L'Homme aux mille visages : critique corrompue

Simon Riaux | 11 avril 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 11 avril 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Avec La Isla Minima, Alberto Rodriguez avait enchanté les amateurs de polar, grâce à sa maîtrise d’une atmosphère étouffante et poisseuse, il s’attaque avec L’Homme aux Mille Visages au thriller politique.

PRENDS L’OSEILLE ET TIRE-TOI

Fini les méandres arides d’une Espagne rurale et secrète, nous embarquons ici pour les alcôves corrompues jusqu’à l’os d’un Etat pris en tenailles entre les affrontements avec l’ETA, la fin de règne de Felipe Gonzalez et un scandale de détournements de fonds publics tentaculaire. Une intrigue qui lorgne aussi bien du côté de Scorsese, que dans grands thrillers parano des années 70.

Rodriguez ne s’y trompe pas et passe avec réussite de la rugosité calcinée de son précédent métrage, aux ténèbres ouatés des palaces, des planques, zigzaguant entre un Paris au luxe inquiétant et les arrières salles enfumées d’une Espagne où d’anciens barbouzes se toisent en fumant des cigares hors de prix.

 

Photo Eduard Fernández,  Marta Etura

 

Le décorum est capté à la perfection, tandis que le réalisateur s’amuse à sur-composer l’image de L’Homme aux Mille Visage, la saturant d’indices quant à la duplicité de ses personnages. Le résultat est garanti et l’impression d’avancer à pas de loup dans un labyrinthe foisonnant mais dont le codex demeure à porter de main, est particulièrement immersive. Des espions ratés en passant par une administration corrompue, c'est un système européen déjà vieillissant, où chacun joue une partition à trois bandes, qui se dévoile.

 

Photo

 

MÉMOIRE COURTE

Malgré le soin apporté à ce récit d’orfèvre, le métrage souffre de deux défauts qui pourront rebuter. Tout d’abord, malgré l’ambigüité proférée par son titre, le film est souvent trop transparent. Et le porteur de valise interprété avec brio par Eduard Fernandez manque justement des innombrables facettes qui nous étaient vendues.

Le récit ne lui offre finalement que des motivations limitées, hormis de sa formidable cupidité, et fait de lui un génie certes, mais un génie transparent, loin de cette figure fascinante issue du post-Franquisme, ce fantôme d’un ancien monde refusant de mourir que le metteur en scène tente de dépeindre.

 

Photo Eduard Fernández

 

Enfin, pour qui ne connaît pas excellemment bien l’histoire espagnole de la fin du XXIème siècle, L’Homme aux Mille Visage demeurera un thriller aux enjeux vaporeux. Pour en comprendre le sel, il faudra se souvenir de la longue traque de Luis Roldan, directeur de la Garde Civile tombé pour détournement de fonds. Recherché dans toute l’Europe, l’homme passait alors pour un insaisissable criminel, quand le film d’Alberto Rodriguez dévoile qu’il fut surtout le pantin d’un barbouze bien décidé à renflouer son compte en banque, maître d’échecs jouant au chat et à la souris avec les autorités.

Cette histoire cachée est passionnante, et le cinéaste capte bien en quoi elle permet de décoder comment l’Espagne moderne a été incapable d’empêcher certains de ses vieux démons de survivre en son sein. Mais pour le spectateur français, une mise au point historique s’avérera nécessaire pour appréhender l’ampleur de ce récit jouant sur plusieurs niveaux.

 

Affiche officielle

 

Résumé

Immersif et intelligent, ce thriller politique manque parfois de didactisme et d'ambigüité pour nous séduire totalement.

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