Assassin's Creed : critique d'un accident industriel

Simon Riaux | 19 mars 2019 - MAJ : 31/03/2020 13:19
Simon Riaux | 19 mars 2019 - MAJ : 31/03/2020 13:19

Porté par un casting alléchant, réalisé par un cinéaste passionnant et vendu par Ubisoft comme un projet de cinéma ambitieux, Assassin’s Creed avait toutes les cartes en mains pour s’imposer comme un divertissement de haute tenue. Si à l'époque la promotion étonnamment discrète du blockbuster inquiétait un peu, rien ne laissait présager d’un si lamentable désastre.

LES YEUX PLUS GROS QUE LE VENTRE 

Avec son univers mariant histoire, action et science-fiction, la licence Assassin’s Creed convoque des univers cinématographiques allant de la hard SF jusqu’au film de cape et d’épées. Un programme particulièrement riche, qui se prêtait à l’évidence à l’adaptation cinématographique ambitieuse vantée par ses producteurs. On est d’autant plus surpris de constater que le premier échec évident de l’œuvre est sa dimension narrative.

Ubisoft Motion Picture, filière du studio français conçue pour adapter ses créations sur grand écran, n’a manifestement pas encore les épaules pour se frotter à l’exercice complexe du divertissement populaire.

 

Photo Michael FassbenderBon. On y va ?

  

En témoigne la première demi-heure du film, qui devrait rester comme une des plus creuses vues en salles, emblématique des errements du projet. Mise en bouche historique contextualisée à la truelle, flash-back interminable dans les années 80, ellipse incompréhensible suivie d’interminables palabres… En près de 30 minutes, Assassin’s Creed ne raconte rien et ne s’inquiète jamais de la personnalité ou des motivations de ses personnages, transformés en pantins lymphatiques.

Michael Fassbender tape du poing sur des murs (souvent), Marion Cotillard palpite de la narine comme personne, tandis que Jeremy Irons relit mentalement son contrat. Chacun paraît jouer dans un film différent, avec l’enthousiasme d’un cachalot échoué sur une plage du Havre. Difficile de s’intéresser à une narration qui bégaie au point de répéter ses ingrédients dans presque chaque scène, sans jamais les incarner. Conscient que ce n’est pas du côté de la construction que le film satisfera, il ne reste plus qu'à espérer qu’il assume son potentiel spectaculaire.

 

Photo Michael FassbenderY'a du spectacle ou pas ?

 

RETOUR VERS LE FUTUR DU SUBJONCTIF

Manifestement, Justin Kurzel ne sait absolument pas ce qu’il est supposé nous raconter, à tel point que son film délaisse le cœur du projet, à savoir l’épopée située au cœur de l’Espagne de l’Inquisition. Réduite à trois malheureuses scènes d’action (et une introduction terriblement cheap), les séquences où interviennent les assassins confinent à l’absurdité la plus totale.

Projeté en plein XVème siècle, personnages et spectateurs sont précipités au sein de séquences de poursuites et de baston dont nous ignorons les motivations, le contexte ou l’enjeu et dont on se moque donc comme de notre première couche. Pire, Justin Kurzel était manifestement le plus mauvais choix possible pour Assassin’s Creed. Incapable de penser l’action, il ne la spatialise jamais, la découpe mal et la filme généralement avec des cadres si serrés que nous perdons tout le sel des (excellentes) chorégraphies.

 

Photo Michael FassbenderUn film qui vise à côté

 

Pour parfaire la catastrophe, le montage s’assure que l’ensemble soit parfaitement illisible et achève de provoquer un sentiment de confusion irritant. Chacune des trois scènes d’action située dans le passé est conçue selon un invariable modèle : une alternance de plans pensés sans logique géographique, entrecoupés d’images de Michael Fassbender gigotant dans l’Animus - la machine qui le projette dans le passé – et rythmé par des ellipses dont on ne comprend pas la justification. On passe ainsi d’une joute en pleine ruelle à un combat sur un toit, au détriment de toute cohérence, pour un résultat désastreux en termes d’immersion et de spectacle.

Et ce n’est pas la photographie de l’ensemble, extrêmement soignée  mais en totale déconnexion avec l’esprit du sujet, qui pourra sauver la chose de la déconfiture technique. Esthétiquement, l’œuvre aligne les choix désastreux, d’une bande originale en forme de sous Hans Zimmer, en passant par des « effets de particules » absurdes, qui achèvent encore un peu plus la lisibilité de l’ensemble. Seuls les décors et leur direction artistique en imposent, quand la caméra daigne un instant s’arrêter sur eux.

 

Photo Michael Fassbender, Ariane LabedAu moins la photo est pas mal hein

 

RENDEZ-NOUS LE PAD 

Ne s’interrogeant jamais sur la problématique de l’adaptation ou les différences fondamentales entre jeu vidéo et narration cinématographique, le film se contente d’aligner les clins d’œil et référence à l’adresse des fans et gamers en général. Mais ces derniers seront peut-être les plus cruellement déçus par le métrage.

Tout d’abord parce qu’il parvient à ridiculiser un univers excitant, aux idées plaisantes et formidablement ludiques (nos héros courent quand même après une boule de pétanque scintillante), mais surtout parce qu’il les considère ouvertement comme une sacrée bande de gogos. Non content de piétiner tous les ingrédients essentiels de la mythologie, le film les réduit de facto à des accessoires, une série d’éléments de fonds supposés acheter leur bonne volonté.

Ubisoft était parvenu à décrédibiliser sa saga sur console à force de sorties manquant cruellement de finition et en dépit des intentions affichées par le studio, c’est la même gangrène qui fait pourrir sur pied ce blockbuster attendu.

