Arachnophobie est le premier film de Frank Marshall en tant que réalisateur. Un long-métrage à la frontière de l'horreur et de la comédie qui n’était pas si mal.
Aussi étrange que cela puisse paraître, Arachnophobie est une petite terreur des années 90 façonnée sous l’égide Disney. Comme quoi, la maison aux grandes oreilles est partout, même là où vous ne l’attendez pas. Le film sera surtout le premier test grandeur nature pour Frank Marshall, plutôt habitué à la casquette de producteur que celle de réalisateur. Pour comprendre comment et pourquoi ils en sont arrivés là, il faut remonter vers la fin des années 80.
À cette époque, le PDG et président de Disney, Michael Eisner, avait décidé, pour tenter d’apaiser les tensions croissantes au sein de la maison, de créer deux divisions internes. Touchstone, qui avait été créée peu de temps avant que Eisner ne rejoigne le siège de Disney (à qui l’on doit notamment Pretty Woman ou Trois Hommes et un bébé), allait maintenant être rejointe par Hollywood Pictures, une division dont le logo était, pour une raison quelconque, un sphinx et non quelque chose de lointainement hollywoodien. C'est sous cette dernière bannière que le film va se créer.
Arachnophobie sera donc le premier long-métrage à sortir sous Hollywood Pictures, réalisé par Frank Marshall, coproduit par Amblin Entertainment de Steven Spielberg. Un film d’horreur longtemps resté dans les limbes de l’oubli, mais qui 30 ans après sa sortie est considéré à présent comme un petit classique du « cinéma de créatures ».
Quand tu rencontres l'amour de ta vie
PETITE ARAIGNÉE VOYAGEANT LOIN
Arachnophobie s’ouvre sur une expédition dans la jungle profonde vénézuélienne. L’entomologiste James Atherton, joué par Julian Sands, parcourt le bois profond du Venezuela à pied pour observer une colonie de papillons. Son but : recenser ces nouvelles espèces tropicales et les rapporter en Amérique pour mieux les étudier.
Accompagnés de son photographe potache et maladroit, Jerry Manley (Roy Brocksmith), qui nous fait d’entrée bien rire, et les scientifiques vont alors tomber sur une toute nouvelle espèce d’araignée. Étrange et étonnante, cette nouvelle espèce semble dix fois plus grosse que la normale. Pour les arachnophobes commence alors le début du cauchemar. Les poils commencent à se hisser le long de notre nuque.
Évidemment, vous voyez la chose venir. Une de ces terrifiantes petites bêtes va se faufiler ingénieusement dans le camp des scientifiques et mordre l’un de ses occupants, ce pauvre bougre de photographe ! Malheureusement pour lui, ce dernier ne va pas devenir Spider-Man ou Man-Spider.
"T'as oublié le petit coin en bas à droite là"
Une fois la découverte du macchabée faite, Julian Sands décide de plier bagage et de ramener leur défunt compagnon avec eux. Les planches de bois se referment sur lui, on pense l’histoire finie, sauf qu’une petite araignée va décider de faire le long voyage jusqu’au pays de l'Oncle Sam. Plus de 1 000 bornes plus loin, cette dernière va atterrir dans la cosy et charmante petite ville de Californie, Canaima. Elle va s’accoupler avec une araignée locale et va y installer un chaud et confortable nid douillet, rempli de plein de petites araignées qui ne tarderont pas à s’immiscer à l’intérieur de tous les foyers américains de la ville.
Dès son introduction, Arachnophobie donne le ton : le long-métrage de Frank Marshall suscitera son lot de rires nerveux et tapageurs. Comme le disait Frank Marshall à l’approche de la sortie de son long-métrage : "il a été réalisé avec plus d'attention pour taquiner, remettre en question et tourmenter joyeusement les spectateurs que pour les envoyer vers les portes de sortie".
