Jurassic World : derrière le succès monstre, une grosse arnaque ?

A supprimer | 3 juin 2018 - MAJ : 03/06/2018 17:51
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Retour sur Jurassic World.

Avec plus d'1,6 milliard récoltés en salles en 2015, pour un budget officiel de 150 millions de dollars, Jurassic World a clairement été un succès faramineux. D'où un Jurassic World : Fallen Kingdom, attendu en France le 6 juin.

Mais derrière le bilan en or, il y a un public parfois violemment divisé, et notamment des fans de la saga née avec Jurassic Park et Steven Spielberg en 1993 qui n'ont pas digéré cette renaissance.

Alors que Jurassic World et son réalisateur Colin Trevorrow continuent d'être la cible d'une partie du public, qui y voit l'illustration parfaite des dérives de l'industrie, retour sur les raisons de ce mépris.

 

 

 

C'EST BÊTE

Jurassic World repose sur une "grande" idée : celle de dinosaures évolués, soit parce que l'Homme a joué avec l'ADN (puisque ce n'est jamais une idée terrible), soit parce que l'Homme a créé avec eux une relation (puisqu'entre un bon chien et un bon raptor, il n'y a qu'une question de perspective).

Dans le premier cas, le danger est évident et prendra la forme de l'Indominus Rex, amas d'ADN et CGI lancé dans le parc comme une vulgaire marionnette de scénaristes dans le seul but de créer l'intrigue et l'action. Dans le deuxième, le danger guette puisqu'un méchant business man est persuadé qu'un raptor dompté pourra devenir une arme de guerre, capable de décimer le camp adverse.

L'idée de dinosaures militarisés et génétiquement modifiés flotte dans les studios depuis des années, et était clairement l'un des angles majeurs du retour de la saga, chapeauté par Steven Spielberg. Pourquoi pas. Sauf que dans Jurassic World, ce concept est plus que sous-exploité, platement incarné par un bad guy (ridicule Vincent D'Onofrio) qui cherche, pour des raisons jamais vraiment compréhensibles et plausibles, à lancer des raptors sur les ennemis de sa patrie. Lorsqu'il profite du chaos pour tester la chose, armé d'un sourire de fou à lier, difficile de voir dans cet arc narratif autre chose qu'un simple désir de créer du spectacle bas de gamme.

 

PhotoLe fameux Indominus Rex

 

Côté raptors domptés, la relation entre Owen (Chris Pratt) et Blue, Charlie, Echo et Delta, se révèle là aussi bien simpliste. Entre l'attitude parfois désinvolte du dresseur envers les prédateurs et la pirouette finale qui pousse les raptors à sauver leur "papa" du méchant Indominus, sur fond de morale sur la vraie famille qu'on choisit au-delà des liens du sang, Jurassic World peine à rendre toutes les intentions convaincaintes, satisfaisantes et sérieuses.

Que dire également du docteur Wu, de retour pour retenir des informations sans aucune autre raison que les impératifs des scénaristes. "Oh mon dieu il était invisible dans la cage !", "Oui, parce qu'il peut modifier sa signature thermique puisqu'on a utilisé des gênes d'une grenouille spéciale". "Oh mon dieu, il peut se camoufler !", "Oui, parce qu'on a aussi mis des gênes de seiche". "Oh mon dieu, mais il est pote avec les raptors !", "Ah oui, parce qu'on a utilisé des trucs de raptors aussi". Jurassic World a beau clairement se dérouler dans l'univers de la trilogie, c'est comme si personne n'avait en tête les multiples catastrophes précédentes, et reprenaient les bêtises à zéro.

De manière générale, Jurassic World se contente de refaire Jurassic Park avec plus d'action, plus d'effets spéciaux, et plus de confiance en la recette. C'est bête, parce que ça ne marche pas. Et ça ne marche pas, parce que c'est un peu bête comme ambition.

