American Sniper American Sniper : la critique qui vise la tête

Simon Riaux | 16 février 2015
Simon Riaux | 16 février 2015

C’est peu dire qu’affirmer que la carrière de Clint Eastwood tournait au ralenti. Entre films historiques passant à côté de leur sujet (J. Edgar, Invictus) et pots pourris lorgnant vers ses heures de gloire, on n’attendait plus énormément du réalisateur d’Impitoyable. Grossière erreur, puisque le metteur en scène nous offre avec American Sniper une plongée funèbre sur la face cachée de l’Amérique.

Sniper le plus mortel de l’histoire de l’armée américaine, Chris Kyle est une légende aux Etats-Unis. Image parfaite du bon petit Texan élevé au grain, rancher puis Navy Seals, enrôlé sur un coup de tête patriotique, ce père de deux enfants reconverti dans l’aide aux vétérans sera finalement exécuté par l’un d’entre eux. Un mythe parfait, que Clint Eastwood s’échine à démolir de la première à la dernière pierre.

Sa caméra (dont la photographie presque atone rappelle les plus beaux plans de Lettres d’Iwo Jima) nous immerge dans l’esprit de Chris Kyle, dont le seul tort est finalement d’être un trop bon américain, un cliché sur pattes que le système, et une guerre dont il est un combattant anachronique, vont réduire en charpie.

Celui qui se rêvait sauveur deviendra tueur d’enfants, camarade impuissant devant la mort de ses frères d’armes, tout juste bon à engager un duel contre un sniper ennemi virtuose, et donc éliminer la seule marque d’altérité que lui offre le conflit.

Pénétrer ainsi dans la psyché pulvérisée de Kyle, c’est accepter pour Eastwood de la représenter, pour le spectateur de la regarder. Pas évident de découvrir le monde à travers son regard, nécessairement caricatural, forcément simpliste. Mais le metteur en scène n’en pense pas moins, comme il le révèle le temps d’une séquence aussi fugace qu’ironique.

Kyle, rentré au pays, devenu une véritable cocotte-minute sur le point d’exploser, énorme rosbeef suintant de violence rentrée, retrouve enfin le sourire lorsqu’il apprend à son fils « comment empêcher un cœur de battre ». Et en un film, c’est toute la perpétuation de la violence américaine en tant que tradition que Clint Eastwood analyse. Avec une gravité et une honnêteté dont son bien incapables tous les Michael Moore et autres petits catéchistes de la pensée propre.

Résumé

Clint Eastwood nous plonge au coeur des ténèbres américaines avec cette élégie funèbre, une critique glaçante et impitoyable d'un certain "héroïsme" américain.

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commentaires
Skybadin
08/07/2015 à 08:14

J'ai arrêté le film au bout de 50 minutes. Trop de clichés tue leur propre critique. En lisant votre article je me dis: "et merde, voilà, j'étais sûr que si j'avais regardé le film jusqu'à la fin, j'aurais mieux saisi son propos".
Sauf que là, non, autant de concentré de déjà-vu en 50 minutes, merci je passe mon chemin j'ai autre chose à faire.
Il faut voir un film en entier pour se faire son avis, mais si à peine arrivé à la moitié tu te fais chier comme un rat mort, c'est mal parti non ?
Les goûts et les couleurs...

Bolderiz
06/03/2015 à 16:47

Zut, j'ai oublié de noter...

Bolderiz
06/03/2015 à 16:46

Ce film est énorme!!!

Drago
21/02/2015 à 19:23

à Dirty Harry : "Si vous qualifiez l'Ancien Régime de fasciste, il y a là un anachronisme"

A quel moment ai-je fait cette comparaison ?

Puisque vous disiez qu'on ne pouvait parler de fascisme que pour les années 1920-30 en Europe, j'ai simplement pointé du doigt qu'il y avait encore à notre époque des tenants du royalisme en France aujourd'hui, 150 ans pourtant après la mort du dernier roi de France. Cela vient démontrer qu'une doctrine ou une idéologie survit au-delà de la période où elle est née, contrairement à ce que vous proclamez. Le royalisme existe encore aujourd'hui... tout comme le fascisme.

Encore une fois, qualifier Clint Eastwood de fasciste n'est en rien une impossibilité sémantique.

Ferdinand
21/02/2015 à 17:26

American Sniper n'est pas un mauvais film mais il arrive après Katherine Bigelow et son génial diptyque "Démineurs/Zero Dark Thirty". Quelque part, American Sniper est aux films de Bigelow ce que "Piège en haute mer" est à "Piège de Cristal". Eastwood fait dans le déjà vu et le moins efficace. Un sentiment d'être devant un bon film qui n'apporte finalement rien.

