Films

Vaiana, la légende du bout du monde : critique qui prend l’eau

Par Christophe Foltzer
10 février 2023
MAJ : 8 mai 2023
24 commentaires

Vaiana, la légende du bout du monde n’est pas n’importe quel film Disney puisqu’il s’agit de la nouvelle réalisation de Ron Clements et John Musker, les papas de La Petite SirèneAladdin et La Princesse et la grenouille. Et c’est un détail très important.

Affiche US

LE GRAND BLEU AVEC UNE CHAUSSURE NOIRE

Comme toutes les héroïnes Disney, Vaiana s’ennuie ferme sur son île du Pacifique Sud et rêve de parcourir les mers alors que son père, le chef du village, le lui interdit pour préserver la communauté des hypothétiques menaces du monde extérieur. Mais lorsque l’île commence à être atteinte par un mal étrange, la jeune femme prend son courage à deux mains et s’embarque dans une aventure qui va la transformer à jamais.

En chemin, elle devra retrouver Maui, un demi-dieu imbu de lui-même et le convaincre de la suivre pour réparer un tort qu’il a lui-même causé il y a fort longtemps. Au programme : un poulet suicidaire, des pirates en mode Mad Max, un crabe géant qui se croit à Broadway et un démon fait de lave particulièrement énervé. Bref, tout ce qu’il faut pour faire une grande aventure.

 

Photo VaianaPour petits et grands !

 

Ce qui marque tout de suite dans Vaiana, la légende du bout du monde, c’est l’excellence technique de l’ensemble, réellement impressionnant. Il n’y a qu’à voir l’une des premières scènes avec l’héroïne encore bébé et son premier contact avec l’océan pour en saisir toute la magie et la portée émotionnelle. Si depuis qu’il est passé à la 3D, le Studio Disney a fait des merveilles, on peut sans conteste affirmer qu’avec ce film, il livre son travail le plus abouti. Le plus magique aussi. 

Vaiana, la légende du bout du monde alterne ainsi les morceaux de bravoure et des moments plus contemplatifs, mais tout aussi magnifiques qui marqueront durablement le spectateur et le plongeront dans une ambiance si particulière et douce qu’elle durera encore plusieurs heures après la fin de la projection.

 

Photo MoanaLa lumière ici est particulièrement impressionnante

 

LAME DE FOND

Mais la grande force du film, c’est évidemment son propos qui semble enfin s’écarter des canons du genre. Comme on pouvait s’y attendre, l’histoire nous parle encore d’une ado qui s’ennuie, qui veut s’émanciper, avec la sempiternelle chanson qui présente ses désirs enfouis en montant dans les aigus, bref, les fans de La Petite Sirène y retrouveront sans conteste leurs marques.

Mais les deux réalisateurs ont également fait Aladdin et de ce fait, Maui peut s’apparenter à une nouvelle version du génie, du moins au tout début. Car, en effet, conscients des lieux communs qu’ils sont en train d’utiliser, les réalisateurs pervertissent rapidement ces conventions en déplaçant légèrement le curseur, suffisamment pour apporter un petit vent frais sans déconcerter le public.

Ainsi, Vaïana refuse son statut de princesse (et par extension, de Princesse Disney), il n’y a pas d’histoire d’amour ni de prince charmant dans le film (ce qui fait un bien fou) et Maui, ce proto-génie de la lampe, trahit immédiatement une fierté et un narcissisme qui le propulsent très loin de nos attentes. Car, en utilisant les ressorts classiques d’un récit Disney, le film nous raconte une tout autre histoire.

 

PhotoDynamic duo

 

Vaiana, la légende du bout du monde est avant tout une quête de soi, un voyage initiatique pour découvrir qui l’on est et ce qui nous relie aux autres. À l’image de la saga Dragons, il n’est pas ici question de partir définitivement de son berceau pour vivre une existence insouciante, mais de s’en écarter provisoirement pour faire son chemin et y revenir en acceptant ses responsabilités. Car, et c’est la grande nouveauté, à aucun moment l’héroïne ne renie son statut de future chef du village et ce qui pourrait passer pour une rébellion adolescente mal digérée prend en réalité un tout autre sens.

