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Kingsman : peut-on trouver ça naze et surfait sans pour autant être un affreux pisse-froid ?

Par Geoffrey Crété
13 octobre 2017
MAJ : 21 mai 2024
12 commentaires

Oui oui, la suite du film de Matthew Vaughn serait le plus hyper-cool de l’année, super drôle, super fun, super génial. Vraiment ?

affiche

Kingsman : Le Cercle d’or est censé être super. Ah.

Ecran Large adore Kingsman : Le Cercle d’or. C’est l’un des meilleurs films de l’année et Matthew Vaughn est un cinéaste de premier ordre.

Là, une partie de la rédaction hésite entre rire et distribuer des baffes. Ecran Large ne cache pas que l’équipe est souvent divisée, puisque composée comme le public d’une variété d’opinions et sensibilités. Tant mieux. Et si le Simon a défendu Kingsman : Le Cercle d’or avec enthousiasme, quelques collègues sont dubitatifs. 

On vous voit venir : celui qui n’aime pas Kingsman serait un odieux et fade salopard, qui a une aversion pour tout ce qui enchante la plèbe. Mais non : ne pas rire devant Kingsman ne signifie pas être un affreux pisse-froid mort à l’intérieur. Du moins, on espère.

ATTENTION SPOILERS !

 

Photo Taron EgertonMon cul sur ta voiture de luxe

 

DADDY COOL

Channing Tatum en cow-boy ! Jeff Bridges en chef des cow-boys ! Halle Berry en intello à lunettes ! Julianne Moore en sociopathe tout sourire ! Elton John dans son propre rôle ! Colin Firth de retour, parce que Colin Firth ! Mark Strong qui chante ! Une poursuite en voiture ! Une cabine de téléphérique qui se crashe ! Une fusillade avec plein de machins qui explosent ! 

Voilà une retranscription à peu près fidèle de Kingsman : Le Cercle d’or. Il y a certainement moyen d’y voir un film méga-cool. Mais aussi un machin qui gesticule dans tous les sens, qui empile les personnages et intrigues dans une formule classique, et qui se veut tellement cool à tous les étages et à la moindre occasion, qu’il finit par ne plus l’être. Comme ce mec au lycée qui en faisait tellement trop, tout le temps, pour être cool, qu’il devenait finalement plus gênant qu’autre chose.

 

Photo Channing Tatum, Halle Berry

« Channing, Halle, ce n’est pas une erreur : vous avez vraiment que deux pages de dialogue »

 

Oui, Kingsman : Le Cercle d’or déploie beaucoup d’énergie pour être cool à un niveau stratosphérique. Il y a une scène où un agent secret doit doigter une hippie pour sa mission, où un mec est déchiqueté par deux clebards mécaniques, où un type est transformé en steack haché bio, où un beau gosse avec un bras de Terminator essaie de tuer le héros, et même un lasso emprunté à Wonder Woman et une cyborg relookeuse pour habiller l’action. 

Matthew Vaughn a séduit du monde avec le premier Kingsman (1,6 millions de spectateurs en France, 414 millions au box-office) sur la formule du film d’action irrévérencieux dopé à l’action hystérique, aux gadgets absurdes et aux personnages décalés. Le James Bond qui s’envoyait dans l’espace, poursuivi par les mâchoires métalliques de Requin qui tombait amoureux d’une blondinette avec des couettes, vous manquait ? Johnny English est trop english du siècle dernier ? OSS 117 trop frenchy ? Max la menace trop désuet ? Spy, trop Melissa McCarthyen ? Eggsy est là.

 

Photo Taron Egerton

 

TO BE OR NOT TO BE (COOL)

Avec son Samuel L. Jackson qui zozotte, sa bad girl avec des jambes en métal et sa pyrotechnie dingo, le premier film enchante. Matthew Vaughn, poussé depuis des années sur la scène du cool absolu, grandit à vue d’œil sous la lumière des projecteurs. La suite, bien que reçue avec plus de tiédeur après la surprise du premier, est une nouvelle fois acclamée par ses fans – peut-être moins nombreux, mais tout aussi passionnés. Pourquoi pas. 

On peut aussi y voir une imagerie un peu limitée digne d’un fantasme de grand gamin, avec son agent secret jeunôt et musclé, entouré de figures paternelles viriles et super classes, de potes super sympas mais clairement ternes, qui peut parler de sodomiser une princesse tout en restant mignon (notons que Stardust commence avec une princesse chaudasse qui saute sur un minet), et qui finit irrémédiablement par sauver le monde, bien sûr. Rien d’incroyable ou gênant là-dedans, et justement là est l’interrogation : comment une telle recette éculée, explorée et détournée et remâchée depuis des décennies, peut ne pas sembler désuète ?

