Si Gremlins est rapidement devenu un classique pour plusieurs générations de cinéphiles, sa suite, après avoir désemparé public comme critique, s’est progressivement imposée un modèle de provocation au culte grandissant.
La cause semble aujourd'hui entendue : Gremlins 2, la nouvelle génération est une merveille baignée dans l'acide. Imaginée par un Joe Dante plus méta et politique que jamais, servie par les incroyables effets spéciaux de Rick Baker, le film a des airs de coup de boule sous LSD, tant chacune de ses scènes semblent pousser l'hallucination plus loin que la précédente.
Pourtant, le film a reçu un accueil glacial de la presse et du public, et a longtemps été regardé de haut. Essayons de comprendre comment et pourquoi il constitue le sommet de la carrière de Joe Dante, et en quoi sa rage rigolarde et punk ont interdit Hollywood de se pencher sur son cas.
GLOIRE AUX GREMLINS
Lorsque le public découvre la mythologie des Mogwai en 1984, il ne fait aucun doute que les Gremlins sont les antagonistes du film de Dante. Bien sûr, ils agissent comme les révélateurs d’une société américaine déprimée, révélant ses failles, ses contradictions et ses névroses, ce qui autorise plusieurs saillies bouffonnes et drolatiques, mais Gremlins contient quantité de scènes franchement angoissantes, à tel point qu’il fut l’une des œuvres poussant le MPAA à mettre en place la restriction PG-13, de nombreuses associations estimant que le cinéma maltraitait ces chères têtes blondes.
Quand démarre la production de Gremlins 2 en 1989, la situation a bien changé. Le réalisateur a refusé initialement de réaliser cette suite, désireux d’explorer d’autres territoires et pas convaincu que le récit initial nécessite d’être prolongé. Les producteurs ont cherché en vain un réalisateur et des concepts capables de reprendre le flambeau. Ils envisagent d’expédier les bébêtes à Las Vegas, sur Mars, espèrent que Chris Columbus pourra une nouvelle fois se charger de l’écriture, mais toutes ces pistes échouent ou se révèlent insatisfaisantes.
Rare image d'exécutif Hollywoodien
Quand il accepte de reprendre les rênes du projet, en échange d’un contrôle créatif accru, Joe Dante sort de Les Banlieusards, (excellent film récemment réhabilité, après quasiment deux décennies d’amnésie). Il y a parfait son art de la mosaïque stylistique et proposé une vision très politique de la ville américaine, véritable bouillon de culture névrotique. Deux ingrédients qui vont prendre tout leur sens et s’épanouir avec Gremlins 2.
Ici, les créatures retorses ne sont plus l’adversaire, mais bien le cœur du récit, et une source constante de désorganisation, de chaos et de rire. La force maléfique à l’œuvre est symbolisée par le milliardaire Clamp, son entreprise, ses employés, et par extension toute l’urbanité américaine. Venus perturber la machine du progrès, y compris la machine hollywoodienne, les Gremlins deviennent la pure pulsion sale gosse capable de gripper ce mécanisme déshumanisé et d’y réinjecter de la folie.
"Cinq fruits et légumes par jour, on a dit !"
NI DIEUX NI MAÎTRES
À première vue, le film est particulièrement déstabilisant, tant il se permet de briser des règles propres aux productions hollywoodiennes grand public. Tout d’abord, il met à bas la frontière classique entre Bien et Mal qui motive les héros hollywoodiens. Plus ternes que jamais, le couple de héros peu dégourdis est presque éjecté du centre de l’action et si Gizmo demeure une source d’empathie première, le spectateur est souvent amené à prendre fait et cause pour les Gremlins.
Monstres de labo se rebellant, intello de pacotille trouvant toutes les excuses rhétoriques pour flinguer ses semblables, ou purs ados décérébrés, ils ne cessent de faire dévier le scénario de ses rails. Ainsi, il n’est pas rare de voir la narration disparaître totalement à la faveur de gags slapstick, de quasi-sketchs flirtant avec l’absurde, pour la beauté du geste, pour la joie simple d’un grand désordre.
