Godzilla II : Roi des Monstres a t-il été un gros échec qui menace l'univers étendu avec King Kong ?

Geoffrey Crété | 24 août 2019
Geoffrey Crété | 24 août 2019

La suite de Godzilla n'a pas été à la hauteur au box-office. Mais à quel point ?

Universal s'est cassé les dents sur son Dark Universe qui devait être lancé en fanfare avec La Momie, et a depuis été enterré sous le sable. Warner Bros. va t-il dans la même direction avec Godzilla II : Roi des Monstres ?

Après Godzilla en 2014 et Kong : Skull Island en 2017, et avant Godzilla vs. Kong en 2020, le film de Michael Dougherty avec Millie Bobby BrownKyle ChandlerVera FarmigaKen WatanabeSally Hawkins et Charles Dance n'a convaincu ni public ni critique.

Le succès en demi-teinte de cette suite est-il un gros frein aux projets d'univers étendu ? Godzilla va-t-il être à nouveau rangé dans son placard radioactif ? C'est L'Heure des comptes.

 

 

LE BUDGET

Entre 170 et 200 millions de dollars, selon Variety. C'est plus que les 160 millions de Godzilla de 2014, et similaire aux 185 millions de Kong : Skull Island en 2017. C'est un budget normal de blockbuster contemporain, proche d'un Captain MarvelAlita : Battle Angel ou Spider-Man : Far From Home.

À ce budget officiel s'ajoute le budget marketing. 100 millions semblent le minimum à ce niveau de superproduction, et Deadline affirmait que Godzilla 2014 avait coûté environ 140 millions à vendre dans le monde.

À noter que Godzilla 2 est une coproduction. Legendary Entertainement et Warner Bros. ont été soutenus par la boîte chinoise Huahua Media (pour une somme mystérieuse mais apparemment non négligeable). Ce qui signifie des coûts et des recettes partagées.

Godzilla II : Roi des Monstres a donc coûté dans les 300 millions.

 

photo, Millie Bobby Brown, Vera Farmiga Niveau -3 du succès : le début de la fin

 

LE BOX-OFFICE MONDIAL

Environ 386 millions. C'est très loin des 529 millions de Godzilla 2014, et des 566,6 millions de Kong : Skull Island. C'est même une déculottée pour un univers étendu qui est vendu et lancé avec tant de moyens.

C'est à peine plus que le Godzilla de 1998 réalisé par Roland Emmerich, avec ses 379 millions. Mais avec l'inflation, ce serait près de 600 millions. Le film de 2019 est donc une douche froide pour la bête.

Godzilla II : Roi des Monstres est jusque là le 13e plus gros succès de l'année, derrière Alita : Battle Angel et devant Shazam! (qui a coûté bien moins cher). Nul doute qu'il perdra pas mal de place d'ici fin 2019.

 

photoLa bataille de l'attention du public

 

LE BOX-OFFICE DOMESTIQUE

Environ 111 millions. Là encore, c'est mauvaisGodzilla avait encaissé plus de 200 millions, et Kong : Skull Island, plus de 168 millions. Même sans inflation, c'est moins que Godzilla 1998 (136 millions).

Godzilla 2 est jusque là 17e au box-office domestique 2019, évidemment loin des mastodontes (Avengers : Endgame avec 858 millions, Le Roi Lion avec près de 500 millions). Il est juste derrière Glass, qui a coûté 10 fois moins cher. Aïe.

 

photo Ta mine quand tu vois l'accueil américain

 

LE BOX-OFFICE ÉTRANGER

Environ 276 millions. Encore une fois, c'est le drame : c'est bien moins que Godzilla 2014 (328,4 millions) et Kong : Skull Island (398,6 millions).

Le film a surtout intéressé au Japon (25 millions) et en Chine (135,7 millions). Le précédent Godzilla avait amassé seulement 77 millions en Chine. C'est la plus grosse victoire du film, mais c'est bien trop peu.

 

photo King GhidorahLe monstre du flop qui ne te lâche pas d'une semelle

 

LE BOX-OFFICE FRANÇAIS

Près de 668 000 entrées. C'est très, très loin des 2,9 millions de Godzilla 1998, des 1,3 million de Godzilla 2014, et des 1,6 million de Kong : Skull Island.

Godzilla II : Roi des Monstres est très loin des cimes du box-office français 2019. Marvel est bien sûr vainqueur hors catégorie, mais même Alita : Battle Angel a fait beaucoup mieux malgré sa popularité beaucoup plus fragile (plus de 2 millions d'entrées). 

 

photoCrier son désarroi dans la nuit

 

LE BILAN

Deadline affirmait que Godzilla 2014 avait donné un bénéfice net de 50 millions et quelques au studio, après toutes les dépenses diverses et variées, et malgré près de 530 millions au box-office.