 

Photo Taron Egerton, Mark Strong

 

Là, la magie Matthew Vaughn est censée arriver. Celle de Taron Egerton aussi. Le premier a la caméra baladeuse, aligne les plans-séquences numériques, ne rechigne pas aux fonds verts, n’hésite pas à faire péter ses décors. Le second a gagné en l’espace de quelques mois une horde d’admiratrices/teurs avec son accent british, sa frimousse et ses abdos. 

Toutefois, la chose est susceptible de laisser dubitatif. Vaughn emballe une scène de poursuite et baston dans une voiture en plein Londres, où le héros se bat contre un jaloux armé d’un bras mécanique : la chorégraphie est certes sympathique, mais n’a rien d’incroyable. Il compose des plans-séquences blindés de raccords numériques, avec des accélérations incessantes dans l’image, des mouvements qui rendent l’action moyennement harmonieuse et un paquet d’incrustations pas bien fines : on se demande à quoi ressemblera la chose dans quelques années, vu comme certaines images de Stardust, le mystère de l’étoile sont irregardables dix ans après.

Pour celui qui ne marche pas dans cette petite euphorie, Kingsman apparaît comme une énième variation pas bien remarquable, avec une date de péremption affichée toutes les 15 minutes et une grosse étiquette « ceci est cool » collée sur la tronche des personnages et les murs des décors. Avec la sensation que Matthew Vaughn passe son temps à adresser un énorme clin d’œil au public, pour en faire un pote fidèle qu’il prend dans ses bras plutôt qu’un spectateur.

 

Photo Daniel Craig

 Daniel Craig dans James Bond Layer Cake

 

KING DES RECYCLEURS

À y regarder de plus près, Kingsman est un pas logique dans la carrière de Matthew Vaughn. A chaque film, le cinéaste anglais récolte des louanges, comme porté par le vent à la mode, et alors que sa conception du cinéma et du spectacle se confirme.

Le cinéaste a un talent indéniable, à la fois dans ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas – il s’est retiré de X-Men, l’affrontement final lorsqu’il a senti la production partir en vrille, n’a pas rempilé pour Kick-Ass 2. Rien que dans ses choix de casting : après Daniel Craig futur 007 dans Layer Cake et Robert De Niro en pirate follasse dans Stardust, le mystère de l’étoile, il a fait décoller Aaron Taylor-Johnson et Chloë Grace Moretz tout en redonnant quelques couleurs nobles à celle de Nicolas Cage. Il eu du flair en castant Jennifer LawrenceMichael Fassbender et James McAvoy dans X-Men : Le commencement alors qu’ils étaient en train d’exploser, et qu’ils ont depuis offert à la franchise une publicité énorme.

 

 L’équipe en or de X-Men : Le Commencement

 

Mais derrière ces belles gueules ? Aussi sympathique soit-il, Layer Cake est une variation du genre, un peu plus cool car plus dans l’air du temps – avec le gros risque de devenir vieillot très vite donc. Et Stardust a beau s’amuser avec ses princes abrutis et son second degré assumé, l’inventivité de Vaughn vient principalement de sa capacité à déplacer, et non tordre, les clichés.

Pas de pirate tueur et viril, mais un pirate type La Cage aux folles incarné par la figure du mâle Robert De Niro. Remplacer un cliché par un autre, mélanger les motifs de la pop-culture pour les redynamiser en apparence. D’où les X-Men transportés dans l’ambiance cool des seventies, ou la figure du super-héros déplacé dans une pseudo-réalité.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si aucun film de Matthew Vaughn n’est une histoire originale : Layer Cake est tiré du livre de J.J. Connolly, Stardust de Neil Gaiman, Kick-Ass et Kingsman de Mark Millar et X-Men, des comics. Rien de problématique en soit, sauf que sa filmographie ressemble finalement à une grande entreprise de remâchage de la pop-culture à l’originalité, l’inventivité et l’audace toute relative. Que Wanted, une autre histoire de Mark Millar sur une société secrète de tueurs incroyables, ait failli avoir une suite avec le retour magique d’Angelina Jolie comme celui de Colin Firth dans Kingsman, laisse d’ailleurs pensif.

 

Kick-Ass

 

ARNAQUES, BLING ET INDUSTRIE 

Matthew Vaughn n’est pas si terrible au fond. Il est même doué, voire très doué dans son genre. Rien que son irrésistible X-Men, considéré par certains comme l’un des meilleurs épisodes, témoigne d’un vrai sens de la mise en scène et d’un regard évident en terme de direction artistique. C’est un cinéaste dans l’air du temps, adepte des outils modernes, qui scrute son monde et ses tendances. Reste que l’engouement autour du monsieur, lorsqu’il n’est pas partagé à la même hauteur, laisse songeur.