En témoigne la manière dont Joe Dante pulvérise le 4e mur, bien avant que l’expression ne soit popularisée par un certain Deadpool. Ces merveilleux monstres se baladent alors de citations en saynètes, se frottant aux légendes du 7e Art et annihilent totalement la progression dramatique du récit, seule comptant leur insolence surpuissante. L’espace de quelques minutes, la machine hollywoodienne se grippe, et se met en place une passionnante mise en abîme. Ce n’est pas seulement le capitalisme urbain débridé des années 80 que le film éperonne, mais aussi l’industrialisation de studios désireux de nourrir les spectateurs en productions inoffensives.
En laissant libre cours à sa créativité, Rick Baker a fait des miracles
TOMORROWLAND ?
Mais cette énergie proto-punk n’offre pas seulement au long-métrage son rythme unique, et ne se limite pas à un doigt d’honneur rigolard adressé aux schémas hollywoodiens. Toute cette démence permet aussi de faire passer la pilule d’une critique radicale de son époque... et un aspect visionnaire qui est pour beaucoup dans l’actuelle reconnaissance du film.
Dès 1990, Joe Dante assumait que Clamp (John Glover), le milliardaire propriétaire du bâtiment ultra-moderne où se déroule l’action, était directement inspiré de Donald Trump. Il n’était alors pas le seul à voir dans le magnat de l’immobilier un anti-modèle (Robert Zemeckis l'a caricaturé aussi dans Retour vers le futur II), mais avec les années et l’ascension à la législature suprême de l’intéressé, ce portrait au vitriol a encore gagné en pertinence.
Magnat de l'immobilier, de la télé, et politicien... ça vous rappelle quelqu'un ?
Il en va de même pour la vision d’un lieu de travail faussement bienveillant, reposant sur la surveillance et le règne du tout technologique, à l’image de ces appels vidéo préfigurant les réunions à distance devenue aujourd’hui une pratique courante. Le même vertige s’empare du spectateur quand retentit l’annonce d’une future diffusion de Casablanca, dans une version “en couleur et avec une fin heureuse”, qui ne manquera pas de donner des démangeaisons à ceux qui ont découvert les transformations apportées par Disney+ à Splash.
Jusque dans ses meilleurs gags, notamment le tronçon central au cours duquel les Gremlins envahissent littéralement un programme télévisé pour mieux flinguer la culture pop, Joe Dante anticipe l’art du mash-up, de la parodie, du détournement, qu’Internet sacralisera quelques décennies plus tard. Le tout avec un amour du non-sens qui paraît aussi contemporain qu’il a pu déstabiliser en 1990.
Quand l'horreur a l'ancienne se fait secouer les puces
L’IMPOSSIBLE RETOUR
Tous ces éléments composent une partition explosive qui nous adresse, entre les lignes, le message qui était celui du cinéaste quand le studio le contacta initialement : une suite ça ne sert à rien, et ça ne devrait pas exister. C’est sans doute la raison pour laquelle Gremlins 2 aime autant repousser toutes ses limites, et aussi la raison pour laquelle il porte autant d’amour à un pan du cinéma qui était alors plus ou moins tombé en disgrâce.
De Christopher Lee, en passant par ce curieux présentateur sorti d’un fantasme de la Hammer, jusqu’à ce Gremlins ailé pensé comme un hommage à Ray Harryhausen, le film se pense contre son époque, et l'assume quant il tâcle la télévision, source d'abêtissement et de laideur, qui devient logiquement le lieu d'adoption des Gremlins ; et elle le lui rendra bien. 31e succès de l’année 1990, le métrage est un échec sévère.
Il a coûté 50 millions de dollars (hors coût marketing) et en a rapporté à peine 41,5 millions. En témoigne les innombrables produits dérivés, qui allaient des livres, en passant par les jouets et jeux vidéo, devenus rapidement des objets de collection, plus que des gammes occupant ad vitam les rayons des magasins.
Joe Dante expliquera à maintes reprises que selon lui, les années séparant les deux films expliquaient en grande partie l’échec du film. Un motif envisageable, mais qui ne peut expliquer à lui seul ce brusque désamour, quand Gremlins premier du nom devint quasi-instantanément un classique. Comme il l’indiquait dans une interview donnée aux Cahiers du Cinéma en 1990, il se pourrait bien que le studio ait en partie sacrifié la sortie de Gremlins 2.
