Mulholland Drive, Twin Peaks... David Lynch, capable du meilleur comme du pire

La Rédaction | 8 mai 2020 - MAJ : 08/05/2020 15:40
La Rédaction | 8 mai 2020 - MAJ : 08/05/2020 15:40

Retour sur la carrière riche et bizarroïde de David Lynch, capable du meilleur comme du pire.

Maintenant que Netflix permet aux utilisateurs d'hésiter entre Eraserhead et Bright, Twin Peaks : Fire walk with me et Au Royaume des fauves, ou Lost Highway et The Ridiculous 6, puisque ces trois films de Lynch viennent de rejoindre le catalogue français aux côtés de Dune, l'équipe a eu envie de reparler du cinéaste culte.

Chacun donne donc son film préféré, et celui qu'il trouve affreux. Et oui, Blue Velvet, Sailor et Lula oou encore Une histoire vraie sont absents. C'est douloureux, mais c'est le jeu.

 

Photo Laura Dern, David LynchDavid et Laura te jugent si tu juges

 

GEOFFREY CRÉTÉ

LE MEILLEUR : MULHOLLAND DRIVE

Facile, mais indétrônable. Expérience grandiose, cauchemardesque, passionnante, terrible, Mulholland Drive est le paroxysme du cinéma de David Lynch, et l'équilibre parfait entre son univers noir et labyrinthique, et une rigueur scénaristique. Rarement un dédale aura été si beau, riche, envoûtant, puissant et maîtrisé, empruntant au film noir voire au film d'horreur, racontant une passionnelle histoire d'amour et de pouvoir, tout en narrant en toile de fond la férocité de l'imaginaire. La musique magnifique d'Angelo Badalamenti y joue pour beaucoup.

La Cité des anges se transforme en purgatoire pour ces héroïnes, magnifiquement incarnées par Naomi Watts et Laura Harring, laquelle n'aura pas eu la carrière qu'elle méritait suite à cette naissance flamboyante. La magie de Mulholland Drive vient de leur duo électrique, mais aussi de la parfaite complexité d'un film qui fonctionne merveilleusement à chaque fois, du trouble étrange et initial, au puzzle qui se reconstitue à chaque nouveau visionnage.

Car au-delà de l'intrigue apparente, Lynch parle de cinéma, cette grande et folle illusion, cet art du faux plus réel que le réel, capable de frapper les corps et les cœurs, comme dans le club Silencio - l'une des plus grandes scènes du cinéma de ces dernières décennies.

C'est d'autant plus beau que Mulholland Drive est né dans la douleur. Le titre était à l'origine imaginé pour une série dérivée de Twin Peaks, sur le personnage d'Audrey (Sherilyn Fenn), dans une ambiance de film noir à Hollywood. Le projet a ensuite évolué, et été réinventé mais toujours sous forme de série. Lynch a tourné un pilote de 90 minutes, que la chaîne ABC a détesté, si bien que tout a été annulé. Canal+ reprendra l'affaire pour laisser le réalisateur en tirer un film, après de longues hésitations puisque Lynch était alors légèrement écœuré et voulait oublier cette histoire. Résultat : prix de la mise en scène à Cannes, nomination à l'Oscar du meilleur réalisateur, et un des grands films du nouveau millénaire.

 

photoSilencio... No Hay Banda...

 

LE PIRE : INLAND EMPIRE

Inland Empire n'est pas tant un mauvais film qu'une illustration de la dérive extrême de David Lynch. Avec de toute évidence une carte blanche absolue, le cinéaste va jusqu'au bout du bout dans son trip, avec une brutalité radicale qui semble crier son désespoir face au monde et à l'industrie. Cinq ans après Mulholland Drive, qui lui a donné une dose ultime de prestige et de succès, il crée Inland Empire comme son négatif. Il y a la même toile de fond (Laura Dern joue une actrice engagée sur un film majeur, un peu comme celui d'Adam Kesher, et c'est le début d'une dérive), mais un refus manifeste de donner les clés au spectateur, confronté à une expérience potentiellement extrême, et rude pour les nerfs.