Drago
21/02/2015 à 17:18

@Dirty Harry : "N'avez vous pas abusé des définitions écrite par les anciens journalistes de Rue 89 travaillant à Wikipédia dans le but de diaboliser ce qui ne convient pas à leur vision du politique et empêcher toute contestation du régime en place ? “Tous les manuels d'histoire du monde n'ont jamais été que des livrets de propagande au service des gouvernements.” Marcel Pagol, un type moins docile et obéissant que vous...."

Encore une fois le laïus parano-complotiste qui vient ponctuer un argumentaire qui n'est qu'un salmigondis mélangeant tout un tas de notions n'ayant rien à voir entre elles (quand elles ne sont pas erronées), le tout visant à faire passer l’Église pour un contre-pouvoir au service du peuple... on hésite entre le révisionnisme et le trouble bi-polaire.

Quant au fascisme, inutile d'aller sur wikipedia, Larousse.fr en donne une définition brève : "Doctrine ou tendance visant à installer un régime autoritaire rappelant le fascisme italien" ou encore "Attitude autoritaire, arbitraire, violente et dictatoriale imposée par quelqu'un à un groupe quelconque, à son entourage." A moins que Larousse soit aussi un repère de francs maçons œuvrant au service du grand capital américano-israelien ?

Le fascisme en tant qu'idéologie n'est donc pas mort, figé dans une époque, contrairement à ce que vous tentez maladroitement de faire croire. L'idée que vous exprimiez qu'"Eastwood ne pouvait être fasciste puisqu'il est américain et non européen vivant dans les années 1920 reste donc ridicule et ce n'est pas votre verbiage incohérent et fallacieux qui convaincra qui que ce soit.

Francisco
21/02/2015 à 14:44

Sacré Sylvinception, tu es vraiment impayable !

