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Blitz : critique du jour le plus Londres sur Apple TV+

Par Alexandre Janowiak
22 novembre 2024

En 2018, Steve McQueen assénait une petite claque aux spectateurs avec son thriller féministe Les Veuves dissimulant une satire politique passionnante. Depuis, le Britannique s’est donné une autre mission en se confrontant plus frontalement à l’Histoire du Royaume-Uni, avec la mini-série anthologique Small Axe et sa série documentaire Uprising, et d’Amsterdam dans son film-documentaire Occupied City. Grâce à Apple TV+, il revient enfin à un film de fiction historique sur la Seconde Guerre mondiale avec Blitzmené par Saoirse Ronan, Harris Dickinson et surtout le jeune Elliot Heffernan, dès ce 22 novembre.

Blitz : critique sur Apple TV+ © Canva Apple TV+

Le grand blitz

Avec son opulent documentaire Occupied City (long de 4h26), Steve McQueen dressait un portrait passionnant de la ville d’Amsterdam tout en façonnant un parallèle hypnotique entre deux générations : d’un côté, celle ayant subie l’occupation allemande lors de la Seconde Guerre mondiale et, de l’autre, celle ayant été touchée par la pandémie de Covid-19. Devant Blitz, même si c’est sûrement involontaire – le film a terminé son tournage fin 2022 –, difficile de ne pas faire un parallèle entre ce Londres des années 40 et le Gaza contemporain.

Blitz se déroule en effet en septembre 1940 à Londres, période durant laquelle la capitale britannique tentait de survivre chaque nuit aux assauts des bombes nazis et où 1,25 million de personnes ont été évacuées. Il suit donc une jeune mère, Rita (incarnée par la délicate et déterminée Saoirse Ronan), et son fils métis George (le premier rôle du jeune Elliot Heffernan). Pour le protéger de la guerre, elle l’envoie en sécurité dans la campagne via un programme gouvernemental, mais le garçon n’est pas de cet avis. Sautant du train l’éloignant du chaos, il va tout faire pour rejoindre Londres et retrouver sa mère.

« Je marche seul… »

Dans une aventure à la Charles Dickens, voire spielbergienne (Empire du Soleil en ligne de mire), George découvre tout un univers dans un récit d’apprentissage tumultueux (évoquant aussi Pinocchio). Qu’il rencontre l’officier noir Ife (sorte de figure paternelle de substitution), d’affreux malfrats (Stephen Graham terrifiant en pilleur opportuniste) ou de simples londoniens oscillant entre un racisme ordinaire et une bienveillance inespérée, un long périple se met alors en place avec ce môme d’à peine 8 ans.

Dans un geste romanesque, Steve McQueen le confronte peu à peu aux mensonges des adultes, à la cruauté du monde qui l’entoure et finalement à une triste vérité, où son innocence d’enfant ne pourra rien face à l’horreur de la réalité. Et au film de gagner encore en force lors du déferlement chaotique touchant Londres, lorsque George est véritablement aspiré par une guerre intraitable dont il est une victime collatérale.

Elliott Heffernan dans Blitz
L’enfer, c’est les adultes

La veuve et l’enfant

Blitz n’évite toutefois pas quelques écueils. En s’attachant énormément au parcours du jeune garçon, le film fleurte avec la mièvrerie des contes par moment et certains apartés (tout ce qui tourne autour des tensions raciales) sont trop fabriqués pour s’ancrer naturellement dans le récit (le flashback sur Marcus, le père de George). Par ailleurs, le montage alterné entre l’épopée de George et le quotidien bousculé de sa mère travaillant à l’usine pour participer à l’effort de guerre, est un choix particulièrement étrange.

En 1h30 (sur les 2h du film), George vit de multiples aventures en quelques heures quand Rita semble figée pendant plusieurs jours. Leurs temporalités semblent incompatibles à l’écran et pourtant, ils vivent bel et bien des histoires contiguës, sur le point de fusionner, lors de la vraie bascule du dernier tiers. Tout ne s’assemble donc pas totalement dans Blitz, en tout cas dans un premier temps, et le récit pèche parfois narrativement (quid de l’intérêt du personnage de Harris Dickinson ?).

Saoirse Ronan, excellente mais bizarrement trop en retrait (ou pas assez)

Steve McQueen déploie heureusement toute l’envergure de sa mise en scène pour sublimer l’ensemble, notamment en reconstituant le Londres bombardé des années 40. Qu’il filme la rude bataille de pompiers pour éteindre un bâtiment en feu, l’inondation angoissante d’une bouche de métros (non sans rappeler la beauté des scènes de naufrage du Titanic de James Cameron), la chute stridente des bombes dans la Tamise (le travail sonore est dingue) ou filme l’ampleur des dégâts dans un magnifique plan aérien, le Britannique offre un spectacle visuel absolu.