Voyage dans le temps, folie furieuse, hallucination collective, mise en abîme, avec beaucoup de putes, de tournevis, et de lapins... Inland Empire peut nourrir bien des analyses, mais peut également être perçu comme le doigt d'honneur assumé de David Lynch, une forme d'auto-parodie totale, et le point final d'une entreprise de démolition de ce cinéma qu'il semble autant aimer que haïr, à tous les niveaux. Depuis Inland Empire, il n'a d'ailleurs plus réalisé de long-métrage. Coïncidence ? Je ne crois pas.

 

Photo Laura DernCarrière de Laura Dern dans la bulle Lynch

 

MARION BARLET

LE MEILLEUR : ELEPHANT MAN

Chef-d'oeuvre de sensibilité et de profondeur (in)humaine, Elephant Man est d'une violence inouïe. Inspiré de l'histoire de Joseph Merrick et de l'adaptation romancée de Frederick Treves (où Joseph devient John), le film est affaire de monstruosité. Répugnant et bête de foire, John, dit Elephant Man, est boursoufflé, informe, fascinant et objet de convoitise paradoxale. Pour aboutir à cette physionomie extraordinaire, le maquilleur Christopher Tucker a utilisé un moulage post-mortem de la tête de Merrick. Le résultat fidèle et terrifiant accentue le caractère morbide du film, qui flirte entre le rêve cauchemardesque et le réalisme historique.

Le contraste est la clef de voûte de ce métrage, qui emmène le "roman" d'apprentissage vers la tragédie. Le Docteur Treves, interprété par Anthony Hopkins, soigne le malheureux (John Hurt) et l'émancipe de l'état sauvage à la civilisation. Mais le pendant négatif de celle-ci le mène au suicide, dans un final atrocement simple, couché sur le dos. Être civilisé, c'est historiquement, ici, être appâté par le monstrueux et le traiter en inférieur. David Lynch présente un état de faits bruts et une dramaturgie claire qui ne se perd pas dans des méandres symboliques.

Enfin, le coup de force réflexif est incroyable. Comme chacune des oeuvres de Lynch, ce deuxième long-métrage est empreint d'un sens qui dépasse le visible. Il y a une mise en abyme du voyeurisme qui prend au piège le spectateur : émotionnellement proche d'Elephant Man, nous rejetons la morale de ceux qui viennent le reluquer. Pourtant, c'est notre démarche pendant le film ; notre attente de son visage dévoilé et la contemplation de ses bosses font de nous des pervers normalisés. "La beauté est chose simple, la laideur est chose extraordinaire", dit Sade. Elephant Man relève de cette esthétique ambiguë.

 

photoJohn Hurt méconnaissable en John Merrick

 

LE PIRE : TWIN PEAKS : FIRE WALK WITH ME

La série Twin Peaks est incontestablement un OVNI, drôle, décalé, réussi et inventif. Mais le film prequel des deux premières saisons (dont la seconde s'étiole au fur et à mesure) n'a pas les qualités de son coup de maître. Le changement de format, tout d'abord, est un véritable problème : la lenteur incandescente est une contrainte insurmontable. Tout va à la fois trop vite et trop lentement, l'ambiance est saccadée de grands événements tout en gardant son onirisme drogué. Le cul entre deux chaises, on ne sait plus s'il faut se laisser bercer par le projet ou, au contraire, être hyper-éveillés d'un film révélateur. Fumer un joint pour planer ou sniffer un rail pour piger ? Le programme n'est pas clair.

