American Nightmare : critique qui purge

Geoffrey Crété | 11 mai 2018 - MAJ : 19/05/2019 17:58
Geoffrey Crété | 11 mai 2018 - MAJ : 19/05/2019 17:58

American Nightmare est diffusé ce soir sur SyFy à 21h

A l'heure où la race des superproductions sans super-héros est menacée, la sélection naturelle donne l'occasion à un cinéma de genre radin de briller dans le ciel hollywoodien et le cœur des studios. Voici American Nightmare de James DeMonaco, premier volet de la future franchise, avec Ethan Hawke et Lena Headey.

I'M AFRAID OF AMERICANS

Une formule à double tranchant qui a su aussi bien fournir les étagères poussiéreuses des séries B sans âme que celles, plus nobles, des bons films d'horreur - de la franchise Paranormal Activity au très bon Sinister en somme. Mauvaise pioche avec le bien nommé American Nightmare, tube en puissance du printemps américain qui prouve définitivement qu'il n'y a aucun lien entre le box-office et le nombre de neurones mobilisés pour écrire puis regarder un film. 

 

Image 643283Je vois... le vide

 

Le synopsis a de quoi rappeler les heures de gloires des Contes de la Crypte ou Twilight Zone : dans une Amérique futuriste où la violence est devenue ingérable, le gouvernement a mis en place une nuit spéciale pour satisfaire la bête qui sommeille en chacun. Une soupape de sécurité étalée sur 12h de pure démence où le crime est légal, et où l'ordre et la loi se plient aux esprits les plus troublés, dans le but ultime d'entretenir la face de l'oncle Sam.

Il y a de La Course à la mort de l'an 2000, du Rollerball et même du Hunger Games dans cette fable abracadabrantesque, qui contrebalance un high concept un brin absurde par la promesse d'un spectacle bourrin, doublé d'une réflexion réjouissante sur l'Amérique. Le hic : American Nightmare sabre toute matière grise avec une mise en scène d'une pauvreté déconcertante, des personnages d'une bêtise affligeante et une dramaturgie misérable.

 

Image 643281Ouuuuh les masques qui font peur

 

MISE A MORT

Territoire de prédilection de la critique sociale simplette, la fameuse banlieue américaine, bordée de pelouses millimétrées et femmes au foyer à la Stepford, est recyclée sans imagination par James DeMonaco, qui a la brillante idée de centrer son histoire sur une famille en plastique, sans aucun conflit réel.

Un père businessman qui rentre avec son attaché case, une mère qui coupe des poivrons dans sa cuisine moderne, une adolescente voulue rebelle qui fricote avec un voisin, et un môme inventif, cœur moralisateur de l'histoire, qui provoque littéralement la crise avec un simple bouton - belle image pour ce scénario d'une bêtise colossale, tout droit sorti d'une photocopieuse de sous-sol.

 

Image 643282Elle a changé Cersei

 

Car American Nightmare prouve qu'un cauchemar peut en cacher un autre : non pas celui, espéré, d'un home invasion tordu, mais celui d'un film sans aucune personnalité, aucune ampleur dramatique, qui témoigne d'une manière absolument infecte de concevoir le cinéma de genre. Le conflit du beau-fils expédié en une scène, la gestion catastrophique de l'espace, le SDF noir traité avec un manque de considération ahurissant ou encore le couple sans aucune accroche émotionnelle, incapable d'être incarnés par Ethan Hawke et Lena Headey - pourtant impeccables dans Sinister et The Broken.

La dose de maladresses à encaisser est indigeste, insupportable même. Il y a bien une vague lumière au bout du tunnel lors du dernier acte, avec un ressort scénaristique susceptible de rectifier le tir, mais le film sombre définitivement avec une résolution facile et moralisatrice, qui confirme que rien n'est à sauver. Puisque l'Amérique a toujours raison, American Nightmare porte à la perfection son titre original de Purge. Une chute facile à peine à la hauteur de cette série Z.

 

Image 653239

Résumé

Il y avait une idée amusante et excitante. Il y a un film pauvre et fade.

commentaires

General Coaster
12/05/2019 à 16:29

Histoire et cast solides. Il manque juste un peu de folie pour vraiment emballer tout ça.

Ocani
12/05/2019 à 15:56

Je vous trouve super critique sur ce coup là ! C'est clairement pas du grand cinéma mais le postulat de base est hyper fort (tout le monde peut s'entretuer une fois par an pour "laver ses pêchers") et la réalisation pas su naze. En tout cas je passe un bien meilleur moment que devant Avengers et consorts !

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