 

photoOwen et ses mômes mal élevés

 

C'EST LAID

C'est là que Jurassic World est un peu drôle. Avec 150 millions de budget, le film de Colin Trevorrow a coûté naturellement plus cher que les précédents. Avec l'inflation, Jurassic Park aurait coûté 110 millions de dollars de 2018, Le Monde perdu : Jurassic Park, environ 115, et Jurassic Park III, dans les 130. Qu'il illustre le problème majeur des effets spéciaux et images de synthèse mal utilisées, mal mises en scènes, mal fignolées, est donc tragique vu l'investissement - mais peu importe, le studio a rempli ses caisses, dira t-on.

Le refrain sur la beauté indémodable et réelle des animatroniques (leur manière de prendre la lumière, coexister avec les acteurs, avoir une présence physique et une masse véritable) est commun, tout comme la réussite encore fabuleuse de Jurassic Park, fruit d'un travail extraordinaire entre Stan Winston, Phil Tippett, Michael Lantieri et ILM.

 

PhotoTu le sens le "vrai" dino ?

 

En digne représentant du blockbuster moderne, Jurassic World ne s'embarrasse d'aucune finesse ou réflexion pour intégrer le numérique au réel. La mise en scène de Colin Trevorrow souffre donc des problèmes classiques, avec de l'image de synthèse exposée au grand jour, qui tranche avec les éléments du plateau lesquels tranchent également avec les fonds verts. L'impression, elle aussi tristement banale, d'affronter des tartines d'effets spéciaux que personne n'aura pris la peine de camoufler, soigner et emballer dans quelque chose de plus grand que la simple consommation d'action bruyante.

 

photo, Ty Simpkins, Nick Robinson Tu la sens la CGI ?

 

IL N'Y A (QUASI) AUCUNE TENSION

Dans la bande-annonce, l'image de Bryce Dallas Howard inquiète qui apparaît derrière une porte forcément inquiétante, un fumigène à la main, promettait ce qu'un Jurassic Park doit avoir : des sensations fortes, de la tension, de la peur. La scène en question, dans Jurassic World, voit Claire libérer le fameux tyrannosaure. Un moment qui a plus marqué les mémoires pour la suite (Claire qui s'enfuit en talons, pour devancer la bête) que pour l'impact en terme de tension.

De quelques raptors dans une cuisine à quelques T-Rex sur une falaise, en passant même par du ptérodactyle dans une volière, la trilogie aura offert de très beaux moments, certains étant devenus instantanément cultes. Que reste t-il de Jurassic World ? Excellente question. Colin Trevorrow a beau lâché sur le parc des dizaines et des dizaines de dinosaures, filmer une grande scène d'attaque aérienne, évoquer plus ou moins clairement une menace susceptible de décimer les touristes, le film peine à créer une vraie tension, étalée sur le film, ou ne serait-ce qu'une scène entière.

Certes, il y a la scène où Owen se cache pour échapper aux dents de l'Indominus Rex sous une voiture. Ou celle où le monstre attaque un groupe de soldats tel Predator. Ou le camion attaqué dans la jungle, et la chasse avec les raptors et les motos. Il y a des images amusantes, parfois excitantes, qui assurent le service dans Jurassic World. Mais rien de véritablement féroce et puissant, qui permettrait au film de marquer les esprits dans l'arène du blockbuster.

 

Photo Bryce dallas HowardMoment raté #17 

 

DU MAUVAIS FAN SERVICE

Pourquoi BD Wong est-il de retour, si ce n'est pour assurer un maigre lien symbolique avec le premier film de 1993 ? L'idée n'est pas mauvaise, mais le résultat en revanche, n'a à peu près aucun autre intérêt que celui d'adresser un clin d'oeil au spectateur. Jurassic World ne croule pas spécialement sous les hommages, mais les utilise si mal au milieu de l'intrigue, qu'ils deviennent grossiers et artificiels.

