

Que nenni. Après environ 50 minutes de présentation et mise en place, l'équipe arrive à Midway City, et David Ayer n'en fait à peu près rien. Suicide Squad se résume vite à quelques parkings et rues sombres, des vitrines bien éclairées et quelques carcasses de voiture en feu. Difficile de sentir une vraie déambulation ou évolution dans l'espace urbain, qui est pourtant un espace de jeu entier, sans figurant ni rien pour gêner.

En extérieur, la mise en scène se repose sur le repère de la tour magique entourée d'éclairs et autres babioles fantaisistes pour construire l'espace. Et surtout, David Ayer enferme vite ses anti-héros dans des intérieurs passablement inintéressants à l'image - un immeuble de bureaux, un bar, ou une station de métro où l'Enchanteresse a élu domicile pour lancer son club. Bilan : Suicide Squad ressemble à un énième film urbain.

 

Photo plateau 2"C'est vraiment un gros tas de merde"

 

L'ACTION CHEAP

C'était précisément la raison de l'embauche de David Ayer. Cinéaste urbain remarqué grâce à Bad Times puis End of Watch, il avait semblé sur le point de transformer l'essai avec Fury. Autant de films bourrés d'action, à la pyrotechnie complexe, qui laissaient espérer que le cinéaste soit idéalement placé pour emballer ce simili-film de commando, où nos anti-héros devaient affronter des hordes d'adversaires dans un Midway City transformé en zone de guerre. Malheureusement, la gestion des scènes d'action est probablement le point le plus embarrassant de Suicide Squad.

Qu'il s'agisse d'une méconnaissance générale du matériau de base, d'une production oscillant entre exigences du PG-13 (l'équivalent de notre interdiction aux moins de 12 ans), de remontages intempestifs ou d'une absence globale de vision, tout porte à croire que les raisons du désastre sont multiples, et minent absolument toutes les scènes de baston. Si absolument toutes sont ratées, aucune ne symbolise mieux cette catastrophe que la première échauffourée opposant les personnages aux vilains figurants recouverts de goudron.

 

Photo Margot Robbie, Will Smith"Allez viens, on se casse !" 

 

On est premièrement frappé par la non-gestion du décor. Totalement générique, impossible à appréhender dans sa géographie, il n'a rien de particulièrement cinégénique ou marquant. La caméra en fait si peu de cas, qu'il est impossible de situer précisément en son sein les protagonistes... mais aussi leurs adversaires. Combien sont-ils ? Quel est leur degré de dangerosité ? Autant d'enjeux primordiaux pour donner du poids aux affrontements, totalement déficients ici.

Et quand tout ce petit monde commence enfin à se friter, le constat devient plus navrant encore. Non seulement les chorégraphies sont d'une pauvreté embarrassante, mais le montage se contente d'aligner les micro-saynètes où gigote chaque membre de la Squad, sans qu'ils interagissent durablement les uns avec les autres. Captain Boomrang, qui use de ses armes distinctives à la manière de couteaux, témoigne de combien personne ne s'est inquiété de ce qui était filmé ou de l'intégrité des personnages.

Cette séquence, qui devrait être un des moments de gloire de Deadshot est si pauvrement mise en scène qu'on peine à distinguer ce qui le rend franchement supérieur aux militaires qui l'accompagnent, alors qu'absolument tout le monde dégomme du figurant goudronné. Illisible, plate, pauvrement éclairée, privée aussi bien de l'investissement de ses anti-héros que de celui du spectateur, l'action de Suicide Squad est condamnée à tourner au cataclysme.

 

Photo Margot RobbieLendemain de soirée difficile

 

LA BANDE PAS TRÈS ORIGINALE

Quelques mois plus tôt, Les Gardiens de la Galaxie a montré combien l'identité d'un film choral pouvait bénéficier d'une bande-son aux petits oignons, celle du film de James Gunn participant carrément à la note d'intention de l'ensemble, voire à sa direction artistique. Et si la volonté de dupliquer l'aura de coolitude du blockbuster Marvel est devenue manifeste au fur et à mesure de la promotion de Suicide Squad, passant progressivement de promesse énervée à délire pop "acidulé", c'est peut-être l'usage de la musique qui en témoigne le mieux.

