Films

Highlander : un classique immortel qui n’a pas perdu de son tranchant

Par La Rédaction
28 mars 2023
MAJ : 21 mai 2024

Highlander fut inoubliable, la révélation de Christophe Lambert et simultanément l’apogée de sa carrière. Retour sur une œuvre plus riche qu’il n’y paraît.

Highlander : Affiche US

Pour beaucoup, Highlander avec Christophe Lambert fut un des films emblématiques des années 90 naissantes, la révélation de Christophe Lambert et simultanément l’apogée de sa carrière. Retour sur une œuvre plus riche qu’il n’y paraît. 

Entaché par une flopée de suites toutes plus dispensables les unes que les autres, Highlander a vu son image transformée par la série dérivée de son intrigue originelle, qui laissa le souvenir d’un divertissement aussi kitsch et couillon que foncièrement sympathique. De même, l’aura culte qui entoura progressivement la première épopée tranchante du plus frenchy des immortels écossais a eu l’effet d’en lisser un peu le parcours, bien moins balisé qu’on pourrait le croire. 

 

Photo Christophe LambertUn Christophe Lambert bien aiguisé

 

LAMBERT ET MULCAHY DANS UN BATEAU 

Gregory Widen est étudiant en cinéma à UCLA, et il est bien décidé à impressionner ses professeurs de cinéma avec son premier scénario. L’idée de Highlander lui est venue lors d’un voyage en Écosse, où, fasciné par une armure, il imagina l’existence tumultueuse du porteur de cette dernière, s’il lui était donné de traverser les époques jusqu’à la nôtre. Dès son premier jet, dense, sombre et sous influence directe des Duellistes de Ridley Scott, il séduit deux producteurs, William Panzer et Peter S. Davis. Convaincus de tenir là un matériau solide, ils lui en donneront 200 000 dollars. 

Pour mettre en scène et incarner le projet, le duo va choisir deux artistes également prometteurs. Russell Mulcahy est un clippeur à succès, dont le furibard Razorback lui a valu d’apparaître instantanément comme un espoir enragé du cinéma australien. Son premier long, au cours duquel la traque d’un sanglier sauvage assoiffé de sang va se transformer en survival survitaminé, est autant un trip formaliste sophistiqué qu’un hommage à la Ozploitation (ces productions fauchées, méchantes et violentes se déroulant dans l'Outback Australien), plus bourrin des sous-genres de série B. 

Comme technicien, Mulcahy n’a pas grand-chose à prouver, et l’aisance avec laquelle il s’est dépatouillé du modeste budget de son premier film le qualifie pour sortir vivant du tournage guérilla de Highlander. Avec 19 millions en poche pour emballer un récit qui traverse les époques, les continents, enchaîne moult costumes, décors, batailles et joutes, difficile de ne pas aboutir à un résultat aussi moche qu’indigent. Comme on le verra ci-après, Mulcahy va faire preuve d’un sens de l’efficacité hors du commun. Et pour y parvenir, il dispose d’un homme dont on pense alors qu’il pourrait bien devenir un effet spécial à lui tout seul. 

 

Photo Christophe LambertUn premier duel épique et glauque

 

Il s’agit de Christophe Lambert, révélé au grand public par Greystoke, la légende de Tarzan puis l’improbable Subway de Luc Besson. On aurait tort de le qualifier déjà de star, mais son charisme un peu gourd, sa ganache de cocker sous lexomil régulièrement illuminée d’invraisemblables éclats de rire ont déjà fait de lui un petit phénomène. Avec Highlander, il va parfaire cette démarche magnétique, traversant les siècles avec un mélange de panache et de tristesse qui va marquer le public. 

Et pourtant, avec seulement 12 millions de dollars de recettes sur le sol américain en 1991, Highlander est un flop. Flop qui va connaître une seconde vie grâce à la vidéo, laquelle lui apportera succès et ferveur. Mais pourquoi le public qui l’avait initialement boudé se plonge-t-il dans le film au point de mettre en branle une suite inattendue ? Justement parce que Highlander est au moins autant un commentaire de son époque qu’un produit de pure consommation. 

 

Photo Christophe Lambert"C'est ki-kilt ? C'est Christophe !"

