American Nightmare : la purge la plus révolutionnaire du cinéma américain ?

Créé : 5 juillet 2018 - Simon Riaux
affiche
71 réactions

Depuis l’avènement des années 80, le cinéma d’horreur américain a progressivement perdu sa dimension politique, au profit du pur divertissement gonflé en adrénaline. Non pas que la production de genre venue d’outre-Atlantique n’adresse pas de véritables problématiques sociales (The Witch, It Follows), mais elle semblait avoir progressivement renoncé à commenter le monde contemporain, son actualité.

 

Affiche

 

Un sentiment brisé soudain par Get Out, qui offrait une représentation mordante et impitoyable d’un certain racisme de gauche, dévoiement diabolique d’un humanisme de façade. Mais ce que le succès international et le très bon accueil critique du métrage ont fait oublier, c’est qu’une franchise travaillait déjà depuis quelques années un retour en force de la satire politique accouplée au cinéma de genre.

Il s’agit de la désormais quadrilogie American Nightmare. Arrêtons-nous un instant sur la qualité de ces quatre productions. Non, il n’est pas ici question de réhabiliter des films qui souffrent énormément de la recette de fabrication Jason Blum, à savoir industrieuse et à l’économie, privilégiant des concepts clairement identifiables et déclinés mécaniquement. Oui, les quatre films sont relativement médiocres, voire franchement mauvais pour au moins deux d’entre eux. Mais ce qui nous intéresse ici, ce sont les formes qu’ils interrogent, les symboles qu’ils attaquent, et l’agressivité avec laquelle ils le font.

 

Photo Daniel KaluuyaGet out

 

TOUT EST DANS LE TITRE

On pourra se demander pourquoi avoir titré en français The Purge par American Nightmare, mais à la revoyure, il s’agit d’un trait d’esprit cohérent. Car ce que raconte la saga, c’est comment le rêve américain a été purement et simplement verrouillé et n’offre plus à personne l’occasion de prendre le mythique ascenseur social.

Le rêve a tourné cauchemar, et ne s’adresse plus au faible ou au nouveau venu, auquel il est fait le serment qu’il a en main les clefs de son destin, mais au puissant et au possédant. La Purge lui propose un rêve d’un autre genre, celui d’aller traquer et détruire le pauvre, l’indigent, le marginal. Apurer lui-même la société, voilà le rêve des 1%. En l’état, on voit peu de films grand-public nord-américains mettre de semblable coup de boule à leur mythologie nationale.

 

American Nightmare 3 : ElectionLes pères défondateurs...

 

CANNIBAL FEVER

Plusieurs fois dans la saga, le meurtre de masse de pauvres prend un tour particulier : celui d’un repas sacrificiel. Dans American Nightmare 2 bien sûr, mais également dans American Nightmare 3 : Election, alors que des victimes vont être saignées littéralement sur un autel religieux, le peuple devient l’hostie d’un rituel délirant.

En effet, il n’est pas seulement ici question de forcer les pauvres à le demeurer, l’idée n’est pas tant de contenir les classes inférieures en bas de l’échelle sociale, mais bel et bien de les dévorer.

 

photoBon appétit bien sûr

 

DONALD TROMPE

Si American Nightmare en restait à diviser le monde en puissants et en victimes, la franchise se teinterait d’une forme de poujadisme, certes amusant de par sa hargne, mais trop simpliste pour éviter le délire populiste. Or, et c’est relativement inattendu quand on connaît la prudence de Hollywood quand il est question de problématiques véritablement clivantes.

Mais étonnamment, dès son deuxième chapitre, la saga a clairement désigné comme architectes, profiteurs, et manipulateurs de l’horreur américaine le parti Républicain et sa quasi-aristocratie. La franchise est allée jusqu'à directement prendre le président Donald Trump pour cible, aussi bien lors de la campagne promotionnelle d'American Nightmare 3 : Election avant de le désigner symboliquement comme le responsable des massacres d'American Nightmare 4 : Les origines (dont la critique est ici).

Evidemment il appartient à chacun d’adhérer, de critiquer, de récuser ou de s’amuser de cette proposition, voire de la considérer comme hypocrite, mais sa frontalité la rend quasiment inédite dans le paysage cinématographique contemporain.

 

Photo Frank Grillo, Elizabeth MitchellQuand Lincoln veut tuer une sénatrice démocrate et Frank Grillo (kamoulox)

 

SHOOTING EN MASSE

Désigner ainsi le parti Républicain, qui assume depuis des années de recracher mot à mot les éléments de langage de la NRA (le lobby pro-armes), dans un film de SF horrifique où des hordes d’individus se saisissent d’armes automatiques pour en massacrer d’autres est à l’évidence une métaphore des tueries de masses qui ensanglantent les USA.

Devenues quasi quotidiennes depuis le drame matriciel de Columbine, ces évènements interrogent chaque année un peu plus une société arc-boutée entre partisans de la régulation des armes et les défenseurs du droit des humains à s’entretuer.

 

American Nightmare 3 : Election Frank Grillo le presque héros de la saga

 

C’est aussi là que la ligne politique d’American Nightmare devient floue, problématique, et donc passionnante. Car si les armes et leurs porteurs sont régulièrement désignés comme des salauds, responsables de l’oppression généralisée, le désir du spectateur de voir ses héros reprendre le dessus et saigner les vilains pas beaux comme des gorets est puissant, tout comme l’iconisation des armes et de la violence qu’ils dispensent.