Voir les héros (re)découvrir les vestiges du premier film, ensevelis sous les lianes et la nature qui a donc trouvé son chemin sur le béton de John Hammond, était une bien belle image. Image qui aurait pu donner une perspective mélancolique et meta au film. Sauf que tout ça se transforme vite en simple scène d'action, ni plus ni moins. Même chose pour le retour du vieux Tyrannosaure, relégué au fond d'un placard métallique mais brandi par le film dans une sorte de remix du final de Jurassic Park qui rappelle plus la magie en toc d'un sous-Pacific Rim que celle de Spielberg.

 

Photo Henry Wu, BD WongLe retour inutile du docteur Henry Wu 

 

CE N'EST PLUS MAGIQUE

L'apparition du thème culte de John Williams lors d'un  ̶b̶e̶a̶u̶  travelling sur le nouveau parc des dinosaures, pour célébrer l'élatage digne d'un parc Disney avec hôtels de luxe, stands de hot dog et peluches, aurait pu avoir un sens glaçant et malin : la franchise, victime de son succès, est devenue (à l'écran comme à Hollywood) une entreprise un peu vaine, laquelle a déplacé la magie pure d'hier vers les bilans compta industriels. L'émerveillement face aux premiers dinosaures au milieu de la verdure dans Jurassic Park laisse ainsi la place à un môme ébahi à la fenêtre de sa belle chambre : entre les personnages et les miracles, il y a des écrans, des escalators, des passe coupe-file, du fric en somme.

Que Claire déclare avec un air pincé que "plus personne n'est impressionné par un dinosaure maintenant" en dit long sur la capacité du film à se tirer une balle dans le pied : conscient de son statut mercantile de suite pas utile, mais pas vraiment décidé à aborder la question de manière frontale et réfléchie, Jurassic World erre donc entre les deux, plaçant des éléments digne d'intérêt sans oser les assumer ou les traiter.

Côté choix de mise en scène, Colin Trevorrow place sa caméra au niveau des dinosaures lors du climax, délaissant alors les personnages parmi les bricoles et bout de bois sur la terre ferme. Et même le choix de punir Zara, l'assistante désagréable de Claire, à la manière d'un Donald Gennaro, se révèle parfaitement tiède.

 

Photo Chris Pratt, Bryce Dallas Howard

 

LES PERSONNAGES SONT RATÉS

Le destin de Masrani, directeur friqué et oisif du parc incarné par Irrfan Khan, est révélateur : avec son flegme un peu forcé, il se promène avec ses ambitions de pilote et son beau costume, avant de se crasher comme une merde sur la volière. Comme lui, les personnages de Jurassic World ont une identité, des aspirations et une personnalité sommaires, laissées suffisamment souples pour pouvoir se plier aux exigences du spectacle.

Zach et Grey feront ainsi du hors-piste lorsque le grand frère décidera qu'il est temps de réconforter son cadet miné par le divorce des parents, histoire de bien les plonger dans l'attraction à venir - la ficelle du téléphone qui ne capte pas et de la porte grande ouverte achèveront la pirouette. Owen trouvera qu'embrasser pour la première fois Claire en pleine apocalypse prérodactylienne, est une bien belle idée. Sans parler des employés de l'enclos de l'Indominus Rex, de toute évidence parfaitement formés pour travailler dans de telles conditions, autour d'un si grand danger.

Quant à l'introduction qui insiste sur les parents de Zach et Grey en pleine séparation : pourquoi ? Remettre la famille au cœur de l'histoire était à peu près incontournable, mais ici, l'arc narratif des deux garçons restera si mince durant le film, que la présence de leurs parents (pauvre Judy Greer encore sous-exploitée) semble finalement bien inutile. Et curieux dans un blockbuster si calibré, où toute chose inutile côté personnages semble avoir été retirée pour mettre en avant l'action.

 photo, Ty Simpkins, Nick RobinsonTy Simpkins et Nick Robinson 

  

Si le Owen de Chris Pratt est aussi basique qu'efficace, le personnage de Claire, interprété par Bryce Dallas Howard, est certainement le plus problématique. Après Ellie Satler (Laura Dern) et Sarah Hardin (Julianne Moore) dans Jurassic Park et Le Monde perdu : Jurassic Park, héroïnes fortes, déterminées et sensibles, dotées de vraies failles et caractères, Claire Dearing ressemble à une version cheap de la Amanda Kirby (Téa Leoni) de Jurassic World 3.

