The Suicide Squad : critique d'une renaissance DC

Mathieu Jaborska | 30 mars 2022
Mathieu Jaborska | 30 mars 2022

The Suicide Squad est ce soir à 21h09 sur Canal+.

Véritable symbole de l'incapacité de Warner à singer la formule Disney/Marvel et catastrophe artistique mutilée en postproduction, le Suicide Squad réalisé par David Ayer avait pourtant connu un certain succès. Après plusieurs années d'un développement chaotique, faisant naitre d'innombrables rumeurs, l'obligatoire projet de suite s'est finalement heurté à la nouvelle stratégie affichée du studio de ne pas répliquer la formule de la concurrence (stratégie qui a porté ses fruits avec Joker) et aux ambitions d'un James Gunn tout juste licencié par Mickey (et réengagé très vite pour Les Gardiens de la galaxie Vol. 3). Le cinéaste a toujours prétendu avoir eu carte blanche sur The Suicide Squad. Vu le résultat, on aurait tendance à le croire.

post-tromatique

Avant d'être un film DC, The Suicide Squad est un film de James Gunn. Ayant fait ses armes chez les saligauds de Troma (studio indépendant derrière Toxic Avenger, expert en mauvais goût) avant de s'essayer à l'horreur tendance body-horror craspec et au film de super-héros fort en tentacules, le cinéaste a toujours sillonné Hollywood en contrebandier. Ainsi, lorsque Disney l'a exclu de la réalisation des Gardiens de la galaxie Vol. 3 sur la foi de tweets à l'humour douteux déterrés par un hater en manque d'attention, ses talents de sale gosse ont tapé dans l'oeil de Warner, désireux d'enfin brosser la critique (et les cinéphiles) dans le sens du poil.

 

 

Aux commandes d'une escouade qu'il définit en quelques scènes comme une bande de bras cassés littéralement sacrifiables (c'était une catchline qu'il avait lui-même confectionnée), Gunn se vautre dans l'humour crapoteux de sa première partie de carrière avec toute la générosité permise par un budget de major. The Suicide Squad est over-gore, voire carrément méchant. Bien plus qu'un récit vaguement transgressif traversé de temps à autre de gags sanglants - la norme des productions du genre classées R depuis Deadpool -, c'est un véritable massacre, tel qu'on en a rarement vu sur grand écran, toutes industries confondues.

 

photoUne séquence qui restera dans les mémoires

 

Le metteur en scène et scénariste prend les pleins pouvoirs, accorde un nouveau caméo provocateur à son acolyte patron de Troma Lloyd Kaufman, et déploie son style tout en ruptures de ton avec une ampleur inédite. Comme dans Super, il n'hésite même pas à lorgner sur le malsain pour construire ses plus brillantes idées comiques, preuve en est de l'hilarant personnage de Weasel, à mi-chemin entre le sidekick animalier et le monstre difforme, dont la validation du design par les exécutifs de la firme prouve la liberté allouée, ou même du gigantesque climax, transformant en quelques plans une violence franchement horrifique en gore cartoonesque.

On ne s'ennuie pas une seule seconde pendant les plus de deux heures de ce défouloir, puisant autant dans le film de guerre américain que dans l'horreur japonaise pour faire vivre l'enfer à l'escouade suicide du titre. Une mauvaise troupe qui témoigne de l'amour de Gunn pour les laissés pour compte et les organismes dysfonctionnels, parodies crades des facultés nobles des grands héros. Car si le bodycount risque bien de battre quelques records, l'artiste se consacre toujours autant à ses personnages de branquignols, et ne les sacrifie pas complètement sur le champ de bataille.

Le réalisateur, comme ses protagonistes, s'identifie comme agent du chaos, engagé dans une croisade contre l'hypocrite sophistication de l'odieuse Waller, campée par une Viola Davis glaciale.

 

photo, Viola Davis, Idris ElbaÀ la recherche du vrai méchant

 

La vérité est Ayer

Il fallait bien ça pour succéder à l'un des plus difformes rejetons du genre, qui, en plus de ses tares techniques inoubliables, trahissait la supposée anarchie promise pour mieux céder au bon vieux mythe de la rédemption hollywoodienne. La tentation de se réfugier dans la citation et de casser le quatrième mur pour moquer la production dont The Suicide Squad constitue la vraie suite devait être grande. Le cynisme postmoderne (et post-Deadpool, une fois de plus) a le vent en poupe dans un Hollywood acquis à la cause du classement R.

