Films

Real Steel : quand Hugh Jackman fait la bagarre avec des gros robots façon Rocky

Par Déborah Lechner
18 avril 2023
MAJ : 20 novembre 2024
Real Steel : photo, Hugh Jackman

En 2011, Hugh Jackman a momentanément lâché les griffes de Wolverine pour faire mumuse avec de gros robots dans le film Real Steel, réalisé par Shawn Levy.

Même s'il est rarement cité en premier quand on parle de films avec de gros robots dedans, Real Steel a malgré tout été un petit succès assez bien accueilli par le public, générant plus de 300 millions de dollars au box-office mondial en 2011 (hors inflation) pour un budget de 80 millions. Si on ajoute à ça Hugh Jackman en tête d'affiche, des androïdes futuristes qui se bastonnent, Shawn Levy derrière la caméra et un Steven Spielberg qui traîne dans les parages, la voie semblait toute tracée pour une suite, bien discutée à un moment, mais partie aux oubliettes depuis plusieurs années. Alors en attendant d'avoir, peut-être un jour, des nouvelles de Real Steel 2, on peut toujours reparler du premier film, qui mérite notre sympathie.

 

photoEn attendant le deuxième round 

 

ACIER TROMPÉ

Pour la faire courte, Real Steel se déroule dans un futur proche où les boxeurs ont été remplacés par des robots afin d'offrir au public des performances surhumaines et des spectacles toujours plus violents. Charlie (Hugh Jackman), un ancien combattant rêvant d'un titre de champion qu'il n'aura plus l'occasion de décrocher, a donc dû descendre du ring, se contentant de combattre avec des robots en ruine qu'il fabrique et rafistole à partir de pièces détachées obtenues plus ou moins légalement.

Jusqu'ici sans attache ni stabilité, sa vie bascule du jour au lendemain lorsqu'il rencontre Max (Dakota Goyo), son fils de 11 ans qu'il a abandonné avant sa naissance et qui vient de perdre sa mère. Cherchant dans un premier temps à refiler la garde exclusive à sa tante très riche, il magouille ensuite avec le mari de cette dernière pour garder son rejeton avec lui tout l'été en échange de beaucoup de gros billets.

 

photo, Hugh JackmanHugh Jackman qui met des grosses patates au vent

 

Sans surprise, Max est fan de boxe robotique (quel gamin ne le serait pas ?), ce qui l'amène à se rapprocher de Charlie qui s'adoucit et passe progressivement d'un rustre étranger à un super papounet. Real Steel a beau être classé PG-13 et non PG, le film reste ainsi destiné à des spectateurs assez jeunes, bien que la production ait dû poncer son matériau d'origine pour avoir une retranscription suffisamment lisse et divertissante pour le grand public.

Avant le long-métrage de 2011, il y a donc eu la nouvelle de 1956 dont il est inspiré, L'indéracinable (ou Steel en VO) de feu Richard Matheson, qui a notamment servi de scénariste pour son adaptation en 1963 dans un épisode de la série La Quatrième Dimension réalisé par Don Weis. L'écrivain et scénariste américain avait plutôt l'habitude de verser dans la science-fiction, le thriller et l'épouvante, plusieurs de ses écrits ayant été adaptées au cinéma comme The Box de Richard Kelly, Je suis une légende de Francis Lawrence (et Sidney Salkow en 1964) ou encore Hypnose de David Koepp, ce qui ne laissait pas présager un rendu aussi léger pour Reel Steel

 

Hugh Jackman, Dakota GoyoJe suis ton père 

 

L'INGRÉDIENT SECRET

Il faut dire qu'avec les noms au générique, il n'y a rien de très étonnant à se retrouver avec un divertissement familial et une intrigue cousue de fil blanc, mais remplie de bons sentiments. En plus de sa distribution par Walt Disney Studios Motion Pictures via sa filiale Touchstone Pictures (malgré tout réservé à un public plus âgé), on retrouve également Robert Zemeckis en tant que producteur exécutif, aux côtés de Steven Spielberg sous la bannière DreamWorks Pictures. L'adaptation fait ainsi partie des 17 projets qu'a conservés le studio après s'être séparé de la Paramount en 2008. 

Même si le produit final est édulcoré par rapport à la nouvelle, la productrice Susan Montford imaginait au départ un propos plus sociétal que sentimental, pour dresser un parallèle avec la situation économique contemporaine, l'obsolescence de certains métiers remplacés par la technologie ainsi que l'obligation de s'adapter et d'acquérir de nouvelles compétences.

  

photoC'est ce qu'on appelle péter un boulon

 

Le scénario du film, d'abord acheté à Dan Gilroy et Jeremy Leven entre 2003 et 2005, a ensuite glissé vers un des motifs phares du cinéma de Spielberg. L'auteur John Gatins a expliqué après coup que le réalisateur d'A.I. : Intelligence Artificielle a ajouté "l'effet Amblin" à la production, recentrant le récit sur une relation conflictuelle entre un homme qui apprend à être père et un fils dont la mère vient de mourir (ce qu'on retrouve dans les grandes lignes la même année avec Super 8, qu'il a aussi produit). 

