Terminator : Dark Fate - pourquoi la saga doit s'arrêter, maintenant, vraiment

La Rédaction | 24 octobre 2019 - MAJ : 25/10/2019 10:16
La Rédaction | 24 octobre 2019 - MAJ : 25/10/2019 10:16

Le sixième volet de la saga de James Cameron n'est pas réussi : c'est même l'ultime preuve qu'ils devraient arrêter les frais.

Malgré de premiers signes inquiétants, des bandes-annonces moyennement accueillies, et des raisons naturelles de douter de ce sixième opus (voir notre vidéo par ici), l'envie d'y croire et d'être agréablement surpris était là face à Terminator : Dark Fate.

Grand retour de Linda Hamilton en Sarah Connor face à Arnold Schwarzenegger, avec James Cameron en producteur et conseiller artistique... ce sixième épisode, qui se place directement après Terminator 2 : Le Jugement dernier et zappe Terminator : Renaissance et Terminator : Genisys, avait de quoi laisser rêveur.

Sauf qu'à l'arrivée, ce Dark Fate est bien parti pour diviser - notre critique est négative, même si le film est considéré par d'autres comme la moins pire des suites depuis T2. Et face à ce nouveau ratage évident à nos yeux, l'envie de dire stop est grande. Voilà quelques raisons.

 

ATTENTION SPOILERS 

 

 

LA SAGA SE BOUFFE ELLE-MÊME 

Bilan après six films : trois épisodes qui se suivent, un bond dans le futur pour une renaissance, un rétropédalage pour revenir à la formule des débuts, puis un semi-reboot qui zappe la moitié de la franchise. Jusqu'à Terminator 3 : Le soulèvement des Machines, tout allait bien, mais depuis c'est la foire aux tentatives ratées, avec les suites avortées de Terminator : Renaissance, les suites de Terminator : Genisys discrètement annulées, et un Terminator : Dark Fate qui zappe tout ça, comme Halloween 2018 a balayé toutes les suites.

L'histoire compliquée des droits de la saga est une des explications (James Cameron vient de les récupérer pour Dark Fate), mais il n'y a pas que ça. La franchise devait faire table rase du présent-passé avec Renaissance, pour ouvrir en grand les portes du futur post-apocalypse à la Mad Max. Cette perspective a été bouchée par le public, avec le flop du film (environ 371 millions au box-office pour un budget officiel de 200 millions), et depuis la saga avance comme une poule décapitée. Beaucoup de bruit, beaucoup d'agitation, mais en vain.

 

photo, Linda HamiltonDark Fate vise se fait une place dans la saga, avec subtilité

 

Que Skynet ait été renommé Genisys puis Legion dans Dark Fate (où il est en réalité totalement écarté de l'intrigue), en dit long sur le mouvement en coulisses pour repeindre la façade de la saga, et donner l'illusion d'une évolution. Le Jugement dernier a été évité, puis accepté, puis dépassé, puis remis en jeu à une nouvelle date ; sans cesse, cet horizon apocalyptique est remis en scène, comme un mur contre lequel tout imaginaire vient s'écraser.

Piochant dans les formules de la suite, du remake, et du reboot au fil des épisodes, la saga s'auto-cannibalise, rejouant les mêmes scènes (une poursuite incontournable sur une route, un climax inévitable dans un décor industriel), et ressortant les mêmes répliques ("I'll be back", "Come with me if you want to live"...) collées sur différentes lèvres. 

 

Photo Claire Danes, Nick Stahl Le moment où la saga a eu les couilles d'affronter l'apocalypse

 

LA SAGA NE SAIT PLUS QUOI FAIRE DES PERSONNAGES 

Il n'y a qu'à voir le traitement des personnages principaux pour constater le manque de vision qui frôle la panique. Au cinéma, John Connor a été adolescent, jeune homme puis adulte, incarné par quatre acteurs différents ; et après être devenu le leader de la résistance dans Renaissance, il a été transformé en super-Terminator dans Genisys. Avant d'être tué dans Dark Fate en une scène, pour réécrire toute son histoire et l'éjecter du récit.

Sarah Connor, elle, était morte dans Terminator 3, simple voix dans Renaissance, et revient forte et bien en vie dans Dark Fate. Avec un twist : toute sa victoire sur Skynet pour sauver son fils est écrasée, pour offrir une version où elle a tout perdu, sauf sa rage. Une idée noire et belle, qui a certainement permis de motiver Linda Hamilton, mais rappelle sans cesse que toute l'équipe semble tirer au loto des idées pour chambouler la mythologie pour la garder en vie.