Rien de tout ça cependant dans le film, qui s'amuse certes à répliquer la formule de son prédécesseur, mais qui ne lui rentre pas directement dans le lard. Plus subtil (enfin... façon de parler), Gunn, bien aidé par l'absence de directives pro-univers étendu, reconstruit pour mieux détruire. Bien qu'il s'amuse parfois de l'héritage dégénéré du premier opus, il préfère le défaire consciencieusement, presque point par point, démontrant au passage tout le potentiel de son concept. À l'atroce B.O playlist, il oppose une excellente partition du trop rare John Murphy. À la photographie grisâtre pimpée aux néons numériques, il oppose les grandioses tableaux composés par Henry Braham.

 

photoWhite rain

 

Même si le Bloodsport incarné avec une certaine jubilation par Idris Elba répond au Deadshot de Will Smith, Harley Quinn est peut-être celle à qui profite le plus ce passage de relai inespéré. Autrefois gimmick irritant, elle se voit dotée d'un arc narratif respectant à la lettre la folie de son personnage et allant jusqu'à nous faire entrevoir, à la faveur d'une séquence d'action incroyable, sa vision malade du monde. Une empathie tristement absente de la version de 2016, sur laquelle tout repose ici.

Aimables, dans un des deux sens du terme, les bad guys de The Suicide Squad n'ont donc plus rien des braqueurs de banque au grand coeur originaux. Ce sont d'authentiques ordures azimutées, dont la barbarie motive les séquences les plus rudes pour nos zygomatiques. Ayer nous avait fait paraitre antipathiques des personnages qu'il voulait sympathiques. Gunn nous rend attachants des monstres de nihilisme. C'est sur cette corde raide, jamais empruntée par une production de ce calibre, qu'il s'épanouit. Il met en scène des méchants avec amour, au point de salement malmener les conventions du genre.

 

photo, Margot RobbieMargot Robbie, qui peut enfin laisser s'exprimer son génial jeu comique

 

In Gunn we trust

Sur le papier une escapade libertaire éphémère, le long-métrage prend en réalité l'industrie dont il est issu de court. À l'heure où le modèle absolu du film de super-héros a tendance à trouver sa valeur dans l'absence d'excès, il fait non seulement de ses obsessions de la bouillie d'organes, mais il s'amuse aussi à bouleverser son mode de représentation. Enfin autorisé à démontrer la puissance d'un style que beaucoup ne soupçonnaient pas chez lui, le réalisateur contrefait les grands codes de la mise en scène du genre.

Maître de la rupture de ton, il fait naître l'émotion au milieu du chaos, plutôt que de la reléguer tout bêtement à un intercalaire entre deux scènes d'action. Tutoyant presque à de rares occasions le génie de George Miller, il est mu par la même volonté de créer du lien grâce à la science du montage. Assez avare en grands mouvements ou en plans-séquences numériques, il investit ses audaces dans un réseau de détails, se concrétisant parfois par un subtil zoom, parfois par un travelling un peu trop long, créant régulièrement quelques bulles d'émoi qui prennent autant à revers que les innombrables meurtres.

 

photo, John Cena, Joel KinnamanJohn Cena, parfaitement casté

 

À force de jouer avec brio de ce procédé, il va jusqu'à concevoir quelques purs instants de poésie visuelle, qu'on décelait déjà, quelque peu bridés, dans les déchirants climax des deux volumes des Gardiens de la Galaxie, et qui touchent du doigt la puissance pop des planches de comic-books. Des planches que la concurrence tente désespérément d'émuler depuis des années. Au beau milieu de ce tohu-bohu gorissime et vicieux, il y a une beauté que des artistes amoureux du matériau original traquent férocement. Ils nous donnent à la contempler, des étoiles dégoulinantes de viscères dans les yeux.

À rebours des conventions esthétiques du film de super-héros, parfaitement incarnées par la fadeur du Black Widow de Marvel, sorti à peine quelques semaines auparavant, The Suicide Squad donne un gros coup de pied dans la fourmilière sans pour autant réinventer la poudre à canon exploseur de tête. Kevin Feige et ses sbires assument une ambition dévorante, des plans de conquête extravagants déjà révélés avec Avengers : Endgame. Et si l'avenir du genre résidait plutôt dans l'humilité affichée de Gunn, ses déboires méchants quoique inoffensifs et son amour évident pour l'art complexe du divertissement ? Et si derrière ces déluges de sang et de tripes se cachait l'âme de la pop culture ?