C’est d’autant plus frappant lorsqu’il parvient à créer des jonctions inattendues, à l’image de cette parenthèse festive déroutante muant soudainement en spectacle macabre extrêmement évocateur. Ce mélange entre abstraction poétique, fresque sociale-politique et périple initiatique démontre toute l’ambition de Steve McQueen, mais aussi les limites de son Blitz.

Presque deux films en un

Il est tellement tiraillé entre plusieurs identités, à la recherche d’un idéal intouchable (un peu comme son jeune héros) entre son classicisme structurel et son imagerie plus authentique, qu’il en oublie de nous soulever le cœur avant son grand final (hormis la scène d’adieu du train). Car même si le dernier plan est bouleversant et que Steve McQueen fait preuve d’un humanisme à tout rompre, Blitz émeut presque plus pour sa maestria technique que pour son mélodrame à hauteur d’enfants.

Blitz est disponible sur Apple TV+ en France depuis le 22 novembre 2024

Affiche Us de Blitz
Rédacteurs :
Résumé

Steve McQueen se mélange un peu les pinceaux avec Blitz, mais livre malgré tout un film d’une ampleur fascinante sur l’enfer de la guerre.

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Pour ce que ça vaut

« difficile de ne pas faire un parallèle entre ce Londres des années 40 et le Gaza contemporain »
Sans chercher une quelconque polémique je suis curieux de connaitre ce parallèle car j’ai beau retourné le problème dans tous les sens je n’en trouve aucuns excepté la morts de civils qui n’avaient/n’ont rien demandés tant l’origine de ces bombardements sont à l’extrême opposé de l’autre

eddie-felson

Surprise! Je m’attendais à autre chose qu’à un film traitant du thème du racisme, après tout pourquoi pas mais là non, il le fait de manière grossière et avec des personnages tellement caricaturaux que l’exercice tourne vite court! Une relecture des plus coupable de notre passé avec un effet de loupe tel qu’il en brûle même la meilleure des volontés à l’égard de son propos! Bref, long et chiant.

julie45

Sans façon, encore une réécriture de l’histoire comme toujours (Seconde Guerre Mondiale), paye ton respect.
Rien d’étonnant quand on voit le réalisateur, faudrait lui dire que les nazis étaient aussi obsédés par la réécriture de l’histoire tout comme les noirs américains…

Fox

Vu au ciné dans une fenêtre de distribution salles très étriquée (sur un seul week-end – et seulement sur la région parisienne ?), conséquence de la nouvelle politique d’Apple sur ses sorties au ciné.
A noter d’ailleurs que, contrairement à Godzilla Minus One où tout le monde a braillé à n’en plus finir à propos de la sortie restreinte, ça a été le silence radio absolu pour Blitz alors qu’il vaut clairement le détour sur grand écran.
L’indignation à géométrie variable, tout ça tout ça… Bref !

Plutôt en accord avec le regard d’Alexandre dans l’ensemble, mon avis est majoritairement positif malgré ces quelques bémols sur l’écriture (McQueen a un peu « chargé » sur les péripéties du jeune garçon, même si j’en devine les raisons).
Bon déjà, il y a Saoirse Ronan dedans et là, je deviens moins objectif : où qu’elle passe, elle rayonne tellement qu’elle tire toujours un film par le haut (dernier exemple en date : The Outrun).
Assez déçu de ne pas l’avoir vu en Atmos (il a bénéficié de ce mix) tant le travail sur le son est très soigné. L’écran (mal tendu ?) de la salle (plutôt bonne, soit dit en passant) en a d’ailleurs fait les frais en vibrant bien comme il faut sous l’impact des bombes allemandes !
Mention spéciale à Benjamin Clémentine qui, telle la lueur de la faible torche d’Ife, illumine le film de son charisme pour les quelques scènes où il apparaît. Hâte de le retrouver dans de nouveaux rôles !
A noter également le magnifique travail de Yorick le Saux (cocorico !) à la photo.

P.-S. : J’ai fait l’erreur de regarder la B-A sur YouTube après coup, et surtout de lire les commentaires en dessous. Absolument consterné d’y lire des déclarations toutes plus racistes les unes que les autres, sans aucune modération de la plate-forme. C’est sidérant (et un peu inquiétant…).