Lylian
21/02/2015 à 13:47

American Sniper. L'histoire : Chris Kyle, Américain, Texan a appris à tirer avec son père pour qui le monde est partagé entre les moutons, les loups et les chiens de berger. Bien sur, le pater est près à fouetter ses fils s'ils devenaient des moutons ou pires, des loups. Chris devient donc un homme avec cette éducation comme ligne de conduite. Un jour, il découvre que les intérêts américains sont attaqués par des méchants et lui, ben il a été éduqué pour arrêter les méchants. C'est donc en toute logique que Chris s'engage dans l'armée et devient au bout de la formation, un SEAL. Un soir, dans un bar fréquenté par des militaires comme lui, il rencontre une jeune femme qui n'a pas eu de chance jusque là. Elle n'a rencontré que des types pas gentils. Heureusement Chris est différent, ce qui n'est pas faux, et une relation nait entre eux. C'est alors que pouf, patatras, c'est le 11 septembre 2001. Chris, qui ramait à devenir un bon tireur d'élite est vraiment énervé à ce moment là et tire mieux que personne. C'est donc en toute logique qu'il se retrouve plongé en plein conflit, en Irak. Sa mission : protéger les soldats américains qui chassent les méchants. Et il est fort Chris, il faut qu'il le soit car les méchants sont vraiment méchants, hommes, femmes, enfants, même les chiens sont méchants là bas. Alors Kyle tue, par devant, par derrière, bref, un sniper quoi. Chris, il est tellement fort qu'il devient parmi les siens et même ses ennemis, La Légende. Célèbre dans toutes l'armée américaine, il aide à trouver les méchants méchants même s'il ne parvient pas à tuer un sniper ennemi presque aussi fort que lui. Tout se passe à peu près bien jusque là.
Mais la guerre, c'est la guerre. Les potes meurent, les femmes enceintes s'inquiètent et réclament leurs hommes à la maison. Sauf que Chris, ben il ne pense qu'à la guerre et à sauver ses potes. Alors, il y retourne et chasse les chefs des méchants méchants et même il parvient à tuer le sniper ennemi, véritable représentation du mal. Mais quand même, ça a été dur, assez dur pour qu'il décide ben que c'est fini de tuer des gens. Chris rentre chez lui, aide les vétérans blessés et devient un bon père de famille même si parfois il est à deux doigts de péter un plomb parce que quand même, c'est un guerrier.
Et puis on arrive en février 2013. Chris, redevenu américain, texan, père et amoureux de son épouse s'en va aider un ancien combattant qui tourne un peu du cerveau. Il ne reviendra pas, assassiné par ce dernier. Toute la nation rend hommage à cet homme, qui a plus de 160 méchants morts au compteur.
Je ne sais pas ce qui m'a sidéré le plus pendant ces 2h20, la bêtise sale du script, la réalisation qui met l'accent sur la puissance américaine, des tanks, des tas de tanks et des hélicoptères ou les acteurs qui se sont compromis dans ce film. Car cette oeuvre cinématographique est un cas d'école, une véritable pépite filmique qui pourra être étudiée pour son discours ultra réactionnaire à sens unique. Je passerai sur la vie du vrai Chris Kyle. C'était un homme, adulte. Il a fait ses choix et cela n'est pas contestable. Ce qui l'est en revanche, c'est la manière dont le film a été écrit, produit, tourné. Le script ne se cache pas, il présente les personnages froidement, simplement. Il n'y a ni culture, ni politique, ni philosophie. Du coup, il sera impossible de lui reprocher l'utilisation de figures de styles ou de symboles pour cacher ses thèmes et son discours. C'est une véritable autoroute. Vient ensuite la réalisation, Clint Eastwood aux commandes. Et c'est là que ça fait mal.
Comment un des réalisateurs les plus réputés du monde entier snipe en 2h20 la quasi totalité des films de guerre depuis plus de 60 ans ? De The Big red One de Samuel Fuller à Né un 4 juillet en passant par Full métal Jacket, The Thin Red Line et plus proche de nous Le Démineur !!!! Eastwood, surement lui aussi très énervé par son président qui ne travaille pas assez et les méchants qui attaquent son pays a dû penser qu'il lui fallait se résoudre à adopter un discours simpliste pour prouver qu'il a raison : il faut à tout prix tuer les méchants méchants qui menacent l'Amérique et le Texas. La vieille légende du cinéma américain s'est fourvoyée dans un film que je taxe nettement et clairement de criminel. Propos propagandiste sans nuance, totalement dogmatique, Américan Sniper est un film qui devrait rester comme le chant funèbre d'un réalisateur devenu un pro-militariste misanthrope...un véritable "Maître de Guerre". Ce film est indéfendable. Je ne comprends pas comment on peut apprécier une oeuvre qui véhicule l'assassinat, d'hommes, de femmes et d'enfants et qui fait la promotion de la loi du Talion. Eastwood et son équipe sont tombés tellement bas qu'ils en deviennent obscurantistes, censurant totalement les raisons géo-politiques de la présence américaine en Irak. Comment peut-on s'appeler Eastwood aujourd'hui et commettre un tel crime cinématographique ? C'est comme s'il disait aux jeunes : Allez vous battre, devenez des guerriers et vengez les nôtres. Après, on pourrait me reprocher d'avoir un discours pacifiste à la noix : La guerre c'est pas bien tout ça. Mais je viens d'une famille de militaires, j'ai fait l'armée, je sais tirer au fusil, lancer des grenades... Et j'ai la guerre en horreur. Lorsque je vois le nombre de critiques positives que le film reçoit, je me dis qu'on est pas sortis. L'être humain est loin d'en être un. Et il n'est pas une bête non plus, elles sont plus justes que cela. Non, il est devenu un chimère pensante qui veut annihiler tout ce qui lui est étranger. Ce qui me choque, c'est le symbole Eastwood. Il fait ce film aujourd'hui, dans le contexte actuel, en opposant dans le fond les religions, la croix des croisés, les langues, on ne peut pas se comprendre. Il fait de tout ça un gigantesque champ de bataille dénué de sens. Et il y a encore des choses à dire. L'image de la femme dans le film ? Là encore, un sacré morceau de machisme dégoulinant. La femme ? Qui ? Ah oui. Elle est enceinte, seule chez elle. Elle est accrochée au téléphone et elle fait des enfants en regardant la télévision. Elle ne lit donc pas de livres, ne regarde pas de films, n'écoute pas de musique, ne danse pas, ne boit plus, n'a aucune relation sexuelle. Sa vie est un vide immense que rien n'habite. Ce sont tous ces éléments mis à bout qui servent la thèse du film propagandiste. Kathryn Bigelow a fait tellement plus subtil dans Zero Dark Thirty tout en montrant des choses aussi dégueulasses. Pourquoi ce film d'Eastwwod est important et que je le dénonce avec toute cette énergie ? Parce qu'il propose et permet la justification de tout ce qui s'est passé depuis 2001, guerre, famine et torture. Désolé Clint, mais là, c'est toi qui creuse.