 

Affiche française

Résumé

James Gunn s'approprie et outrepasse les conventions hollywoodiennes pour livrer un jeu de massacre inédit. Grâce à une vraie sincérité et beaucoup de coeur, The Suicide Squad redonne foi en une industrie tout entière.

Autre avis Geoffrey Crété
The Suicide Squad est un sacré missile lancé dans le gros tas de blockbusters purulents, servis année après année au rayon super-héros. Il y a de l'esprit, de l'humour, de l'ambition, de l'émotion, de l'auto-dérision, et une énergie de pur sale gosse qui a trouvé un énorme coffre à jouets.
(P.S : mais va falloir se calmer Mathieu, Arnold et Simon)
Autre avis Simon Riaux
Parce qu'il devance toujours les envies de son spectateur, traite ses douze salopards avec un amour vache communicatif et donne une petite leçon de narration (mais aussi de style) à tout Hollywood, James Gunn a réussi son meilleur film. Assez miraculeusement, The Suicide Squad est simultanément son récit le plus agressif et le plus attachant.
Autre avis Alexandre Janowiak
Grâce à son intelligence narrative, The Suicide Squad exploite les règles super-héroïques tout en les détournant pour mieux livrer une œuvre mêlant les genres (actioner, western, zomblard, rom-com...) dans 2h d'action pétaradante faisant pleinement corps avec les personnages et leurs émotions, au cœur d'un récit tendu, drôle, touchant et prenant.
Autre avis Arnold Petit
Avec un amour sincère pour les comics et le cinéma, James Gunn explose le divertissement comme un sale gosse pour délivrer une histoire drôle, touchante, féroce, singulière, à l'image de ses personnages. The Suicide Squad est un grand film de super-héros et une excellente d'adaptation, qui ne ressemble à rien de ce qui a été fait dans le genre.
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Lecteurs

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commentaires
Lucha-man
22/06/2022 à 19:24

Alors que moi je suis encore ravis que ce flop nous est préservé d'une suite. Je regrette juste que donner naissance à la série peacemaker malheureusement avec le DCU la médiocrité trouve toujours sont chemin

sylvinception
31/03/2022 à 12:29

Enfin vu... sympa, mais totalement surcoté.

Fantomas
31/03/2022 à 09:03

À part quelques scènes drôles, j’ai trouvé le film long et ennuyeux. Dommage…

Le chat machine
31/03/2022 à 04:54

Clairement le meilleur film du genre, et oui m Gunn est un génie, rien que l'intro est juste incroyable, je l'ai vu au moins 20 x et je ne m'en lasse pas..et non c'est pas si gore que ça, niveau the boys.

Gregdevil
30/03/2022 à 21:29

Une putain de bombe. Gunn est un génie

La purge
30/03/2022 à 20:16

J'ai trouvé le film nul et ennuyeux. Humour potache et gore absolument pas drôle...bref de l'humour à la James Gunn.

andarioch1
20/12/2021 à 13:01

Neji a tout dit.
Mention spéciale a John Cena dont je n'attendait rien et qui se révèle absolument parfait.
Et Stallone dans un rôle à la hauteur de son talent.

Neji
07/09/2021 à 00:05

James gunn viens de réaliser son meilleur film pour ma part .
La mise en scène est top, intelligente, maligne, il arrive même a y introduire du sens, de l'âme, et surtout du style et même du B du z et c'est drôle et construit et pas filmé par un aveugle
Il est toujours aussi fort avec ça BO la direction d'acteur est excellente pour la plupart on sent qu'ils sont pas là pour cachetoner..
Bref c'est Funky , c'est con et c'est bon.

Ash77
05/09/2021 à 12:10

Un excellent film pour ma part, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. C'est fun, gore, les images sont superbes, les persos sont très bien décrits, l'histoire même si elle n'est pas extraordinaire se laisse regarder avec plaisir. Bref je me suis éclaté.

prof west
04/09/2021 à 06:52

Quelle daube histoire inintéressante, perso vraiment pas attachant mise a par king shark qui sauve les meubles, le film se veut fun comme l'original mais il est a des années lumières....
Cela ressemble a rien, c'est pas concret un moment, les plans découpés s'enchaines a la n'importe quoi bref a oublier. 1,5/5* déception prévisible déja a la BA

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