Il appartient à chacun de déterminer ce qui relève de la facilité scénaristique, de l’inconscience, voire du malaise volontairement provoqué. Une chose est sûre, American Nightmare est une des seules séries B bas du front à toujours penser contre elle-même, ce qui est suffisamment rare pour être apprécié.

 

Affiche française

commentaires

jaja 13/07/2018 à 14:04

@Simon Riaux,

Death wish est donc un film démago, totalement foiré et parsemé d'idées nauséabondes à tes yeux.

Je dirais aussi qu'il est démago mais pas dans ton sens. Le film est foiré parce qu'il veut contenter tout le monde c'est ça le nœud du problème. La raison ne devrait pas l'emporter sur la vengeance, au lieu d'aller au fond des choses et déplaire, on se retrouve avec un truc calibré pour un peu tout le monde. Quand il visite sa fille à l'hosto, j'ai pas l'impression qu'il se recharge en venin pour partir en couille.

Enfin, j'ai rarement vu de cas ou la bien-pensance allait de paire avec la majorité, pour un prolo comme moi, c'est presque antagoniste. Pour la pensée dominante tout dépend par qui elle a été inculquée.

Simon Riaux - Rédaction 12/07/2018 à 11:23

@jaja

Oui enfin c'est bien gentil tout ça, mais "la critique" en général, c'est un peu flou comme concept. Et du reste, je ne suis pas pour grand chose dans "la critique".

Que le film adopte le point de vue de la NRA, ça ne me pose pas à priori de problème, en revanche l'adopter aussi bêtement et de manière aussi provocatrice et haineuse, ça me dérange, justement parce que le film essaie de faire passer ça pour du doigt d'honneur pop.
Et enfin, désolé, mais adopter le point de vue de la NRA, ce n'est évidemment pas un doigt d'honneur envers la bien pensance. Du moins pas aux Etats-Unis. C'est au contraire aller dans le sens de la majorité et de la pensée dominante.

Dutch Schaefer 07/07/2018 à 13:36

Perso je trouve cette saga, relativement sympathique!
Elle se suit avec plaisir et avec un petit côté sadique!

Gouns 07/07/2018 à 06:35

Je ne comprends pas non plus cette haine envers cette saga.Le thème est vraiment original et le film est bien fait et bien réalisé je trouve.Il faut arrêter de tout analyser, ça reste un film !!! Ce n'est pas le seul à faire l'apologie des armes... la plupart des films américains sont comme ça...

Mx 06/07/2018 à 20:44

Des 3 premiers films, le deux reste le meilleur à mes yeux!

Quand à la critique de la NRA et du port d'armes, elle n'est pas du tout explorée à mes yeux.

Oui, aux USA il y a des armes à foison, so what??

Là n'est pas le but des films!

jaja 06/07/2018 à 18:52

@Simon Riaux,

"Death Wish s'en est pris plein la gueule avant tout parce qu'il est filmé, éclairé, monté, écrit, et joué avec les pieds."
Ce film a été défoncé par les critiques non pas par sa mise en scène mais par le message qu'il véhiculait avant tout, c'est ce qu'il en ressort en synthèse. Mais bon, je me fiche de ce film, je le trouve même merdique parce qu'il n'assumait pas pleinement son message et que ça ronronnait alors qu'il devait pointer fièrement le doigt en l'air à la bien-pensance.

"Et cerise sur le gâteau, il se vautre en expliquant que les armes sauvent plus de gens qu'elles n'en tuent. "
Une des thématiques de la NRA, quoi de plus logique?.

Simon Riaux - Rédaction 06/07/2018 à 13:02

@jaja

Death Wish s'en est pris plein la gueule avant tout parce qu'il est filmé, éclairé, monté, écrit, et joué avec les pieds.

Et cerise sur le gâteau, il se vautre en expliquant que les armes sauvent plus de gens qu'elles n'en tuent.

jaja 05/07/2018 à 23:13

Marrant de voir cette critique après que le dernier Bruce Willis s'en est prit plein la tronche parce qu'estampillé NRA et non moralisateur à la fois. Maintenant, c'est au tour d'American Nightmare qui apparemment se tire une balle dans le pied parce que le film critique le NRA et qu'en même temps elle fait l'apologie des armes. On ne sait plus sur qu'elle pied danser.
Et si c'était seulement des films de genres avec leurs codes ultra balisés et qu'il faut leurs lots de douilles fumantes pour entrer dans le cahier des charges tout simplement.

Sharko 05/07/2018 à 19:00

Je n'ai jamais compris cette haine contre cette saga. Avec 3M$ de budget, le premier ne pouvait que poser les bases d'un univers dans une industrie qui "remakait" à tout va, déclinait tous les films en finds-footage et/ou en exorcisme.
Quand on voit ce qu'ils ont fait par la suite, avec le mème budget qu'un film français, çà reste très impressionnant surtout pour Election.
Puis ça me fera toujours rire de voir des français critiquer les films de genre hollywoodien quand on sait que Le pacte des loups est sortis en...2001.

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