L'HÉRITAGE DE SPIELBERG ET HITCHCOCK
C’est donc à Frank Marshall qu’incombe la responsabilité de réaliser ce "film d’horreur façon Disney". Au poste de producteur sur un grand nombre de classiques du cinéma, dont la liste est un peu trop longue pour être présentée ici, on pense notamment à : Poltergeist, Retour vers le futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? ou encore Sixième Sens, Frank Marshall va donc troquer sa veste de producteur pour faire ses armes sur son tout premier film en 1990.
Rien que pour ces beaux petits joyaux, il est assuré que Frank Marshall sait ce qu’il faut faire pour porter un bon film sur grand écran. Arachnophobie résulte donc d’une très bonne exécution technique, mêlée à de malins coups d’œil à d'autres réalisateurs et à leurs oeuvres.
"Non, mais arrête, elle est toute petite l'araignée. Oui. Oui."
À l’époque, Frank Marshall avait déclaré qu'il voulait que le film soit comme Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock, et que "les gens aiment avoir peur, mais rire, comme sur des montagnes russes". Il a donc fait preuve de fair-play, car c'est exactement ce que fait et propose Arachnophobie. Il suffit de remplacer les oiseaux par des araignées, et vous y êtes presque. Réalisé dans un style audacieux et enjoué, le long-métrage va également énormément s'inspirer de la façon dont Hitchcock accentue les peurs privées d'un personnage central, par ailleurs ordinaire.
En l'occurrence, ici il s’agit d’un médecin de campagne craignant les araignées du nom de Ross Jennings (Jeff Daniels). D’une toute petite araignée de campagne minuscule, à une toile d’araignée géante, à la confrontation de son premier cadavre causé par une piqûre d’araignée, Frank Marshall joue habilement avec les codes de l’horreur. La tension monte crescendo et les apparitions du "monstre" se font au début très rare, par des plans de caméras subjectifs un peu à la manière de Ridley Scott dans Alien, le huitième passager. On la devine grâce à des ombres, des formes sous les plis des draps, des vêtements, pour finalement la découvrir en plein jour vers la fin du dernier acte, lors de la confrontation ultime.
Une araignée ou un facehugger ?
D’un autre côté, ce n’est pas le seul réalisateur auquel Frank Marshall va piquer quelques bonnes idées pour son film. L’autre influence majeure n’est autre que Steven Spielberg et notamment Les Dents de la mer. Les quelques plans caméras où l’on voit à travers les yeux de l’araignée ne sont pas s’en rappeler les plans iconiques inventés par Spielberg pour son film de requin. La façon de Marshall d’annoncer avec lenteur (et un brin de terreur) la venue de son araignée emprunte également énormément à la façon du réalisateur des Dents de la mer. Malin et efficace.
Alors certes, Marshall n'est ni Spielberg ni Hitchcock ou Ridley Scott, mais il est assez bon élève pour avoir su tirer parti de leurs conseils et ainsi donner à son film plus de saveur. Arachnophobie ne faiblit presque jamais, sauf lorsqu'elle devient trop large, comme dans un clin d'œil un peu ridicule à Psychose qui ne reflète pas l'élégance formelle d'Hitchcock, et dans divers personnages mineurs qui servent de grotesques comiques à l'instar du croque-mort de la ville. Au bout du compte, si à la fin du film Frank Marshall s'est montré plus cavalier sur des points délicats que ses modèles d'inspiration, son public sera probablement beaucoup trop secoué par les derniers évènements pour s'en soucier.
La tête pas sereine de l'arachnophobe qui sommeille en toi
À MI-CHEMIN ENTRE L'HORREUR ET LA COMÉDIE
Comme nous vous l’expliquions un peu plus haut, Arachnophobie n’est pas réellement un film d’horreur à proprement parler. C'est un film un peu étrange qui se situe à la frontière entre l'horreur et la comédie. La plupart des scènes issues du long-métrage sont plus loufoques que macabres, elle nous faut tressauter, mais en même temps rigoler.
Frank Marshall préfère plutôt laisser son public imaginer le pire, se contentant de laisser une araignée mortelle se glisser dans le bol de pop-corn ou le casque de football d'un beau et fringuant jeune homme. Cette touche relativement légère "sauve" le film du royaume de l'horreur pure, et le place plus au centre de la catégorie des films humoristiques et effrayants que le public aime détester.