La mère du futur et le futur leader sont le cœur de la mythologie, et les scénaristes s'agitent autour d'eux, usant de leur pouvoir de vie ou de mort dans tous les sens, quitte à perdre toute la belle pureté des débuts.

 

photo, Arnold SchwarzeneggerLe cercueil de Sarah Connor dans T3 (sauf que non)

 

Et que dire du T-800, passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel au fil des épisodes. Machine à tuer dans le premier, machine à protéger dans le deuxième puis le troisième, il a été rangé au placard dans le quatrième (hormis un clin d'oeil numérique), avant d'être ramené dans Genisys comme un gentil papi protecteur-blagueur. Dans Dark Fate, l'humour est toujours là, plus que jamais : il s'appelle Carl et a désormais fait sa vie, trouvé une femme et un fiston, vit dans une cabane en short, sert de la Corona, et a intégré à son programme la maîtrise des rideaux et tissus pour la décoration intérieure.

Le film a beau le tuer et lui offrir, a priori, une sortie inespérée (espérons, car où irait-il après ça), cette version du T-800 illustre bien à quel point la saga ne sait plus quoi faire de ses héros pour justifier une nouvelle aventure. 

Et quand Terminator : Dark Fate essaie d'installer de nouveaux personnages, c'est pour simplement en faire des échos du passé. Dani Ramos est donc simplement un mix entre Sarah Connor (une femme ordinaire qui révèle sa force et son courage) et John Connor (leader de la résistance). Voilà la grande idée de ce sixième-troisième opus. Et la preuve que l'imagination des producteurs est en panne sèche.

 

Photo Christian Bale John Connor, de leader-héros à ado tué sur la plage

 

LA SAGA NE SAIT PLUS QUEL MÉCHANT IMAGINER

Lorsque sort Terminator en 1984, l'image d'Arnold Schwarzenegger se relevant après chaque fusillade et sa volonté de mort inarrêtable marqueront si fort le public que le titre du film deviendra une expression populaire désignant un individu invincible et inébranlable. En 1991, Terminator 2 sidère le public grâce aux effets spéciaux inédits qui permettent au T-1000 de réaliser des prouesses physiques impensables, tandis qu'animatroniques et maquillages sanctifient Arnold comme un monument de SF à lui tout seul.

Et depuis... rien. Ou si peu. Terminator 3 s'est contenté de féminiser son antagoniste, Renaissance n'a pas su quoi faire de son hybride, et Genisys s'est fait seppuku à coups d'effets numériques infâmes. Avec James Cameron plus ou moins aux commandes on pouvait espérer que Terminator : Dark Fate renouvelle un peu tout cela et propose un adversaire à la hauteur de nos attentes. Malheureusement, ce rôle incombe à Gabriel Luna, qui n'est jamais en mesure de nous offrir le grand frisson.

 

photo Terminator, Gabriel Luna, Arnold SchwarzeneggerOn ne sait pas qui est le plus grabataire

 

Le choix de rompre avec les monsieurs biscoteaux pour proposer un méchant en apparence plus anodin, moins évidemment menaçant n'était pas une mauvaise idée, loin de là. Malheureusement, son interprète manque de charisme, pire, il ne distille aucune ambiguïté, se contentant de faire mollement la tronche tout le long du film. Plus difficilement compréhensibles, ses capacités sont très mal exploitées. Se comportant comme un énième décalque du T-1000, il ne propose jamais de réaction ou de stratégie inédites, et ne surpasse jamais ses ancêtres en intensité.

Enfin, le concept lui permettant de se dédoubler aurait pu être excellent, mais n'est tout simplement jamais utilisé à des fins d'action, pas plus que les chorégraphies n'en tirent parti. En l'état, il s'agit d'un adversaire totalement oubliable, jamais à la hauteur de la saga qui l'accueille.

 

photo, Gabriel LunaLe visage de la peur

 

LA SAGA A PERDU TOUTE SA FOLIE TECHNIQUE 

Les deux premiers volets de la saga n'ont pas seulement marqué Hollywood par la limpidité de leur écriture, la mise en scène de James Cameron ou le talent de leurs interprètes. Leur excellence technique a fait date. Certes, Terminator est un film de démerdard, dont beaucoup d'effets accusent aussi bien leur âge que la modestie de leur budget. Mais on oublie facilement qu'en 1984, Stan Winston et James Cameron parvinrent à tirer le meilleur de leurs faibles moyens.