Le film nous raconte ce besoin d’ouverture, cette nécessité d’abaisser les barrières, cette obligation d’aller à la rencontre de l’autre, sans quoi aucune évolution, personnelle et collective, n’est possible. Avec en parallèle cette hypothèse un peu folle, personnifiée par Maui, qui voudrait qu’on ne puisse vraiment connaitre et apprécier l’autre qu’en mettant en veilleuse son propre égo. Du coup, c’est le film entier qui prend une tout autre dimension et révèle une profondeur et une richesse que l’on n’attendait pas forcément. Et ça fait du bien.

 

Photo MoanaUne héroïne qui a du cran

 

Mais, Disney oblige, le film n’est pas parfait et comporte un certain nombre de défauts classiques : les parties musicales, sans être honteuses, ne sont pas transcendantes et beaucoup trop fréquentes. L’humour tombe parfois à plat et le film met beaucoup de temps à démarrer. On passera aussi sur quelques raccourcis scénaristiques embarrassants qui pourraient déranger les plus exigeants.

Au final, Vaiana, la légende du bout du monde arrive sans peine à dépasser ces quelques scories pour se révéler être un excellent cru. Profond, intelligent, drôle, sensible et émouvant, il plaira à tous les publics et émerveillera quiconque a encore accès à son coeur d’enfant. Ceux qui pensaient que La Reine des Neiges était le summum du studio risquent d’avoir une sacrée surprise.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Tour à tour drôle, intelligent, épique et émouvant, Vaiana confirme que le studio Disney est au top de son talent actuellement et qu'il n'est pas près de céder sa place. Alors qu'on s'attendait à un petit film sympa sans plus, Vaiana nous met une de ces baffes qu'on accepte bien volontiers. Pire, on en redemande.

Tout savoir sur Vaiana, la légende du bout du monde
Suivez-nous sur google news
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
Trier par:
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
icon arrow down
Pictogramme commentaire 24 commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Flo

Un sommet, reposant sur des codes jadis éprouvés dans les précédents films de Musker et Clements – un duo avec un roublard transformiste et herculéen… et de l’eau. Beaucoup. Tellement de bleu que c’en est rassurant.
Pourquoi un sommet alors, malgré une structure narrative citant carrément Star Wars à plusieurs moments clés..?

Ce n’est pas seulement cette quête mythique, pleine d’action puissante (dont une petite touche de Mad Max – donc de Waterworld, par ricochet).
Ce ne sont pas que des gags malins, comme le fait de ne pas embarquer le gentil cochon en guise d’animal faire-valoir, mais plutôt un poulet volontairement stupide les trois quarts du temps.
Ce ne sont pas seulement ces créatures formidables ou conceptuelles (comment personnifier l’eau ?), dont un adversaire élémentaire impressionnant, aussi puissant que véloce.
Ce n’est pas seulement un des meilleurs rôles de Dwayne Johnson, qui atteint des dimensions insoupçonnées.
Ce ne sont pas seulement ces chansons splendides composées à six mains.
Ni même ce scénario mêlant l’écologie au respect des femmes, et enjoignant les jeunes générations à guider leurs aînés.

C’est surtout ce contexte polynésien, cette civilisation pas assez vue au cinéma (encore moins en animation), si fragile par son éloignement des continents, et par sa transmission orale, qu’elle pourrait disparaître si on ne la chérissait pas plus.
Comme un sage l’a demandé à l’équipe du film, il était temps que ça soit la culture Occidentale/Américaine qui se laisse noyer par celle du Pacifique, juste un petit peu.

Ko

Alors je me rappelle bien du bad buzz du costume pour enfant façon Maui (assez honteux il faut dire) et du mea culpa de Disney à ce propos… De la version en langue maorie dont tu parles (critiquée aussi). Et sinon, loupé, je n’ai rien traduit par Google trad et ce n’est pas une theorie non plus : c’est l’explication officielle de Disney france à l’epoque pour justifier le changement de nom… Sur ce je te laisse à ton analyse, je n’ai les connaissances suffisantes pour m’engager sur cet épineux sujet… Et ce n’est pas personnel, mais j’ai la sensation que toi non plus… bonne soirée.