Mais pourquoi vouloir faire un film entre l’horreur et la comédie ? Comme dit plus haut, Arachnophobie est le premier film de la division Hollywood Pictures de Disney, et vous allez voir que ça va tout changer.
"Mais elle ne va pas te manger ! Oui. Oui."
À l'époque, Disney ne savait pas quoi en faire. Contrairement à d'autres studios comme Universal, la maison aux grandes oreilles n'avait aucune expérience réelle de la réalisation ou de la commercialisation de films d'horreur. Et même l'implication de Spielberg semblait être un lien ténu à établir, surtout lorsque leur relation avec le réalisateur s'est détériorée à la suite d'un désaccord sur le placement d'un nouveau court métrage de Roger Rabbit cet été-là.
Au lieu d'essayer d'expliquer sérieusement ce qu'était Arachnophobie, qui a un air de montagnes russes et de "Steven Spielberg présente", Disney a choisi d'inventer une nouvelle expression qu'ils n'ont plus jamais utilisée après ça. Pour Mickey & Cie, Arachnophobie était la toute première "thrillomedy". Et ça, c'est un mot qui ne s'invente pas !
Le visage de cette "thrillomedy"
Ce terme (loufoque) est en fait apparu dans des documents de marketing avant la sortie du film et est même prononcé à haute voix dans la bande-annonce du film. Il était destiné à représenter le mélange de sensations fortes et de comédie que les spectateurs vivraient certainement en regardant Arachnophobie. Mais en réalité, ce terme a surtout était utilisé afin d’assurer aux familles que oui, le film est PG 13, il est effrayant, mais "Hé c’est Disney vous allez rire."
Arachnophobie fera probablement pour les arachnophobes ce que Les Dents de la mer a fait pour les squalophobes - oui, la peur des requins - ou du moins, elle a donné de nouveaux frissons à la comptine "Along Came a Spider". Bien que les rires soient équilibrés par des frissons, le film ne se prend que très rarement au sérieux, surtout lorsque John Goodman (qui joue un exterminateur déjanté) débarque dans une tenue des plus ridicules et marrantes, d’une manière totalement rocambolesque.
Et avec l'eau vous avez deviné où elle va tomber...
UN FILM D'ARAIGNÉE QUI MARCHE ENFIN
Au fil du temps, Arachnophobie est devenu un classique des films de créatures, apparu dans une période du cinéma que l’on n'associe pas étroitement aux films de monstres à succès. Ce qui le rend si puissant, c'est tout simplement parce que ça a l'air vrai. Pas d'araignées démesurées, pas de venin qui transforme la population en cannibales ou en zombies, pas de chute de météorites improbables qui auraient modifié le gène d'une espèce arachnéenne. Non : sa force, c'est la multiplicité de ces petites araignées capables de se faufiler absolument partout.
Elles sont toujours en train de traîner quelque part. Elles sont coriaces et diablement intelligentes ! Quand maman disait "la petite bête ne va pas manger la grosse" et bien là, force est de constater que c'est absolument faux. Il est incroyable de voir ces araignées, qui sont pour le moins une nuisance effrayante, se transformer en quelque chose de profondément menaçant. Quand on sait que l'arachnophobie est l’une des phobies les plus courantes du quotidien (1 personne sur 4 serait touchée), le résultat d'Arachnophobie est purement et diablement efficace.
D’ailleurs, pour la petite anecdote si vous voulez savoir pourquoi tout ceci a l'air si réel, c'est parce que 374 araignées réelles ont été utilisées pour le film. Elles ont été choisies parce qu'elles sont essentiellement inoffensives pour l'homme et en raison de leur grande taille. Merci Frank Marshall.
