Le mal-aimé : Spider-Man 3, le rejeton de la saga et la honte de son réalisateur

Prescilia Correnti | 28 octobre 2018 - MAJ : 29/10/2018 09:59
Prescilia Correnti | 28 octobre 2018 - MAJ : 29/10/2018 09:59
Photo Affiche détail
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Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

 

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« Les fans de la série réalisée par un poids lourd de Hollywood ne seront pas déçus par cet (ultime) épisode qui redouble d'effets spéciaux très spectaculaires (...) De plus, on découvre enfin le côté noir de Spiderman, finalement beaucoup plus intéressant et sexy » - Le Figaroscope

« Spider-Man 3 confirme sa capacité à faire vibrer à l'écran le mythe du super-héros sans renoncer à une mise en images bourrée de personnalité, et gonflée au sous-texte intelligent. » - Rolling Stone

« Raimi commet un contresens quand il fait de son héros solitaire un symbole de l'Amérique triomphante. Quant aux scènes d'action, totalement irréelles, elles sont à bâiller d’ennui. » - TéléCinéObs

 

 

LE RÉSUMÉ EXPRESS

Peter Parker a la pleine possession de ses pouvoirs et se sent de plus en plus à l’aise dans la peau de Spider-Man. Alors qu’il s’apprête à demander la main de sa bien-aimée depuis deux films, Mary Jane, des menaces rôdent dans l’ombre et cherchent à le nuire. Parmi elles, Harry Osborn (James Franco) veut toujours venger la mort de son père. Sandman (Thomas Haden Church), ou l’homme sable en français, veut trouver de l’argent pour guérir sa fille, et un étrange symbiote venu de l’espace a décidé de coller Peter Parker jusqu’à ne faire qu’un avec lui.

En fait, Spider-Man (Tobey Maguire) va devoir jongler entre la menace de l’homme-sable, jouer avec la double nature qu’il y a en lui, se débarrasser de son némésis Venom qui viendra s’unir à Eddie Brock et essayer de renouer les liens avec son ancien meilleur ami.

Côté amour, il va devoir reconquérir Mary Jane (Kirsten Dunst), et ça ce n’est pas gagné. La vie des fois, cette chienne. Au final, tout se finit bien. Venom et Sandman sont détruits, Harry meurt comme une pauvre loque à l'instar de son paternel (Willem Dafoe) dans Spider-Man, et Mary Jane retombe dans les bras de Peter Parker. Et Gwen Stacy (Bryce Dallas Howard) ? Inutile.

FIN.

 

Photo VenomQuand tu te tapes le petit orteil sur le coin de la table

 

LES COULISSES

Le plus triste dans cette histoire, c’est que le cinéaste lui-même a finalement rejeté son propre enfant. Dans un podcast de Nerdist, Sam Raimi est revenu avec beaucoup d’amertume sur son troisième épisode qualifiant son film "d’horrible" et "manquant terriblement d’entrain" :

"C’est un film qui ne fonctionne pas très bien. J’ai essayé  pourtant, mais je ne croyais pas en tous les personnages. Lorsqu’un réalisateur n’aime pas une histoire, c’est mal de sa part de la mettre en scène alors que tant de gens l’apprécient. Je pense que vouloir monter la barre après Spider-Man 2 était la chose à faire mais cela nous a voué à l’échec. J’aurais dû rester aux personnages et à leurs relations au lieu d’essayer de surenchérir. "

Pour comprendre d’où vient le problème exprimé par le réalisateur, il nous faut pour cela remonter quelques mois auparavant, lors de la fin de Spider-Man 2 et de la genèse de Spider-Man 3. Alors que Spider-Man premier du nom avait coûté près de 139 millions de dollars, Spider-Man 2 plafonnait à 200 millions de dollars, quand Spider-Man 3 lui, perçait le fond du panier avec un budget astronomique de 258 millions de dollars.