L'image du T-800 se charcutant les bras puis le visage ont marqué des millions de spectateurs. Quant à Terminator 2, au-delà de ses cascades géniales, il ouvrait une toute nouvelle voie au grand spectacle à l'écran grâce à des effets numériques tels que le public n'en avait jamais vu. Poussant les interactions entre décors, personnages, et entités numériques plus loin que beaucoup se l'imaginaient possible, le film était en avance sur son temps et se vivait comme un évènement à part entière, une occasion d'assister en direct à la transformation du 7e Art.

 

photo, Gabriel LunaJamais sans ma doublure mal incrustée

 

Depuis, la franchise a totalement baissé les bras devant la complexité de la tâche. Certes, Terminator 3 : Le soulèvement des Machines et Terminator : Renaissance firent l'effort d'être dans le haut du panier technique lors de leur sortie, mais aucun ne tenta quoi que ce soit d'innovant, se contentant de ne pas écorcher les yeux de son public. Mais Hollywood a changé, et la production de giga-blockbusters sous vide menés tambour battant s'est généralisée. Terminator : Genisys en est un funeste exemple, tant aucune de ses scènes d'action ne paraît avoir bénéficié de suffisamment de temps, en termes de conception ou d'exécution.

Le constat est de nature similaire sur Dark Fate. Le métrage a beau proposer quelques jolis effets, une poignée de confrontations techniquement carrées (on pense notamment à un enchaînement de coups de masse dont l'impact s'avère ravageur), mais dans chaque séquence on trouve plusieurs exemples de doublures numériques atroces, aux finitions baveuses. Parfois, ce sont des passages entiers qui insupportent par leur grand n'importe quoi technologique, comme en témoigne la première partie du climax, où deux avions jouent à la bagarre, dans un festival de badaboum numérique d'une rare laideur.

Cette scène a d'ailleurs valeur d'exemple déchirant. Au-delà de ses limites techniques évidentes, elle dévoile le manque d'inspiration actuel de la franchise. Des scènes extrêmement proches ont déjà été vues (et mieux exécutées) tout récemment, dans Uncharted 3La MomieWorld War ZFast & Furious 6 ou encore Rampage. Quelle tristesse de constater qu'une des plus glorieuses franchises de son temps en est désormais condamnée à copier mollement ses concurrents, sans même parvenir à les égaler !

 

photoDu jamais jamais vu

 

LA SAGA RECULE POUR MIEUX SOMBRER 

Après un Terminator : Genisys qui a piétiné la mythologie en voulant s'en amuser, et un Terminator : Dark Fate qui passe au karcher les trois précédents films, il est possible de penser que la plus grosse erreur des producteurs a été de faire machine arrière après Renaissance. Ce saut dans l'apocalypse et l'inconnu était audacieux, et même si le film avait ses défauts (voir le dossier détaillé par ici), il ouvrait de vrais horizons.

Que Dark Fate revienne littéralement en arrière pour se placer directement après Terminator 2 : Le Jugement dernier illustre bien que personne n'a foi en un futur. Le coup d'oeil dans le rétroviseur, vers le passé, est la seule perspective exploitée par les producteurs. Recycler pour survivre, reconstruire une machine avec les pièces détachées récupérées à droite à gauche. Quitte à tourner en rond et se rapprocher d'un mur.

 

photoSans cesse, le passé revient sous une forme ou une autre

 

Le pire étant que jusque là, ça n'a rien de flamboyant à l'écran, et que c'est même une spirale noire. Renaissance a été un petit échec en salles (environ 371 millions au box-office pour un budget officiel de 200 millions), Genisys a fait mieux (environ 440 millions pour un budget officiel de 155 millions), et que se passera-t-il si Dark Fate se plante aussi ?

Jusqu'où la saga peut se régénérer sur ses cadavres ? Jusqu'où peut-elle mettre sous le tapis les décombres de ses ratés, sans perdre le public ? Combien de suites peuvent encore être annulées et remplacées par de nouveaux projets étiquetés Terminator ? C'est la grande question qui plane au-dessus du bien nommé Dark Fate.