L’Anglais a parcouru un beau chemin depuis la fin des années 90, lorsqu’il débutait sa carrière comme producteur et décollait grâce à Guy Ritchie, qui l’a propulsé avec le succès d’Arnaques, crimes et botanique puis Snatch. Vaughn l’a quitté après le désastre À la dérive, avec Madonna, pour s’essayer à la réalisation : c’était Layer Cake, qui a justement quelques points communs avec les polars cool de son ancien camarade. 

 

Photo X-Men, James McAvoy

Matthew Vaughn sur le tournage de X-Men : Le commencement

 

Comparer les carrières de ces deux remâcheurs de pop-culture, une dizaine d’années après, en dit beaucoup. Guy Ritchie a atteint une limite avec Des agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E. et Le Roi Arthur, deux flops en salles détruits par la critique, mais prépare Aladdin, surfant ainsi sur une autre vague – celle des adaptations live des Disney. 

Matthew Vaughn, lui, semble planer en toute sécurité au-dessus du champ de ruines qu’est ce Hollywood tant détesté, qui recycle les marques. Il a produit la catastrophe industrielle Les 4 Fantastiques, un Kick-Ass 2 peu apprécié ou la gentille niaiserie Eddie the Eagle (avec Taron Egerton), et plancherait sur un troisième Kingsman annoncé avant même la sortie du deuxième. Mais le réalisateur semble quasi intouchable sur ce petit nuage, maintenu au-dessus du lot par ses admirateurs et ses nombreux fans, dont le baromètre à coolitude a explosé au fil de ses films.

Il y a certainement un talent là-dedans. Ce n’est d’ailleurs pas anodin si le metteur en scène a réussi à réécrire une partie de Kingsman : Le Cercle d’or en cours de route à cause des indispos de sa star Channing Tatum, qui aurait à l’origine dû avoir ce fouet magique. Vaughn l’a refilé à Pedro Pascal, a sorti de sa manche une raison de zapper Tatum, et est retombé sur ses pattes. Et si cette suite semble encore très loin des chiffres du premier (dans les 253 millions, contre 414 en fin de carrière), inutile de (re)dire que Kingsman 2 a ses fans passionnés, prêts à défendre le film et son réalisateur contre vents et marées – si tant est que Matthew Vaughn ait un jour à affronter une telle adversité.

 

Photo Matthew Vaughn

 Matthew Vaughn avec Channing Tatum sur le tournage de Kingsman 2 

 

Rédacteurs :
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Simon Riaux

La rédaction tient à annoncer que, quelques minutes après la publication de cet article, Geoffrey Crété est malencontreusement tombé du balcon du 7ème étage des locaux de la rédaction. Nous regrettons amèrement sa disparition, aussi violente que vraiment pas juste.
Il aura tout juste eu le temps d’articuler un très digne « franchement, j’ai un peu abusé sur Matthew Vaughn », avant que le seigneur ne le rappelle à lui.

Toutes nos pensées à ses films préférés.

LaTeub

Bon cinéaste. Un peu en roue libre et abusant, comme dit dans l’article, de la cool attitude qui gonfle grave lorsqu’elle est mal dosée… A titre personnel je trouve que XMEN le commencement est un sacré bon film mais, surtout, KICK a*s est une tuerie, un pur bijou oscillant entre comédie, actioner et comics, un pur régal contenant des scènes d’anthologie, le tout rehaussé par une BO absolument géniale. Top!

Charles

Kingsman c’est une idée originale de Vaughn, il a même travaillé le comics avec Millar … Casser pour casser un cinéaste, c’est pas être pisse froid c’est juste risible.
Rien que le titre de l’article est à la fois provocateur et ridicule : « ah oui je vais développer mon avis et si vous êtes pas d’accord, vous êtes des vilains méchants »

PS : Egerton n’apparait pas une seule fois torse nu dans kingsman, alors votre phase sur ses abdos on repassera hein … Mais je suis bête, si les femmes aiment Egerton c’est parcequ’il est beau et musclé et pas parcequ’il est bon acteur …. Sérieusement ?! En 2017 vous en êtes encore la ?

Ashy Slashy

Le film le plus cool de l’année c’est Baby Driver, surement pas cette daube en CGI faussement décomplexée.
Meh.

StarLord

@ashy slashy
Tout a fait d’accord avec toi!

Je rajouterai que j’ai vraiment adoré le 1er Kingsman, j’attendais donc la suite avec impatience et je suis tombé de haut… Tout est trop caricatural, les gags pas drôles pour la plupart, les scénario n’est pas prenant, limite ennuyeux par moment.
Et niveau action franchement aucune scène n’arrive a la chevile du 1!