 

Photo Tobey MaguireQuand c'est le Black Friday aux Etats-Unis

 

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'à l'époque de Spider-Man 3, un quatrième voire un cinquième opus était en pourparlers auprès de Sony et de la production. Sam Raimi s'attelle consciencieusement à la réalisation de son troisième épisode et décide d'y incérer deux méchants : Sandman (Thomas Haden Church) et Harry Osborn (James Franco) qui ne suivra pas totalement l'héritage de son père et serait un méchant "quelque part entre". Alors qu'en coulisse, le cinéaste s'occupe de "boucler la boucle" du Bouffon Vert, et souhaite faire intervenir un autre super-méchant, Vulture (sous les traits de  Ben Kingsley) dans l'ombre Avi Arad pousse Sam Raimi à faire intervenir un autre super-vilain : Venom. Pourquoi ? Parce que c'est un "personnage que les fans adorent et veulent voir dans le film" soi-disant.

Problème : Sam Raimi ne comprend pas Venom. Il déclarera bien des années plus tard qu'il "ne parvenait pas à surmonter le manque d'humanité de Venom". En réalité, Arad estime que la saga se repose trop sur les méchants préférés de Raimi, et non sur des personnages qui intéressent réellement les fans. C'est aussi lui qui convainc Raimi d'ajouter un love-interest rival à Mary Jane en la personne de Gwen Stacy (Bryce Dallas Howard). En somme tous les éléments qui font que Spider-Man 3 a une mauvaise côte.

 

Photo Bryce Dallas Howard, Topher GraceHaha, super on va former un groupe de "personnages jamais voulus"

 

LE BOX-OFFICE

Si vous pensiez que Spider-Man 3 est un échec, alors détrompez-vous. Puisqu’il a été la meilleure réussite de toute la saga au box-office mondial.

En 2002, Spider-Man sortait en grande pompe dans les cinémas. C’est bien simple, il était le premier blockbuster (et de surcroît du genre de super-héros) à entamer un démarrage à plus de 100 millions de dollars. Pour l’anecdote, Spider-Man détiendra ce record pendant plus de quatre ans jusqu’à l’arrivée de Pirates des Caraïbes : Le secret du Coffre Maudit qui le détrônera avec 114,7 millions de dollars de recettes.

A la fin de son exploitation Spider-Man avait totalisé 403,7 millions de dollars au box-office domestique (566,4 millions avec inflation) et 821,7 millions de dollars au box-office mondial (1,15 milliard avec inflation). Un chiffre hors-normes pour l’époque. Deux ans plus tard, Spider-Man 2 débarque sur les écrans et termine avec 373,5 millions de dollars en poche (499,1 millions avec inflation) sur le territoire domestique et 783,7 millions (1 milliard avec inflation) au box-office mondial.

Enfin, Spider-Man 3 arrive en 2007 et totalise 336,5 millions (409,6 millions inflation) de dollars au box-office domestique et casse les scores au box-office mondial avec 890,8 millions de dollars (1,08 milliard inflation). Spider-Man 3 devient même en 2007 le plus gros succès de l’année devant Shrek le troisième (322,7 millions) et Transformers (319,2 millions).

 

photo, Tobey MaguirePeter Parker, un homme d'acier

 

LE MEILLEUR

Dès l’affiche, le grand ennemi de Spider-Man est présenté sous les mêmes traits que lui. La punchline n’est d’ailleurs pas anodine puisqu’elle exprime clairement que "son pire ennemi est en lui". Qui ça ? Et bien l’un de ses grands némésis : Venom. Beaucoup diront bien des années après que l’antagoniste a été l’un des pires méchants de la saga. Beaucoup reprocheront au cinéaste le traitement catastrophique de ce dernier. Pourtant, Sam Raimi est loin, mais alors très loin d’avoir frôler la catastrophe. En l’espace de deux heures, et avec deux méchants supplémentaires à son actif, le cinéaste parvient à produire et livrer une meilleure exploitation du symbiote que le film de Ruben Fleischer alors qu’il porte l’entité en lui-même : c’est ballot.

Qui plus est, le film datant tout de même de 2007, ne vieillit pas d'un pouce. Les effets spéciaux de Venom sont toujours aussi impressionnants. Le symbiote se déplace avec agilité, dans des mouvements fluides, visqueux et arachnéens, sublimés par des effets d'ombres et de lumières projetés sur les murs qui sont encore diablement effrayants. Et parce que Venom ce n'est pas simplement cette gueule enfarinée pas très belle, on vous rappelle aussi que c'est ce très joli plan circulaire lorsque le symbiote se lie à Eddie Brock dans l'église et cette très belle manifestation à la toute fin du film, où le symbiote apparaît sous sa vraie forme. Nettement plus imposant que Venom.

