Le Monde perdu : Jurassic Park - le pire et le meilleur de Spielberg réunis dans un film cruel

Simon Riaux | 7 juillet 2020 - MAJ : 07/07/2020 18:23
Simon Riaux | 7 juillet 2020 - MAJ : 07/07/2020 18:23

Deuxième volet de la saga Jurassic Park, Le Monde perdu en constitue l’un des segments les plus surprenants et peut-être un jalon très significatif dans la carrière de Steven SpielbergLe Monde Perdu sera diffusé ce soir sur TF1 à 21h05.

Le réalisateur n’ayant jamais couru après les suites, exception faite de la saga Indiana Jones. Son choix de diriger le deuxième chapitre de la licence Jurassic fait figure de quasi-exception au sein de sa carrière. Film souvent défendu et fréquemment critiqué, Le Monde Perdu alterne éclats et échecs, parfois au sein d’une même séquence. Essayons de comprendre pourquoi. 

 

PhotoScénaristes tentant de fuir

 

RAGE PRÉHISTORIQUE 

Jurassic Park ne manquait ni de suspense ni de frissons, mais ne quittait jamais tout à fait les rails du grand divertissement familial. C’était d’ailleurs la principale différence entre le long-métrage et le roman de Michael Crichton qu’il adapte (on le détaillait dans notre dossier consacré aux différences entre le texte et son adaptation), puisque Steven Spielberg a choisi d’en limiter grandement la cruauté et la violence graphique. Or, avec sa suite, il semble souvent mû par le désir de laisser libre cours à ses prédateurs préhistoriques, comme s’il se réjouissait de les voir réduire ses personnages en charpie. 

Une noirceur qui intervient dès l’ouverture du film, lorsqu’une enfant fait la rencontre d’un groupe de compsognathus, aussi joueurs qu’amateurs de chair fraîche. Spielberg fera préciser quelques minutes plus tard à John Hammond que la gamine a survécu, mais le spectateur ne s’y trompe pas, c’est bien une gosse innocente qui vient de se transformer en tourte à la viande devant la caméra du réalisateur d’E.T..

S’agit-il d’une montée de sadisme isolée ? Pas vraiment. La séquence de l’attaque du camion, d’une rare intensité, se conclura par la dévoration plein cadre du seul protagoniste véritablement héroïque, le malheureux Eddie, qui sauve nos héros et se voit remercié par une séance de démembrement particulièrement brutale. Personnage moins sympathique, le chasseur interprété par Peter Stormare aura également droit à une mort exceptionnellement étirée, qui offre au spectateur l’opportunité d’assister à une chasse à courre inversée particulièrement éprouvante. 

 

Photo Camilla BelleQuand Tonton Steven se met à fumer les chtites n'enfants

 

La rage de Spielberg se retrouve également dans nombre de sorties de route secondaires. Que sa caméra s’attarde sur le corps démantibulé d’un figurant piétiné par un T-Rex, ou scrute la terreur d’un malheureux paléontologue qu’un geste de panique précipite dans la gueule du même dinosaure, le cinéaste semble prendre un plaisir évident à filmer les corps suppliciés, guettant l’irruption de la mort comme l’aboutissement d’un spectacle particulièrement sophistiqué. 

En résulte des pics de tension parmi les plus intenses de toute la carrière de Steven Spielberg, qui se montre plus d’une fois incroyablement inspiré derrière la caméra. Lorsqu’il suit des malheureux décimés par des raptors au milieu des hautes herbes ou qu’il suit ses héros traqués dans des ruines par les mêmes raptors, le metteur en scène retrouve un art du mouvement, une fluidité dans son montage, qui ont fait de lui un des conteurs les plus accomplis de l’histoire hollywoodienne. 