Plusieurs acteurs eux-mêmes ne croyaient au projet. Lara Flynn Boyle (la merveilleuse Donna), Sherilyn Fenn (l'incroyable Audrey) et Richard Beymer (l'essentiel Benjamin Horne) ont refusé de participé, et Kyle MacLachlan (agent spécial Cooper) n'a que timidement dit oui. Le scénario en a donc été bouleversé : les scènes d'Audrey et de Benjamin ont été supprimées, Moira Kelly est devenue Donna et la partition de Cooper est maigre et surfaite. Tout ne semble fait qu'à moitié, raffistolé à la dernière minute et on a la désagréable impression d'être pris pour des cloches. Oui, Lynch c'est tordu et ça part dans tous les sens, mais ça doit mener quelque part ! Les difficultés de production sont flagrantes à l'écran et catalysent notre nostalgie pour la saison 1.

Pourtant, l'idée de revenir sur les sept derniers jours de Laura Palmer (Sheryl Lee) était fichtrement palpitante ! Certains passages d'horreur sont extrêmement réussis, mais ne sont pas valorisés dans le changement de ton permanent. Le goût du bizarre a des airs de déjà-vu, l'humour a mal vieilli et l'utilisation du symbolisme est redondant. Quant à l'héroïne archétypale, elle répond à ce qu'on ne voulait pas voir : une gourgandine cokée qui manque de lyrisme malgré ses larmes.

Incompréhensible en tant que film autonome, Twin Peaks : Fire Walk With Me n'apporte pas de clef de lecture à l'univers sériel. En plus, on ne voit qu'une fois la femme à la bûche.

 

Photo Twin Peaks : Fire walk with meNotre tête pendant tout le film

 

ALEXANDRE JANOWIAK

LE MEILLEUR : MULHOLLAND DRIVE

Ce n'est pas tellement anodin si c'est finalement l'avant-dernier long-métrage à date de David Lynch qui se révèle être son plus abouti et surtout son meilleur. Ce n'est pas comme si le cinéaste n'avait pas réalisé de grands films auparavant, son premier Eraserhead étant un premier essai expérimental impressionant, Elephant Man étant un chef d'oeuvre éprouvant, Blue Velvet un film néo-noir érotique fascinant ou encore Sailor et Lula une balade enflammée ayant reçu la Palme d'or, mais Mulholland Drive est l'apogée cinéma du réalisateur, la synthèse, le point d'équilibre.

En effet, le film porté par Naomi Watts et Laura Harring se révèle finalement l'accomplissement de la carrière cinématographique de Lynch et l'aboutissement de ses expérimentations. Après avoir largement plongé ses spectateurs dans des films aux narrations linéaires basiques (bien qu'exigeantes), il a décidé de totalement les retourner avec des récits en plusieurs temps jouant sur la sensibilité, les ressentis et la ligne trouble entre rêve et réalité, cauchemar et vérité. Si l'essai ne fonctionnait qu'à moitié avec Lost Highway, l'histoire et l'ambiance de Mulholland Drive deviennent de véritables joyaux de plus en plus envoûtant à mesure que le film avance, distille son récit et le cheminement de ses personnages.

Avec ce long-métrage, David Lynch réussit parfaitement à allier la magnificence de sa mise en scène à la rigueur de ses récits les plus labyrinthiques et expérimentaux. En résulte, une oeuvre absolument captivante, audacieuse, lunaire, vénéneuse, voluptueuse dont la frontière vague entre le réel et l'illusoire offre des séquences mémorables (le fameux Silencio) et dont chaque mouvement se révèle plus intenses que le précédent, plus singulier que ceux qui le précèdaient. Oeuvre majeure de Lynch et du cinéma. Point barre.

 

Photo Laura Harring, Naomi WattsVous, nous, le monde, captivés par Mulholland Drive

 

LE PIRE : DUNE

Il est sans doute facile de placer Mulholland Drive en meilleur film de Lynch et il est sans doute encore plus facile de choisir Dune comme son pire. Il faut dire que c'est sans doute la seule oeuvre sur laquelle le cinéaste n'a pas réellement pu s'exprimer, les exigences des producteurs et du studio obligeant à de nombreuses coupes dans la version (déjà bien charcutée) rendue par Lynch dans un premier temps.

