Colossal : critique Godzillesque

Geoffrey Crété | 12 février 2018 - MAJ : 17/02/2019 13:54
Geoffrey Crété | 12 février 2018 - MAJ : 17/02/2019 13:54

C'est quoi ce film avec Anne Hathaway face à un monstre type Godzilla ? Quatrième long-métrage de l'Espagnol Nacho Vigalondo, révélé avec Timecrimes en 2007, Colossal a été annoncé en grande pompe en mai 2015, avec la puissance d'une star oscarisée comme Anne Hathaway et d'un pitch unique en son genre. Deux ans plus tard, après un petit tour en festival et une sortie sur un circuit très réduit aux Etats-Unis, le film arrive en France. Non pas en salles, en e-cinéma. Preuve d'un film raté ou nouvelle injustice du système ?

Affiche argentine
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COLOSSE INDÉ

Puisque chaque film doit être rangé sur une étagère dès sa conception afin d'être vendable et acceptable, Colossal a été présenté comme "Godzilla rencontre Lost in Translation". Godzilla pour des raisons évidentes : le film montre un monstre reptilien géant qui apparaît en plein centre ville de Seoul en Corée du sud, pour d'obscures raisons. Lost in translation pour le côté indé de l'entreprise mi-légère mi-amère, centrée sur des individus esseulés, entre épave humaine et petites choses à fleur de peau.

 

Photo Anne HathawayAnne Hathaway

 

Colossal raconte ainsi les déboires de l'alcoolique Gloria (Anne Hathaway, qui a activement cherché un projet original avant de courir après ce rôle et ainsi attirer les financements), virée de l'appartement de son Ken de petit ami après une beuverie de trop. Parce qu'elle n'a rien d'autre dans sa vie, elle retourne dans sa petite ville natale pour meubler son existence et la maison de famille déserte.

Elle recroise Oscar (Jason Sudeikis), un ancien camarade d'école qui tient un bar, et l'aide à se remettre sur pied. Mais la petite vie minable de Gloria prend une dimension insolite lorsqu'un monstre apparaît dans la ville coréenne de Seoul sous les yeux médusés de la planète : car Gloria a une connexion étrange avec ce lézard gigantesque.



 

BOIRE ET DÉBOIRES

Colossal frappe d'abord par sa nature étrange et indéfinissable, qui passe d'un genre à un autre avec une assurance décoiffante. Ce qui démarre comme une comédie un peu grossière sur l'errance comico-cliché d'une femme perdue vire donc au film fantastique, avec l'apparition absurde d'un monstre annoncé dès la séquence d'intro. L'équilibre est certes étrange, mais le spectateur s'y est préparé.

Ce n'est pas la grande surprise de Colossal : contre toute attente, alors que le film semblait confortablement s'installer dans un cadre classique de comédie romantique à peine décalée, l'histoire amorce un virage particulièrement noir à mi-chemin. Le sourire laisse place à l'inquiétude, dans un climat nettement plus sérieux et noir, qui donne une toute autre couleur à la chose. Le film glisse vers une tonalité sinistre, avec une brutalité étonnante lorsque la vérité sur les personnages se dessine.

Nacho Vigalondo prend un malin plaisir à aligner les ruptures de rythme, casser sa dynamique pour alterner le léger et le tragique, déterminé à désarçonner le spectateur. C'est d'autant plus étonnant que la promo a misé sur l'aspect comique de l'histoire, bien loin d'être représentative. Le film est plus amusant que drôle (le running gag du réveil de Gloria, les images décalées du monstre), mais surtout plus dramatique et absurde qu'autre chose. De quoi déboussoler le public, qui aurait néanmoins bien tort d'abandonner.

 

Photo Anne Hathaway, Jason SudeikisY'avait pas que d'la pomme là-d'dans

 

MONSTRES ET COMPAGNIE

Ce parti pris est la grande force du film. En prenant soin de sortir des cases classiques des genres, Nacho Vigalondo donne à Colossal une identité unique, mystérieuse et absurde, qui dénote dans la production actuelle. Un film de monstre qui refuse le spectaculaire, une comédie avec Anne Hathaway qui refuse d'être uniquement drôle, un drame qui ne se contente pas d'appuyer sur la corde sensible, une œuvre aux multiples facettes qui les assume avec malice : Colossal intrigue, fascine et impressionne même parfois grâce à cette volonté excitante, qui en fait l'une des trop rares démonstrations des possibilités de marier différents types de cinéma.

 

Photo Anne Hathaway, Jason SudeikisL'amour est dans le pré

 

Se dessine alors en creux l'étonnant portrait d'êtres profondément perdus et blessés, quasi fantômatiques, hantés par une pulsion inconsciente de destruction - d'une ville, d'une vie, de soi-même. La petite romance vire à la tragédie intime, avec un traitement de l'amour et de la haine particulièrement noir, à des années-lumière du programme attendu dans un film indé branché.

Colossal devient alors un film d'une profondeur réellement étonnante, avec un angle parfaitement imprévisible. Le décor balisé de la petite ville de province, propice à un retour aux sources devenu un motif récurrent du ciné de Sundance, se voit perverti par une histoire d'une brutalité insoupçonnée. Le réalisateur mène son histoire avec une aisance folle, et une fausse légèreté réjouissante parfaitement utilisée.

Plus encore qu'Anne Hathaway, qui rappelle qu'elle peut être autre chose qu'un parfait soldat hollywoodien, Jason Sudeikis tire son épingle du jeu avec un rôle inattendu, qui dévoile une belle facette de cette star du Saturday Night Live. Un casting malin de Nacho Vigalondo, qui court-circuite les attentes du spectateur tout en révélant la force de l'acteur.