 

PhotoQuand Spielberg libère la machine à fantasmes

 

MISE EN SCÈNE FOSSILE 

Et pourtant, cette agressivité créatrice, cette énergie cohabitent au sein du film avec des plages fades presque sans équivalent dans la carrière de Spielberg. La fameuse traque des raptors se conclut par exemple avec une pirouette (au sens le plus littéral du terme) qu’on croirait sortie d’une mauvaise comédie familiale. Cette acrobatie n’est pas seulement une figure hors-sujet, elle est également accompagnée par la caméra de bien étrange manière. On aurait pu comprendre que Spielberg cherche la rupture de ton et donne à Kelly (Vanessa Lee Chester) l’occasion de briller, mais après sa cascade, il continue de la suivre d’interminables secondes alors qu’elle achève son mouvement. 

La longueur de ce plan n’obéit à aucune logique interne, à fortiori de la part d’un artiste ayant toujours travaillé avec une intelligence extrême la fluidité de son cinéma. Mais ici, le tempo interne à la scène se voit pulvérisé par un plan littéralement sorti de nulle part. Et si ce plantage est un des plus communément cités par les contempteurs du film, Le Monde Perdu n’en manque guère, et le personnage de Kelly y est abonnée. 

 

Photo Ian MalcolmJeff "balec" Goldblum

 

Alors que sa présence vient d’être dévoilée aux héros comme au public, il nous faut subir une longue scène au découpage amorphe. Spielberg paraît carrément absent, tant on a du mal à distinguer un quelconque point de vue, une intention qui irriguerait la narration. C’est quasiment une première pour le créateur d’images, qui avait alors déjà marqué plusieurs générations de spectateurs au fer rouge. 

Et en regardant attentivement Le Monde Perdu, il devient évident que sitôt les dinosaures et la violence éloignés, le metteur en scène semble perdu. Ou tout simplement absent. En témoigne des séquences qui pourraient être riches en tension, tant elles sont essentielles en termes de construction dramatique. L’arrivée sur Isla Sorna est ainsi d’une mollesse proverbialecomme l’arrivée catastrophe du bateau contenant le T-Rex dans le port de San Diego. Autant de passages qui comptent parmi les moins inspirés de leur auteur. 

 

photo, Jeff Goldblum"Mais on est sûrs qu'on a été embauchés pour un Spielberg hein ?"

 

L’EXTINCTION AVANT LA RÉSURRECTION ? 

Violence et noirceur, hybridées à paresse et fadeur, forment une bien étrange alliance, qui explique sans doute pourquoi certains voient encore dans le film une aventure radicale, quand d’autres ne peuvent détourner les yeux de ce qui leur apparaît comme une suite dévitalisée. Pourtant, sa valeur se situe peut-être ailleurs : dans ce qu’elle annonce des métamorphoses à venir chez Steven Spielberg. 

Ainsi, les nombreux passages soporifiques du film ne témoignent évidemment pas d’une disparition de son talent, ou d’un vieillissement artistique, mais plus probablement d’une forme d’ennui. De divertissements pyrotechniques en fresques historiques où son ton n’a pu aboutir pleinement, l’artiste tourne un peu en rond. Que peut-on faire au cinéma de divertissement après l’avoir révolutionné en 1993 ? Certainement pas une redite ou une simple resucée. 

 

PhotoMonde perdu contre fades post-modernes

 

Le réalisateur ne sait pas bien pourquoi il est là, et il le dit assez explicitement. Leitmotiv intellectuel du premier film, Ian Malcolm (Jeff Goldblum) est ici promu héros, ce qui est sans doute excellent pour le chéquier, mais ne va pas sans une simplification évidente de sa caractérisation. Et on s’en fout, semble murmurer l’auteur, quand il dévoile son protagoniste, bâillant grassement au milieu du métro, opérant quasiment un regard caméra. Entre le doigt d’honneur et la note d’intention, ce plan laisse en bouche un goût amer. 

Formellement, l’artiste se cherche aussi. Après La Liste de Schindler, voici sa deuxième collaboration avec le chef opérateur Janusz Kaminski, et si on est très loin de l’esthétique de leur précédent effort, il suffit de regarder Pentagon Papers ou Ready Player One pour constater que leur alliance était bien loin d’avoir trouvé les bases de ce qui constituera le renouveau esthétique de Steven Spielberg. 