S.V.K 2

@的时候水电费水电费水电费水电费是的 Ko
Effectivement, j’ai du passer à côté de quelque chose, je n’ai jamais rencontré personne qui se prénommé Vaiana, la-bas, ceci explique peut-être cela, et j’ai une expérience significative de la Polynésie, dans la durée et dans la dureté. Ne jamais confondre vacance et expatriation.
J’avais également entendu parlé de cette actrice, (pas de jugement pour ma part), et du changement de nom décidé unilatéralement par l’Italie en « Oceania. Comme unilatéralement, la France a choisit Vaiana, prénom que j’ai bien plus entendu en France métropolitaine. Prénom plus facile, plus répandu et plus mélodieux à l’oreille francaise et qui à une certaine connotation exotique identifiable (vahiné était aussi utilisé par une marque connu) moi le premier, avant cette expérience je ne connaissais pas grand chose de cette culture et il m’a fallu quelques mois juste pour m’habituer aux prénoms tahitiens ce qui m’a vallu pas mal de railleries.
Le film n’est sortie que sous trois titre. ‘ »Oceania », pour le marché Italien et son puritanisme légendaire. Italie. Pays de la Cicolina et de Rocco et pays des paradoxes surtout.
« Moana », titre ORIGINAL et choisit dans des centaines de langues et notamment les plus grands marchés au box office pour Disney le marché Anglophone et Hispanophone.
Et enfin « Vaiana » pour le marché Francophone pour les raisons cité dans mon premier poste.
Alors, ta théorie pourrait tenir debout, si le fim n’était pas sorti en version française sous le titre de « Vaiana » à Tahiti. Gros taulé, à ce propos pour qu’ une version en tahitien soit produite et diffusé sous le nom de « Moana ». Et évidemment, des excuses de Disney dans la foulé.
Bravo pour ta traduction Google, je n’aurais pas mieux fait si l’idée m’étais venu d’appendre une langue avec une machine.
Rien de personnel, mais c’est un fait la France à un problème dans la communication et la diffusion culturelle de ses anciennes colonies. Et pour avoir également vécu dans d’autres DOM (Vive l’hôtellerie), j’ai.pu constater que les même problèmes se posait pour d’autres langues régionales.
Tout ceci dit…. C’est quand même pour moi le plus beau Disney.

Ko

@S.V.K 2

Mouais, sauf que non, Disney a changé le nom en Europe(France et Italie notamment) car le nom Moana était deposé par des marques de cosmetique, et surtout faisait écho à Moana Pozzi (je te laisse taper son nom sur ton moteur de recherche de prédilection).
Voilà. Sinon Vaiana signifie « eau de roche » en tahitien, donc tout va bien en fait… Drôle que tu sois passé à côté pour quelqu’un ayant vécu là-bas… bref, bien à toi.

S.V.K 2

Ayant vécu en Polynésie Française (ma best life), je ne peux que saluer l’effort des studios Disney pour cette histoire originale. Les couleurs du lagon de Motu nui (il s’agit clairement de Bora Bora, ici), ont été sublimé par le travail d’orfèvre des producteurs et réalisateurs. Le scénario et correct, sans plus,mais mieux qu’Avatar 2 qui partage avec ce dessin animé un certain univers. Et à ce propos Moana ne s’accapare aucunement la culture des îles du Pacifique Sud, contrairement à un certains James. Ceci étant dit je trouve très incorrect de la part de la machine a blanchir française, qui dans sa grande inclusivité légendaire, a eu l’audace de changer le titre du film et donc du nom de l’héroïne en Vaiana pour coller à un stéréotype français des noms Tahitiens. Pire Moana signifie, la mer, l’océan et changer ce nom est synonyme de négationnisme culturel post colonial. Pour rappel même à Tahiti le film est sortit sous le titre de Vaiana (on marche sur la tête).
5/5 le meilleur Disney pour ma part. En larme a chaque fois que je le regarde.