Cliché ambulant qui renvoie aux blockbusters d'il y a quelques décennies, à l'allure aussi artificielle que sa course en talons hauts, elle offre quelques unes des pires scènes du film, la faute à un arc narratif d'une paresse et d'une bêtise affolante (la célibataire froide, carriériste, endurcie et faussement sûre d'elle, pas en phase avec ses émotions et son corps, qui n'aime pas trop les enfants, mais qui s'adoucira auprès d'un homme sur fond d'apocalypse, et prendra conscience que les dinos sont aussi des êtres vivants : la preuve, dans Jurassic World : Fallen Kingdom, elle voudra les défendre). Le choix de Bryce Dallas Howard, actrice pas mauvaise mais un peu trop associée à ce genre de rôle, enfonce le clou. Judy Greer, qui interprète sa soeur dans l'intro pas très nécessaire, aurait certainement été un choix plus surprenant et malin pour ce rôle.

Et dire qu'il y a une scène coupée où Claire s'étale des fientes de dinosaures sous le regard mi-excité mi-moqueur d'Owen, l'homme de la situation.

 Photo Bryce Dallas Howard Coiffure, costume, actrice, dialogues : Claire, ce drame

 

C'EST UN PEU MENSONGER

L'idée était plus qu'excitante : enfin, le parc allait être ouvert et rempli de touristes, prêts à servir de buffet aux dinosaures. La promo avait en grande partie vendu cette idée d'apocalypse, avec des lieux publics bondés assaillis par des prédateurs enragés. A l'écran, c'est plus que maigre : il n'y a finalement qu'une seule scène où une nuée de ptérodactyles arrive sur l'avenue principale du parc et ses boutiques souvenirs. Et même là, le résultat reste bien tiède, tant la masse d'oiseaux préhistoriques fait peu de victimes.

Le film aura lourdement insisté sur la mort quasi burlesque de la pauvre assistante de Claire, mais Jurassic World semble ne pas avoir voulu ou pu assumer le chaos espéré par le public qui, après trois films où les îles étaient plus ou moins désertes, trépignait d'impatience à l'idée de voir du touriste éventré. Au-delà du spectacle calibré qui empêche toute réelle effusion de sang, le sentiment de panique reste mince. Et ce n'est pas le baiser des deux héros en pleine apocalypse, qui pourra apporter à la scène un réel sentiment d'urgence.

 

photo, Chris PrattLe vrai chaos : ces écrans géants qui frétillent

 

LE MÉCHANT EST NAZE

Les antagonistes de la saga n'ont jamais été l'aspect le plus notable, même si personne n'a pu oublier Dennis Nedry (Wayne Knight) dans Jurassic Park. Jurassic Park III n'en avait d'ailleurs aucun, à vrai dire. Mais Jurassic World marque là aussi un triste point avec avec Vic Hoskins, le grand méchant incarné par Vincent D'Onofrio.

Chef de la division confinement d'InGen, la société de bio ingénierie fondée par John Hammond, Hoskins est convaincu que les dinosaures peuvent être dressés, maîtrisés et militarisés. Digne d'un grand méchant de série B, il collabore aussi avec le docteur Wu sur des projets secrets et considère que l'évasion de l'Indominus Rex est une belle opportunité pour prouver que les raptors feraient de bons soldats. Il sera bien évidemment bouffé par un raptor, lequel n'aura pas été convaincu par son "Mais je suis de ton côté !"

Hoskins n'est pas tant inquiétant que grotesque, sans aucune dimension puisque son seul rôle est de servir l'action, s'opposer bêtement aux héros avec des intentions pas bien intéressantes. Vincent D'Onofrio a beau être un acteur talentueux, il ne peut élever une écriture très basique, et n'est pas aidé par une mise en scène qui ne le place jamais comme un antagoniste sombre, inquiétant et intéressant.