Les arachnophobes proches de l'AVC
Si Arachnophobie marche aussi bien, c'est également grâce à un casting de choix qui amène suffisamment d'esprit et de caractère dans ce film pour que tout reste très humain. Le médecin de la ville, Ross Jenning (Jeff Daniels), par exemple, lorsqu'il entre pour la première fois dans la ville, est quelque peu mis à l'écart, de nombreux habitants de la ville prêtant encore allégeance au médecin malade (Henry Jones) qui avait accepté de prendre sa retraite. Lorsque les décès commencent à se produire (y compris celui du médecin âgé), la suspicion s'abat sur Daniels. Ce genre d'intrigue dans une petite ville ajoute de la couleur et des couches à ce qui aurait pu être assez simple autrement.
Marshall a fait des choix vraiment géniaux en ce qui concerne les seconds rôles qui peuplent le film. En particulier, Julian Sands, dans le rôle de l'expert en araignées, qui se permet de s'adonner à de grands moments et qui dégage un air de sophistication exotique. Il est le seul à pouvoir sauver la petite ville, ou du moins à pouvoir lui transmettre certaines connaissances. Brian McNamara dégage un enthousiasme de jeune diplômé rafraîchissant en tant que second de Sands.
John Goodman, lui, tout à fait à l'opposé, ajoute une bonne partie de la "comédie" à la "frénésie", en tant qu'exterminateur local. Sa performance est une pièce de personnage complète : il porte des verres de bouteilles de Coca et parle d'une façon guindée et marbrée. On sent qu'il s'éloigne du personnage que tant de gens ont connu à la télévision, mais qu'il est toujours prêt à embrasser cette mentalité d'homme à tout faire. Son personnage est peut-être un imbécile, mais il sait ce qu'il fait et devient un allié clé pour vaincre l'ennemi à huit pattes.
Au final, Arachnophobie est sorti un 20 juillet 1990 sur les écrans de cinéma en Amérique. Loin d'avoir le succès escompté par les studios, le film ne parvient qu'à gratter 8 millions de dollars au box-office domestique lors de sa première semaine de diffusion. Ce qui était tout relativement pas mal pour une "thrillomedy". Le film s'était d'ailleurs positionné à la troisième place du box-office lors de son premier week-end en salles, affrontant Die Hard 2 et Ghost. À la fin de son exploitation, Arachnophobie récolte 53,2 millions de dollars au box-office américain.
En France, Arachnophobie ne parvient pas à charmer et n'est aujourd'hui connu qu'une petite tranche de cinéphiles. 30 ans après sa sortie, le film arachnéen de Frank Marshall pourrait-il revenir sous un remake ? C'était en tout cas l'idée évoquait par James Wan en 2018... Depuis plus rien. Mais qui sait ? Un jour, peut-être.
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Je dis ça je dis rien mais l’image du vieux entoilé, ce n’est pas Arachnophobie mais l’horrible invasion….
C’est avec ce film que j’ai découvert que le Château Margaux n’était pas un monument.
Et que, au prix de la bouteille, c’était cher de buter une araignée.
Film vraiment très sympa, si on peut dire ça qui effectivement m’avait donné envie de me gratter un peu partout en le regadrant. Pas le genre de film pour essayer d’emballer sa copine en salle.
Je me rappelle l’avoir raté je ne sais combien de fois sur M6 !!
Faudra vraiment que je corrige ça.
Vu au cinema au moment de sa sortie. Toutes les filles hurlaient et sursautaient dans la salle, ça faisait partie du délire, outre celui de passer un excellent moment devant ce métrage.
Découvert ce film à l’époque sur Canal plus, et bon sang il m’avait beaucoup marqué à l’époque
Et les popcorn des vieux. Bon sang cette scène. Je me rappelle petit aussi, quand ma famille part à San Francisco, j’ai cru à la fin que c’était une invasion d’araignées géantes, en lieu et place du simple tremblement de terre..
@jorgio
Exactement pareil !
La cuvette des WC, la douche quand je ferme les yeux, mon bol de céréale…. j’y pense à chaque fois !
Et de plus….. je viens de commencer du football américain hahahah, je vais essayer de ne pas trop laisser trainer mon casque par terre xD
Vu ce film quand j’avais 6 ans.
Quel con !
Maintenant, chaque fois que je vais aux toilettes, j’analyse la cuvette de WC.
Elle était terrifiante cette araignée.
Excellente série B.