Pour accompagner nos vilains préférés, du monde se bouscule aux portillons, avec entre autres Skrillex, Imagine Dragons, Panic! at the disco, Twenty one pilots, Lil Wayne, Wiz Khalifa ou encore Eminem. De quoi enjailler toute soirée qui se respecte, et emmener les plus vaillants sur le dance floor... mais entre se déhancher dans un état approximatif à la faveur de litrons d'alcool et l'illustration pertinente d'une scène de cinéma, il y a parfois un monde.

 

photo, Will Smith, Margot Robbie, Joel KinnamanMichael Jackson, Thriller, 1983

 

Dans le cas du film qui nous intéresse, c'est carrément une galaxie. Non seulement les morceaux choisis ne forment jamais un tout cohérent, ne pouvant dès lors colorer le long-métrage ou permettre d'unifier ce cauchemardesque foutoir. Plus embarrassant encore : ces accompagnements sonores sont systématiquement jetés au visage du spectateur à la manière d'un juke-box aléatoire, et brisent régulièrement l'immersion, comme lors de la première demi-heure, où la musique surgit de manière chaotique, à la faveur d'un mixage sommaire.

Tubes mutilés, refrains tronçonnés, illustrations désincarnées... au lieu de démultiplier notre amour pour le film, la musique enfonce le dernier clou de son cercueil.

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commentaires
Pat Rick
24/08/2021 à 20:25

Pas du tout un film génial mais c'est toujours plus divertissant que le truc de Gunn.

Kay1
24/08/2021 à 13:55

Sérieusement une étoile ? Le film est raté , mais c'est pas non plus le pire des étrons. Si ce film a 1 étoile , dans ce cas le deux n'en mérite pas plus de 2.5 si ce n'est moins. Il n'y a que moi qui pense que cette suite n'a que peu de différences avec le premier ?

Oldskool
24/08/2021 à 08:35

Mais sinon ça va vous la redac... je sais c'est pas facile de décrocher mais il parait que 25 jours sans parler de SUICIDE SQUAD et on est guéri... Après on peut se faire aider, il y a des solutions... Faut pas rester seul, il faut sortir, voir du monde...

Marvelleux
22/08/2021 à 22:50

Pour le peu de temps de présence du joker à l'écran, le personnage ne fait initialement pas parti de l'escadron du suicide squad.

Spooky
22/08/2021 à 22:42

Même mal monté ce film est aussi bon que le 2ème.
James gunn est mauvais j'en pouvais plus de la musique qui m'a pourri le film, sans parler du traitement de starro bien charcuté comme il faut

Blason
22/08/2021 à 16:51

C'est un film de studio pas de david ayer, donc ca ne sert à rien de faire un top 10.

Comble
22/08/2021 à 15:40

Le comble de Justice League, c'est qu'ils (les producteurs) ont réussi en connaissance de cause à faire un film encore plus nul, The J. L, qui devient un authentique navet là où le 1er était juste un film raté. Me fait penser à T6 qui a voulu rebooter T5 et qui a juste réussi à être le pire de la saga

Emynoduesp
11/08/2021 à 10:58

Grosse deception.
C est a partir de ce film que c est parti en sucette. La bande annonce m avait vendu du reve, comme celle de JL.

Au final, vu les retours, je ne suis pas alle voir ces films au cine. J ai attendu la sortie bluray, sauf pour ”Josstice League” que je n ai jamais vu.

Merci a Warner pour avoir voulu faire de mauvaises copies de Marvel. J ai cru au Graal en visionnant le Snyder cut, mais je pense qu en sachant que ce serait son dernier film, Snyder a mis dans son montage toutes les idees qu il avait pour la suite, ce qui en fait pour moi un melting pot sans saveur, et certains effets speciaux dignes de series TV. Et puis on se quitte sur un Martian Manhunter franchement degueulasse et un Bruce Wayne anorexique de lendemain de cuite qui a l air d en avoir rien a secouer et accepte l aide du premier venu sans broncher...

Desole, Zack, #ReleaseThe214mnCut :')

Crotte, j ai devie, suis passe de SS a JL...en fait je fais comme les bandes annonces Warner, je passe du coq a l ane.

Cam
04/08/2021 à 15:12

Jamais vu autant de fautes en un seul article... A ce demander si l'auteur s'est relu avant de publier...

????
04/08/2021 à 12:15

Je suis juste la pour corriger une faute qui ma légèrement stressé, sur le front du Joker il n'y a pas marquer Deranged mais Damaged :)

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