 

Photo Vincent D'Onofrio, Chris Pratt

 

Bref, Jurassic World est plus proche du blockbuster simplet et paresseux, que de la suite espérée à la saga culte de Steven Spielberg. Le succès immense a démontré que le public était friand de dinosaures, mais Jurassic World : Fallen Kingdom, privé de l'effet de surprise, permettra de juger si les spectateurs ont réellement été satisfaits.

Avec Juan Antonio Bayona (Quelques minutes après minuit, The Impossible) à la mise en scène, il y a en tout cas de quoi espérer une aventure plus stylisée, plus spectaculaire, plus cinématographique - et qui sait : plus à la hauteur des premiers épisodes de la franchise.

 

Affiche française

commentaires

Zolt
15/02/2019 à 02:20

Jurassic World n'est pas le film de l'époque JP, certe, mais il faut bien comprendre que tout évolue, et que tout le monde n'as plus les mêmes attentes qu'à l'époque.

Tonto
04/06/2018 à 23:56

@Geoffroy Crété Merci pour ce retour approfondi, ça permet toujours de mieux cerner le point de vue de l'autre.
En l'occurrence, j'ai pas grand-chose à redire à vos différents points. Même si la faiblesse d'écriture des personnages, je comprends mieux vos réticences et la différence que vous y trouvez avec le 1er film de Spielberg.
Sur le reste, forcément, on ne sera jamais d'accord, mais je vois mieux où vous voulez en venir, désolé de vous avoir fait faire une deuxième (mini-)rédaction sur le sujet, mais ça en valait la peine, c'est toujours constructif, ce genre de débat. Merci d'avoir pris le temps de revenir en détail sur votre opinion ! :)

Ippo99
04/06/2018 à 20:18

J'adore jurassic park et je suis forcé d'avouer que jurassic world n'est tout simplement pas digne du premier opus. C un très bon film d'action mais je suis clairement pas fan des dinosaures trop humanisés.
C'est la le réel problème du film.

Gargaruthe
04/06/2018 à 18:47

Tout ça pour ça, on le sait que le scénario ne sera pas très élaboré, comme la quasi totalité des blockbusters mais la magie est là, les effets spéciaux sont splendides. Le film est un superbe hommage au premier volet et m'a fait retourner en enfance. J'espère que la suite sera au niveau pas comme Deadpool 2 qui m'a extrêmement déçu.

Geoffrey Crété - Rédaction
04/06/2018 à 17:25

@Tonto

Sachant que le reproche du "c'est trop court vous prenez pas le temps" est courant, on n'a aucun souci à prendre le temps d'expliquer nos arguments. De revenir dessus, longuement, parce que la suite arrive, que le temps nous a conforté dans notre position, et parce que trop souvent on nous reproche de balancer des avis expéditifs sans approfondir.
Après, comme vous le dîtes : il y aura toujours quelqu'un pour en être satisfait/énervé/agacé/exaspéré/ravi, c'est la règle du jeu. Aucun problème avec ça. Car impossible de satisfaire tout le monde, surtout sur de gros films comme ça (quand on s'attaque à des films plus discrets, généralement ça n'arrive pas :)

Rapidement :