Le résultat est donc sans appel avec un scénario particulièrement incompréhensible (et d'autant plus pour les non-amateurs du livre de Herbert) obligeant à une présentation des personnages trop longues (une bonne trentaine de minutes) par rapport à la richesse du récit et de l'épopée SF qui suivra. Au-delà de ce scénario bancal et écrasé sur lui-même, Dune est surtout victime de sa terrifiante laideur.

Sorti un an après le troisième volet de la trilogie originelle de Star Wars, Dune fait pâle figure visuellement face à la saga de George Lucas et en ressort particulièrement affaibli. Trente-cinq ans plus tard, c'est encore pire : les effets spéciaux ont tellement mal vieilli que le long-métrage en est devenu quasiment inregardable. Une intrigue à la narration poussive et des effets spéciaux hideux alliés, et il devient alors difficile de trouver de véritables qualités à l'adaptation SF de Herbert.

Tout juste pourra-t-on se satisfaire de la volonté qu'à Lynch d'apporter son regard et son style à l'univers ; et également d'y découvrir pour la première fois à l'écran Kyle MacLachlan (dans le rôle de Paul Atréides).

Et si vous n'êtes pas d'accord, retrouvez notre mal-aimé sur Dune.

 

Photo Kyle MacLachlanKyle MacLachlan, le seul vrai point positif de Dune

 

MATHIEU JABORSKA

LE MEILLEUR : ERASERHEAD

Certains considèrent Eraserhead comme le plus simple des films de Lynch. Il n'en est rien. Faute de financement, le long-métrage expérimental tiré d'un poème de 22 pages et réalisé quasi-intégralement dans les locaux de l'AFI (American Film Institute), aura été fabriqué sur cinq ans, le tout pour finalement connaître une distribution anémique.

Qu'importe : il gagnera ainsi la réputation de Midnight Movie et d'un de ses plus étranges et cultes de ses membres et globalement de l'histoire du cinéma américain. Presque entièrement auto-produit, le film ne s'inscrit donc dans aucune logique de producteur et reste une oeuvre libre conçue par un cinéaste et plasticien libre. Et ça se voit. Si la filmographie de Lynch traite du rêve, alors Eraserhead est un cauchemar.

Le récit accumule les figures accablant le subconscient, de la maternité surprise aux beaux-parents malaisants et plonge le spectateur dans une dimension déviante, sorte de dégénérescense de l'esprit rendue encore plus hostile par un noir et blanc sans pitié. Obsedé par l'aspect visuel et sonore de l'expérience, le cinéaste ne s'embête pas à semer trop de pistes narratives : la question du comment, qui traumatisera les cinéphiles prisonniers de Mullholland Drive, s'éclipse ici pour proposer ni plus ni moins que le bad trip ultime, dans un monde malsain mais étrangement familier.

Pertinent dans sa description malade d'un subconscient non moins malade, le film marque forcément. Il faut le voir pour y croire, ou pas.

 

photoLes moustiques arrivent

 

LE PIRE : DUNE

Dans l'excellent documentaire Jodorowsky's Dune, la partie où on demande au cinéaste franco-chilien son avis sur le film fini vaut son pesant de cacahuètes. Celui-ci avoue avoir été intimidé par la récupération du projet d'adaptation par un génie tel que Lynch, lui aussi guidé par ses penchants pour le surréalisme. Mais pendant la séance, il aurait été soulagé, tant sa version n'était pas à la hauteur selon lui.

Quoi de plus logique que Jodorowsky conchie le blockbuster spatial ? Il résulte des compromis qu'il voulait justement éviter avec son mastodonte boursouflé impossible à produire dans n'importe quelle dimension bénie du système capitaliste. Ni complètement divertissant (quel labyrinthe narratif !), ni complètement auteuriste, le long-métrage se vautre dans l'entre-deux. Les innombrables idées qui parsèment l'épopée ne font finalement que frustrer, tant on aurait aimé voir ce que l'auteur comptait vraiment faire avec le roman gargantuesque d'Herbert.