 

A MAD MAD WORLD 

Les années 80 viennent de s’achever, et si l’économie occidentale commence à calancher, l’orgie stylistique, l’amour du clinquant et la transcendance par la vulgarité enivrent encore le divertissement de masse, comme se plaira à le sublimer un certain Paul Verhoeven tout le long de sa carrière. Et si la vision d’un Mulcahy est nettement moins critique, ou plutôt ne se conçoit pas comme un commentaire acerbe, elle partage avec le Hollandais violent une certaine conscience de la stérile démesure de son temps. 

Ce constat est évident dès les premières minutes, alors que notre héros assiste à un match de catch, juste avant de mener un premier duel contre un de ses frères immortels. Tout est là. De la grandiloquence de la photographie, à l’emphase sur ce spectacle montré comme grotesque, jusqu’à son pendant, plus solennel, mais étonnamment glauque, on saisit dès cette ouverture combien le film entend développer une vision toute personnelle du monde dans lequel l’essentiel de son action se déroule. 

Et si le cinéaste réserve ses cadres les plus déments au présent, réservant toujours aux ruelles américaines ses compositions les plus étranges, comme si la modernité était traversée par une apocalypse transformant tout à bas bruit, on est impressionné par sa capacité à transcender les nombreux flashbacks qui ornent le récit. S’il n’a pas le budget pour se payer une reconstitution délirante ni multiplier les figurants, le réalisateur sait néanmoins comment décupler l’impact des scènes en question. 

 

Photo Sean Connery, Christophe LambertRamirez l'écossais chatouille Duncan le français

 

Il s’amuse ainsi à superposer au sein d’un même plan plusieurs strates de couleurs, à multiplier les jeux de focales, ou les effets de surimpression, comme s’il s’évertuait à mélanger comics et cartoon, en dépit d’un ton résolument sombre, pour ne pas dire ténébreux. Le monde de Highlander apparaît sans cesse excessif, amphigourique, sur le point d’exploser, tantôt sous le coup d’une pulsion de violence, tantôt sous l’élan d’un appétit vital insatiable. 

Et ce qui achève de donner de la cohérence à cette mosaïque proche du chaos, toujours sur le point de passer en surrégime, c’est évidemment la partition de Queen. Initialement en service commandé pour un unique morceau, c’est leur lecture du scénario et le visionnage des rushs qui convaincra le groupe d’accompagner plus avant le film. Mieux que de géniaux illustrateurs, les musiciens offrent au récit la surcouche de cohérence qui lui manquait, tandis que le vibrato légendaire de Freddy Mercury permet de décoder ce qui achève de faire le charme de l’ensemble : sa matière humaine. 

 

Photo Christophe Lambert, Sean ConneryQuand James Bond taille la bavette avec Tarzan

 

HUMAIN TROP HUMAIN 

Parfois grandiloquent, volontiers démonstratif et bourré d’effets tape-à-l’oeil, on pourrait redouter que le métrage ne fasse de ses immortels des surhommes s’affrontant avec un sérieux papal, mais non, Russell Mulcahy, bien aidé par l’aura étrange de Lambert, se propose d’en faire des instantanés de l’humanité occidentale de la fin du XXe siècle. Jouisseurs fatigués, incapables de trouver quelle est leur place dans le monde, ils sont une somme de névroses et de désenchantements, bien plus que les porte-étendards de quelques valeurs que ce soit. 

Les flashbacks où ce pauvre Duncan se fait successivement bannir, battre, découper, exécuter, menacer, flinguer en témoignent. La singularité des personnages est une malédiction, et que leurs destins soient voués à une résolution qui se tient à l’orée des années 90 n’est pas innocent. Accablés par des siècles de solitude, ils ont épousé sans y croire un mythe qui veut que leurs semblables s’entretuent pour une hypothétique victoire symbolique. 

 

Photo Christophe Lambert, Clancy BrownQuand la rave party termine un peu tard

 

But absurde, cheminement quasi-cannibale, les immortels ne sont pas au-dessus de nous, mais incarnent nos parfaits miroirs. Des fausses légèretés de Sean Connery au spleen de Lambert, en passant par le goût pour la consommation sanguine de l’antagoniste incroyablement incarné par Clancy Brown, tous ont des airs de yuppies que les excès des eighties auraient achevé de rincer. 