 

PhotoFaut-il sauver le soldat Rex ?

 

Le fond de la platitude désincarnée sera définitivement atteint avec Amistad, qui pousse d’un cran encore toutes les faiblesses formelles et narratives du Monde Perdu. Néanmoins, cette phase, à la violence bouillonnante et à la forme incertaine, était sans doute indispensable à l’auteur pour réaliser qu’il tournait en rond, identifier le problème et foncer vers un renouveau thématique et stylistique qui allait le redéfinir. Ce fut le cas dès 1998 avec Il faut sauver le soldat Ryan, qui tout en conservant la hargne parfois désespérée du Monde Perdu, parvient à lui redonner des rails, un sens, tandis qu’à l’image, la lumière de Kaminski adopte les douches de lumière, les jeux de texture, qui marqueront l’empreinte visuelle du duo. 

Le Monde Perdu est peut-être un film malade, sauvage et raté, mais c’est aussi une étape passionnante de la carrière du metteur en scène, dont les questionnements comme les doutes apparaissent clairement à l’image. 

 

Photo Steven SpielbergDévoré par son propre monstre ?

commentaires

p.r alan grant
09/07/2020 à 18:48

un film de 3 h pour jurassic world 3 : dominion : ( jurassic park 6 ) serait parfait , pour mieux intégré de nouvelles scènes d'action avec les dinosaures , dans les romans de jurassic park et de le monde perdu de michael crichton , pas encore vus au cinéma , abandonner par steven spielberg de ses dessins depuis jurassic park 1 et jurassic park 2 des films , colin trevorrow pourrait les reprendre et les filmés pour son film

p.r alan grant
09/07/2020 à 18:39

quoi , qu'ont en disent du film jurassic park 2 : le monde perdu réalisé par steven spielberg sorti en 1997 reste un bon film tout de meme et bien plus sombre... , que le premier jurassic park sorti en 1993 , espérons cependant qu'ils se rattrapent avec jurassic world 3 : dominion : ( jurassic park 6 ) qui sortira au cinéma , si tout va bien au 9 juin 2021 au cinéma en faisant un film bien plus long sur la durée , que les 5 précédents films de la saga et avec bien plus de scènes d'actions plus spectaculaires encore avec les dinosaures et bien plus sombre ce nouveau film et encore plus effrayant , plus sanglant , plus terrifiant , plus d'horreur , plus triste , plus d'émotion et un film bien plus réussie encore je l'espère , parce que avec le retour de sam neill , laura dern et jeff goldblum et de b.d wong et lewis dodgson... pas le droit à l'erreur pour colin trevorrow et son jurassic park 6 : ( jurassic world 3 : dominion ) attention a toi

Bdz
09/07/2020 à 15:48

Vous êtes vraiment tous des nuls ! Aller critiquer un film comme jurassien park !
Allez voir les daubes de comédies françaises et sociales et laissez nous nous régaler avec du vrai cinéma où on se régale en s'évadant ! Bande de glands !

Opale
08/07/2020 à 14:43

Oui, j'ai lu ça aussi comme quoi il a accepté cette suite un peu en reculant et ça se sent. Spielberg n'est que moyennement intéressé par ce qu'il filme. Perso je n'ai jamais aimé ce deuxième opus et je préfère même, oui, oui, le troisième que je trouve plus fun et sympa avec un coté old school que j'aime bien...

Gregdevil
08/07/2020 à 13:35

Spielberg venait juste de faire la Liste De Shindler, il a déclaré par la suite qu'il n'avait plus la motivation nécessaire pour réaliser Le Monde Perdu, étant encore bouleversé par son expérience sur l'holocauste.

Dirty Harry
08/07/2020 à 13:13

Je rejoins un peu tout le monde et cette critique : un film bancal, malade...quelques belles séquences : l'intro, le safari de dinosaures, la scène de camion/vitre, les Raptors dans les hautes herbes et un plan séquence de raptor vs Goldblum qui m'avait marqué...mais hélas à coté d'idées toutes pétées (la GRS de la gamine, la fin à la Godzilla, les personnages pas vraiment bien dessinés...)
Au final il reste une bonne suite à créer pour Jurassic Park, ça n'a toujours pas été réalisé (en mélangeant des idées non adaptées des romans et avoir un angle nouveau ça pourrait le faire mais nous sommes condamnées à revoir le même film avec les Jurassic World...)