En effet, Warner était alors détenteur du record du plus gros week-end de sortie, remporté en 1989 par le Batman de Tim Burton. Pour de nombreux analystes, ce record était dangereusement menacé par l’arrivée sur les écrans de Dick Tracy, ce qui n’était évidemment pas pour plaire à Warner. Du coup, afin de ne pas laisser Touchstone Pictures et Disney leur ravir le trophée, Warner a programmé Gremlins 2 la même semaine, condamnant le métrage à une concurrence très violente, tout en espérant que la popularité de la marque éloignerait suffisamment de spectateurs des salles pour interdire Dick Tracy de battre tout record.
Dracula va trouver son maître...
Et voici une franchise, que tout promettait à une glorieuse descendance, soudain fauchée en plein vol. Mal compris, dédaigné, Gremlins 2 restera longtemps un ovni auquel Hollywood ne saura pas comment donner suite. En effet, comment poursuivre l’aventure après ce chapitre qui dénigre par avance toute volonté d’exploiter le filon après lui ?
Pendant des années, les rumeurs de suite s’empileront. Au mitan de la décennie 2010, le projet semblera reprendre du poil de la bête, alors que Chris Columbus prend la direction des opérations. Mais si le scénariste, réalisateur et producteur annonce une intrigue “tordue et sombre", on n’a guère de nouvelles concrètes du projet. Et à l'heure de la toute puissance de Marvel, le souhait de l'auteur d'en faire baver à Gizmo n'a peut-être pas fait rêver des producteurs en quête de marques grand-public. "Si c'est Gizmo l'origine de tous les Gremlins, alors il faut se demander s'il convient de le laisser vivre..." disait-il à Slashfilm en 2017.
Son projet paraît aujourd’hui condamné, alors que Warner ambitionnerait depuis un moment de faire des Gremlins... une série animée, en forme de prequel, narrant la rencontre entre Sam Wing et Gizmo, dans le Shangaï des années 20. Soit l’aveu ultime de l’incapacité à penser un après Gremlins 2, joyau fou et indomptable.
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Je confirme qu’un prequel en série animée est bien prévu… Elle est déjà bien avancée (voire terminée) et, prenons ça comme une bonne nouvelle, elle a été faite par un studio franco-canadien…
Pour avoir maté le 1 et 2 ,140fois exactement avec une préférence pour le premier forcément le 2 est un cartoon géant un délir assumé super sympa. Gloire aux mogwais.
En espérant qu’ils s’amusent jamais à toucher à ça avec des dessins animés ou une suite improbable avec des effets visuels à la con moderne.
Le bonheur est dans l’effet kitsch
je l’ai vu en son temps, fin 80 , debut 90, je l’ai trouvé lourding a l’époque, moins bien que le 1,,
mais assez delirant, çà met du temps à demarrer, Stallone se fair railler dans le film, il y a Hulk hoga, big catch star de l’époque, il y a LA grimlins, et les autres mutants,
il esr repasse il ya quelques moins, je l’ai revue en partie, il est tres vielli au niveau des decors et certains effets en Stop motion decollent les rétines!
Ce film n’est pas fourre-tout, c’est un cartoon géant (réussi) de 90 minutes…
J’ai jamais compris pourquoi il existait plusieurs versions de ce film.
Je fais référence au segment ou les Gremlins s’emparent de la bobine du film.
Celle que j’ai vu au cinéma était excellente; Les ou l’autres, très moyenne.
J’ai essayé de revoir le 1 il y a quelques années, il m’a surtout mis un gros mal de crâne. Pour la madeleine de Proust on repassera^^
Vu ces films à 4 et 5 ans
Pas revu trop les jetons
Que dire de cette suite???
Pur bonheur. Dans la même lignée que le 1, moins horrifique mais en plus en satirique et plus comique.
Joe Dante,malgré l’echec du film, a accouché d’un bijou .
Ces bébêtes méritaient une véritable franchise digne de ce nom. Mais en seulement 2 films,ils ont marqué la culture pop au fer rouge.
Autant tu peux enchaîner les retour le futur pour avoir un film de 5h00, autant gremlins et gremlins 2 sont tellement opposé que je ne trouve pas cela décent de les comparer. Déjà rien que le cadre du film, la politique, l extravagance, les finances…. On part quand même d’un compte horrifique pour arriver à… Ça…. Les deux sont parfaitement opposés et parfaitement posés.
Je boude d’ailleurs toujours à l’injustice de pas avoir une édition 4k de gremlins 2.
Le 1er est culte et le second reste dans la même lignée.
Du grand classique des années 80