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American Sniper : la critique qui vise la tête

Par Simon Riaux
16 février 2015
MAJ : 22 août 2023
29 commentaires

C’est peu dire qu’affirmer que la carrière de Clint Eastwood tournait au ralenti. Entre films historiques passant à côté de leur sujet (J. Edgar, Invictus) et pots pourris lorgnant vers ses heures de gloire, on n’attendait plus énormément du réalisateur d’Impitoyable. Grossière erreur, puisque le metteur en scène nous offre avec American Sniper une plongée funèbre sur la face cachée de l’Amérique.

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Sniper le plus mortel de l’histoire de l’armée américaine, Chris Kyle est une légende aux Etats-Unis. Image parfaite du bon petit Texan élevé au grain, rancher puis Navy Seals, enrôlé sur un coup de tête patriotique, ce père de deux enfants reconverti dans l’aide aux vétérans sera finalement exécuté par l’un d’entre eux. Un mythe parfait, que Clint Eastwood s’échine à démolir de la première à la dernière pierre.

Sa caméra (dont la photographie presque atone rappelle les plus beaux plans de Lettres d’Iwo Jima) nous immerge dans l’esprit de Chris Kyle, dont le seul tort est finalement d’être un trop bon américain, un cliché sur pattes que le système, et une guerre dont il est un combattant anachronique, vont réduire en charpie.

Celui qui se rêvait sauveur deviendra tueur d’enfants, camarade impuissant devant la mort de ses frères d’armes, tout juste bon à engager un duel contre un sniper ennemi virtuose, et donc éliminer la seule marque d’altérité que lui offre le conflit.

Pénétrer ainsi dans la psyché pulvérisée de Kyle, c’est accepter pour Eastwood de la représenter, pour le spectateur de la regarder. Pas évident de découvrir le monde à travers son regard, nécessairement caricatural, forcément simpliste. Mais le metteur en scène n’en pense pas moins, comme il le révèle le temps d’une séquence aussi fugace qu’ironique.

Kyle, rentré au pays, devenu une véritable cocotte-minute sur le point d’exploser, énorme rosbeef suintant de violence rentrée, retrouve enfin le sourire lorsqu’il apprend à son fils « comment empêcher un cœur de battre ». Et en un film, c’est toute la perpétuation de la violence américaine en tant que tradition que Clint Eastwood analyse. Avec une gravité et une honnêteté dont son bien incapables tous les Michael Moore et autres petits catéchistes de la pensée propre.

Rédacteurs :
Résumé

Clint Eastwood nous plonge au coeur des ténèbres américaines avec cette élégie funèbre, une critique glaçante et impitoyable d'un certain "héroïsme" américain.

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diez

Un point de vu intéressant qui est loin de l’image des internautes ayant « envie de tuer des arabes » à la sortie du film.

Je reste toutefois prudent et espère ressentir le film de la même manière que vous.

diez

p.s. vous devriez changer le système de notation en séparant bien les messages lambda des messages avis avec note. En lassant par exemple le choix de voter ou non. Cela évitera de fausser la note générale des spectateurs. 😉

La Rédaction

Tout à fait, on est d’accord avec vous.
Même que c’est prévu pour bientôt.

Dirty Harry

Toute la carrière de Clint Eastwood est une claque donc je m’empresserais d’aller courir le voir. Merci pour cette dernière phrase de votre critique, car ici en France, pays où l’on enferme dans des cases tout et n’importe qui, un type comme Clint dépasse de loin toutes les caricatures que l’on peut faire de lui (et l’acteur/réalisateur se réserve le droit de le faire avant les autres comme dans « Dead Pool » le dernier de la série Inspecteur Harry où il met son personnage en pleine auto dérision). On l’a taxé de fasciste (idéologie d’origine européenne donc rien à voir avec l’Amérique), on l’a taxé de masculiniste (alors que j’ai jamais autant chialé que devant « sur la route de madison » en épousant le point de vue de Meryl Streep), on l’a traité d’impérialiste yankee (alors qu’il réalise Lettres d’Iwo Jima et montre l’envers de la réussite de la 2nde WW dans « mémoires de nos pères »), bref les clébards aboient mais pendant ce temps, la caravane passe et marque l’Histoire du cinéma d’un Clint qui veut dire Eastwood. Make my day.

sylvinception

« Un mythe parfait, que Clint Eastwood s’échine à démolir de la première à la dernière pierre. »

Et la fin du film – avalanche d’images d’archive patriotiques en forme de véritable « hommage au héros » – va bien entendu dans ce sens…
Sacré Simon!!