MickeymousE
08/07/2020 à 11:54

Pour le modne Perdu: Jeff Goldblum comme personnage principal était une mauvaise idée car ce qui le rend intéressant dans le premier, c'est sa capacité à répondre, à lancer des punchlines, il est dans un peu comme un mur d'appui pour les autres, là dans ce second film rien en fonctionne. Et puis bon les fx révolutionnaires du premiers ne sont plsu LA surprise ou ne constitue plus un "+".

Pire film ou pas de spielberg, on ne peut pas dire que Les Jurassic parc sont de grands films.
Peut-être les plus axés commercialement parlant de Spielberg, il n'a pas écrit l'histoire et en fait ce film trouve sa seule justification dans ses effets révolutionnaires à l'époque (et appuyé par un brillant John williams).

Miami81
08/07/2020 à 10:57

Que Spielberg soit complaisant avec la violence graphique (il a fait bien pire psychologiquement parlant) n'est pas nouveau, outre le soldat Ryan que vous citez, on peut aussi parler des dents de la mer particulièrement sanglant et non avare non plus de membres séparés des corps et autres attaques violentes. et le 1er Jurassic Park n'était pas non plus avare en scènes de ce genre mais moindre effectivement que le second volet.
Je me suis surtout posé la question de qui réalisait le film plutôt sur la seconde partie qui se déroule aux Etats unis (hormis l'arrivée du bateau), toutes les scènes s'y déroulant sont étonnement classiques. On a du mal à percevoir la patte toujours inspirée de Spielberg alors que la 1ère partie regorge d'idée et de moments de bravoure.

Pseudo1
08/07/2020 à 01:09

@Kelso

Pour ton exemple, je me suis toujours posé la même question, mais le plus logique pour moi était qu'une attaque de plusieurs dinos, genre raptors ou autres, a eu lieu pendant que le T-Rex était déjà dans la cale (il est censé être ramené à San Diego, donc possible qu'il y soit déjà au moment de l'attaque).
Après, on est d'accord, ça manque d'explication et ça sent le baclage, voire le jemenfoutisme. Mais on sent que Spielberg s'en fout un peu du scénario tant que cela lui permet de s'amuser avec les dinos.
Comme disait une critique lue à l'époque : Après avoir recréé des dinos dans Jurassic Park 1, Spielberg profite du Monde Perdu pour montrer ce qu'on peut faire avec. A ce niveau, le pari est clairement remporté.

Encore aujourd'hui, même Jurassic World ou King Kong ne l'ont pas égalé niveau "action avec des dinos", sans compter le "réalisme" des bestiaux qui restent encore inégalé, avec son savant mélange d'animatronique et CGI, là où tous ses successeurs ne jurent quasiment plus que par la CGI pour un résultat rapidement daté.

Kelso
08/07/2020 à 00:03

Je l'ai revu il n'y à pas longtemps et c'est vraiment un film raté, déjà à l'époque il ne m'avait pas convaincu mais en le revoyant récemment je me suis rendu compte du nombre énorme de scènes ratées, incohérentes ou totalement illogiques. Vraiment un des plus mauvais films de la série (les 2 nouveaux y compris et pourtant le dernier était aussi mauvais). Rien que la scène où le bateau arrive au port à la fin est risible, quand il trouve la main arrachée accrochée au gouvernail du bateau alors que la cabine n'a rien du tout et que le T-rex (seul dinosaure présent sur le bateau) est encore enfermé dans la cale, qui à bouffé celui qui dirigeait le bateau en laissant sa main accrochée ? gros mystère mdr et ce n'est qu'un exemple flagrant, dans ce film dans le même style il y en a au moins 5 ou 6 comme ça.

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