- la question n'est pas d'avoir une psychologie sommaire (ça reste une superproduction oui, avec un cahier des charges et un cadre), mais une solidité dramatique autour de ces archétypes. On ne va pas revenir sur Claire, dont la comparaison avec Ellie permet de mettre en avant tout le caractère artificiel, cliché au possible, surtout en 2015 (ce qu'Ellie n'était pas : elle pourrait totalement être un personnage de 2018, et on y verrait ce soit-disant cliché moderne de la femme forte, indépendante, pas objet sexuel, etc). JW essaie de reprendre les motifs du premier (puisqu'on parle de cette comparaison), mais n'en a pas la pureté thématique à nos yeux. Comme on l'évoque, rien que la thématique des enfants abîmés par la séparation imminente des parents, est survolé (central dans l'intro, puis s'évapore dans le film), alors que dans JP premier du nom, il est le ciment de toute l'intrigue. Il rassemble les personnages, est un vrai moteur pour Alan, et son couple avec Ellie, tout en insistant sur l'idée de la nature "qui trouve toujours son chemin" chez les êtres vivants et dans le grand dessein de la vie. L'idée est en filigrane dans toute l'histoire. Quel est le sujet de JW au fond ? Où est l'âme des personnages, ce qui les porte, et porte ainsi le film ? Pourquoi ces personnages plus que d'autres archétypes jetés dans le chaos comme des pantins ? Voilà ce qui nous semble parfaitement raté dans JW. La psychologie sommaire a "toujours été" une caractéristique des films de Spielberg ? C'est peut-être votre avis, mais la formule laisse penser que ce serait quasi une donnée avérée... Le cinéma de Spielberg s'inscrit dans des archétypes (cinéma hollywoodien oblige), mais pour les raisons citées plus haut, et avec par ex des obsessions dans sa filmo (au hasard : la paternité), ça a une valeur bien plus noble qu'il n'y paraît. JP a ainsi sa place dans sa carrière.

- rien à redire sur les effets, pour pas se répéter encore une fois donc ;) L'idée ici n'est pas de comparer à toute la concurrence pour trouver le meilleur et le pire, mais de simplement inscrire JW dans la saga où il se place. Le "contexte actuel" est très relatif, tout dépend des films, de leurs univers, de leur époque, de leurs budgets. Et le rapport entre la réalité de JW et ses effets, n'est pas le même que dans un Avatar ou un Avengers. D'où une comparaison qui peut sembler limitée... ou en tout cas, qui ne nous a pas semblée utile ici.

- la crédibilité : chacun la trouve où il veut. D'autant que le vrai souci qu'on souligne, c'est ce retour pas bien utile de Wu, son écriture très paresseuse.

- pour la métaphore, on l'évoque aussi... sauf qu'on trouve qu'elle est au mieux inachevée et pas assumée, au pire parfaitement cynique et creuse. On voit tous ces motifs dont vous parlez, oui, mais on ne trouve pas du tout que cela créé un réseau de sens dans la globalité du film. Et que celui-ci, forcément tiraillé entre de probables intentions et un cahier des charges, se laisse bouffer, et ne trouve aucune résonance réelle. D'autant que dénoncer la société de consommation est un motif qui plane sous une grande partie du cinéma, notamment américain, depuis plusieurs décennies. Il faut donc une modernité, une force, pour avoir un impact en 2018. Surtout quand on est soi-même une gigantesque machine hollywoodienne. On sent bien sûr l'intention, mais encore une fois : pas du tout convaincus par le cohérence et la clarté de la chose.

Tout ça pour dire que oui, encore une fois, c'est bien normal et sain d'avoir tous des avis différents. Personne ici ne viendra vous dire que quelqu'un a raison ou tort dans l'histoire. Mais on est très contents d'avoir pu revenir longuement et en détails sur ce film, au-delà de la critique. Vous aurez d'ailleurs remarqué qu'on le fait désormais régulièrement, histoire de pouvoir approfondir les arguments, limités dans le cadre d'une critique.

Tonto
04/06/2018 à 15:03

@Geoffroy Crété Bah la critique de M. Riaux est plus courte mais il me semble qu'elle aborde tous les thèmes mentionnés ci-dessus, et même si elle en parle de manière un peu moins détaillée, j'avais trouvé qu'elle soulignait bien les problèmes sans s'y attarder plus que de raison (même si j'étais pas plus d'accord avec les reproches). Là, je trouve que ça tourne un peu en rond (j'ai l'impression que chaque sujet est abordé au moins à deux reprises), et que du coup, chaque argument perd de sa pertinence. Mais enfin, c'est personnel, peut-être que d'autres lecteurs y trouveront davantage leur compte et tant mieux, il en faut pour tous les goûts.
Oui, le rapprochement avec les haters était peut-être un peu expéditif, désolé, c'est juste que j'ai tellement l'habitude d'entendre la plupart de ces arguments dans la bouche des haters que ça en devient un peu pénible à la longue. Mais c'est vrai que ça n'invalide pas certains de ces arguments. Toutefois, je trouve qu'ici, beaucoup sont faits sans beaucoup de recul (ce qui n'engage que moi). Je m'explique, et désolé d'avance pour le pavé :