 

photo,Mais oui, t'es si pas mal Venom allez

 

Au-delà de ça, c’est avant tout la dualité entre Peter Parker et son alter-égo Spider-Man qui devient fascinante et terriblement passionnante.  Le symbiote extraterreste n'est finalement qu'un prétexte pour laisser exploser la nature colérique et perfide que Peter Parker tente de réprimer depuis Spider-Man. Sous l'influence de son costume, qui fait ressortir tous ses mauvais défauts, Peter devient trop sûr de lui, négligeant avec ceux qui l'entourent, hargneux, grossier et violent. Alors oui, il faut passer outre ses scènes de danses un peu ridicules (mais qu'on aime toujours regarder), sa démarche de coq et son petit look "émo" qui font encore tache dans le paysage.

Ce qui est important de retenir derrière c'est la mise en scène du côté sombre et tourmenté de ce héros qui essaie sans cesse de faire le bien et qui est révélé au grand jour. Face aux supplications d'Eddie Brock (Topher Grace), Peter bafoue son intégrité, lors d'une scène de danse un peu trop osée où il s'emporte et frappe Mary-Jane de plein fouet, il va même jusqu'à tenter de tuer intentionnellement Sandman. Ce qui fait obligatoirement écho à l'accident fatal du cambrioleur lors de Spider-Man.

 

photo, Spider-Man 3, Tobey MaguireEt si Spider-Man était un être abject ?

 

Certaines critiques reprocheront bien plus tard la performance de Tobey Maguire, jugé trop timide, frêle, fragile. Mais aussi de son interprétation de Spider-Man, toujours trop sérieux et jamais assez fun. Sauf que le tisseur de toiles n'est pas seulement un héros populaire, c'est aussi un héros torturé qui tente de faire passer sa vie de justicier avant sa vie réelle, qui est juste minable et pitoyable. En cela, Tobey Maguire a offert jusqu'à aujourd'hui, la plus belle performance de Spider-Man au cinéma. Un homme qui doit à la fois jongler entre ses responsabilités de justicier et de protecteurs des plus faibles et de sa vie personnelle, avec ses hauts et ses bas.

Enfin, ne pas terminer cette catégorie sans évoquer la mise en perspective du personnage de Sandman (Thomas Haden Church) serait un peu criminel. L'acteur y campe un personnage touchant et émouvant qui n'a juste "pas de chance dans la vie". Encore aujourd'hui, la mise en scène de la naissance de Sandman est à couper le souffle.

 

Photo Thomas Haden ChurchUn super-vilain tragique

 

Au bout du compte, Spider-Man 3, tout comme le reste de la saga se révèle être une très belle lettre d'amour d'un cinéaste à un super-héros, et aux comics ansi que celui d'une recherche permanente d'une réelle volonté évidente d'ancrer son héros dans le contemporain. Sam Raimi restranscrit parfois à la case près une scène issue des comicsbooks dans ses longs-métrages.

On pense indubitablement à la séquence dans l'église où Peter tente de s'arracher de son symbiote grâce au vibrations sonores de la cloche. Mais aussi à ce très beau plan où Peter raccroche son costume, et le jette dans une benne à ordure avant de s'éloigner dans le gouffre de la pénombre et de la solitude dans Spider-Man 2. Spider-Man 3 est la conclusion parfaite de cette saga brillante. Un épisode définitivement plus sombre, mature, et éclatant d'une grande maestria.

 

PhotoMême le costume est bien, franchement

 

LE PIRE

Evidémment, on a beau apprécier Spider-Man 3, il ne reste pas moins un film avec son lot de petits défauts. On compte entre autres : la venue dénuée de tout intérêt de Gwen Stacy (Bryce Dallas Howard) ou le twist de la mort de l'Oncle Benqui est supposé être un tournant majeur dans la psychologie de Peter. Mais aussi le revirement de situation d'Harry Osborn et sa "bromance" (à coup de "je t'aime, moi non plus") avec Parker, le trop plein de super-méchants et du carphanaüm qui résulte du film.

Si on se doit se pencher en détails sur les faiblesses du film, autant commencer avec le personnages de Gwen Stacy. Laquelle n'est finalement présente que pour apporter un peu de piment dans la relation MJ et Peter, et consituer un triangle amoureux. Problème : ça ne marche pas.