Difficile donc d'imaginer que Godzilla II : Roi des Monstres ait été une opération positive, vu qu'il a coûté plus cher, et encaissé moins en salles. Quelques dizaines de millions auraient donc été perdus. Bien sûr, tout cela ne comprend ni les ventes TV, ni le merchandising. Le bilan sera probablement équilibré avec ces données, et la coproduction a limité la casse en étalant les problèmes.

Dans tous les cas, un troisième épisode d'univers étendu qui accuse déjà une baisse d'intérêt sur quasiment tous les territoires est tout sauf une bonne nouvelle. Seule la Chine, encore une fois, semble être la lumière dans le paysage.

 

photo, Millie Bobby BrownLe mystère d'un succès ou d'un échec : étude de cas

 

LES CAUSES

La première : Godzilla intéresse-t-il au point d'en tirer une franchise entière ? Le film de 2014 avait comme argument le grand retour du bestiau, absent des écrans hollywoodiens depuis 1998. Kong : Skull Island était moins frais, King Kong de Peter Jackson datant seulement de 2005. Godzilla II : Roi des Monstres était le premier vrai morceau de l'univers étendu, celui qui ne pouvait plus miser sur la surprise et le retour d'un monstre connu avec l'espoir d'une modernisation, mais sur l'intérêt réel d'un public qui devait en redemander. 

Le film de Roland Emmerich devait donner lieu à une suite, comme évoquée dans la dernière scène. Sony avait même payé d'office les droits pour ces projets à Toho. Mais le box-office tiède du film a calmé les esprits, et le studio ne voulait continuer qu'à condition de réduire les budgets : il semblait déjà clair que l'amour du public était trop léger pour construire une giga-franchise.

 

photo godzillaLe doute était déjà là en 1998

 

La deuxième : l'appétit du public pour les gros monstres a-t-il été surestimé ? Depuis le Godzilla de 2014, Pacific Rim : Uprising a été un échec comparé à Pacific Rim qui était déjà un non-succès, Rampage - Hors de contrôle et En eaux troubles sont passés, et deux Jurassic World dans une moindre mesure. Trop d'un coup ?

Le Monstervese a en plus revendiqué un premier degré qui n'a pas convaincu tout le monde avec Godzilla, qui a notamment relégué le monstre au hors-champ la majorité du film. L'apocalypse selon Legendary et Warner Bros. est solennelle et grave, les personnages vivent des drames, sauvent leurs proches, et il n'y a pas de temps pour plaisanter.

Godzilla II : Roi des Monstres a néanmoins rectifié le tir avec deux ou trois seconds rôles médiocres, posés pour lancer des blagues, mais peu importe : la promo n'a absolument pas misé sur ça, si bien que le film a été perçu comme le-film-de-monstre-super-sérieux-et-noir.

 

PhotoRampage

 

La troisième, classique : la date de sortie. Godzilla II : Roi des Monstres est arrivé en mai (comme le précédent film), après Pokémon : Détective PikachuJohn Wick : Parabellum, et Aladdin, et juste avant X-Men : Dark Phoenix et Men in Black : International. Sans oublier Avengers : Endgame, qui était toujours là dans le paysage. L'embouteillage des blockbusters et divertissements a été absurde.

Le roi des monstres n'a pas impressionné la concurrence, et a démarré avec environ 47 millions côté États-Unis, loin des 93 du film de 2014, ou des 61 de Skull Island. Dès le début, son règne était menacé.

 

Image 687981Beau prince en 2014, petit roi en 2019

 

LES CONSÉQUENCES

Godzilla vs. Kong a été annoncé fin 2015 dans la foulée de Godzilla 2, et dans un plan d'univers étendu autour des deux célèbres monstres. Un rendez-vous au sommet programmé pour 2020, qui a un temps failli être décalé, avant d'être bien officialisé pour mars.

Un doute qui a coïncidé avec le démarrage tiédasse de Godzilla II : Roi des Monstres, très mauvais signal envoyé par le public au studio. Une grosse partie de la promo du blockbuster a été dédiée à cet univers étendu, au bestiaire et au futur de la saga, et l'intérêt très relatif des spectateurs est tout sauf rassurant pour Legendary et la Warner. 

Ces films coûtent chers, très chers (le budget de Godzilla vs. Kong d' Adam Wingard n'est pas connu, mais nul doute qu'il sera au moins égal aux précédents épisodes), et sont là pour rapporter gros, pas pour limiter la casse et atteindre simplement le seuil de rentabilité.

