Blade Runner : les différences entre le film culte et le génial roman de Philip K. Dick

Jacques-Henry Poucave | 6 octobre 2017
Jacques-Henry Poucave | 6 octobre 2017

Avec l’arrivée en salles de Blade Runner 2049, tout le monde cause du chef d’œuvre de Ridley Scott. Et si on causait du roman qui a inspiré ces deux films, dont on aurait un peu tendance à oublier combien il a bouleversé l’histoire de la science-fiction.

Evidemment, Blade runner  de Ridley Scott est un chef d’œuvre, bien sûr, Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve est un… heu… un film. Mais le roman à l’origine de ces deux productions demeure un point de départ formidablement dense, à revisiter d’urgence.

À cette occasion, voici en quoi texte et film diffèrent. Une liste qui permet d’appréhender combien le monde de Philip K. Dick a encore à offrir au cinéma.

 

Blade runner : The Final cutLos Angeles 2019 VS San Francisco 1982

 

LE TITRE

Peut-être le savez-vous, le texte dont s’inspire le film de Ridley Scott portait initialement le titre Les Androïdes rêvent-ils de Moutons Electriques ? Et pour cause, le terme Blade Runner n’apparaît jamais dans le roman. Deckard y est simplement… un policier, qui profite des primes mises sur la neutralisation d’androïdes.

Blade Runner est une expression inventée William S. Burroughs, recyclée par Ridley Scott, et qui deviendra des années plus tard, devant le culte généré par le film, le titre de substitution du livre.

 

Blade runner : The Final cut

  

LE DECOR

L’univers dépeint par K. Dick, s’il n’est pas totalement différent de celui de Scott, ne saurait être considéré comme identique. Au-delà des dates auxquelles se déroulent l’intrigue, c’est la géographie qui est radicalement différente. Le roman se déroule à San Franciso, après une trosième guerre mondiale si dévastatrice qu’elle a fait de la Terre une planète stérile.

La majeure partie de la population est décédée, ou a émigré vers les colonies, uniquement accessibles aux plus fortunés et aux citoyens que l’environnement toxique n’a pas trop gravement altéré. En effet, une large part de la population souffre de dégénérescence mentale avancée à cause des fortes taux de radiations résultant de la guerre nucléaire.

 

Photo Daryl HannahPris, un des seuls personnages extrêmement proches de sa version papier

 

San Francisco n’est dépeuplée à proprement parler, mais on trouve de nombreux bâtiments vides ou abandonnés, élément qu’a repris Scott, même si son Los Angeles de 2019 apparaît franchement surpeuplé.

Dans ce monde dévasté, les humains tentent de régler leur humeur grâce à des orgues chimiques qui leur permettent de choisir leur sentiment du moment. L’obsession de l’humanité est l’empathie. Dans un monde toxique, dangereux, hanté par des robots cruels, l’empathie est devenue la valeur maîtresse. C’est la raison pour laquelle les citoyens s’enorgueillissent de posséder des animaux domestiques et de s’en occuper le mieux possible.

Le héros rêve ainsi de remplacer son mouton électrique mort du tétanos par une véritable chèvre, les animaux réels marquant un signe extérieur de richesse, la plupart des humains ne pouvant posséder que des répliques artificielles (le serpent de Zohra dans le film est le seul reste de cet élément chez Scott).

 

Photo Rutger HauerRoy Batty, modèle de combat au cinéma, pharmacien dans le roman

 

Enfin, la plupart des humains se connectent plusieurs fois par jour à une expérience de réalité virtuelle qui tient lieu de religion. On y suit le martyr d’un homme mystérieux baptisé Mercer, qui permet aux usagers de ressentir la douleur de l’homme et les émotions de leurs semblables. Là encore c’est une communion empathique qui tient lieu de sommet spirituel.

 

Photo Daryl Hannah

 

RACHEL

Elle est présente dans le roman, mais son rôle est bien différent. Elle prétend ignorer qu’elle est un androïde, mais elle le sait parfaitement et use de ses charmes pour griller le cerveau des Blade Runners. D’après elle, aucun homme à avoir couché avec elle n’est plus parvenu à tuer de répliquants après cette expérience.

 

Photo Sean Young, Harrison FordDeckard et Rachel, une romance au sens et à l'issue bien différente au cinéma et sur papier...

 

C’est un personnage charnière. Elle prouve en creux que les androïdes sont humains quand dans un geste de rage, elle tue la chèvre nouvellement achetée par Deckard. Comprenant qu’il est toujours capable de massacrer des androïdes malgré leur liaison, elle montre, par sa rage à son encontre qu’elle est bien capable de sentiments, d’empathie, quand bien même s’exprimerait-elle cruellement. À l’inverse, la capacité du héros à demeurer un tueur, encaisser les traumas, pour finalement achever son aventure intérieure par une petite sieste témoignent de la déshumanisation progressive des hommes.

 

Photo Sean Young

 

IRAN

Chez Philip K. Dick, Deckard est marié à Iran, femme amère, malheureuse, décidée à faire souffrir un époux qu’elle ne comprend plus. Son rôle n’est pas fondamental dans l’intrigue policière que déroule le roman, mais permet de poser les enjeux culturels et sociologiques de l’univers. C’est par elle que nous découvrons le Mercerisme, et la dépendance des humains aux orgues chimiques qui les aident à juguler leurs émotions.

 

Photo Ridley ScottUn tournage tendu...

 

LE COMMISSARIAT FANTOME

Sans doute l’idée la plus folle du roman, dont on comprend mal que ni Scott ni Denis Villeneuve n’aient tenté de l’adapter. Alors qu’il vient de tuer une androïde chanteuse d’opéra à l’issue d’une scène vertigineuse et déchirante, Deckard est appréhendé par une unité de Blade Runners.

Ces derniers lui apprennent qu’il est en vérité un androïde souffrant d’une névrose répandue, qui l’amène à se prendre pour un membre des forces de l’ordre plutôt que d’accepter sa condition de machine promise à une fin prochaine. Après quoi, les policiers l’embarquent pour l’interpeller dans un commissariat dont il ignorait l’existence.

Pendant plusieurs dizaines de pages, Philip K. Dick entretient l’ambiguité sur la nature des évènements, jusqu’à ce que le héros et le lecteur doutent effectivement du réel. Deckard comprend finalement qu’il a affaire à de géniaux androïdes, qui brisent des Blade Runners en les persuadant qu’ils ne sont pas humains.

Et pour le coup, voilà une scène qu’on rêverait de retrouver sur grand écran.

 

Blade runner : The Final cut

commentaires

Joe
08/10/2017 à 21:48

Il me semble pourtant que l'arc narratif du personnage de "K" dans le Blade Runner de Villeneuve est construit précisément sur le concept de cette scène 'manquante' du commissariat... On a vu le même film ?

Terry
06/10/2017 à 21:01

Comment ruiner un article dès son accroche, en rebutant les lecteurs...

Galactus
06/10/2017 à 20:14

Bon Dieu ce que cet article est mal écrit...

Birdy
06/10/2017 à 15:30

"Blade runner de Ridley Scott est un chef d’œuvre, bien sûr, Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve est un… heu… un film"

Ça commence bien... Attention, vous risquez de recevoir un mail de Luc besson...

Birdy
06/10/2017 à 15:24

"Blade runner de Ridley Scott est un chef d’œuvre, bien sûr, Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve est un… heu… un film"

Ça commence bien... Vous allez recevoir un mail de Luc besson, faites attention...

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