- La psychologie sommaire des personnages a toujours été une caractéristique des films de Spielberg (ce qui ne remet en rien en cause la grandeur de son cinéma). Sauf qu'il a eu la chance de passer en 1er, donc on lui en tient moins rigueur. Mais dans tous ses films de divertissements, les personnages ont toujours eu un développement psychologique très restreint (tout simplement parce qu'on s'en fout, c'est pas le centre du film) pour ne pas dire inexistant : au niveau des personnages, Jurassic World m'apparaît comme le parfait héritier de Jurassic Park, le développement des personnages y est similaire en tous points. Du coup, je trouve ça un peu gros de reprocher ça à JW particulièrement, parce qu'on pourrait tout autant le reprocher à JP 1er du nom.

- Pour l'infériorité des CGI par rapport aux animatroniques, je pense qu'il faudrait être aveugle pour ne pas être d'accord avec vous. Toutefois, je penche plus du côté de M. Riaux qui reconnaissait quand même au travail d'ILM une vraie valeur : oui, les dinosaures de JW ont moins de présence que les animatroniques de JP, c'est évident. Néanmoins, si on compare avec les blockbusters de la même période, je trouve qu'on est quand même face à des effets spéciaux bien meilleurs que la moyenne.
Pour ma part, je crois beaucoup plus aux dinosaures de JW qu'à toutes les créatures d'Avatar ou d'Infinity War (2 films que j'aime bcp par ailleurs) ou au Steppenwolf de Justice League (mais là, c'est quasi malhonnête de m'appuyer sur JL tant le film est à mille années lumières derrière tout ce qui se fait aujourd'hui 0:). Donc oui, on est d'accord que si on compare de manière verticale JW avec les autres JP, c'est peut-être pas tout-à-fait au niveau, mais si on le compare horizontalement avec les autres blockbusters qui se font aujourd'hui, JW nous propose quand même un travail très sérieux sur les SFX et à mon sens supérieur à la moyenne.
Après, j'ai bien conscience que c'est avant tout une question de ressenti personnel, mais ça marche dans les deux sens et je pense que cette critique des CGI que vous faites devrait davantage tenir compte du contexte actuel pour toucher vraiment juste.

- Sur toutes les critiques des "Oh, mon dieu" du Dr. Wu, ça me paraît qu'à moitié vrai. Oui, ils reprennent des ficelles du premier film, mais le milieu du cinéma est le 1er à nous l'apprendre : aujourd'hui, plus il y a de sous en jeu, moins les mecs apprennent de leurs erreurs. Alors là, je sais, il y a des vies humaines en jeu, c'est pas tt-à-fait la même chose (quoi que), mais quand même, la situation montrée par le film me paraît extrêmement crédible au vu de ce qu'on voit aujourd'hui...