 

 Le futur selon Renaissance

 

LA SAGA VA NOUS FAIRE OUBLIER SES BEAUX DÉBUTS 

Bien sûr, les deux films de James Cameron demeurent des chefs-d'œuvre du genre, et on a raison de dire qu'une mauvaise suite, un mauvais reboot ou remake n'a jamais pu détruire un grand film. Les suites de Carrie au bal du diable n'ont jamais abîmé le film de De Palma, plus personne ne se souvient des réadaptations de Fog ou du The Thing de Carpenter. Mais peut-être en ira-t-il autrement de la saga Terminator ? Tout d'abord, parce que tous ses épisodes ratés recyclent salement la recette de ses glorieux débuts, contribuant à les banaliser.

Ensuite, parce qu'en cherchant toujours à complexifier artificiellement une mythologie initialement limpide, ces suites malheureuses prennent le risque de brouiller un récit dont la première qualité était la pureté cristalline. Et de ce côté, James Cameron a joué un jeu dangereux. On a beau se souvenir que ce grand metteur en scène n'a jamais hésité à user de sa casquette de producteur comme un camelot (il alla jusqu'à offrir un soutien aveugle à son grand ami Arnold Schwarzenegger). 

Mais après la débandade Terminator : Genisys, dont il jura ses grands dieux qu'il était excellent, après ce Terminator : Dark Fate qui devait marquer son retour comme patron de la saga, James Cameron a perdu beaucoup de crédit auprès des fans. Ce nouvel affront pourrait-il ternir l'aura des deux grands classiques de 1984 et 1991 ? On espère bien que non.

 

Photo Linda HamiltonLinda Hamilton

 

Si Terminator : Dark Fate est raté pour l'équipe (voir notre critique et nos avis par ici), et qu'une partie de la critique semble plus positive, le futur reste à écrire : seul le verdict du public compte. Le film est sorti en France, et débarque aux États-Unis en novembre, où son démarrage est très attendu. Sans oublier la Chine, territoire majeur, puisque c'est une coproduction avec Tencent Pictures, acteur majeur de ces dernières années, déjà derrière Warcraft, le commencementVenomBumblebee, ou encore Men in Black : International.

 

Affiche française

commentaires

Dsyn
11/11/2019 à 22:36

L’idée qui avait été proposée par la série tv était selon moi bien meilleur
Dommage que celle ci n’ait pas trouvé son public

Geoffrey Crété - Rédaction
06/11/2019 à 09:35

@Yuma

Il y a un ATTENTION SPOILERS dès le début de l'article en majuscules...

Yuma
06/11/2019 à 08:43

Un petit spoil alert aurait été bienvenu, tant pis !

Skyflou
03/11/2019 à 14:12

La chronique de Marty le 28/10/2019 à 02:49 est absolument parfaite, dans tous ses points. Publiez la en review.

Xprocessor
31/10/2019 à 09:29

De la problématique des franchises qui tirent sur une corde usée depuis belle lurette.
De a problématique, surtout, de n'avoir jamais su s'affranchir de T2 qui était juste merveilleux et qui a enterré toute possibilité de se voir surpassé.... et qui se voit donc recopié à l'infini avec une saveur qui s'étiole au fil du temps et qui fait ressembler Dark Fate à n'importe quel film de série B actuel... C'est quand même un drame quand on se souvient combien T2 était précurseur dans son genre...

Tarantino
30/10/2019 à 22:55

Tout le monde a pitié des faibles, mais il faut gagner l'envie. Acteurs de cinéma https://film4k.stream/ disent

Dennis
30/10/2019 à 22:47

écarté de l'intrigue

Simon Riaux - Rédaction
30/10/2019 à 13:41

@berty

C'est surtout navrant, de voir que les gens en sont réduits à devoir se convaincre qu'un avis différent du leur ne qu'être illégitime par essence, téléguidé ou moutonesque.

berty
30/10/2019 à 13:03

c'est navrant de voir ces critiques téléguidées. on a l'impression d'entendre des moutons répétées ce qu'on leur a demandé de dire.
Moi j'ai passé un bon moment, il y a du rythme et j'ai pas été choqué par les effets spéciaux.
bref allez donc vous faire votre propre avis.

hervé
29/10/2019 à 23:15

Trop bien pour ceux qui comme moi y sont allés par nostalgie.

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