 

Photo  Jason SudeikisJason Sudeikis

 

APOCALYPSE HER

Pourquoi alors la réussite n'est pas totale ? Parce que Colossal a aussi ses faiblesses, et a quelques difficultés à assurer les ambitions du récit. Le monstre-énigme appelle une résolution et lorsque l'explication arrive, la scène semble posée au milieu du montage par obligation. Dans le fond comme dans la forme, ce flashback beaucoup trop artificiel brise le charme d'un film sinon maîtrisé, qui gère ses effets (un budget confortable mais limité de 15 millions) avec une certaine adresse.

Lorsque le mystère s'éclaircit et que le réalisateur décide de relier les points pour faire sens, Colossal perd de sa belle étrangeté. Au détour d'une trop longue scène dans un bar avec Dana Stevens (le héros de la série Legion), Vigalondo perd la bonne dynamique de l'histoire. Le climax offre une poignante résolution, mais la mise en scène et notamment la gestion des effets spéciaux est plus fragile. 

 

Photo Anne HathawaySi proche du but

 

Jusqu'à l'ultime seconde, Nacho Vigalondo prend un malin plaisir à casser ses effets et jongler entre le rire et les larmes. Le timing est souvent redoutable, parfois brillant, mais éventuellement dangereux. Cette façon de désamorcer l'histoire pourra charmer mais également irriter lorsqu'elle joue contre l'intégrité du film.

A l'image de ses personnages à double visage qui passent d'un rire complice à une noirceur déstabilisante, Colossal n'est pas une œuvre simple et polie : c'est un film inclassable, bizarre, dérangeant, qui se jette nonchalamment à la face du spectateur - quitte à le laisser totalement démuni.

 

Photo Affiche Colossal

 

Résumé

Etrange, inclassable, absurde, drôle, imprévisible, profond : Colossal est à la hauteur de son pitch improbable. Et si le film souffre de réelles maladresses et d'un manque de maîtrise dans sa dernière partie, le réalisateur Nacho Vigalondo y démontre suffisamment de talent et d'intelligence pour convaincre et impressionner.

commentaires

yourglaaa
13/02/2019 à 14:50

Très bonne petite surprise que ce film, loin des clichés, inattendu et bourré d'humour (j'adore les dernières secondes du film). Je conseille très fortement. Ce film est aussi WTF que Dans la peau de John Malkovitch ou plus récemment, Sorry t bother you. A voir et revoir.
PS : n'en déplaise à certains esprits chagrins, je fréquente de très jolies alcooliques, preuve que ça existe ;-)

Julien
13/02/2019 à 09:10

Film de monstre qui n en est pas vraiment un, ou plutôt film des monstres intérieurs qui sommeillent en chacun de nous.plaisant, original, surprenant : tout ce qu on attend d un film et qui est oublié de nos jours par bien des superproductions.
A voir

shion
01/08/2017 à 06:46

Simon Riaux

Bonjour et merci de votre réponse

Ma question justement pour vous meme était la suivante :

quelle film de ce meme réalisateur trouver vous je cite :

3 films, trois concepts mortels, bourré d'idées de mise en scène brillantes. Et aujourd'hui Colossal.

???? car je vois vraiment pas les 3 pépites que vous cité de ce meme réalisateur

cdlt.

Simon Riaux - Rédaction
31/07/2017 à 16:59

Bonjour @shion

Aucun de vos messages n'a été censuré, ils sont tous visibles.
Et s'il vous semble malgré tout que l'un ou plusieurs d'entre eux ont disparu, merci d'en indiquer le contenu, on jettera un oeil pour savoir s'il s'agit de modération automatique assortie d'un bug (les petits logiciels destinés à éviter robots, spams et autres joyeusetés).

shion
31/07/2017 à 16:35

Barbo

salut bonjour alors sache que :

j'ai toujours été polis avec tous le monde , mais quand je pose une question au sujet des 3 films, trois concepts mortels, bourré d'idées de mise en scène brillantes. Et aujourd'hui Colossal.

on me censure alors que c'est une simple question a la base , et j'aimerais bien continuer le débat a ce sujet car les 3 super films de ce réalisateur m'intrigue je voudrais savoir ??? que je me marre .....

ps tu fais jamais de faute quand tu frappes sur ton clavier je dis pas etre parfait mais bon quand je lis certains !!!!!!

Barbo
30/07/2017 à 11:23

@shion

Avant de crier à la censure alors que t'as bien des messages lisibles : y'a un truc qui s'appelle la modération, et c'est le droit de chaque site de le faire pour avoir un espace d'échange sympa. Estime toi heureux que leur modérateur ne vire pas ces fautes d'orthographe qui vont néanmoins très bien avec le ton que tu emploies.

shion
30/07/2017 à 07:09

vive la censure sur ecran large et l'expression direct ah c'est beau

Atma
28/07/2017 à 13:40

En même temps, faut qu'elle soit regardable, quand même...

M
28/07/2017 à 12:04

Film sympathique dont la performance lamentable de AH ne parvient pas a couler le film.
Serieusement, Anne est alcoolique ? Jamais vu d'alcolo aussi jolie

Rarara tatata
28/07/2017 à 04:53

Bon p'tit film avec quelque défaut mais tellement sympathique à regarder et puis le twist et assez cool finalement c'est un bon petit OVNI qui ne plaira pas à tout le monde ça c'est sur

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