Le film a donc principalement récupéré le concept des RoBoxeurs, mais en s'appliquant à en faire des grosses carcasses de ferraille et non, comme dans le texte d'origine, un assemblage de peau et d'hémoglobine très semblable à l'Homme, histoire d'éviter les effusions de sang à l'écran. La dimension plus philosophique sur le rapport de l'homme à la machine, le contexte géopolitique et l'accent dystopique de l'oeuvre ont quant à eux été éclipsés pour rester dans un cadre plus consensuel, qui colle davantage à la filmographie de Shawn Levy, le réalisateur des comédies tout public Méchant menteurTreize à la douzaineLa Panthère rose ou encore La Nuit au musée et La Nuit au musée 2

 

Photo Real SteelRapiècement

 

LA MÉCANIQUE DU COEUR

Si l'influence de Steven Spielberg saute aux yeux, Real Steel se permet également de piocher dans certaines autres oeuvres cultes pour s'attirer les faveurs des parents et autres adultes. Sans mauvais jeu de mots, les références les plus frappantes concernent la saga Rocky, avec des lignes de dialogue comme gros clin d'oeil à Rocky IV et son personnage culte d'Ivan Drago.

Sans oublier le combat final entre Atom et le tenant du titre, Zeus qui est un parfait décalque de celui du premier volet entre Rocky Balboa, l'outsider qui encaisse contre toute attente, et Apollo Creed, le champion désarçonné par la ténacité de son adversaire qui refuse d'être mis K.O. Un hommage un peu trop assumé qui perd donc en intensité, mais peut être une bonne initiation à Sylvester Stallone et son Étalon italien pour les jeunes spectateurs qui n'y auraient pas encore succombé.

 

photo, Hugh Jackman"L'oeil du tigre, mec "

 

Même si le film entretient également quelques similitudes avec le manga Gunnm dont est tiré Alita : Battle Angel, ainsi que Le géant de fer réalisé par Brad Bird, et qu'il flirte sur l'engouement autour de la saga Transformers (avec Transformers 3 : La Face cachée de la Lune sorti quelques mois plus tôt), il évite un certain écueil en n'humanisant ou n'intellectualisant pas ses robots, qui restent des coquilles vides et des éléments secondaires contrairement aux Autobots et aux Decepticons.

Le film peut donc se concentrer sur la relation entre Charlie et Max, privilégiant ainsi l'humain à l'outil marketing, ce qui lui permet de se trouver une identité et l'empêche de devenir une énième pub de jouets déguisée en long-métrage. En installant son action dans un cadre futuriste, mais principalement rural et très semblable à notre réalité, le film se permet de mettre encore plus de distance avec la dimension SF de son intrigue, qui ne se manifeste qu'à travers les androïdes et quelques gadgets ou véhicules qui dénotent du paysage. 

Malgré une légère ambiguïté suggérée dans de courtes scènes, le film n'a donc pas à donner une quelconque profondeur à ses robots, qui ne sont que des (gros) accessoires du récit servant de conducteur au drame familial bien plus appuyé. En revanche, le même constat peut s'appliquer à l'ensemble des personnages secondaires de l'histoire, de la touche féminine obligatoire avec Bailey (Evangeline Lilly), le comique Finn (Anthony Mackie) ou les méchants de service joués par Olga Fonda et Kevin Durand.

 

photo, Hugh Jackman, Evangeline LillyOn compte trois accessoires sur cette photo

 

LA VIELLE-ÉCOLE

Bien qu'ils ne soient que des pantins articulés, le film parvient malgré tout à traiter ses robots comme des protagonistes à part entière, les caractérisant non pas avec une personnalité et un background, mais une apparence singulière et des attaques spécifiques, malgré le peu d'exposition pour certains d'entre eux. Le fait de calquer les mouvements d'Atom sur ceux de Charlie et Max pour lui donner une gestuelle humaine et le rendre un minimum attractif auprès des enfants est une astuce habile, encore plus quand on sait que la performance capture mise au point dans Avatar a été utilisée pour les animer (ce que Steven Spielberg utilisera par la suite dans Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne).

Toujours sur les conseils avisés de tonton Spielberg, Shawn Levy a également évité un autre piège, celui du tout numérique. En prenant l'exemple de Jurassic Park (et probablement des Dents de la mer), le producteur a mis en garde le réalisateur contre le risque de faire tourner des acteurs sur des fonds verts, qui doivent imaginer ce avec quoi ils communiquent et peuvent donc perdre en authenticité.