Ded
20/02/2015 à 01:25

La guerre est sale... Eastwood la filme salement (infanticide, torture à la perceuse...) et semble poser les bonnes questions quant à la légitimité de la présence américaine en Irak qui n'est finalement qu'un "bis repetita placent" de toutes les ingérences passées commises par ces "gendarmes du monde" à qui on fait croire qu'ils vont effectuer une sainte croisade pour la paix, l'amour de son prochain et la démocratie et qui le gobent à chaque fois (renversant !). Semble seulement, j'insiste, car ce très bon film (artistiquement parlant) n'est qu'un énième chant patriotique à la gloire des "good guys" combattant sous la bannière étoilée. La lettre de Marc qui aurait du éveiller un semblant de bon sens dans la tête de ce bourrin de Kyle semble, contre toute attente, réactiver ses stimuli guerriers et seule la mort de son pote Biggles ébranlera son neurone, non pas pour une résipiscence de ses actes meurtriers mais uniquement par souci d'équilibre de sa petite personne et pour sauver sa vie de famille qui file à vau-l'eau. Si contrition il y avait, aurait-il jamais retouché une arme ? surtout pour instruire des mutilés rescapés de l'horreur ou pour menacer, par jeu, sa propre femme avec un revolver ! Et ça la fait rire, l'idiote... toute femme sensée l'aurait baffé. Comme pour river le clou, des fois qu'on aurait des doutes sur le message profond du film, le grand Clint termine sur des stock-shots au son émouvant de la trompette égrenant "The funeral" suivi d'un générique défilant respectueusement, sans aucune musique, en guise de "minute" de silence... Edifiant, non ?
Spielberg ayant déjà eu la prétention d'ouvrir et de clôturer "Le soldat Ryan" sur un plan montrant le drapeau américain, non pas flottant au soleil mais VOILANT le soleil, on sait que l'Amérique est un "grand" pays, que Clint Eastwood est un immense artiste et qu'il n'ont pas fini de pratiquer l'autocritique afin de mieux rebondir dans le temps...
(Cinématographiquement parlant, j'ai trouvé beaucoup lus palpitant le jeu du chat et de la souris que se livrent Jude Law/Zaïtsev et Ed Harris/König dans le "Stalingrad" de J.-J. Annaud.)

Dirty Harry
19/02/2015 à 21:28

@ Drago : le sens idéologique reflète surtout l'époque que sa vérité ontologique. Si vous qualifiez l'Ancien Régime de fasciste, il y a là un anachronisme : le fascisme est laïque (Hitler) et celui de Mussolini a séparé le vatican en le transformant en royaume avec les accords de Latran, Dois-je rappeler la société St Raphael qui a sauvé quelques milliers de juifs via ses réseaux d'ailleurs ou vous restez sur le film mensonger de Costa Gavras ? L'autre incohérence de votre "sens idéologique" est celui du parti unique : l'Ancien régime avait un contre pouvoir qui était l'Eglise qui pouvait jouer sur d'autres princes pour affaiblir tel ou tel puissance (et Philippe Le Bel ne s'est pas gêné d'aller mettre une claque à Boniface lorsqu'il y avait désaccord). D'ailleurs si tout le monde visait à sauver son âme plutôt que de se limiter à satisfaire ses désirs, cette "idéologie" fut discutée voire combattue : querelle des jansénistes contre les jésuites, intolérance des protestants qui firent revenir l'usure dans laquelle nous baignons aujourd'hui (dette par habitant de 22 000 euros). Si le fascisme associe nationalisme (idéologie née à gauche, je ne vais pas refaire la révolution française...) populisme (qui est un mot créé par Tolstoi pour définir un club d'élite lettrée à ses début et malheureusement repris par tous les démophobes d'aujourd'hui pour disqualifier le peuple lorsqu'il n'est pas d'accord avec notre clergé actuel) en quoi l'Ancien régime est totalitaire ? Vu le nombre de gens qui pouvaient avoir audience auprès du Roi (alors que vous ne pouvez voter que tous les 5 ans pour des types qui se foutent de vous et que vous ne rencontrerez jamais) j'aimerais bien savoir ce qu'il y a de totalitaire là dedans (avec je le rappelle l'Eglise en contre pouvoir pour influer sur le sort des pauvres et éduquer les plus jeunes, tout en créant hôpitaux et universités comme la Sorbonne),N'avez vous pas abusé des définitions écrite par les anciens journalistes de Rue 89 travaillant à Wikipédia dans le but de diaboliser ce qui ne convient pas à leur vision du politique et empêcher toute contestation du régime en place ? “Tous les manuels d'histoire du monde n'ont jamais été que des livrets de propagande au service des gouvernements.” Marcel Pagol, un type moins docile et obéissant que vous....

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