Bien plus inquiet qu’il ne le laisse penser, le film a cela de profondément humain que la quête mortifère de ses protagonistes les autorise ici et là à la légèreté, tandis qu’il se garde de trop glorifier leurs réussites. Dans Highlander, on tue ses amis, on perd ses amours et on doit s’accommoder d’un monde bruyant et enragé, qui n’a à offrir que la solitude. Et pourtant, toujours cette pulsion de vie, que porte la musique, et renvoie la photographie, empêche le récit de tout à fait basculer dans les ténèbres. 

Souvent moqué pour ses oripeaux esthétiques jugés encombrants, trop vite relégué au rang de film d’action inclassable et kitschouille, Highlander demeure une curieuse déclaration de style, à l’électricité jamais dupliquée, et à la recette beaucoup moins courante qu’il n’y paraît.

La suite est réservée à nos abonnés. Déjà abonné ?

Lisez la suite pour 1€ et soutenez Ecran Large

(1€ pendant 1 mois, puis à partir de 3,75€/mois)

Abonnement Ecran Large
Rédacteurs :
Tout savoir sur Highlander
Vous aimerez aussi
Commentaires
42 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
PatrickJammet

« Be (rip) only one »… James, ci’vil ! – Oléron Île, Saint-Georges… « Shutter Is’land » ! – Aliénor d’Aquitaine Duchesse du XIIème siècle… Un fort, un pont… Charly !? – En gros… Alors: « Éternal, Mac ! Fly; le Dragon/Drosophilien, Duc Vin’cent, périodique, mousquet, petite mouche…Billy et/ou James XVI ! Terribillis ! PS: « Bien vu, la rédac' ». N.B: Si j’ai traité mon modèle Tom Cruise de hum hum, en 1993 à la vue de Le’stat, dois-je faire de même avec Johnny Depp ?! 🙂

samaru

Grosse coquille dans l’article : vous parlez d’une sortie en 1991.
C’est la date de sortie de Highlander 2…
Highlander est sorti en 1986

sylvinception

C’est tout le contraire en fait, le film vieillit très, très mal.

Francken

Je suis retombé dessus récemment.
Si on retire la grandiloquence de Queen et quelques idées visuelles, ce film est irregardable et souvent carrément ridicule.
Le type même de film dont il faut absolument faire un remake.

Manu21

Ado, j’adorais ce film et il reste toujours culte pour moi mais faut avouer que le film a quand même pas super bien vieillit.

queen of the nanard

Visuellement indéfendable ce metrage est impossible à regarder tant il a très très mal vieillit.
Les scènes de combats font pitié.

Nyl

Auditif*

Nyl

J’ai eu la curiosité de le regarder hier ( connaissant la série, mais n’ayant pas vu le film).
Alors ,autant j’ai bien aimé l’histoire et les scènes de combat. Autant, ces flash-back toutes les trois minutes, ça devient gonflant au bout d’un moment.
Par contre, la BO de Queen…Un délice auditive !

Lord Sinclair

37 ans plus tard, le film peut paraître à certain ringard, nanardesque ou kitch.
Juste qu’à l’époque c’était une énorme gifle. Narrative, visuelle, sonore…
Le boom du video clip et de son esthétique pop déboulait dans les films et les séries (Miami Vice, la série, Manhunter de Mann). C’était un vent de nouveauté qui soufflait sur les films de genre. Et on en parle toujours en 2023.
Parlera t-on du MCU ou autre production Netflix en 2060 comme étant un des œuvres charnières dans la narration ou l’esthétique au cinéma ? J’ai ma petite idée là dessus…
Reprenez la liste des films « pop culture » sortis entre en gros 1984 et 1990. Tous sont encore d’actualité, sous forme de séries, de rebot, d »hommage ou de tristes copies.
Si la nostalgie d’une époque bénie pour la génération qui tire les ficelles aujourd’hui n’est pas à mettre de coté dans le fait que les films de cette époques restent si importants aujourd’hui, on ne peut pas nier le foisonnement créatif (bien que commercial) de cette période.

Bilbo

La série est bien meilleure que tous les films