Avant L'Heure de la sortie : de L'Exorciste au Village des damnés, ou quand les gosses deviennent des terreurs

Créé : 2 janvier 2019 - La Rédaction
La Rédaction | 2 janvier 2019
photo, Laurent Lafitte
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L'Heure de la sortie rappelle que les enfants sont de parfaits petits soldats de l'horreur dans le cinéma de genre.

Dans L'Heure de la sortie (en salles le 9 janvier), Laurent Lafitte est confronté à une bande d'adolescents troubles, étranges et inquiétants, qui laissent imaginer le pire. Avant lui, le cinéma de genre a largement exploité le potentiel diabolique et flippant des gosses.

Retour sur ce sous-genre qui nourrit bien des cauchemars. 

 

 

LE DIABLE DANS LE BERCEAU 

Quoi de plus malin pour le diable, pour passer inaperçu, que de prendre l'apparence d'un innocent bambin ? Le plus évident est bien sûr Damien, terreur de La Malédiction, de Richard Donner. Une référence absolue en la matière, qui a donné plusieurs suites, un remake oubliable (La Malédiction 666 en 2006) et même une série, centrée sur Damien adulte.

Plus de 40 ans après, le film avec Gregory Peck et Harvey Stephens reste un monument du genre, d'une noirceur absolue. Impossible d'oublier ce visage de poupon qui cache le Mal à l'état pur, qui terrorise les animaux du zoo, pousse les autres au suicide ou au meurtre, et finit par remporter sa bataille pour exister, sous le regard médusé du spectateur impuissant face à ce cauchemar.

 

Photo Ce cher Damien

 

L'autre classique indétrônable s'appelle L'Exorciste, de William Friedkin. Quelques années de plus au compteur pour Regan, qui n'est pas l'Antéchrist mais l'hôte du démon Pazuzu, passablement agacé qu'un prêtre vienne le déranger. La terreur est ici moins sourde et silencieuse : le cinéaste l'expose au grand jour et transforme cette tendre gamine (interprétée par Linda Blair) en miroir des enfers.

C'est là encore un coup de génie en la matière, tant cette adolescente a priori innocente est métamorphosée en monstre inhumain, qui gerbe, qui hurle, se tortille et se déshumanise en direct. Et si la dérive des symboles de pureté que sont les bambins devait connaître un stade encore supérieur, il y aura Rosemary's Baby de Roman Polanski où le bébé, même hors-champ, marque l'esprit dans ce qu'il représente de la naissance du Mal sous sa forme la plus glaçante.

 

Image 663400 Cette douce Regan

 

ABOVE AND BELOW 

L'enfant étant le réceptable parfait des angoisses, il a toujours été un catalyseur dans le cinéma de genre. Dans les années 60, il devient le reflet d'une angoisse politique diffuse dans Le Village des damnés de Wolf Rilla, où un petit village tombe dans les vapes durant plusieurs heures, pour de mystérieuses raisons, avant que toutes les femmes ne découvrent être enceintes. Elles donneront naissance à une armée de têtes littéralement blondes, aux yeux bleus et au comportement étrange.

Ici, l'enfant semble sortir de La Quatrième Dimension : il se déplace en bande, parle comme un adulte, semble avoir zéro empathie ou émotion, mais est doué de télépathie. L'angoisse est palpable face à cette progéniture parfaitement terrifiante, croisement entre l'Aryen et le communiste à l'heure de la Guerre froideJohn Carpenter en livrera sa version dans une nouvelle adaptation du livre de John Wyndham en 1995, avec une note féministe.

 

photo Belle brochette d'horreurs

 

En bon maître de l'horreur, Stephen King a sans surprise puisé dans les enfants une source de terreur régulière. Gage dans Simetierre, le village des Démons du maïs, les jumelles ou même Danny lui-même dans Shining, Charlie dans Firestarter : les véhicules de l'angoisse sous forme de visages angéliques ne manquent pas dans les adaptations de ses classiques.

Et le cinéma de genre n'aura jamais hésité à malmener ou sacrifier ces petits êtres fragiles, pour en faire des fantômes comme dans le grenier de The Grudge, des cibles impuissantes dans Poltergeist ou des monstres au coeur sensible dans Morse. Bref, si vous êtes un môme dans un film d'horreur, vous êtes mal barré.

 

photo, John Franklin John Franklin, autre visage de l'angoisse 

 

L'INQUIÉTANTE ÉTRANGETÉ 

Mais la vraie terreur vient peut-être lorsqu'elle n'a aucune excuse - ni celle de l'Antéchrist ni celle d'un alien. Dans L'Heure de la sortie, Apolline, David, Clara et leurs amis ne sont pas des monstres. Ils sortent de l'ordinaire oui, mais restent à la lisière de la normalité, dans une zone trouble où l'esprit peut divaguer, et imaginer le pire.

Impossible de ne pas penser à Rhoda, la gamine aux couettes de La Mauvaise Graine de Mervyn LeRoy. Sorti en 1956, le film avec la géniale Patty McCormack (nommée à l'Oscar du meilleur second rôle pour cette performance impressionnante) est l'archétype du genre : cette enfant est machiavélique, et hormis l'argument d'un père qui aurait été un tueur en série, rien n'explique sa folie si ce n'est sa simple condition humaine.

 

photo, Nancy Kelly Une enfant tout à fait normale

 

Quelques décennies plus tard, il y aura Esther de Jaume Collet-Serra, où Vera Farmiga et Peter Sarsgaard affrontent une fillette de 9 ans particulièrement tordue et malsaine. Un joyeux petit twist révèlera la véritable nature, là encore parfaitement humaine, de cet être diabolique.

Vera Farmiga qui affrontera d'ailleurs une race similaire de môme des enfers dans Joshua, où pour le coup il n'y a même pas d'histoire d'adoption : il n'y a rien d'autre que l'intelligence suprême et terrifiante d'un enfant de 9 ans, qui brise ses parents pour arriver à ses fins.

De Lonnie dans Délivrance à Mercredi dans La Famille Addams, l'enfant est une page blanche pour tous les genres et styles, du rire pur au trouble le plus absolu. Et Les Révoltés de l'an 2000, pépite des années 70 signée Narciso Ibáñez Serrador, donne un avant-goût mémorable d'une apocalypse sponsorisée par les bambins. L'image d'un bébé qui devient un meurtrier dans le ventre même de sa mère, est de celles qui marquent durablement l'esprit et l'imaginaire.

 

photo, Jacob KoganJacob Kogan dans Joshua : les filles n'ont pas le monopole de l'horreur

 

L'Heure de la sortie a beau ne pas jouer dans la même cour que L'ExorcisteRosemary's BabyLe Village des damnés ou encore Les Révoltés de l'an 2000, il s'inscrit dans un courant du cinéma de genre qui aura largement exploité le potentiel angoissant et étrange des enfants. Figures de pureté facilement malléables, et capables de symboliser le Mal sous ses formes les plus folles et abstraites, ils continuent de générer de la peur, et des frissons fascinants.

 

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat sur Ecran Large ?

 

Affiche officielle

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