Bien sûr, le résultat n'en demeure pas moins passionnant, mais il souffre clairement de son statut. On passe donc le film à rêver du potentiel 2001, l'Odyssée de l'espace de Lynch, exocroissance spatiale et métaphysique de son univers onirique. A la place, on se retrouve avec un long space-opéra dont les répercussions thématiques et visuelles sont bridées et plombées par une voix-off, antithèse absolue de la filmographie du maître. Dune, le pire film de Lynch ? Le moins bon.

 

photo DuneReste une expérience visuelle atypique

 

SIMON RIAUX

LE MEILLEUR : LOST HIGHWAY

On caricature volontiers le cinéma de Lynch en pose lointaine et arty, sorte de toile d’araignée bien irrespirable pour le spectateur qui s’y aventurerait sans en connaître les codes. Chef d’oeuvre paradoxal, Lost Highway réussit le tour de force d’illustrer parfaitement cette équation... et de la déjouer totalement. En effet, pour sinueux, symboliste et éthéré que soit ce curieux récit, il demeure avant tout une expérience sensorielle et organique primaire. 

Dès son ouverture au son du génial I’m deranged de David Bowie, on est emporté par la simplicité du dispositif et sa puissance évocatrice. Sous nos yeux défile une route embrumée, où se détache une signalétique de cartoon ou de cauchemar, redoublée par le lettrage du générique. Impossible d’échapper à la transe hypnotique qui se dessine, et n’abandonnera jamais le spectateur. 

Ce dernier naviguera à vue dans ce qui ressemble initialement à un thriller parano (mais qui envoie à Fred Madison ces étranges enregistrements de son intimité ?) avant de basculer dans le fantastique à la suite d’une métamorphose pour le moins inattendue. Bien sûr, les pistes psychanalytiques, métaphoriques, ou oniriques, sont légions, et les interprétations tantôt complexes, tantôt vertigineuses, ne manquent pas, mais l’intérêt de l’expérience est ailleurs.  

Il gît dans la capacité de Lynch à ne jamais perdre de vue la dimension viscérale du métrage, sa capacité à se connecter instantanément à l’imagination du public, et lui offrir un terrain de jeu illimité. Le venin noir qui a toujours bouillonné sous la surface de ses films s’exprime ici librement, sans jamais verser dans la (géniale) exégèse qui fera le sel de Mullholland Drive. Labyrinthique, Lost Highway l’est assurément, mais comme les plus beaux dédales, il vaut surtout pour le choc qu’il distille en nous, cette conscience que s’il n’existe pas d’issue, il n’y avait pas non plus d’entrée. Notre errance avait débuté bien avant ce fascinant générique, et il ne nous est plus possible désormais que de le peupler, à la manière de ses entêtants fantômes. 

 

photo, Patricia Arquette, Bill PullmanBill Pullman, sur le point de tomber dans le terrier du lapin...

 

LE PIRE : TWIN PEAKS SAISON 3

Série révolutionnaire, maintes fois citée, jamais égalée, Twin Peaks était parvenue à totalement bouleverser les codes de la narration télévisuelle des networks américains, tout en rencontrant un public fasciné par ce trip inclassable. Plus de deux décennies ont passé, et c’est peu de choses que d’affirmer que le retour de l’artiste dans cette cité mythique et maudite était attendu. Malheureusement, si David Lynch est désormais seul maître à bord du bâtiment, c’est à une galère qu’il nous convie et elle prend l’eau de toutes parts. 

