Patti Cake$ : critique à flow

Geoffrey Crété | 14 août 2017 - MAJ : 04/12/2019 20:08
Geoffrey Crété | 14 août 2017 - MAJ : 04/12/2019 20:08

Présenté à Sundance puis à la Quinzaine des réalisateurs, Patti Cake$ n'est pas passé inaperçu. Et à juste titre : le premier film de Geremy Jasper, sur les déboires d'une jeune fille du New Jersey qui rêve de musique, est un petit shot d'euphorie irrésistible, porté par un casting fantastique.

TOUS EN SCÈNE

Rien de neuf : l'histoire d'une fille qui rêve de s'évader de son quotidien misérable et s'arracher de son décor lugubre pour devenir ce qu'elle est réellement au fond d'elle. A 23 ans, Patricia traîne une mère alcoolique ingérable, une grand-mère malade et un travail de serveuse, poids presque morts accrochés à ses rêves de musique. Elle se fantasme en Patti Cake$, star de hip hop : elle plane dans la rue, gribouille des textes en cours de route. Elle a un meilleur ami, un garçon en vue, et une foule de mésaventures devant elle pour composer un de ces feel good movies très formatés.

Attention néanmoins à ne pas résumer le premier film de Geremy Jasper à ce prototype de ciné indé. Car si Patti Cake$ avance dans les clous, c'est avec une force, un humour, une vitalité et une douceur irrésistibles.

 

Photo Danielle MacdonaldSpace Patti Cake$

 

MOI, PATTI CAKE$

Le décor a beau lorgner vers un misérabilisme social à la Ken Loach, avec son héroïne en surpoids et une plongée dans le white trash, le film y résiste. Plus de rires que de larmes réelles dans Patti Cake$ donc, notamment une fois que l'héroïne forme un groupe improbable. Lorsqu'elle pose aux côtés de son meilleur ami indien, d'un noir métalleux et de sa grand-mère en fauteuil roulant avec un masque, il est clair que le film de Geremy Jasper lorgne ouvertement vers quelque chose de drôle et léger.

C'est là que sa première réalisation détonne : enthousiasmant voire euphorisant dans ses pics émotionnels, Patti Cake$ est un petit shot de plaisir dont l'effet grandit au fil des minutes. C'est grâce à ces phases décalées, aux échanges percutants entre les personnages, au caractère bien trempé des membres de cette bande, que Geremy Jasper parvient à créer une belle dynamique. Difficile de ne pas être charmé et marqué par la chanson PB&J, qui anime le cœur du film et résonne longtemps après.

 

Photo Danielle Macdonald, Siddharth Dhananjay, Mamoudou Athie PB&J : le tube

 

LE DIABLE DU NEW JERSEY

Si l'histoire a une valeur très sentimentale pour le réalisateur, qui a lui aussi grandit dans le New Jersey et connu une période une vaches maigres, elle n'a toutefois rien de très spécial sur le papier. C'est sans aucun doute la grande limite de Patti Cake$, qui aura pour certains des airs de 8 Mile, le film avec Eminem. Ascension semée d'embûches, peinture sociale amère, crise amicale, amourette précieuse, victoire finale dans un feu d'artifices : toutes les cases sont cochées. Le respect des codes du genre, s'il est à peu près inévitable, empêche au film de dépasser une certaine limite, et attraper le spectateur d'une manière inattendue.

 

Photo Danielle Macdonald, Siddharth Dhananjay  

Mais la valeur n'est pas réellement ici. Geremy Jasper ne lutte pas contre ces codes, et préfère les accepter, ou les détourner avec subtilité. L'amitié touchante entre Patti et Jheri n'échappera pas à la petite crise, heureusement vite réglée, mais l'héroïne n'aura pas droit à la lourde sous-intrigue romantique, qui reste ici un espace de tendresse et légèreté débarrassé de psychodrame. De même, le scénario évite quelques écueils du mélodrame, poussant plus le film vers l'aérien que le sinistre goudron des rues. Il y a plus de rêves et fantasmes que de réalité, et c'est ce qui donne cette force lumineuse au film.

Sans surprise, Patti Cake$ brille en grande partie grâce à ses acteurs. Danielle Macdonald se révèle plus qu'excellente dans un superbe rôle, bien loin de se résumer au stéréotype redouté. Drôle, tendre, déchirante, violente, enfantine, glamour, elle illumine le film de scène en scène, épaulée par Siddharth Dhananjay et Mamoudou Athie.

 

Photo Bridget EverettBridget Everett l'inimitable

 

Dans une moindre mesure, Bridget Everett, artiste de cabaret notamment croisée dans Inside Amy Schumer, tire son épingle du jeu en quelques scènes où elle apporte une vraie humanité à ce personnage de mère et ogresse grotesque. Le réalisateur pose un regard terriblement touchant sur ces personnages hors normes, qui relèvent à la fois d'un réalisme brut et de figures totalement cinématographiques.

La formule a beau être carrée, elle n'empêche en rien le plaisir et l'euphorie au fil du flow et des frissons de cette Patti Cake$. Un premier film souvent irrésistible qui excelle dans un genre balisé, et révèle les talents à suivre du réalisateur Geremy Jasper et l'actrice Danielle Macdonald.

 

Affiche française

 

Résumé

L'histoire, les ficelles, les personnages, le feu d'artifices final : c'est classique, voire très classique dans le genre du feel good movie indé. Mais Patti Cake$ a pour lui une énergie folle, des acteurs formidables, un flow du tonnerre, et une simplicité combinée à une tendresse magnifique. 

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