Non pas que Bryce Dallas Howard campe déjà assez mollement son héroïne, mais c'est surtout à cause de Sam Raimi qui ne sait absolument pas où la mener, ni comment la diriger. Il faut bien qu'elle ait aussi son moment de gloire, alors le mieux est de lui donner une scène dantesque où elle tombe du haut d'un immeuble.  

 

photo, Bryce Dallas HowardMême la coupe de cheveux ça ne va pas. C'est un NON Bryce.

 

L'autre souci majeur du long-métrage c'est évident le surplus de super-méchants. La faute en particulier à Avi Arad qui souhaitait intégrer Venom en plus des autres. Sam Raimi a alors dû jongler entre trois super-vilains, dont un qu'il n'appréciait pas particulièrement.

Et malgré toute la bonne volonté du cinéaste d'intégrer correctement son troisième antagoniste, l'ensemble devient bancal et bordélique. Le trio souffre d'un manque de cohésion, et malgré un final dantesque et apocalyptique, Sandman et Venom ne parviennent pas un constituer une menace digne de ce qu'ils sont censés représenter. Mais malgré tout ça, on l'aime d'amour ce Spidey 3.

 

RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DES MAL-AIMÉS DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

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commentaires

Jonathan
05/11/2018 à 10:14

La version 3.1 corrige pas mal de défaut scénaristique.

SP
29/10/2018 à 21:30

La première trilogie de l'homme araignée avec Tobey Maguire est de loin le meilleur spiderman que marvel est fait . avec des acteurs charismatique et avec une certaine moral , pas comme les merde qui on suivi derrière ... , donc les critiques sur ce film j'ai un peu du mal vu ce qui a suivi après ... donc Sam Raimi n'a rien a ce reproché .

Giagia16
29/10/2018 à 16:46

vraiment appart le scène ou peter danse dans le rue et dans le bar. ce film est super il faut arrêter de lui cracher dessus, vous s'avez quoi ce soir regarder le vraiment le film vous allez voir qu'il les pas si mal. même l'histoire et bien écrite. car il faut redonnez une chance a spider-man 3 ce film mérite d'autre critique et vous s'allez voir que même les méchant sont bien écrit.

Andarioch
29/10/2018 à 09:28

Pour moi le gros problème de ce film est Bryce Dallas Howard. Je n'arrive pas à savoir si ça tient à son jeu, à sa plastique ou tout simplement à son regard mais dès que je la vois dans un film j'ai l'impression de voir une sorte d'androïde façon being human. Pas qu'elle soit mauvaise actrice mais elle a l'air, je ne sais pas..., pas vraiment là. Elle cligne des yeux de temps à autre????

STEVE
28/10/2018 à 21:35

Combien d'articles dessus?

Ok ce film souffre de trop d'ennemis. C'est gavant. Et venom sacrifié.
Mais c'est vrai que comparé aux Marvels qui sont des produits bien aseptisés, spiderman 3 est deja mieux

Dutch Schaefer
28/10/2018 à 20:46

Marvel a fait bien bien PIRE depuis!
Alors franchement celui-ci, il faut le revoir pour se faire son idée!
Mais perso, il est bien au dessus d'un paquet de merde du MCU!

Omar Little
28/10/2018 à 15:46

Ah, ça fait plaisir à lire, je suis entièrement d'accord avec vous ! Je comprends pas cette tendance à démolir ce film, surtout quand on regarde la gueule des "Spider-Man" ayant suivis (allez, Homecoming est sympa, mais on est très loin de Raimi). "Spider-Man 3" boucle superbement une trilogie brillante, la meilleure saga super-héroïque.

corleone
28/10/2018 à 14:40

Ce film surpasse tous les Spiderman qui sont passés après ainsi que la majorité des films du MCU et de loin. Merci pour tout M.Raimi

EUh
28/10/2018 à 14:17

Les petits défauts sont minimes finalement face aux énormes qualités du film. Rien que les scènes d'action... Marvel n'a pas fait mieux depuis. Un signe qui ne trompe pas: en prenant le film en cours, c'est quasiment impossible de ne pas le regarder jusqu'au bout.

jorgio69
28/10/2018 à 13:18

C'est quand même fou.
Quand on voit ce qu'ils ont fait après, cela permet de réévaluer la qualité de ce film. Je trouve :D

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