Furie : la recette sanglante d'une apocalypse française

Simon Riaux | 23 octobre 2019 - MAJ : 23/10/2019 18:06
Simon Riaux | 23 octobre 2019 - MAJ : 23/10/2019 18:06

Malgré la présence de glorieux ambassadeurs (de Pascal Laugier à Julia Ducournau en passant par Coralie Fargeat), le cinéma de genre français est toujours un pari risqué, compliqué à produire, peu soutenu par les exploitants, souvent forcé de quitter nos latitudes pour exister, quand il n’est pas condamné à recycler les grandes figures du cinéma américain. Dans ce contexte, Furie d’Olivier Abbou fait figure de petit miracle sanglant, et s'apprête à débarquer sur nos écrans le 6 novembre prochain.

 

PASSE TES CLASSIQUES D’ABORD

Le temps des vacances d'été, Chloé et Paul Diallo prêtent leur maison à la nounou de leur fils. À son retour de voyage, la famille Diallo trouve porte close : les serrures ont été changées et les occupants déclarent être chez eux. Pour Paul, c'est le début d'un combat qui va faire vaciller son couple, ses valeurs, son humanité.

Fort de ce point de départ qui pourrait être celui d’un drame comme nos écrans en accueillent chaque année plusieurs dizaines, le réalisateur Olivier Abbou tire une partition qui préfère en appeler à d’autres mélodies, bien plus chaotiques. En premier lieu, Furie relit et convoque un sous-genre éminemment anxiogène : le home invasion.

 

photoLa maison du bonheur

 

Aux frontières du survival et du slasher, on y cultive la tension, la violence et l’horreur comme les gens qui se négligent les champignons. Avec ici une nuance passionnante, à savoir que les notions d’invasion et de territoire sont sans cesse redéfinies. Chloé et Paul sont bien victimes d’une invasion, mais d’une invasion qui les évince de leur propriété, dès lors, ce sont eux qui vont tenter par tous les moyens d’envahir l’espace vital de leurs adversaires, jusqu’à ce que cette équation se complique étonnamment et greffe un tout nouveau jeu de références sur cette situation déjà explosive.

Alors que la guerre des nerfs entre les protagonistes s’enlise, Paul fait une rencontre qui déplace soudain le cœur de la tension dramatique pour aller braconner aussi bien du côté de Michael Haneke que d’un certain cinéma d’exploitation, dont le plus glorieux représentant se situe du côté de Massacre à la tronçonneuse. Ainsi, le metteur en scène déplace progressivement son métrage du côté d’une perversion poisseuse, d’une folie contaminante, qui nous propulse à priori en terrain connu.

Mais loin d’aligner les hommages prestigieux ou cinéphiles, Furie se propose de les allier à une culture, une mythologie, plus éminemment française, afin d’obtenir un cocktail inédit, et chargé comme il faut.

 

photoLa maison du bonheur

 

FRENCH FURIE

On le voit, il y avait de quoi faire un film sous influence, d’autant plus que le cauchemardesque final se permet, dans sa dernière ligne droite de rameuter Orange mécanique à ses réjouissances déjà chargées. Et pourtant, jamais Furie ne donne le sentiment de manquer d’identité ou d’arrimer la sienne à de glorieux aînés. Et ce, grâce à une proposition qui s’enracine dans les traumas et névroses hexagonales.

Au-delà de la violence que constitue une invasion en son propre domicile, le scénario met l’accent sur le déluge administratif qui s’ensuit. C’est là une particularité française, à tel point que le vocable « phobie administrative » est rentré dans les mœurs avec une facilité déconcertante. L’intrigue lui donne tout son sens et permet de saisir les ravages d’un système judiciaire et légal, comment il déshumanise, broie, des protagonistes sensément en pleine possession de leurs moyens.

 

photoDans le cochon tout est bon

 

Une mécanique narrative qui transpose l’action dans un camping. Visuellement, le décor pourrait évoquer les champs de trailers américains, où un certain cinéma a rassemblé moult rednecks et white trash, mais là aussi, Abbou fait un pas de côté. Préférant causer indirectement luttes des classes et peur du déclassement, il relie à nouveau son récit aux hantises françaises. Car c’est bien l’avenir qu’ils refusent, qu’ils rejettent, que Paul et Chloé doivent affronter en s’installant dans un camping vidé de ses vacanciers.

La détestation française de l’inférieur social, l’angoisse de perdre son rang, permet au film de trouver un sillon d’angoisses, qu’il va finalement connecter à un domaine tout aussi angoissant et fertile en symboliques funèbres : celui de l’identité masculine. Paul Diallo, homme noir et intégré, se retrouve dans une situation déliquescente où sa douceur, son sens de la diplomatie, son éventuelle passivité, sont questionnés.

Qu’est-ce qu’être un mec ? Comment un homme gère-t-il les conflits ? Dans une société qui rejoue sans cesse, avec une bêtise souvent caricaturale, des débats sur le genre et l’identité (sociale, culturelle, raciale), Paul est une boîte de pétri formidable, qui cristallise quantité de névroses françaises.

Autant de motifs qui permettent à Furie, quand bien même les références horrifiques et filmiques y pleuvent, d’offrir au spectateur affamé un mets devenu trop rare. Un véritable film de genre, recuit dans nos terreurs frenchy, parlant directement à un public qui n’a finalement pas l’habitude qu’on vienne ainsi lui chatouiller la névrose.

 

Affiche officielleUn film cuit à point, en salles le 6 novembre 2019

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

commentaires

cepheide
23/10/2019 à 23:48

Si c est comme revenge... Ça sera nul...

galetas
23/10/2019 à 19:28

Hum, ça risque d'être très minimaliste la distribution en salles.Dommage!

votre commentaire