- Mais surtout, cette réutilisation des ficelles du 1er film n'a pour moi rien de gratuit, parce qu'elle sert la métaphore de l'industrie du divertissement qu'est JW. Je trouve que vous évacuez trop rapidement la vraie portée métaphorique du film. Surtout que vous la cernez très bien : l'apparition du thème de Williams sur le parc et tous ses outils de consommation des masses, la barrière constante entre les personnages et les dinosaures, la réduction de ces derniers à de simples objets de consommation, à un zoo comme tous les autres... Pour moi, rien de tout ça n'est gratuit ! Surtout venant de Colin Trevorrow dont les deux autres films prouvent qu'il est loin d'être un simple faiseur de blockbusters décérbrés mais qu'il est capable d'avoir une vraie vision d'auteur, ça n'est pas anodin.
Personnellement, je vois une vraie critique de la société de consommation dans JW. On est exactement dans la configuration Kingsman : il y a un message au vitriol sur la société actuelle, qui dénonce toutes les tendances de la société de consommation et du divertissement de masse tout en assumant de s'appuyer dessus pour offrir au public ce qu'il demande. Mais en fait, s'appuyer sur la recette du blockbuster décérébré permet à JW de renforcer son message et sa défense d'un cinéma plus simple, modeste et traditionnel (dont Trevorrow est un des représentants). J'extrapole peut-être, mais tous ces plans que vous trouvez insipides sur le parc et la "touristification" des dinosaures, je les trouve très éloquents et réfléchis.
C'est contestable, comme vision - c'est le propre de l'interprétation des films d'être contestable -, mais je trouve ça étonnant que vous souligniez la dimension métaphorique du film pour l'évacuer juste après et couper court à une analyse qui s'annonçait passionnante.

Enfin, voilà, je crois que j'ai pas mal résumé le fond de ma pensée. Je suis désolé d'avoir balancé un commentaire aussi long, mais j'avais besoin de l'écrire. Maintenant, vous en faites ce que vous voulez, si vous y répondez, je lirai votre réponse avec beaucoup d'attention, mais si vous avez autre chose à faire que de le lire ou d'y répondre, tant pis pour moi, je comprendrais. :)
Et peut-être à bientôt sur votre site que j'apprécie envers et contre tout !

Geoffrey Crété - Rédaction
04/06/2018 à 11:17

@Tonto

On ne fait pas de "pour ou contre" par principe : on le fait au cas par cas. Ce film n'a aucun défenseur à la rédaction, d'où cet article.

Pourquoi en reparler ? Car nous n'avions jamais pris le temps de décortiquer le film : la critique est bien plus courte et donc, pas comparable, en plus d'avoir été publiée à la sortie. Quant à l'étiquette de haters, on la trouve aussi simpliste qu'expéditive. Ne pas aimer un film et prendre le temps de dire pourquoi, c'est un peu le contraire du cliché "hater" servi à toutes les sauces.

Parfois, le recul permet de modérer certains ressentis. Parfois, non. On ne va pas s'empêcher de l'exprimer. Si vous nous connaissez bien, vous savez que ça n'est pas Ecran Large. Le seul plaisir qu'on a, c'est de parler de film. En bien, en mal, ou n'importe où entre les deux. Et qu'on puisse être en désaccord avec nous, ça n'est ni une surprise ni un problème de notre côté.

Tonto
04/06/2018 à 11:10

J'ai déjà lu une critique de Jurassic World sur ce même site, pourquoi éprouver le besoin d'en faire une deuxième, si c'est pour dire la même chose ???
A part compiler toutes les critiques des haters en un seul article, je vois vraiment pas la raison d'être de cet article incroyablement gratuit. Si, encore, vous aviez fait comme d'habitude, avec la rédaction d'EcranLarge qui pèse le pour et le contre, je dis pas, j'aurais compris l'utilité de l'article, c'aurait été un récapitulatif intéressant, mais là, c'est vraiment juste démonter pour le plaisir de démonter. EL m'avait habitué à mieux...

Arnaud
04/06/2018 à 10:54

Un article entier juste pour dire a quel point vous meprisez ce film etait vraiment necessaire ? ...

Geoffrey Crété - Rédaction
04/06/2018 à 10:50

@Raoul

Parce qu'on préfère considérer qu'on ne "sait" rien, et qu'on continue à s'interroger pour comprendre, argumenter, questionner. Parce que c'est l'actu aussi.

Par ailleurs, n'hésitez pas à regarder nos critiques. Bienvenue en Sicile, Mutafukaz, Swiss Army Man, 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur sont quelques films récents qu'on a (re)mis en avant ces derniers jours.

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