 

photo, Charles DanceTeasing dont on se fout un peu #6

 

Godzilla vs. Kong était déjà lancé avant la sortie de Godzilla II : Roi des Monstres, la machine était impossible à arrêter. Les studios vont-ils préparer au cas où une sortie finale, et s'éviter un revers terrible avec une saga enterrée vivante ? Le film de Wingard (avec Millie Bobby Brown, Kyle Chandler, mais aussi Alexander Skarsgård et Rebecca Hall) a-t-il été repris et repensé discrètement en post-production, ou avec des reshoots à venir ?

À l'heure où le cap du milliard est dépassé par quantité de films (six films déjà, et 2019 n'est pas finie), le Monsterverse de Godzilla et King Kong a jusque là une grande gueule, mais pas beaucoup plus. 

Godzilla II : Roi des monstres sortira le 2 octobre en DVD et Blu-ray.

 

Affiche française

commentaires

Tom's
28/08/2019 à 12:37

Tout simplement le succès en rapport avec la popularité, gros bénéfices en Chine &Japon. Aussi le spectacle proposé le concept, passé un âge dur de prendre ca au sérieux d'y Trouver mme un intérêt!

Alan Smithee
28/08/2019 à 11:23

Il y a quelque chose de vraiment réjouissant quand on sait que ce film conçu par des exécutifs de studio fasse moins au box office que Alita Battle Angel qui lui a été conçu par son équipe (Cameron Landeau Rodriguez ) sans interférence.

phoenlx
27/08/2019 à 22:25

moi ce que je trouve lamentable et triste c'est que de nos jours il faut que les films soient plein de blagues pour que le public suive, le cinéma est tombé bien bas

ratrtart
27/08/2019 à 21:34

j'ai rarement vu une super production aussi médiocre c'est mauvais de A a Z , personnage sans intérêts bataille sans imagination et par dessus tout mal réalisé et mal chorégraphie le tout habillé par ce fameux filtre bleu ignoble que l'on voit dans la plus part des films comme les derniers star trek de JJ abrams . Comment peut ton ce tromper à ce point franchement j'ai surtout l'impression que les studio prennent les spectateurs pour des imbéciles

prof west
27/08/2019 à 08:24

perso j'ai trouvé cette suite plutot bonne ressemblant plus aux films japonais

Deufré
26/08/2019 à 20:06

On oublie à quel point un éléments aussi simple que le titre d'un films peut faire baisser le nombre d'entrées en salle. Entre 20 et 30 % a priori et un film qui s'appelle "Godzilla 2, le Roi des Monstres", ça ne sonne pas très bien. On peut penser à une exigence des studios chinois.

Simon Riaux - Rédaction
26/08/2019 à 15:44

@God vs kong

Toby Emmerich de la Warner a déclaré que le film était repoussé, et qu'il sortirait bien en 2020, mais à une date ultérieure.

On n'en sait pas plus pour le moment, mais vu la réception de Godzilla King of the Monsters, il semblait impensable que le studio sorte une suite dix mois plus tard sans changer sa stratégie commerciale.

God vs kong
26/08/2019 à 15:36

A ce propros EL n'avez vous pas de nouvelles de godzilla vs kong? effectivement depus le flop de ce film on entend plus rien alors que Mars.... ben c'est dans 6 mois, pas une photo , pas un teaser rien ! très étrange ce silence....

Karev
26/08/2019 à 14:12

toujours un délice les petits phrases sous les images xD

prometheus
26/08/2019 à 11:25

J'ajouterai que la crise créative qui frappe le cinéma US est la conséquence directe de l'âge d'or actuel des séries et des plateformes de vos. Hollywood ne veut plus que lancer des franchises serialisées, des films creux sensés faire patienter jusqu'au suivant, pour fidéliser les masses et créer des marques comme les séries tv parviennent à le faire. Avec sa construction en phases échelonnée sur plusieurs années, Marvel a commercialement réussi, et ainsi, incité les autres studios à en faire de même.
Résultat : pléthore de films apparaissent creux, vides, sans réelle fin ou avec une fin très ouverte, avec comme unique objectif de lancer de suites à gogo en cas de réussite financière. L'aspect critique n'a jamais été aussi secondaire au monde des blockbusters... Les scénario sont nuls, les acteurs plats et déjà archi connotés à la tv, on nous balance des teasers des mois à l'avance, des bandes annonces 1, 2 et 3 pour survendre le produit, promo internet à fond... Mais derrière, c'est cynique à 2000% et le public n'est pas dupe, même lorsque le film est tiré d'un livre ou d'une bd.
Certes, Transformers, Avengers, Mission Impossible, Harry Potter, Batman ou Le Seigneur des anneaux ont cartonné sur cette logique mais regardez Divergente, Warcraft, Amazing Spider man, Alita, le DCU ou les films de monstres... Beaucoup y ont laissé des plumes
Sauf qu'au final, c'est le cinephile le grand perdant. Bye bye l'originalité, la diversité, la richesse, la surprise...

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