The Neon Demon : critique cannibale

Simon Riaux | 19 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 19 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Célébré après Bronson et Le Guerrier silencieux, encensé avec DriveNicolas Winding Refn aura été brûlé (un peu vite) sur la place publique avec Only God Forgives, ego trip référentiel voué à brouiller son image. Le metteur en scène a une nouvelle fois stupéfait la Croisette avec The Neon Demon, sombre histoire de mannequins avec Elle Fanning. Le film l’éloigne-t-il encore un peu plus du public ou annonce-t-il sa renaissance ?

 

 

OBJET VIRTUOSE NON-IDENTIFIÉ

Bien malin celui qui osera trouver une description valable à la nouvelle création de Nicolas Winding Refn. Débutant comme une fable morale sur l’errance d’une jeune innocente dans l’enfer de la mode, le film vire rapidement à la fable surréaliste, avant d’embrayer sur l’horreur labyrinthique typique du cinéma italien, émaillant son ramage sophistiqué de traits d’humour souvent à la limite du potache.

Faux travail formaliste, demi-film d’horreur mais véritable hallucination, The Neon Demon joue donc en permanence avec les attentes de son spectateur, sans pour autant chercher à le frustrer. A l’inverse d’Only God Forgives, qui se dérobait et dont le scénario aboutissait finalement à une équation freudienne passionnante mais peut-être trop évidente, le dernier métrage de NWR est un Rubik’s Cube protéiforme, visuellement somptueux.

 

photo, The Neon Demon

 

TOP MORTEL 

Œuvre sur la quête irrationnelle et irraisonnée de la Beauté (ou plutôt sur sa nature changeante, cannibale et destructrice), The Neon Demon ne se contente pas d’aligner les références à Jean Rollin, Helmut Newton, Tony Scott, Dario Argento, voire Bertrand Bonello – avec un suçottage de couteau effarant. Il s’efforce plutôt, avec un pessimisme et un sens de l’agencement plastique souvent effarant, de constater combien son sujet est par essence inatteignable et ne peut mener qu’au chaos. 

Qui, de la mystérieuse et ineffable Jesse ou des mannequins anthropophages qui l’entourent, constitue la véritable menace ? A quoi aboutit cette délirante addition d’appétits (sexuels, esthétiques, amoureux, etc), que la mise en scène vertigineuse de Nicolas Winding Refn s’applique à capturer à l’image ? La réponse se trouve dans le ton du film, qui en livre la clef et révèle qu’il n’est pas – seulement – l’énième production poseuse d’un réalisateur trop vite adulé.

 

Photo Neon Demon

 

NE PAS AVALER 

Avec ses hommages au Z, auxquels est accolé un humour tantôt carnassier, tantôt gras et quasiment régressif, The Neon Demon s’assume comme un doigt d’honneur kamikaze, non pas adressé au public, mais à l’univers dépeint par le cinéaste et aux obsessions de l’époque, à sa superficialité triomphante. Le résultat est logiquement un métrage inclassable, aussi rigolard que furibard, pour ainsi dire démoniaque, qui a le mérite de pousser Winding Refn dans ses derniers retranchements, dénudant son cinéma jusqu’à l’os et l’obligeant désormais à se réinventer.

 

Photo Elle Fanning, Jena Malone, Neon Demon

 

Une logique terminale qui se sent dans le dépouillement du récit, qui n'aurait pas perdu à se voir un peu plus charpenté, ou à gratifier les spectateurs d'interactions plus fournies entre ses personnages, trop souvent à la limite de l'abstraction. Une limite évidente, que Nicolas Winding Refn dépasse néanmoins allègrement, fort d'un découpage et d'une gestion de la photographie qui lui permettent de faire avancer son intrigue par le biais de la pure mise en scène, jusqu'à transformer son dernier effort en pur trip sensoriel.

« Avec The Neon Demon je suis allé au bout de ma logique », nous confiait récemment le réalisateur, « je suis allé aussi loin que je pouvais dans le domaine que je connais le mieux, par conséquent, mon prochain film ne pourra qu’être radicalement différent ». Il nous tarde déjà de voir ça.

 

 

photo

 

 

Résumé

Vénéneux, retors, et cruellement drôle, The Neon Demon est un uppercut esthétique inclassable, parfois déconcertant, toujours jubilatoire.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.0)

Votre note ?

commentaires
ClikClic
19/08/2018 à 20:57

Un des ces seul film que je n'ai pas aimé , grosse décéption apres Only God Forgives...

Theo
19/08/2018 à 19:48

autant j'ai bien apprecié les films de NWR jusqu'a Drive , autant apres celui ci j'ai decroché, les scenes de tortures de Only God Forgive :j'ai cru que ma mere allait faire une syncope!
et Ryan Gosling se bat comme une TA pette dans le film, une vrai endive ,on a envie de le giffler pour qu'il se reveille!
NWR n'est-il pas un peu surcôté à present?

MystereK
15/01/2017 à 16:18

Film envoûtant, très poussé sur la forme qui propose un voyage psychédélique et hallucinatoire dans le monde artificiel de la mode.

Simon Riaux - Rédaction
07/06/2016 à 17:11

@Dirty Harry

Tout à fait Dirty. C'est pourquoi on a d'abord écrit un avis à chaud après la projection Cannoise, puis cette critique, suite à un second visionnage.

Dirty Harry
07/06/2016 à 12:38

J'ai aimé Only God Forgives pour l'ambiance, la mise en forme les cadres...mais ce scénario : à part le personnage de la mère, il n'y a rien d'écrit. Je préfère lorsqu'il écrit quelque chose d'un peu plus construit. Après Cannes c'est un peu le cirque, pas le meilleur endroit pour juger d'un film.

sylvinception
07/06/2016 à 10:48

@Dirty : les ricanements étaient justifiés, tant on est parfois à la limite du ridicule, mais c'est parait-il voulu...
Un conseil, si tu n'a pas aimé OGF, oublie celui-là...

MystereK
07/06/2016 à 07:13

Fear X est le seul que je n'ai pas encore vu.... Même Refn lui-même en parle avec douleur. En fait, je n'ai pas vu non plus les épisodes de Miss Marple non plus :-)

Dirty Harry
06/06/2016 à 21:28

Fear X avec John Turturro était ma première grosse déception de ce réalisateur. Le 2e était : Only God Forgives. Certains sont des punchs dans notre face de cinéphile (Bronson, trilogie Pusher) d'autres sont très racés (Drive, Valhalla Rising) j'espère que ce dernier malgré les ricanements cannois rentrera dans cette dernière catégorie.

MystereK
06/06/2016 à 20:27

Pour moi, toute la filmographie de Refn est admirable, y compris Only God Forgives...On verra bientôt si celui ci me plaira aussi.

maxleresistant
06/06/2016 à 19:08

vivement :)

votre commentaire