En l’état, on pourrait presque croire que l’auteur a été remplacé par un copiste sous acides, décidé à entretenir avec les fans les plus hardcore un dialogue (de sourds). Les pistes narratives ou telluriques à l’issue des deux premières saisons et du film éponyme étaient innombrables, et alors que scénario et mise en scène feignent de se radicaliser, on a souvent le sentiment que la démarche de David Lynch, elle, s’est incroyablement étriquée. 

Cette funeste troisième saison a des airs d’immense doigt d’honneur ou de happening trollesque aux proportions bibliques. La démarche en serait presque vicieuse, tant elle érige l’absolu et permanent contrepied en figure inversée (mais symétrique) du fan service le plus épais. Le fervent spectateur des saisons précédentes a encore en bouche la dernière partie hallucinée de la deuxième saison et attend presque que le maître le maltraite, pour valider son génie, ou le sien, on ne sait pas vraiment. 

Tant et si bien que Twin Peaks saison 3 en devient une création refermée sur elle-même, trop occupée à déranger son petit monde intérieur, flatter ses dévots, plutôt que de prolonger le miracle d’hier, à savoir secouer l’univers entier, nous faire repenser et réévaluer des codes connus. Sophistiqué à l’extrême et trop conscient de lui-même, ce retour restera comme un des gestes les plus anodins et dévitalisé de David Lynch. 

 

Photo Kyle MacLachlanMaster troll of the universe

commentaires

Cliff booth
19/05/2020 à 08:29

1 : blue velvet 2 : tout twin peaks 3: dune 4 : sailor et lula 5: lost highway 6 : eraserhead

Elmst
15/05/2020 à 22:19

Les meilleurs films sont toujours les plus personnels.
Pour Lynch c’est clairement autour de blue velvet et twin peaks que ca se passe et vu que twin peaks est l’essai transformé de blue velvet alors son meilleur est clairement twin peaks.

[)@r|{
14/05/2020 à 17:29

Pas simple de choisir dans une filmographie aussi classieuse.

Mes Préférés : "Mulholland drive", "Elephant man", "Lost highway", "Blue velvet" et "Une histoire vraie".
"Inland empire" est le film que j'aime le moins. (Je n'accroche pas).
Ps : Décidément, vous êtes plein de surprise à "Ecran Large". Vous aimez les œuvres déjantées et amphigouriques.
Ciao a tutti.

Numberz
10/05/2020 à 17:14

Je pense que prendre Twin Peaks le film pour une superbe œuvre, c'est le découvrir après la série. Ce que j'ai fait. Et il est pour moi exceptionnel. Mais pris à part, c'est wtf total. Voire osef. Mais pour moi, c'est splendide, lié à la série. Quel dommage que cette série ce soit perdu avec le milieu de saison 2.

Bir
10/05/2020 à 15:33

Dire que "Fire walk with me" est une bouse , c est comme dire que "The thin red line" est une série B de film de guerre.... l' exigence de mise en scène et scénaristique de FWwM est au moins au niveau de Mulholland Drive.

Antoine Doinel
10/05/2020 à 00:36

Ok pour Inland Empire que je n’ai pas réussi à terminer; en revanche Twin Peaks saison 3 est pour moi (et pour d’autres apparemment) un chef-d’œuvre !

La Classe Américaine
09/05/2020 à 22:12

Entièrement absolument radicalement complètement totalement 100% d'accord avec les choix de Simon Riaux.

Rico
09/05/2020 à 19:59

Quand je suis allé voir twin peaks fire walk with me on est sorti de la salle totalement abasourdi

C.Ingalls
09/05/2020 à 17:59

En effet, la saison 3 de Twin Peaks est à réserver aux fans... mais quel cadeau !!

Et oui, pour moi N°1 toutes catégories confondues :
LOST HIGHWAY

Mr Éclair
09/05/2020 à 17:48

salut ! Je ne connais que très peu le cinema de Lynch car j'ai vu que Sailor et Lula. Aimant énormément la chanson Blue Velvet et vu que le film n'est pas dans les tops j'aimerai savoir s'il est bien ?

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