 

photo, Hugh JackmanTout est bien qui finit bien

 

En plus d'une partie générée sur ordinateur par Digital Domain (firme cofondée par James Cameron et Stan Winston), l'artiste Jason Matthews et ses équipes de Legacy Effects (l'héritier de Stan Winston Studio) ont construit 26 animatroniques, comprenant tous des commandes hydrauliques au niveau du cou, tandis qu'Atom avait  des mains radiocommandées. Étonnamment, le budget n'a pas tellement flambé avec "seulement" 80 millions de dollars de frais hors marketing et en prime une nomination pour l'Oscar des meilleurs effets visuels qu'il a cependant perdu face à Hugo Cabret.

Ce soin apporté aux effets spéciaux qui ne vieillissent pratiquement pas permet aux scènes d'action de gagner en crédibilité, offrant un spectacle impactant et réjouissant avec une bande-son composée de morceaux de Timbaland, Eminem, 50 Cent et d'une musique plutôt emballante de Danny Elfman. Le film a aussi permis à Hugh Jackman d'aborder un registre relativement nouveau, tout en restant dans un rôle physique qui lui correspond parfaitement après la saga X-Men, les thrillers Opération Espadon ou Manipulation, le film fantastique Van Helsing, le film de science-fiction The Fountain,  le drame Australia ou encore les comédies romantiques Attraction animaleScoop et Kate & Leopold

Au final, Real Steal aurait pu être un film de science-fiction sombre et sérieux, mais a choisi de devenir un blockbuster pop-corn très bien emballé, qui n'a pas eu le succès escompté sur le long-terme, mais a le mérite d'avoir trouvé son identité tout en gardant une formule spielbergienne déjà bien poncée.

La suite est réservée à nos abonnés. Déjà abonné ?

Lisez la suite pour 1€ et soutenez Ecran Large

(1€ pendant 1 mois, puis à partir de 3,75€/mois)

Abonnement Ecran Large
Rédacteurs :
Tout savoir sur Real Steel
Vous aimerez aussi
Commentaires
9 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Taovos

J’adore ce film, un vrai coup de cœur que j’aime revoir à l’occasion, en tant que geek fan en plus de mecha difficile de ne pas l’adorer d’ailleurs ce film a tout ce qu’il faut pour me séduire.

Assez ironique que l’autre film de robot avec Chappie Hugh Jackman joue le rôle du méchant, mais film de toute évidence moins familiale vu la boucherie dans le combat final. Une boucherie que je ne m’expliquerai jamais, car cette scène là j’aurai pensé à un film familial aussi pour Chappie.

Flo

Très galvanisant que ce film. Oui le final est un gros décalque de « Rocky » 1 (et 3, et « Over the top ») mais c’est justement ça qui est génial.
Et n’oublions pas de préciser l’intro du film, qui nous révèle qu’il s’agit bien avant tout d’une histoire de lutte de classe « à l’américaine », dans le pays profond. Les foires, les bouseux, les promoteurs véreux, les losers qui s’accroche à leur rêve pour survivre, quoi de plus réel et attachant à voir ?
Le fait qu’un tel film, réalisé par Shawn Levy en plus, prenne 2 heures de temps pour raconter dans un contexte SF une bonne petite histoire père-fils-qui-s’entendent-pas (alors que souvent ça nous prendrait 1 h 30) était alors peu commun à Hollywood. Précieux donc.
À la Amblin et produit qui plus est par Spielberg Et Robert Zemekis, alors que 2011 voyait le retour de tous ces films à la 80’s y compris les films de ring tels que « Fighter » ou « Warrior ».
Tout y est comme un mash up ultime des 2 genres, film initiatique pour enfants et film de sport. A la fin tout le monde se retrouve du coté du challenger et crie son nom.

Standing ovation méritée alors !

Hocine

@Loh
Real Steel me fait penser à un autre film avec Stallone: Over the Top, en raison de la relation père-fils et du tournoi final

Hasgarn

Revu plusieurs fois car il s’agit d’un film très attachant.
Et un très bon rôle pour Hugh, d’ailleurs

Pseudo1

Idem, très bonne surprise ce film. On sentait bien la patte familiale de Spielberg (même à la réa, à se demander si Levy n’a pas laissé la main par moments). Les effets sont fichtrement bien intégrés, même encore aujourd’hui, et le combat final vraiment excellent.

Je le revois de temps en temps, le plaisir reste intact.

Fab

Mérite définitivement un deuxième visionnage.

blame

idem vu au ciné. J’ai passé un très bon moment. l’univers est très sympa de quoi lancer une franchise.

Loh

Un vrai bon film familial , qui marche sur la trace de Rocky
Très curieux qu’une suite n’ait jamais vu le jour étant donné le potentiel et les possibilités

Flash

Vu au cinéma lors de sa sortie, un bon film familial.
Je le reverrai avec plaisir.