 

Affiche

 

Résumé

En 2016, Ubisoft avait l'occasion de rompre la malédiction des adaptations de jeux vidéo, mais nous offre le plus spectaculaire ratage de l'année.

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commentaires
Fannel
23/03/2020 à 13:47

Warcraft et Prince of Persia avaient déjà de belles qualités (pas l'originalité, je vous l'accorde) pour briser la "malédiction"... Assassin's Creed reste une daube insultante pour tous les gamers ayant touchés un des titres JV. Ça me fait penser à Max Payne...

zetagundam
19/03/2020 à 20:34

Un film ridicule c.à.d. à l'image de son artefact la Pomme d'Eden qui n'est qu'une vulgaire boule de pétanque (et ce n'est pas une blague)

Manontherun
15/01/2017 à 21:25

Altair,
Joues pas les débiles de service s'il te plait. A priori, le film déplait a une majorité. Et tant mieux s'il t'a plu. Les jeux sont très bien mais les adaptations ciné sont souvent des échecs parce qu'on aimerait retrouver l'immersion d'un jeu dans un film. Et ça c'est quasiment impossible puisque si le film est fidèle au jeu, on connait déjà l'histoire et on ne se laisse plus emporter.

Krysta
31/12/2016 à 15:27

Tant mieux pour toi si tu te contentes d'un truc propre sans grand frissons qui n'est pas si pire ! Perso j'ai pas besoin de me farcir ce truc dénué de personnalité pour changer des super-héros. Et j'ai aussi joué aux jeux que j'aime beaucoup au passage.

RégisMeilleur
31/12/2016 à 15:06

Tant pis pour toi, mais ce film n'est pas moins con ou moins divertissant que 99% des blockbusters qui sortent (sauf batman v superman et warcraft pour moi).

Il est pas parfait et oubliable mais ça fait du bien de changer des super héros. J'ai joué aux jeux et j'ai trouvé que le film le respectait bien. C'est pas un grand film mais c'est loin d'être une bouse.

Et si si, je passe, hop !

Krysta
31/12/2016 à 12:58

@Régis

Non, ne "passons" pas : faut pas oublier que pour plein de gens Warcraft n'est pas un bon film. Du tout. Ce que tu dis sur ce film ce n'est pas un fait mais un avis. Je n'ai pas aimé perso.
Et je te dis ça parce que j'ai aimé Silent Hill, mais je ne dirais pas "Silent Hill a déjà brisé la malédiction mais passons" comme si c'était une évidence à ne pas remettre en question. Plein de gens n'aiment pas ce film.

Sinon, je n'attendais pas comme un bourrin un film d'action avec AC, inutile de résumer ceux qui n'ont pas aimé à une case. Je m'attendais à une aventure solide, des personnages envoûtants, une intrigue haletante, une tension dramatique, bref une expérience satisfaisante et bien emballée. Au final ça m'a semblé très artificiel et je l'ai déjà oublié tellement c'était insipide. Mais je n'ai aucun problème avec le fait qu'il ait été aimé par d'autres.

RégisMeilleur
31/12/2016 à 05:24

Warcraft avait déjà brisé la malédiction des films adaptés de jeux vidéo mais passons. Le film est potable et a ennuyé ceux qui pensaient ne voir que de l'action dans le passé. Il est propre, c'est pas le grand frisson mais c'est un bel hommage au jeu. Pas la bouse que tout le monde prétend qu'il est pour se donner un style. Et se baser sur rotten tomatoes pour émettre un avis c'est quand même osé.

Wes
30/12/2016 à 16:18

@Pascal

Attention, je vais reprendre la logique : qu'as-tu créé toi pour pouvoir avoir un avis sur le travail d'un journaliste ? Puisque visiblement il faudrait que tu aies toi-même écris des articles, et que ces articles soient considérés comme bons, pour qu'on t'écoute ?

Pascal
30/12/2016 à 15:59

Critique honteuse, remplie de préjugés arrogants. J'aimerai savoir cher journaliste ce que tu as créé comme oeuvre artistique dans ta vie pour te permettre de juger le boulot et l'investissement des autres de cette manière... J'attends ta réponse, j'irai voir pour me faire une idée...

Loktar
23/12/2016 à 13:35

De la saloperie. On s'est rarement autant moqué de moi au cinéma.
Le scénario n'a aucun sens. Juste aucun, le summum étant atteint par l'arrivée des assassins en mode"Jedi" dans la dernière partie.

Tous les acteurs sont nuls. C'est simple, ils ne jouent RIEN. Fassbender ? Son personnage n'a littéralement aucun trait de personnalité, on sait juste que c'est un tueur (mais comme il le dit c'est pas grave il a tué juste un maquereau, réplique la plus con de l'année, easy). Cotillard ? Elle fait les grands yeux et parle lentement. Woké. Irons, comme dans toutes les adaptations de licences auxquelles il participe, fait comme s'il n'était pas là. Il s'en branle et ça se voit tellement que c'est gênant.

La scène finale est probablement le truc le indigent jamais vu dans un blockbuster, ou comment faire un énorme doigt d'honneur à la notion d'infiltration.

Les scènes d'action comptent parmi les plus laides que j'ai jamais vues. A ce niveau d'incompétence c'est incroyable.

je suis étonné qu'on parle de la photo. On a un filtre instagram bleu et laid dans le présent (80% du temps donc) et un filtre jaune absurde en Espagne. Et ça veut se la jouer super noir, super dur, super glauque. Donc toujours à contre-jour. Une aberration.
Mais y a même pas de reconstitution ! Juste des mecs qui courent en accéléré sur des toits.

Je suis vraiment dégoûté.

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